Chapitre 7

Le lendemain, je m'étais réveillée avant que mon réveil ne se mette à sonner, je restai longtemps sous la douche pour compenser. Je pris mon petit-déjeuner, Charlie était déjà parti travailler.

Arrivée au lycée, je me dirigeai vers la salle de cours quand Eric et Lauren m'interpellèrent.

« Tu aurais deux minutes ? Me demanda Eric.

Eric, c'était le rédacteur en chef du journal – ou un truc comme ça – brun, pas très grand, la tête d'un intello. Lauren, blonde et mince, ne faisait pas partie du journal, c'était une amie de Jessica et si Jessica était égocentrique, Lauren, elle, était pire.

« Qu'est-ce que vous voulez ?

« On fait un article sur les nouveaux, le problème, c'est qu'ils sont pas très... enfin, un peu comme toi, en fait, ils ne se mélangent pas aux autres élèves, ils restent toujours entre eux. Fit-il, hésitant.

« T'as peur d'eux ? Raillai-je.

« On a vu que tu parlais à l'un d'eux. Tu veux pas nous donner des infos ? Me sollicita-t-il.

« Je ne sais rien sur eux et c'est tant mieux.

« Je t'ai vu ramener Edward hier, vous avez bien dû discuter ? Me demanda Lauren, d'un air hautain.

« Me prends pas comme ça, Lauren, la prévins-je, j'imagine que ce n'est pas l'article qui t'intéresse... si vous voulez des infos sur eux, allez leur demander.

Je n'attendis pas qu'ils me répondent et entrai dans la salle où j'avais cours de littérature avec mademoiselle Carter.

Je m'installai à ma place, Cullen arriva et s'installa sur la chaise d'à côté en me saluant. Lauren, qui était deux rangées devant nous, s'était retournée captivée par mon voisin.

« Lauren est fascinée par ta personne. Ricanai-je. Tu devrais l'inviter.

Il fixa Lauren, le visage de mon horripilant voisin prenait un air que je n'arrivais pas à définir, Lauren semblait être prisonnière de ce regard, elle restait là, ses yeux dans ceux de Cullen comme si elle ne pouvait faire autrement. Même quand mademoiselle Carter entra dans la classe et nous salua, Lauren n'avait pu se détacher du regard de Cullen.

« Lauren ! C'est devant toi que ça se passe.

Mon voisin détacha alors son regard laissant Lauren se retourner, le souffle coupé. Je remarquai qu'il avait retenu un rire.

« C'était quoi ça ? L'interrogeai-je.

« le pouvoir du regard Cullen. S'esclaffa-il.

« Bien, fit la prof, je vous laisse les deux heures pour avancer dans l'exposé.

Edward sortit des feuilles de son sac, toutes déjà remplie.

« Tu ne veux toujours pas lire ? S'enquit-il.

« Tu ne veux toujours pas me laisser tranquille ?

« Toujours ces réponses-questions... soupira-t-il.

« Que faut-il que je fasse pour que tu me lâches ? Maugréai-je. Ne réponds pas ! Je sais...

Il me souriait, attendant la suite. Je pris une inspiration et me lançai.

« Tu es... magnifique, tu me fais beaucoup trop d'effet, je crois que je peux plus me passer de toi, je fais semblant de te détester depuis le début, parce que je voulais pas que tu le saches, mais là, j'en peux plus. Edward, on devrait se marier.

J'avais pris l'air le plus sérieux que je possédais à ce moment, lui, il souriait, les yeux malicieux.

« D'accord.

Hein ?

« D'accord quoi ?

« D'accord, on se marie. Déclara-t-il.

« Tu te fous de moi ? Pestai-je.

« Oui. Se moqua-t-il.

« Je te déteste !

« Kiara, ! Fit la prof. J'espère que vous êtes en train de parler de l'exposé...

« On l'a fini, madame. Répondit mon voisin.

« Déjà ? dit-elle surprise.

« En fait, on a passé le week-end à le faire.

« Je peux jeter un coup d'œil ?

« Bien sûr, fit Cullen en lui tendant les pages.

Elle lut quelques passages.

« Vous l'avez fait ensemble ? Demanda-t-elle, étonnée.

« Oui, madame. Répondit-il.

« D'accord, dit-elle sceptique en posant l'exposé sur notre bureau, tâchez d'être plus discret.

« Elle est persuadée que tu l'as fait tout seul. Lançai-je à mon voisin.

« Étonnant. Ironisa-t-il.

Les deux longues heures de littérature finies, j'enchaînai avec anglais. J'échangeai un Cullen contre deux autres... heureusement, ceux-là n'étaient pas aussi énervants que le premier.

Ma voisine me salua à nouveau, cette fois j'étais trop occupée à sauter de plate-forme à plate-forme en évitant les soucoupes et les trous noirs pour lui répondre.

J'avais passé toute l'heure concentrée sur le jeu, tellement captivée que j'avais failli ne pas entendre la sonnerie de fin du cours.

A la cafétéria, je toisai la salle pour trouver une table libre, il en restait une mais trop proche de Jessica, Lauren et autres commères. Je vis les Cullen, tous les cinq installés à une table isolée près des baies vitrées de la salle, L'ours frappa l'agaçant Cullen dans le dos en riant après m'avoir vu entrer, le regard du dernier se dirigea aussitôt vers moi, un grand sourire aux lèvres – exaspérant.

Je m'installai à la petite table libre, la table des commères parlaient – encore – des Cullen. Lauren avait dû leur raconter l'épisode de ce matin.

Je piquai quelques frites dans mon assiette quand je ne pus réprimer une sensation étouffante qui me parcourait tout le corps. A nouveau, tout changea, les tables se modifiaient pour devenir des arbres, le sol lisse du carrelage se changea en herbe, la cafétéria avait disparue, la forêt la remplaçant.

À ma gauche, je vis des silhouettes courir après un puma, l'une des silhouette distança la seconde et attrapa le puma à une quinzaine de mètres devant moi, l'autre arriva quelques secondes après et tous deux mordirent le puma, celui-ci finit par s'immobiliser, les silhouettes toujours en train de le mordre.

Un air de dégoût subvint rapidement sur mon visage et tout s'effaça pour revenir à la cafétéria.

J'explorai les alentours, regardant chaque élève présent pour voir si quelqu'un s'était aperçu de quelque-chose, mais non, quand mon examen s'arrêta sur L'agaçant Cullen, celui-ci était tendu, les poings sur la table fermés, la mâchoire crispée, il me fixait. Il a vu ça lui aussi ? Est-ce qu'il a des visions comme moi ? Dans un sens, ça ne m'arrangeait pas du tout d'avoir ce genre de point commun avec lui – surtout avec lui – mais d'un autre, lui aussi avait l'air de trouver ça choquant. Quel genre de personnes s'amusaient à mordre des animaux ? Et surtout, quel genre de personnes pouvaient courir assez vite pour rattraper un puma.

Il n'avait pas changé d'attitude, mise à part que ses lèvres tremblaient si vite que c'était presque imperceptible, la blonde me regarda à son tour, le regard noir et les autres prenaient des airs graves. Cependant, j'ignorai la raison du changement soudain d'attitude des autres.

Je me levai, pris mon plateau et jetai tout le contenu à la poubelle, je n'avais rien pu avalé suite à cette vision. Je quittai l'endroit de peur que ça ne recommence.

Je me demandai si je devais rentrer chez moi puis je me dit que c'était inutile, déjà Charlie allait me poser des tas de questions et en plus, je savais ce que c'était maintenant.

Je passai les deux heures de philosophie à me demander si ma vision n'était pas plutôt une métaphore, genre deux personnes qui aspirent au même but, l'un des deux réussit avant l'autre mais finalement, le second finit par avoir lui aussi ce qu'il voulait... mordre la vie à pleines dents.

Non, c'était ridicule. Les loups n'étaient pas une métaphore alors pourquoi ce serait le cas, ici ?

J'étais tellement perdue dans mes pensées que je n'avais pas remarqué la sonnerie qui sonnait la fin du cours ni celle qui sonnait le début du cours suivant, après la pause.

J'arrivai en retard en histoire, Mr Gardiner me pria d'aller m'installer, j'obéis. L'agaçant Cullen qui était devenu le Cullen crispé maintenant, était assis au fond de la salle. J'avais le choix entre m'asseoir à ses côtés ou à côté de Tyler, qui était juste devant lui. J'optai pour Tyler.

Tout le long du cours, je ne pouvais m'empêcher de sentir le regard tendu de l'agaçant Cullen crispé. Se pourrait-il qu'il me déteste à son tour ? Peut-être que, comme moi, il avait vu que j'avais vu et qu'il pensait que je dirais à tout le monde qu'il était... voyant, médium ? Probablement qu'il me laissera tranquille, maintenant.

L'heure terminée, je rentrai chez moi, il fallait que j'éclaircisse cette vision.

Une fois dans ma chambre, j'ouvris l'ordinateur et tapai « mordre des animaux » je tombai sur des pages du style : « l'enfant qui s'est fait mordre » « il mord » « mon chaton mord »

Rien d'intéressant, je grimpai sur le toit pour réfléchir. J'y étais restée quelques heures, passant et repassant les images dans mon esprit, ce ne fut pas un réel succès. La seule hypothèse que j'avais, c'était que ces gens étaient fous et que le puma ne courrait pas si vite.

Je descendis de mon perchoir et rejoignis Charlie qui était arrivé sans que je le remarque.

« Tu étais encore sur le toit ?

Je haussai les épaules.

« J'ai appelé Mr Bertier, ton nouveau psychologue, tu as rendez-vous lundi à 10h.

« Super... soupirai-je.

« Essaye de faire ça sérieusement, Kiara, c'est important.

« C'est ce que tu dis.

Il soupira face à mon entêtement.

« Ton assiette est dans le micro-onde, j'ai déjà mangé pendant que tu étais perchée sur là-haut. M'informa-t-il.

Je mis le micro-onde en marche pour réchauffer mon assiette et retirai celle-ci avant que le ding ne retentisse. Saucisse-haricots, horreur.