Jasper POV
Chapitre 6 : Signes involontaires
Il est enfermé dans sa chambre depuis qu'on est rentré, je ne sais pas ce qui se passe. Il avait tellement bouleversé que je me suis senti mal pour lui. Décidément on va de surprise en surprise depuis son arrivée, j'ai du mal à me reconnaître parfois.
J'aurai pu rester et écouter la conversation qu'il doit avoir avec son ami, mais je n'ai pas pu m'y résoudre. Il a des secrets, j'en ai aussi et je n'ai pas le droit de m'immiscer dans sa vie comme ça. On a tous quelque chose à cacher, je suis bien placé pour le savoir.
Nous allons être frères, mieux vaut faire en sorte que nous soyons amis. Un jour je lui parlerai de moi, mais pas aujourd'hui. Un jour je lui dirai qui je suis, il comprendra j'en suis intimement convaincu.
Je veux aussi lui dire que j'ai entendu la vidéo, je ne peux pas garder ça au fond de moi, ça me ronge, je le ferais à la bibliothèque, dans le calme. Il ne pourra pas hurler ou même s'enfuir.
Esmée fait un café frais pendant que Carlisle lui explique le déroulement de la journée. Ils ont l'air tellement heureux que je me demande si je n'ai pas fait une erreur, j'ai choisi le mauvais côté, puis je pense à Edward, non, il ne peut pas être le mauvais côté. Je suis sur que je pourrais aussi être heureux. Un jour !
- Jasper, mon grand ! Veux-tu un café ?
- Avec plaisir !
Je me retourne vers mon père qui est tout sourire. Je veux que ça fonctionne, absolument, pour mon père, pour Esmée, pour Edward et égoïstement pour moi.
Esmée s'assoit en face de moi.
- Tu as parlé avec Edward ?
- Un peu.
- Peux-tu me dire ce qu'il a ?
J'hésite, je ne vais pas lui dire qu'il me déteste, que je le dégoûte, elle ne comprendrait pas.
- Je suppose que ces amis lui manquent !
- Non, c'est autre chose, je connais mon fils, c'est plus profond, plus grave. Est-ce qu'Alec a appelé ?
Alec semble être la clé de tout, il est le point central de la vie d'Edward.
- Oui, c'est moi qui ai répondu, Edward était parti courir !
- Tu lui as parlé ? Il est tellement gentil et prévenant avec Edward, c'est incroyable, il y a entre eux une telle complicité, je suis sûr qu'il doit savoir, je devrais peut-être l'appeler.
Sur le coup, je ne pense pas que ce soit une bonne idée, il avait l'air pas mal bouleversé au téléphone lui aussi, il vaut mieux qu'ils règlent d'abord leurs problèmes, quels qu'ils soient.
- Je pense qu'Edward est au téléphone avec lui en ce moment !
- Parfait ! Alec a toujours su le remettre sur les rails ! Il le fera encore une fois !
Je sens que la discussion est close, pourtant j'ai envie de savoir, quel genre de relation entretiennent-ils, c'est ambigu, Alec est en couple avec une fille depuis plusieurs années, Edward couche avec des filles et simultanément qui plus est, je me demande si Alec et Edward ne sont pas aussi partenaire dans d'autres sessions. Ça serait possible non ?
Puis je me rappelle le dégoût qu'il a envers moi, non, il ne pourrait pas faire ça sinon il ne me repousserait pas aussi violemment à chaque fois.
Mon père va le chercher, et une demi-heure plus tard, on est tous dans la voiture de mon père direction la bibliothèque.
Je déteste monter derrière, je me sens prisonnier, j'ai l'impression d'étouffer, d'être coincé, mais en plus avec Edward à côté de moi c'est encore plus difficile. Je pourrais le toucher, il serait obligé de l'accepter, il ne pourrait pas me repousser.
Bien sûr je n'en fais rien, je suis lâche, pour une fois.
Mon père nous dépose. On descend. J'hésite, je ne sais plus. Ils vont se demander ce qui se passe, mais Jasper Cullen à la bibliothèque c'est tout un événement à Forks.
Et puis j'ai tellement de choses à lui demander, d'abord s'il a parlé à Alec et résolu son problème, ensuite je veux lui dire pour la vidéo.
Ai-je rêvé où ses yeux se sont attardés sur ma bouche, vraiment ? Mon cœur de met à battre un peu plus fort. Je dois me faire des idées.
J'attaque sur la vidéo, il pâlit, je vois que j'ai fait mouche. Il a honte, c'est inscrit sur son visage.
J'essaie de comprendre, ça ne lui ressemble pas, et il est d'accord, je suis perdu. Lui avant ? Avant quoi ? Avant de venir ici ? Mais pourquoi ? Hey ne t'arrête pas, je veux savoir !
Trop tard, il s'est refermé. Je bouillonne, j'ai des milliers de questions, mais il ne semble pas disposé à continuer, du coup je me retourne et me dirige vers le bâtiment municipal.
Mais brusquement je me retourne, il vient encore de grogner, c'est si sexy, j'adore. Pourquoi fait-il ça, sait-il seulement l'impact que ce son a sur moi ? Sait-il qu'il se répercute dans chaque terminaison nerveuse de mon corps ?
Je croise son regard, il est gêné de s'être laissé surprendre, j'ai cru l'espace d'un instant qu'il reluquait mon cul, incroyable ! Me serais-je trompé sur Edward ?
Il est rouge, mal à l'aise, je vois bien qu'il cherche à fuir. Je veux l'aider, mais il sursaute à mon contact et me hurle pratiquement dessus. Il ne supporte pas que je le touche.
La douleur est brève, mais intense. Ma respiration s'est coupée, je veux mourir. Lire le dégoût dans ses yeux alors que je n'aspire qu'au contraire est à la limite du supportable.
Il essaie de se reprendre, mais c'est trop tard, ça fait mal, bordel !
Brusquement il me tend la main, il veut être mon ami, juste mon ami ! Il a compris qui je suis depuis le début. J'hésite, je veux être plus que son ami, mais s'il ne m'offre que ça alors je le prends.
Le repas est détendu, je viens de rencontrer le vrai Edward, il est plein d'humour, il va plaire à Emmett c'est sur ! Je crois même qu'ils vont former une équipe du tonnerre.
Charlie et Billy nous attendaient, en fait ils attendaient plus Esmée, Carlisle n'arrêtait pas d'en parler depuis quelque temps, pire qu'un gamin.
Charlie mène son enquête, un jeune de plus à Forks veut dire possibilité de trouble donc il passe Edward au détecteur Swan.
- Alors Edward, une petite copine ?
- Non !
- Tu ne vas pas débaucher notre petite Alice tout de même !
- Ça me surprendrait beaucoup !
- Ah bon ! Elle est mignonne pourtant et…
- Je les préfère les blonds… les blondes je veux dire !
J'ai écarquillé les yeux de surprise, quel lapsus ! Je vois bien qu'il est de plus en plus mal à l'aise, l'interrogatoire de Charlie est pour le moins étrange, qu'a-t-il senti de différent ?
- Qu'est ce que tu fais comme activité ?
- Musique, je cours aussi.
Je mets fin à son supplice.
- Viens on va retrouver les autres, ils doivent être dans le garage de Jacob. Tu vas rencontrer Emmett et Bella, coupais-je
Et j'entraîne Edward vers le garage dans lequel nous nous retrouvons presque tous les jours. J'entre sans frapper. Bella est, comme d'habitude, assise sur les genoux de Jacob qui a passé ses mains sous son chandail. Ils ne changeront donc jamais. Je me dis qu'ils ont de la chance de pouvoir s'aimer au grand jour.
L'image d'Edward collé à moi s'impose, moi aussi je serais incapable d'ôter mes mains de sa peau, je suis sûr que ça doit être délicieux. Emmett s'occupe de mettre des CD dans le lecteur pendant qu'Alice nous regarde entrer.
- Salut les boys ! lance-t-elle avec un clin d'œil qui m'est destiné
Edward s'assoit sur le bord du canapé, il est tendu, nerveux.
- Moi c'est Emmett ! Elle c'est ma sœur Bella ! T'as du voir notre père il est…
- Shérif ? J'ai passé l'interrogatoire, merci !
Emmett aboie de rire, Edward lève un sourcil intrigué.
- Alors c'est comment Phoenix ? Je croyais que tout le monde était bronzé là-bas !
Edward sourit.
- Ça doit être pour ça qu'ils m'ont foutu dehors !
- Cool ! Alors il paraît que tu es super bon en musique, Jacob n'a pas arrêté de nous rabâcher les oreilles avec ça, Edward par ci Edward pas là, Eddychounet, tu as fait une conquête !
Edward lève un sourcil.
- Eddychounet ? Tu m'as appelé Eddychounet ? Certains sont morts pour moins que ça, ma poule !
Ma poule ? Edward vient d'appeler Emmett ma poule ? Est-il sérieux ou joue-t-il ? Alec m'a dit qu'il appelait tout le monde comme ça.
- Je ne suis pas ta poule ! boude Emmett
- Non c'est vrai ! Mais moi je ne suis pas ton Eddychounet ! Appelle-moi Ed et ça ira !
Je ne connaissais pas cet Edward-là, il a l'air si sur de lui, pas du tout impressionné par la carrure d'Emmett. Il sourit, il transpire la confiance, sa beauté transcende le reste de la pièce en un décor presque féérique. Je suis sans voix, bloqué. Je n'arrive pas à détacher mes yeux de son visage.
Alice m'attrape par le bras et me tire vers le fond du garage.
- Jazz ça va ?
Je secoue la tête.
- Alice, il faut que je te parle, je… j'ai un problème, un gros problème !
- J'ai cru comprendre !
Je m'approche d'Edward sans le toucher.
- Je peux te laisser ? J'ai besoin de voir Alice un petit moment !
Il se retourne vers Alice, son regard est franchement hostile, qu'est ce qu'il lui prend tout à coup ? Si je ne le savais pas légèrement homophobe, je jurerai qu'il est jaloux. Je vois au sourire ravi d'Alice qu'elle le croit aussi.
- Ne me laisse pas seul avec Teddy Bear trop longtemps !
Jacob et Bella éclatent de rire, Emmett grimace et se lève pour faire face à Edward, je me sauve, je ne veux pas entendre la suite. Edward a lancé un défi à Emmett, qui bien sûr s'est empressé de le relever.
- Teddy bear ? Pour te faire pardonner, j'aimerai que tu nous fasses une démonstration de tes talents musicaux, tu en es capable beauté ?
Je me suis figé dans l'embrasure de la porte. Mais qu'est qui prend à Emmett ? Edward ne va pas apprécier c'est sur, je me retourne pour voir sa réaction, il sourit de toutes ses dents.
- Beauté ? Et t'as pas tout vu ma poule !
Cette fois c'est Emmett qui rit franchement.
- Je t'aime déjà ! Tu joues ?
Jacob c'est levé et a tendu sa guitare à Edward, j'ai refermé la porte derrière moi. C'est juste moi ! Ce n'est que moi qu'il déteste. Que lui ai-je fait ?
- Jasper ? Viens on va sur la plage !
Je la suis, je n'ai plus envie de parler tout à coup, bien au contraire, j'ai envie de m'enfermer quelque part, de ne voir personne et de pleurer sur mon sort. J'ai dû me perdre en cours de route.
- Je t'écoute !
- Laisse-tombé Alice, je crois que je viens de rencontrer un mur !
- Un mur ?
- Oui ! Je crois qu'il me déteste !
- Edward ?
J'acquiesce. Alice fronce les sourcils, elle réfléchit.
- Je ne crois pas ! Il y a des signes involontaires qui ne trompent pas !
Je ris. Je ne peux faire que ça.
- Les signes involontaires ? Tu veux que je t'en donne un ? On est allés à la bibliothèque, oh je sais ça ne me ressemble pas, mais que veux-tu Edward voulait y aller, donc on est allé à la bibliothèque, j'ai voulu le faire passer devant moi et quand je l'ai touché il a sursauté et hurlé en pleine rue de ne pas le toucher. Comme signe involontaire c'est assez clair, merci !
Alice est surprise. Elle s'était déjà fait une superbe histoire, moi aussi je l'avoue, et ça, elle l'a compris dès que je suis venu les voir hier. Alice sait toujours tout, elle devine, je suis même sûr qu'elle peut imaginer le futur.
- C'est bizarre parce que lorsqu'il te regarde, il est…
- Dégoûté ?
- Je dirais plus gourmand, même désespéré.
Je ris, c'est incontrôlable. Je repense à la vidéo. Edward n'a rien de désespéré.
- Il a une petite amie, elle s'appelle Jessica ! J'ai fouillé dans son ordi ce matin.
- Jazz ! C'est trop nul ! Raconte !
Alice veut se donner bonne conscience alors elle me fait les gros yeux, mais elle veut savoir malgré tout.
- Elle lui a envoyé une vidéo, Alice, il couche avec elle, avec une autre fille aussi, elles étaient toutes les deux sur la vidéo en train de … et c'est le nom d'Edward qu'elles murmuraient, elles disaient que…
ma voix s'est étranglée, je me rappelle très bien ce qu'a dit la blonde. Et ces paroles sont une véritable torture, parce que je sais maintenant que je manque quelque chose. J'ai la certitude qu'Edward est un amant extraordinaire.
Je continue.
- Puis il y a Alec, lui il sort avec une certaine Jane, mais ce matin il a appelé, il semblait croire que quelque chose n'allait pas dans la vie d'Edward, alors il m'a demandé d'aller le chercher. Je l'ai trouvé sur le bord de la route, près de Forks, il avait couru, si loin comme pour me fuir. Alice, il était assis par terre en train de pleurer. Il avait l'air si malheureux, j'ai… j'aurai…
Alice s'est arrêtée, elle a ouvert ses bras, et malgré la différence de taille, malgré le fait que ce n'était pas dans mes habitudes, je me suis laissé envelopper par ses bras si réconfortants.
- C'est bizarre, je suis sûr que je ne me suis pas trompée ! Vous êtes faits pour être ensemble !
- Il couche avec plusieurs filles à la fois Alice ! Il n'a rien d'un…
- On a couché ensemble Jasper !
- Une fois Alice, une seule fois, on a juste essayé et c'était un véritable désastre.
- C'est vrai ! Mais c'est parce que tu n'as jamais essayé avec quelqu'un d'autre, et…
- Alice !
Qu'est-ce qui lui prend ? Elle sait que je n'ai pas de désir pour les femmes, elle sait que ça ne me fait ni chaud ni froid. Et si je l'ai fait avec elle, c'est parce qu'elle est mon amie et qu'elle a une peur bleue des hommes. Avec moi elle ne risquait rien, absolument rien.
Jacob a dû ouvrir les fenêtres parce que j'entends le son de sa guitare. Edward doit jouer. C'est triste. Je ne peux que m'imaginer son visage, transcendé par la musique. Je l'imagine, les yeux fermés, le visage en extase. Je le revois assis à son piano, hier, proche de la jouissance.
J'étouffe un sanglot, il fait mal.
- Un an Alice, je ne tiendrais pas un an, c'est impossible !
Elle me berce doucement.
- Shhhhhhhhhh ! On va faire un pacte tous les deux !
- Un pacte ?
- Exactement ! Tu lui accordes un mois ! Si dans un mois rien ne s'est amélioré entre vous, on aura une discussion tous les trois ! D'accord ?
Je soupire, Alice doit avoir une idée derrière la tête.
- Explique !
- Tu vas faire exactement ce que je te dis ! À partir de maintenant on va faire semblant d'être ensemble !
- Quoi ? Ça ne va pas la tête !
- Jasper ! Ne fais pas l'imbécile, tu veux Edward ou pas ?
Je tourne la tête vers le garage, la musique s'est arrêtée. Il nous regarde par la fenêtre.
- Je t'écoute !
- Il faut le rendre jaloux !
- Jaloux ?
Je ris aux éclats. Rendre Edward jaloux ! N'importe quoi ! Alice est tombée sur la tête ma parole ! Il n'est même pas gay !
- Alice, tu n'es pas sérieuse ?
- Si ! Et on va commencer immédiatement ! Tu vas m'embrasser !
- Pas question !
- Si !
- Alice ! Je ne peux pas faire ça !
- Pourquoi ?
- Alice, t'es une fille, t'es…
- T'as qu'a pensé que je suis Edward !
Je soupire, je regarde à nouveau vers le garage, il n'est plus à la fenêtre. Alice met ses mains autour de mon visage, et m'attire à elle, elle pose délicatement ses lèvres sur les miennes. Rien de bien exceptionnel !
J'entends Bella qui nous appelle.
Elle nous regarde bizarrement, son regard nous scrute à la loupe, elle me laisse passer sans un mot, mais attrape Alice par le bras.
- Alice, qu'est ce que tu fais ?
- J'aide, tu ne vois pas ?
- Non, je ne vois pas ! Si tu parles d'Edward et de Jasper, je crois que tu ne fais qu'empirer les choses, il est parti ! Ça fait un moment d'ailleurs.
Je m'arrête.
- Parti ? Où ?
- Ben je ne sais pas, il a juste demandé à Emmett si le chemin de la Push rejoignait la maison.
Le chemin rejoignait effectivement la maison, mais c'était loin.
- Il a dit quoi ?
- Un coup de fil à passer ! Un problème de résolu !
- Merde !
- Jasper c'est loin quand même, il va mettre au moins une heure pour rentrer.
- Il court vite, il sera là bas avant moi !
Je rentre chez Billy, les faisant sursauter.
- Jasper, tu es là, je pensais que tu étais parti avec Edward ?
- Non, papa, je peux rentrer ? Alice va me ramener !
- OK fils ! On rentrera d'ici une heure ou deux !
Alice m'a déposé devant la porte de la maison, il y a de la lumière au dernier étage. Je monte les escaliers quatre à quatre, je rentre dans la chambre d'Edward sans prévenir, il n'est pas là.
Je suis si en colère, si énervé que je ne réfléchis pas une seconde. J'ouvre la porte de la salle de bain à toute volée. Il est là, il vient de sortir de la douche, moi je vais certainement avoir besoin d'en prendre une, bien froide !
Je suis tétanisé, il est nu devant moi et je ne sais plus quoi faire, mes yeux s'attardent trop sur ses abdos, sur ses mains, sur la serviette enroulée autour de sa taille, mais qui laisse deviner beaucoup.
- Jasper ?
- Je… Je suis désolé ! Je…
- Sors !
- Je…
- S'il te plaît, sors ! S'il te plaît ! S'il te plaît !
Ses yeux sont si tristes que j'ai mal pour lui. Son corps est parfait, parfait, juste pour moi, pour mes mains, pour ma bouche, juste parfait ! Je referme la porte derrière moi.
Il est si beau !
