Bonjour à ceux qui ont le courage de continuer à lire !
Tous d'abord, encore merci à Worz, Kentwell7 et Manoirmalfoys, les lecteurs qui me suivent le plus, j'ai l'impression. Mettre un avis aussi régulièrement, même si il est court, fait vraiment plaisir. Merci aussi aux autres bien évidemment !
Par contre, il est vrai que la barre des deux cent cinquante vues viens d'être dépassée et je m'étonne de voir que plus on avance, moins il y a de vues sur les derniers chapitres. Alors que celles sur le prologue ne cessent d'augmenter. Pour vous faire une idée, il y en a deux cent trente-huit sur le prologue contre vingt-quatre sur la dernière Moisson. Si vous ne me dites pas ce qui ne va pas, je ne peux pas vous donner envie de continuer.
Après cette parenthèse, je suis désolée du retard, j'étais en vacances et je ne pensais pas, quand je l'ai tapé, que ce chapitre serait si court. Je n'ai pas envie de le retoucher, je l'aime bien, cette Moisson. Je ferais plus long et je vais essayer de rattraper mon retard, étant donné que je suis très inspirée pour les deux suivants.
J'espère que vous l'apprécierez tout de même.
Disclaimer : L'univers appartient à Suzanne Collins, les tributs et ce qu'il se passe ici vient de moi.
Tribut masculin du district Trois
Les gouttes roulent sur ma peau basanée. Elles tentent de s'infiltrer par les paupières closes de mes yeux décolorés. La pluie traverse mes vêtements et me frigorifie sur place. Elle me gèle jusqu'aux os, me collant des frissons sur tout le corps. Un temps pourri pour une journée maudite ce qui se ressemble s'assemble, comme on aime bien le dire. L'eau me purifie l'esprit alors que la malédiction le hante. Celle qui s'abattra sur l'un d'entre nous.
J'aime mon district. J'aime ma famille. J'aime mes amis. J'aime l'école. J'aime les joies du quotidien. Et pourtant, je hais la vie. Terrible paradoxe, n'est-il pas ? Celle qui vous arrache à une inexistence paisible. Cette qui vous force à ne jamais être en sécurité, ne jamais vous y sentir. Celle qui peut vous lâcher à tout moment de votre misérable existence, quand bon lui semble. Oui, celle qui vous aime et vous bénit, ou celle qui vous sacrifie. Tous les ans, elle emmène un innocent d'entre douze et dix-huit ans mourir ou vivre de la pire façon qu'il soit. Elle les fait culpabiliser pour ce qu'ils auront causé.
Je la déteste de tout mon cœur.
Je baisse la tête, laissant mes cheveux trempés se coller à mon front. Je veux que le temps s'arrête pour toujours. Suspendre l'instant présent pour ne pas avoir à vivre ce qui va suivre. Ce que je supporte depuis six longues années. Pour ne pas avoir à ressentir une éternelle douleur, incomparable avec d'autres. Je ne veux pas savoir. Je ne souhaite que partir d'ici et hurler ma rage au monde. J'irais jusqu'au Quatre et je crierais mon désarroi face à l'océan. Lui au moins, sait garder le rêve et le cauchemar. On s'adresse à la mer en fonction du moment, jamais elle ne nous trahira. Elle ne nous connait pas, ne nous juge pas, ne nous châtie pas pour ce qu'on a fait. Elle représente le peu de liberté que nous avons encore dans ce bas monde. J'aimerais tant la voir un jour, ne serait-ce qu'une poignée de secondes.
Ressentir une indépendance sans frontières, pouvoir laisser sa conscience vagabonder au-delà de ce pays, de Panem. Partir loin d'ici, de tous nos soucis, de ces barbares du Capitole. Eux qui n'ont pas hésité à rayer le Treize de la carte. Eux qui ressentent un malin plaisir à nous regarder nous entretuer. Eux qui aiment tant voir des enfants torturés. Eux qui peuvent s'offrir n'importe quoi alors que certains crèvent de faim. C'est dégueulasse et ça les amuse. Une contradiction effrayante.
J'ai envie de pleurer, comme je me l'étais permis à ma première Moisson. Je n'avais que douze ans, comme ceux au premier rang. On était plusieurs, dans la foule, à masquer nos larmes. Aucune honte, aucune remarque d'un autre. Les caméras n'étaient pas braquées sur nous. Pas sur des gamins, même si ça aurait plu au Capitole. Elles étaient focalisées sur ce garçon de seize ans, mort peu après le bain de sang.
Au Trois, les tributs gagnent assez rarement, nous ne sommes pas des assassins.
Aucune famille n'est épargnée. Aucun enfant n'est sauvé, pas même quelqu'un de malade ou d'handicapé. Ceux-là se laissent tuer dès le début, en général. Les volontaires sont très peu nombreux dans notre district. En quarante ans, il y a dû en avoir deux ou trois, tout au plus. Je n'ai jamais vu quelqu'un prendre la place d'un autre de mes propres yeux. Mais je pense que je lui vouerais un profond respect. Ce n'est pas comme les Carrières, ils ne sont pas comme eux. Ils veulent simplement sauver des vies. Permettre à un enfant de respirer, ne serait-ce qu'un an de plus. D'après ce que mes parents m'ont raconté, les « rescapés » – nom donné à ces miraculés – ont toujours été voir le tribut qui a pris leur place, même si ils ne les connaissaient pas.
Être prêt à faire les Jeux est un acte honorable, si ce n'est pas pour tuer tout le monde. Je méprise plus que tous les tributs de ce genre. Ceux qui se sont entraînés toute leur vie pour finir en tueur sanguinaire qui ne demande qu'à faire couler le sang.
J'expire après avoir longuement retenu mon souffle. Le pire est certainement de savoir que mes parents sont à quelques mètres de moi, entrain de prier pour que leur fils ait la vie sauve. Que nous puissions ensemble rentrer à la maison et laisser éclater notre joie. C'est égoïste, quand on y pense. Deux familles restent portes et volets fermés, presque en deuil alors que nous, nous laissons aller à notre joie. Nous devrions nous sentir coupables mais nous en sommes incapables. La peur a pris le dessus sur tout dans le Trois. L'espoir n'est qu'un vague mot sans signification, qui a porté les districts à se rebeller et ainsi provoquer les Hunger Games. L'espoir, nous n'en avons plus l'utilité. Nous n'en voulons plus, si ça peut arrêter de nous faire souffrir.
Beaucoup renoncent à fonder une famille, de peur d'avoir à supporter de voir son enfant hurler à s'en casser la voix, au travers d'une télévision, sans rien pouvoir faire. Surtout les familles infortunées, à vrai dire. Les plus nobles n'ont pas énormément de crainte à avoir, ils n'ont pas à faire prendre des tesserae à leur progéniture. On ne peut pas leur en vouloir. Ils n'ont pas choisi d'être ce qu'ils sont. La vie serait bien plus juste, si c'était le cas. Si Snow n'avait pas été au pouvoir, si leur esprit sadique n'avait pas repris le système de la bataille royale. Tout ça pour montrer qu'ils ont le dessus sur nous, quoi qu'il arrive.
À la fin des jours Obscurs, à l'annonce de ces Jeux, la population a pensé que ça ne durerait pas longtemps. Qu'après une année ou deux, on s'en serait lassé. C'était sans compter les pièges et armes qui n'ont cessé de se développer et les technologies avancées mises au point. Nous n'avons plus le droit à rien maintenant. Ici, les Pacificateurs sont particulièrement dérangés. Un rien les affole et ils exécutent les pires sanctions pour des délits mineurs. Ils ont peur d'être renvoyés et se retrouver dans un district plus pauvre. Au Trois, on attribue souvent les nerveux ou les débutants. Ils en font des sortes de machines de guerre. Par exemple, si un proche se fait mutiler devant nos yeux, nous ne pouvons que souffrir en silence sinon nous subissons le même sort.
L'hôtesse appelle une fille qui sort du rang des treize ans. Emilie Lume, je crois. Personne ne se présente à sa place, je m'en doutais. La jeune fille regarde le sol, persuadée qu'elle peut ne pas être remarquée. Elle fait un petit peu plus âgé. En voyant ses traits qui ne sont apparus que quelques instants sur l'écran, je lui en aurais facilement donné quinze. On arrive à percevoir les tremblements irréguliers de son corps, même de loin. Elle ne mérite pas de partir comme ça pour l'échafaud. Personne ne le mérite.
L'hôtesse se dirige du côté des garçons, où la boule de verre attend encore, nous narguant tous. Comme si l'hôtesse nous rappelle qu'elle va sceller le destin d'un d'entre nous, Les mouvements de cette femme du Capitole sont légèrement exagérés. Elle bouge à une lenteur extrême. J'espère qu'elle se fera bien réprimander quand les Moissons auront pris du retard. Qu'elle meure, qu'elle démissionne, qu'on ne la revoit plus. Elle me fait pitié avec ses oreilles de chat, de renard ou de je ne sais quel autre animal. Elles vibrent, faisant tinter de petits grelots qui y sont accrochés. Ce bruit est insupportable, presque autant que sa vision.
Elle pioche un bout de papier au hasard dans ce bocal de cristal, le repose et continue pendant une bonne dizaine de secondes. Elle finit d'en sortir un, non sans avoir l'air d'être fière d'elle. Ses fausses moustaches grésillent lorsqu'elle ouvre la feuille. Ses yeux pétillent lorsqu'elle arrive à déchiffrer le nom qui y est inscrit.
« Iain Vaia ! »
… Je suis définitivement mort.
Iain Vaia
Celui-ci est très axé au niveau des sentiments. J'espère que Iain vous plaît. Une préférence entre lui et Emilie ? J'ai oublié une partie de la présentation sur le dernier chapitre mais je ne sais pas comment l'éditer. Le nom de famille d'Emilie est donc bien Lume.
J'essaie de commencer à varier les Moissons, sous les conseils de Midnight's frog, qui est une auteure que j'admire énormément. Si vous aimez un style en particulier, faites-le moi savoir, je suis ouverte aux idées.
Bisous à tous, et j'espère vous revoir.
