Partie 6 : Tout ce qu'il me reste.
Depuis qu'Emma était rentrée de Boston, elle n'avait pas dormi un seul instant. À vrai dire, ce n'était pas exactement le cas, mais disons que ses nuits étaient particulièrement agitées, et sans aucun réel repos.
(Et ce n'était pas dû à quelque chose de plaisant.)
La Sauveuse faisait des cauchemars, toutes les nuits et sans interruption, sans qu'on lui laisse aucun répit. Chaque matin, elle se réveillait avec des cernes sous les yeux, complètement épuisée, et malgré une prise massive de somnifères, elle ne parvenait toujours pas à se reposer.
Dans ces « rêves », il y avait des gens qui hurlaient, et elle ne comprenait pas pourquoi, elle ne réalisait pas non plus qui ils étaient. Ils l'appelaient, ils lui criaient son nom, encore et encore, comme pour la prévenir de quelque chose d'important, de capital.
Mais elle n'entendait rien d'autre que son nom, le reste des paroles étant noyé soit dans un bruit assourdissant, soit dans les hurlements de désespoir de ces personnes.
Emma parvint au bout de quelques nuits à apercevoir leurs visages, il y avait une femme aux cheveux noirs et une autre avec la même couleur de cheveux, mais qui était en pleurs…
Un homme qu'elle crut vaguement identifier, un homme allongé et semblant mort, ainsi qu'une femme à la peau verte (?), qui paraissaient tous plongés dans un profond désespoir.
Qui ils pouvaient bien être, cela, elle ne le sut pas.
La seule chose qu'elle en retirait, c'était un profond sentiment de malaise, presque comme si… comme si elle avait perdu ou oublié quelque chose. Ce qui la ramenait inévitablement à Henry, et à son histoire de contes et de malédiction, qui était complètement absurde, du moins selon les critères d'un humain normal.
(Mais Emma Swan n'était pas un être humain complètement normal, alors cela ne devait pas vraiment s'appliquer à elle.
Et puis, vu comment ces personnes étaient habillées, cela aurait presque pu sembler crédible, en fait.
Et ce malgré l'effort d'Emma pour rester dans la rationalité.)
Quinze jours s'écoulèrent ainsi, avant que son chef, la voyant épuisée et absolument pas efficace, se décida à la mettre en congé pendant un temps, afin qu'elle reprenne des forces.
Et, juste après cela, Emma apprit une nouvelle qui la mit profondément en colère.
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Juste après avoir tenté d'attaquer sa « mère », et que celle-ci lui ait fait son discours de je-suis-la-méchante-et-j'ai-gagné, Henry fut attrapé sans réellement comprendre ce qui lui arrivait.
Enfin ça c'était avant qu'il ne réalise qui lui avait attrapé le bras, et qu'il ne croise le regard affolé d'Archie. Il soupira.
Il ne manquait plus que lui…
En se tournant vers sa mère adoptive, l'adolescent se rendit compte qu'elle pleurait, une expression de pure douleur gravée sur le visage. L'Auteur émit un reniflement de mépris.
Même moi je sais mieux faire semblant.
Mais il devait malgré tout reconnaître que, pour n'importe qui d'autre, elle jouait très la comédie, et quelqu'un ne sachant pas la vérité aurait pu y croire. Ce que fit Archie, en fait.
« Madame le Maire… que c'est-il passé ? Est-ce que c'est ce que je crois ? »
La scène que le psychiatre avait sous les yeux était en fait très surréaliste Fiona, leur très chère maire qui était blessée au bras (blessure provoquée par la magie, comme Henry le comprit très vite) et Henry qui se trouvait au sol, son bras de nouveau mal en point et l'épée à la main.
Lorsqu'il vit Fiona se précipiter malgré tout en direction de son fils, Archie la stoppa aussitôt :
« Fiona… ne faites pas cela, il pourrait vous blesser à nouveau. Le regard que l'ancien cricket jeta à Henry était à la fois plein de peur et de désapprobation. Fiona tenta faussement de le justifier.
- Non Archie… laissez-moi. C'est mon fils, et ce n'est qu'un enfant, il ne sait pas ce qu'il fait.
- Fiona, écoutez-moi, votre fils a essayé de vous tuer. Ne me dites pas que cela ne compte pas. La fée hocha la tête, et cessa de faire semblant de se débattre.
- Vous avez sûrement raison, lâcha-t-elle, semblant presque soulagée. »
Henry lança un regard rempli de dégoût à sa mère, et celle-ci lui sourit c'est à cet instant qu'Archie décida de prendre les choses en main et, se saisissant d'une seringue qu'il avait prise en prévention après l'appel du Maire, il piqua Henry avec. Ce dernier s'écroula dans les bras du psychiatre, non sans lui avoir lancé un dernier regard empli de reproches.
Si il n'avait pas su que ce qu'il faisait était bien, Archie Hooper se serait probablement senti encore plus mal à ce moment précis. Et il aurait eu encore plus honte de lui et de ce qu'il venait d'accomplir.
Ce n'est qu'en croisant le regard soulagé de Fiona qu'il comprit qu'il avait fait le bon choix.
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Henry comprit aussitôt ce qu'il s'était passé à l'instant précis où il se réveilla de son sommeil artificiel (le second, provoqué par Whale) et l'horreur le saisit. Lentement, tout son corps se mit à trembler alors qu'il commençait à comprendre ce que cela pouvait impliquer.
Ils étaient morts, tout les gens qu'ils aimaient, sa famille était morte. Ses grands-parents, sa mère, Zelena, ainsi que le pirate. Henry les avait vu, dans un cauchemar terrible et horrifique, un peu comme si il avait été de retour dans le monde des Limbes.
Il mit quelques secondes avant de comprendre où il se trouvait, et faillit hurler en voyant qu'il était attaché au lit par le biais de menottes. Son épée ayant par ailleurs également disparue, il n'avait plus aucun moyen de se battre, ni même de se défendre.
Il était complètement impuissant, et son sentiment de mal-être s'aggrava quand il vit qui se trouvait à ses côtés dans cette épreuve.
Archie.
Archie qui avait oublié et n'avait aucune idée de ce qui venait de se passer, et qui de toute évidence interpréterait sans aucun doute ses larmes comme étant une forme de regret.
C'est pour cela qu'Henry n'en versa aucune, et ce malgré son désespoir et sa détresse.
Archie réalisa rapidement que quelque chose n'allait pas, et il soupira une nouvelle fois, comme il l'avait fait quelques secondes plus tôt. Le hurlement de l'adolescent l'avait réveillé, et le psychiatre s'était alors dit qu'il ne s'agissait que d'un simple cauchemar. Mais il s'agissait d'Henry, et avec lui, rien n'était jamais simple, de tout façon.
Ils devaient parler, et ça minait profondément l'adulte de devoir faire cela, parce qu'il aimait réellement beaucoup Henry, même quand celui-ci avait commencé à lui parler de contes de fées, quelques années plus tôt.
Lui qui avait alors pensé que tout ceci se terminerait bientôt, manifestement, il avait alors eu tord. Le pire restait à venir, expliquer à Henry ce qu'ils devraient faire maintenant, parce que cette situation ne pouvait plus durer. Malgré tout les efforts de Fiona pour empêcher cela, Archie avait fini par avoir gain de cause.
« Henry, il faut que tu m'écoutes, ce que je vais te dire est très important.
Henry, toujours blessé par la certitude qu'il n'avait plus de famille, mit un temps avant de répondre.
- Qu'y a-t-il, Archie ?
- Ce que je vais te dire n'est pas facile à faire, mais… nous allons devoir t'interner. Dans le même endroit que celui où se trouvait ta mère. Henry sursauta, paniqué.
- Mais… tu es fou ?
- Non Henry, je ne le suis pas, en revanche… toi tu l'es.
- Ce n'est pas vrai ! S'exclama Henry.
- Tu crois ? Mais Henry, tu ne comprends pas… tu as fait quelque chose de grave, tu as essayé de tuer ta mère !
- Cen'est pas mamère!
- Même si elle t'as adopté, Fiona est bel et bien ta mère, mon garçon. Peu importe qu'elle ne t'ai pas mise au monde, elle reste ta mère, celle qui t'aime et qui t'as élevé.
- Ce n'est pas elle ma mère, ma mère adoptive, c'est Regina.
Archie fronça les sourcils :
« Qui est Regina ? »
Henry n'insista pas, et, découragé, se rallongea sur son lit. Il soupira, se disant avec ironie à quel point son attitude différait de celle qu'il avait eu la première fois vis-à-vis de sa mère.
Je suis désolée maman, je le suis réellement.
Il n'avait pas pu la sauver, et Henry savait qu'il s'en voudrait toute sa vie.
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Ce n'est donc que quinze jours après qu'Henry ait été interné dans le même asile qu'elle que l'ancienne Sauveuse apprit ce qu'ils avaient fait à son fils. Ce fut presque par hasard en fait, par le biais d'un appel de Ruby Lucas, serveuse au Granny's, qui décida de la mettre au courant, inquiète tout comme Dorothy de ce qui allait arriver.
« Emma ? C'est Ruby… est-ce que tu vas mieux ?
- Oui Ruby, je vais bien. Tout va bien ici, en fait. Même si c'est bizarre de se réadapter à la vie ici, tout va bien. »
C'était un mensonge, Ruby le savait, Emma le savait, et cette conversation tenait plus du jeu de dupe qu'autre chose, au cours duquel la Sauveuse tenta de persuader son amie que rien ne clochait. Celle-ci n'y crut évidemment pas.
« Tu voudrais revenir, pas vrai ? Je crois que tu vas en avoir bientôt l'occasion… Henry a… il a essayé de tuer Fiona.
- QUOI ? Hurla littéralement Emma, serrant son téléphone entre ses doigts.
Ruby grimaça face à l'assaut que ses pauvres tympans venaient de subir, et reprit ce qu'il disait.
« Il l'a attaquée… avec une épée d'après Archie. Elle va bien, mais il l'a quant même blessée mais je pense que ce n'est pas cela le plus grave Emma.
- Qu'est-ce qui pourrait bien l'être Ruby ?
- Archie et Fiona… ont pris une décision que je trouve tout à fait inconsidérée. Je ne sais pas ce que tu en penses, mais bon… Ils ont décidé de l'expédier dans l'asile où tu te trouvais avant, ils ont déclaré Henry comme étant fou.
- Henry n'a rien d'un fou, il est parfaitement sain d'esprit ! S'insurgea Emma. Je sais que d'un regard extérieur, il peut sembler… bizarre, ou particulier, mais il va bien ! Quand il aura compris que toute cette histoire de conte de fée est insensée, il ira mieux, tout comme moi.
- J'en doute Emma, cela risque de prendre beaucoup plus de temps que pour toi, mais tu as raison au sujet de Henry. Je crois qu'il est seulement à bout, et ton départ a sûrement dû le pousser à commettre un acte inconsidéré… A mon avis, il s'est pris pour le chevalier sauvant la princesse en détresse, ajouta Ruby avec un léger rire.
Emma ne put s'empêcher de rire à son tour.
- Sauf que je ne suis pas une princesse en détresse, et ça tu le sais très bien.
- Tu m'étonnes, tu ressembles beaucoup plus à une Sauveuse qu'à une victime, fit d'un ton léger Ruby. »
La respiration d'Emma se bloqua l'espace d'un instant.
« Qu'est-ce que tu as dit ? Demanda-t-elle d'une voix blanche.
Ruby fronça les sourcils.
- Rien… répondit la jeune femme avec prudence, juste que je ne te voyais pas dans un rôle inactif, du moins si on parle des contes de fées.
- Est-ce que tu as jamais parlé de ça avec Henry ? Est-ce qu'il t'as dit… quelque chose ?
- Non, pourquoi ?
-Pour rien, murmura Emma, bien plus troublée qu'elle ne le laissa paraître.
- Il faut que tu reviennes Em', le Maire et Archie sont réellement en train de faire n'importe quoi, il faut que tu les arrêtes. »
Il faut que tu nous sauves. Voilà ce que disait en sous-texte la demande désespérée de Ruby, et l'ancienne shérif tenta de ne pas en prendre compte, malgré la surprise de savoir que l'autre jeune femme comptait sur elle et personne d'autre pour arranger les choses.
« Pourquoi ne pas demander à quelqu'un d'autre ?
- Parce qu'il s'agit de ton fils, mais surtout parce que tu sais qu'aucune personne de cette foutue ville n'osera se dresser contre elle. Tu dois l'empêcher de faire ça à Henry, j'ai même peur qu'il ne soit trop tard…
Emma hocha la tête, convaincue.
« J'arrive tout de suite Ruby, ne t'en fais. »
Elle allait rentrer à Storybrooke, là où était sa place, et elle allait sauver Henry.
Si tant est qu'il restait quelqu'un à sauver…
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Peu d'heures suffirent à Emma pour qu'elle revienne dans cette ville qui lui manquait déjà, et elle se sentit tellement mieux quand elle eut franchi la frontière, qu'elle se demanda presque pourquoi elle était partie à la base. Elle se sentait bien, presque comme si, presque comme si…
Presque comme si elle était à la maison…
Sauf que ce n'était pas Storybrooke sa maison, mais Boston, ça l'avait toujours été.
(Mais Boston était une ville tellement froide comparée à Storybrooke, qui était la ville où se trouvait ce qui se rapprochait le plus d'une famille.)
Elle avait eu raison de partir, son esprit était beaucoup plus clair sans tout ces médicament, et elle réalisa qu'elle n'aurait jamais voulu partir si Fiona ne l'avait pas manipulée. L'attitude de la Maire lui faisait froid dans le dos, et elle commençait à se dire que Henry avait raison de se méfier d'elle.
(Même si elle n'était pas tant maléfique que cela non plus.)
Il y avait quelque chose de mauvais en elle, enfoui sous des couches de fausse politesse et d'hypocrisie doucereuse.
(L'espace d'un instant elle visualisa une chevelure noire ainsi qu'un visage féminin, autre que celui de Fiona, qui bizarrement lui rappela la Maire de la ville. Cela la fit se sentir inexplicablement bien, comme s'il s'agissait du visage d'une amie disparue.)
Et si Emma n'avait plus peur pour elle-même désormais, elle était effrayée par rapport à ce qui allait arriver à Henry si il restait dans les griffes de cette femme.
Voulant se faire discrète, elle se refusa à se montrer à tous, et gara sa voiture non loin de la frontière, dans la forêt. Personne ne la croisa, en fait personne ne fit attention à elle, et elle constata avec amertume qu'apparemment, tous l'avaient oubliée depuis le temps qu'elle était à l'asile.
(Cela lui causa une profonde peine, sans qu'elle comprenne réellement pourquoi.)
Sans s'en rendre vraiment compte, plus guidée par son instinct que par sa raison, elle ouvrit une porte qu'elle ne pensait pas avoir déjà ouverte, gravi des escaliers et ouvrit une autre porte qui n'était pas fermée à clef.
L'appartement était complètement vide, et elle regarda autour d'elle avec curiosité, avec presque un air de déjà-vu. Comme si elle était déjà venu ici, qu'elle connaissait déjà les lieux.
Mais c'était absurde, pas vrai ?
(Sauf qu'il y a certaines choses qu'on oublie pas, qu'on oublie jamais.
Parce qu'il y avait eu des gens ici, une famille pour elle, et que même si elle l'avait oublié, elle sentait tout au fond d'elle-même qu'il y avait eu quelque chose.
Un mélange de joie et de souffrance, mêlé de beaucoup de regrets commença à l'envahir.)
En réalité, c'était faux, la pièce n'était pas vide.
Du moins, pas tout à fait.
Il restait un objet en particulier, qui ne faisait pas parti des meubles, et qui se trouvait sur la table principal.
Un objet qui n'aurait pas dû se trouver là et qui appartenait à Emma, et qu'elle avait oublié, comme tout le reste, et qui avait été transporté ici par la malédiction.
Un simple objet pour beaucoup de personnes, mais un trésor pour elle.
Et un symbole, de ce qu'elle avait eu autrefois, de ce qu'elle aurait pu avoir, mais aussi de ce qu'elle n'aurait plus.
Quelque chose qui représentait tout ce qu'elle avait perdu, et aussi tout ce qui lui restait.
À savoir plus rien.
Une bague, qui représentait son amour pour un homme qu'elle avait oublié, ainsi qu'un engagement qui n'aurait plus d'importance dans ce monde.
Jusqu'à ce que la mort nous sépare, après tout.
Hé bien c'était chose faite désormais…
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Emma ne comprit pas tout de suite ce qui lui arrivait tout ce qu'elle en tira par la suite, c'est qu'elle avait encore une fois senti quelque chose, et qu'elle avait alors voulu se saisir de l'objet en question.
Quand elle se saisit de la bague, Emma ressentit un grand choc, et eut l'impression d'être traversée par une sorte de courant électrique.
Avant qu'une centaine d'images ne passent devant ses yeux et qu'elle ne s'écroule au sol, effarée par ce qu'elle venait de découvrir.
Oh c'est pas vrai !
Elle aurait presque voulu mourir sur le champ, en fait…
