DISCLAIMER : tous les personnages et l'univers de Harry Potter appartiennent à JK Rowling.

RATING : M+

WARNING : slash / Yaoi - relations homosexuelles explicites


Chapitre 5 – Visions de néant

Lundi 21 août 2017 – Ministère de la Magie

Debout devant l'immense fenêtre de son bureau, Harry contemplait la ville de Londres.

- Bonjour Monsieur Potter, intervient Maddy qui entrait dans le bureau les bras chargés d'un plateau. Je vous apporte votre café et la presse. Il n'y a rien de bien intéressant ce matin.

- Merci Maddy, répondit Harry sans se retourner. Laissez tout sur la table basse.

- Vous avez rendez-vous avec …

- Annulez tous mes rendez-vous je vous prie.

- Mais …

- J'ai dit : annulez tous mes rendez-vous.

- Bien Monsieur Potter.

Harry se retourna et ses yeux se posèrent sur une armoire dans un coin de la pièce. Maddy avait suivi son regard et comprit immédiatement.

- Je vais interdire l'accès à votre bureau à toute personne, y compris Allison. Je vous laisse placer les sorts de protection. Prévenez-moi quand vous aurez … fini, dit Maddy en sortant.

- Maddy ! l'interpella Harry. Merci. Merci de me comprendre et de ne pas poser de questions.

- Je vous en prie Monsieur Potter. C'est mon travail.

Et elle referma doucement la porte.

Harry jeta sur la porte un sort d'insonorisation et un colla porta qui empêcherait quiconque d'entrer.

Il avait besoin d'être seul. Il voulait se replonger dans ses souvenirs, au sens littéral du terme.

Il se dirigea vers l'armoire qu'il ouvrit au moyen d'un sort informulé. A l'intérieur, se trouvait une large vasque en bronze lisse remplie d'un liquide moiré. Au dessus, de petites tablettes en bois retenaient une multitude de fioles en verre contenant un liquide argenté. Chaque fiole était dûment étiquetée : « HD février 2003 » « HD mars-avril 2003 » « HD juin 2003 » « HD Paris – Juin 2003 » « HD novembre 2003 » « H décembre 2003 – mai 2004 » « H 15 mai 2004 » … et ainsi de suite pour chaque année jusqu'à très récemment.

Harry sortit de sa poche une nouvelle fiole étiquetée : « HD 20 août 2017 » qu'il posa à côté des autres.

Le souvenir contenu dans cette fiole était encore vivace dans sa tête et dans son cœur. Il lui donnait le sentiment de revivre. Il aurait bien voulu passer sa journée à le revoir encore et encore mais pour l'heure, il avait besoin de revivre d'autres souvenirs.

Des souvenirs plus douloureux, plus lointains. Il devait comprendre comment il en était arrivé là. Il devait comprendre pour ne pas refaire les mêmes erreurs.

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Flash-back

Vendredi 13 février 2004 – Ministère de la Magie

POV Harry

- Potter.

- Malefoy.

- Voici la copie du jugement de condamnation de Travers et Selwyn. Ils ont tous les deux pris la perpétuité.

- Avec mise à disposition du Ministère ?

- Non hélas. Le tribunal ne m'a pas suivi.

- Tant pis. C'est déjà du beau travail comme ça. Merci Malefoy.

- Pas de quoi. Bonne journée Potter.

- Malefoy ! … Draco … attends, s'il te plaît.

Je ne sais pas pourquoi, je ne veux pas qu'il parte si vite. Il se retourne et attends manifestement que je reprenne la parole.

- Je … je suis content qu'on continue à … faire du bon boulot … malgré … malgré ce qui s'est passé entre nous, dis-je légèrement empourpré.

- J'ai beaucoup de défauts mais je suis professionnel … Nous le sommes tous les deux. Il n'y a pas de raison pour que le travail pâtisse de notre … situation.

- Bien. J'espère que nous pourrons continuer comme ça … Il y a encore beaucoup de mangemorts en liberté …

- En effet.

Comme je ne dis plus rien, il se remet en route vers la porte. Je l'interpelle encore :

- Draco … tu … tu sais quel jour on est, n'est-ce pas ?

- Oui, dit-il dans un souffle. Je sais quel jour on est …

- Je n'ai rien oublié, tu sais.

- Moi non plus, me répond-il en portant instinctivement sa main à son poignet gauche où il porte toujours la montre que je lui ai offerte.

Je souris et ce constat me met un peu de baume au cœur. Moi aussi d'ailleurs, je porte sa montre. Je n'ai pas pu m'en défaire.

Aujourd'hui, ça fait un an qu'on s'est « trouvés » tous les deux. Un an depuis cette nuit magique où il s'est donné à moi pour la première fois.

- Tu voulais me dire autre chose ? me demande-t-il de ce ton froid que je déteste tant.

- Je … j'ai encore tant de choses à te dire, Draco.

Son regard se voile de tristesse.

- Harry … tu rends les choses encore plus difficiles qu'elles ne sont. Je te souhaite une bonne journée, dit-il avant de quitter mon bureau.

Je reste là avec mon désespoir. Il n'y aucune chance que les choses s'arrangent entre nous.

Je n'ai jamais autant détesté Ginny qu'en ce moment. C'est schizophrénique car elle porte mon enfant, mon fils, que j'aime déjà plus que tout.

Lord Byron a écrit : « le souvenir du bonheur n'est plus le bonheur. Le souvenir de la douleur est de la douleur encore».

Putain ce qu'il a raison …

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Samedi 15 mai 2004 – Hôpital Sainte-Mangouste

- Félicitations Monsieur Potter ! Voici votre fils.

L'infirmière me tend un paquet de couvertures dans lesquelles repose James Sirius Arthur Potter. Mon fils.

C'est un bébé robuste et braillard. On ne peut pas encore déterminer la couleur de ses yeux mais le duvet brun qu'il a sur la tête a déjà l'air indomptable… je n'ai aucun mal à imaginer ce que seront ses cheveux …

J'embrasse Ginny qui est épuisée mais heureuse.

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Samedi 5 juin 2004 – Manoir Potter, Richmond

C'est son anniversaire aujourd'hui. Je lui ai fait livrer deux variétés de thé précieux commandées chez Mariage Frères : « Neige de Jade », un thé blanc Darjeeling récolté dans le jardin organique d'Arya et « Brume de l'Himalaya », un thé noir Darjeeling composés de délicats bourgeons séchés.

Sur un petit bristol, j'inscris cette phrase de Georges Sand :

« Le souvenir est le parfum de l'âme ».

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Jeudi 8 décembre 2005 – Manoir Potter, Richmond

« Monsieur et Madame Matthew Greengrass ont le plaisir d'annoncer

le mariage de leur fille Astoria

avec Monsieur Draco Lucius Alexander Malefoy.

Le mariage sera célébré le samedi 17 décembre 2005

au Manoir Malefoy dans le Wiltshire »

- Harry ? Tu vas bien ? Tu es tout pâle …

Par Merlin, qu'elle se taise !

- Je vais bien, dis-je d'un ton sec.

- Harry … écoute… il faut vraiment que tu fasses quelque chose. Je ne te reconnais plus … J'ai en marre de ton agressivité. Et quand tu n'es pas agressif, tu es complètement apathique. Tu ne me parles plus, c'est à peine si tu t'intéresses à ton fils …

- Ginny, n'exagère pas … Je suis un peu surmené, c'est tout.

- Ça fait deux ans que ça dure Harry ! J'en ai parlé à Hermione qui me conseille d'aller voir un psychomage parce que là c'est carrément plus possible tu comprends je ne peux …

Je ne sais pas comment faire taire cette incontinence verbale. Je ne la supporte plus. C'est de sa faute si j'en suis là …

Une colère sourde monte en moi et d'un bond je me poste devant elle et l'attrape par la nuque. Je plaque durement mes lèvres sur les siennes.

Le silence enfin.

Elle répond à mon baiser mais comme toujours ses lèvres à elle sont trop fines, n'ont pas la bonne saveur. Ses baisers ne me font plus rien.

Alors je repense à l'annonce dans la Gazette et je voudrais hurler de douleur.

A la place, je renverse ma femme sur la table de la cuisine et la possède violemment. Cette sotte gémit comme un goret croyant sans doute qu'elle me fait de l'effet. Si elle savait qu'à cet instant, j'ai entre les bras un adonis blond d'un 1,85 m, elle se tairait sûrement.

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Vendredi 23 décembre 2005 – Ministère de la Magie

La réception de Noël du Ministère bat son plein. Shacklebolt a fait un interminable discours au bout duquel il nous remercie, mon équipe et moi pour les résultats obtenus dans la traque des Mangemorts. Il félicite également Draco pour les condamnations qui ont suivi … et pour son récent mariage.

Je le vois qui se rembrunit à cette évocation.

Je m'approche de lui et remarque immédiatement l'anneau d'or qui brille à son annulaire gauche.

- Salut Draco, dis-je.

- Salut Harry.

- Je peux te parler dans un endroit plus calme ? je lui demande.

Il soupire et je vois bien qu'il essaye de trouver un motif pour refuser. En vain. Il m'accompagne dans le couloir désert. J'avise une salle de réunion vide et nous y entrons.

- Tu n'es pas en voyage de noces ? dis-je, un brin plus agressivement que nécessaire.

- Non, nous ne partirons pas en voyage de noces, se contente-t-il de répondre.

J'hausse un sourcil interrogateur mais son regard glacé me dissuade d'essayer d'en savoir davantage.

- Tu aurais pu me l'annoncer, non ? Je l'ai appris par la Gazette.

- Comme tout le monde, ici. Je n'ai prévenu personne, dit-il.

- Je ne suis pas tout le monde … dis-je avec amertume.

Il ne répond pas.

- C'est décidé depuis longtemps ? je demande.

- Non, quelques jours avant la publication dans la Gazette.

Là je le regarde vraiment intrigué.

- Tu n'es pas le seul à avoir le sens de l'honneur, Potter.

- Ah … dis-je, comprenant la raison de cette précipitation. Elle est enceinte.

A ce moment, Draco me donne l'impression de porter le poids du monde sur ses épaules. Il s'adosse au mur et s'entoure de ses propres bras. Il a l'air sur le point de fondre en larmes.

Je ne peux réprimer le besoin d'aller vers lui et de le prendre dans mes bras.

Alors que sa tête se niche au creux de mon cou et que ses bras entourent fermement ma taille, je me dis que sa place est ici. Contre moi. Dans mes bras.

- Draco … je suis là si tu as besoin d'en parler.

Je l'entends qui rit amèrement dans mon cou.

- Bien sûr Harry ! J'allais vais venir te raconter qu'un soir où j'étais fait comme un coing j'ai baisé Astoria, sans précaution aucune et que cette garce ayant pris le soin de boire une potion de fertilité, elle s'est retrouvé enceinte le soir même …

- Merde alors …

- Comme tu dis … je me suis fait avoir comme un débutant ! Si mon père apprend ça, il en fera une apoplexie. Depuis que j'ai compris que ce que j'ai dans le pantalon sert aussi à autre chose que pisser, il n'a pas arrêté de mettre en garde contre toutes les roulures qui voudraient coucher avec moi pour se faire épouser et mettre la main sur la fortune des Malefoy … Et bien, c'est chose faite !

- Merlin Draco, je suis vraiment désolé pour toi. Et tu acceptes quand même de l'épouser ?

Il s'écarte de moi et rit nerveusement.

- Comme tu me l'as si bien dit il y a deux ans, cet enfant n'a pas à payer pour mes erreurs.

Je soupire. Il a raison évidemment.

- On peut dire qu'on a bien réussi notre vie tous les deux, dis-je, amère. Coincés avec un môme dans un mariage sans amour.

- Parfaitement résumé !

Nous finissons par rire de manière presque hystérique. Lorsque nous parvenons enfin à reprendre notre souffle, nous sommes à nouveau dans les bras l'un de l'autre, beaucoup trop proches pour notre propre bien.

Et quand nos yeux s'accrochent enfin, tous ces mois écoulés dans la solitude et le désespoir disparaissent. Il n'y a plus que nous et l'amour que nous ressentons toujours l'un pour l'autre.

Je reçois son baiser comme un assoiffé reçoit sa première gorgée d'eau. C'est infiniment douloureux mais infiniment bon à la fois.

Que ses lèvres m'ont manqué. Que son corps contre moi m'a manqué.

Mais toute bonne chose a une fin et c'est Draco qui rompt cet instant magique. Il me tient le visage entre les mains, son front contre mon front, les yeux hermétiquement clos.

Il me dit :

- Je t'aime Harry… je t'aime tant. Mais putain ce que ça fait mal !

- Je sais Draco. Je sais.

Il lâche mon visage et s'écarte de moi. Il quitte la pièce. Tout est dit.

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Lundi 20 février 2006

« DOLOHOV ET ROCKWOOD APPREHENDES !

Deux des plus proches disciples de Voldemort, les mangemorts Antonin Dolohov et Augustus Rockwood ont été appréhendés hier par les Aurors. Il s'agit d'un nouveau coup de maître pour Harry Potter et son équipe »

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Jeudi 30 mars 2006

« DOUBLE TRIOMPHE POUR LE MINISTERE : ENORME COUP DE FILET POUR LES AURORS ET CONDAMNATION EXEMPLAIRE

Le triomphe continue pour Potter et ses hommes. Le Ministère a annoncé la capture ce matin des mangemorts McNair, Mulciber et Nott. Rappelons qu'ils étaient tous les trois membres de la garde rapprochée de Vous-savez-qui.

La Gazette vous informe par ailleurs en exclusivité que les mangemorts Dolohov et Rockwood ont écopé de la prison à perpétuité. Le Mangenmagot a été insensible aux arguments et aux circonstances atténuantes invoquées par les deux prévenus, préférant s'aligner sur le réquisitoire implacable de l'assistant du Procureur Draco Malefoy.

Les observateurs n'hésitent à parler d'une véritable « dream team » au sein du Ministère, en la personne de Harry Potter et de Draco Malefoy. Jamais le taux de réussite n'a été aussi élevé tant au niveau du Bureau des Aurors que du Bureau du Procureur ».

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Mardi 8 août 2006 – Hôpital Sainte-Mangouste

Je fais les cent pas dans le couloir du service obstétrique de l'hôpital Sainte-Mangouste. Ginny y a été amenée en urgence cette nuit, prises de violentes contractions. Apparemment, le bébé arrive avec un mois d'avance.

- Monsieur Potter, puis-je vous conseiller d'aller vous reposer un peu ? Vous ne pouvez rien faire de plus ici, me dit gentiment une infirmière.

- Je … non, je préfère rester.

- Comme vous voulez mais vous ne pourrez pas voir Madame Potter avant un petit moment. Elle a été stabilisée par les médicomages. Les contractions se sont calmées mais elle a été placée dans un sommeil magique pour qu'elle récupère un peu.

- Et le bébé ? je demande avec inquiétude.

- Il va bien, rassurez-vous.

- Bien, merci Madame.

Je respire un peu mieux. Alors que j'allais me rasseoir sur la banquette placée dans le couloir, mon attention est attirée par des pas précipités. On amène sur un brancard lévitant une jeune femme sur le point d'accoucher également.

Derrière elle, un homme blond au visage impassible.

- Malefoy ? je m'exclame.

- Potter ? Mais que fais-tu ici ? me dit-il en retour.

- Je … c'est Ginny. Le bébé arrive en avance …

En disant cela, je me rends compte que Draco n'est pas au courant pour la seconde grossesse de Ginny. Je vois son visage qui se ferme.

- Je … je suppose que tu accompagnes Astoria dans la salle d'accouchement ?

- Absolument pas ! me répond-il presque indigné. Chez les Malefoy, on n'assiste pas aux naissances. Et moi encore moins vu les circonstances, marmonne-t-il dans la barbe qu'il n'a pas. Je … je l'ai juste accompagnée …

- A mon avis, il y en a pour un bout de temps … Je t'invite prendre un café en bas ?

Il hausse les épaules et me suit jusqu'à la cafétéria. On s'assied tous les deux l'un en face de l'autre.

- Alors comment ça tu vas en avoir un deuxième ? me dit-il tout de go.

- Oui … il n'était pas vraiment prévu.

Il arbore son rictus en coin, l'air de dire : « A d'autres mon pote ». Je me sens alors obligé de lui expliquer les circonstances qui ont présidé à la conception de ce bébé.

Il est abasourdi et c'est rien de le dire.

- Tu as … tu as agressé ta femme sexuellement parce que tu as appris que j'allais me marier ?

- Je ne l'ai pas agressée sexuellement ! je m'offusque. J'ai … j'ai juste été un peu véhément parce que, oui, j'étais contrarié à l'idée que tu te maries.

Nous restons silencieux quelques instants.

- Tu te rends compte de l'ironie Harry ? dit-il dans un rire sans joie. Nous allons avoir nos fils quasiment au même moment … Des fils que nous avons conçu chacun en pensant à l'autre …

- Ça pourrait être romantique si ça n'était pas si triste … dis-je avec amertume.

Nous terminons nos cafés et nous remontons au service d'obstétrique.

Nous prenons tous les deux places sur la banquette, dans l'attente de nouvelles de nos épouses respectives. Nous gardons le silence mais nos doigts, cachés sous nos vestes, sont fermement entremêlés.

Une porte s'ouvre.

- Monsieur Potter ! m'interpelle l'infirmière. Les contractions ont repris. L'accouchement est imminent.

Je me lève et me tourne vers Draco. Nous échangeons un signe de tête et un léger sourire.

Quelques heures plus tard, je sers contre moi un petit corps emmailloté. Il est tellement petit et léger que j'ai l'impression que la couverture pèse plus lourd que lui.

Contrairement à James, il est calme, il ne pleure pas. Et ses yeux sont grands ouverts. Je suis stupéfait de constater qu'ils prennent déjà une intense couleur verte. J'ai l'impression qu'il me regarde avec inquiétude.

Je me sens pris d'un intense besoin de le protéger, de lui dire que je l'aime et que je serai toujours là pour lui.

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Mercredi 9 août 2006 – Hôpital Sainte-Mangouste

Je suis debout devant la vitre et je regarde mon fils dormir. Parmi les dizaines de petits berceaux alignés, je l'ai reconnu tout de suite.

Des pas s'approchent derrière moi et une main légère se pose sur mes reins. Il n'y a que lui pour m'électriser par ce seul geste.

- Bonjour Draco, lui dis-je sans même devoir me retourner.

- Alors, lequel est le tien ?

Je lui désigne le quatrième berceau de la deuxième rangée.

- Je te présente Albus Severus Remus Potter.

- Et moi je te présente son petit voisin de droite : Scorpius Hypérion Malefoy.

Dans le petit lit de droite se trouve ni plus ni moins qu'un petit ange : un minuscule visage rose nacré et un duvet blond aux reflets d'argent. Contrairement à Albus, Scorpius est éveillé et il fixe déjà le monde avec ses yeux couleur d'airain.

- Il te ressemble trait pour trait, dis-je. Il est beau.

- Merci. Je ne m'imaginais pas que ce serait si … intense …

- Quoi ? L'amour que tu as déjà pour lui ?

- Oui … je n'ai pas … je veux dire … mon père n'était pas …

- Tu n'es pas ton père, je le coupe.

Pour toute réponse, il serre mes doigts dans les siens.

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Samedi 21 octobre 2006 – Hôtel Méridien Piccadilly, Londres

J'ai donné rendez-vous à Draco au bar du Méridien à Piccadilly. Je sais qu'il adore cet endroit car tout y vert, depuis la moquette jusqu'au cuir des confortables fauteuils. A croire que la pièce a été décorée par un ancien serpentard …

Il est parfaitement ponctuel comme à son habitude. Je ne me lasse pas d'admirer sa grâce et son élégance naturelle alors qu'il approche.

Il pose sur une chaise son long manteau en cachemire noir qui le fait paraître encore plus grand qu'il n'est. En dessous, il porte un pantalon noir à pinces et un pull à col roulé anthracite.

Il s'assied dans le fauteuil voisin du mien et croise ses longues jambes. Le mouvement fait remonter légèrement son pantalon et dévoile sa cheville fine recouverte d'une chaussette noire.

J'adore ses chevilles. Elles sont délicates et robustes à la fois. J'aime particulièrement la droite, sur laquelle un petit serpent est tatoué.

Il me regarde, attendant manifestement que je lui explique pourquoi je l'ai fait venir ici.

Je ne tergiverse pas.

- Je t'aime toujours Draco. Je… je ne peux pas vivre sans toi. Je sais qu'on ne pourra rien s'offrir d'autre qu'une relation illégitime, des rendez-vous en cachette et des baisers volés au coin d'une rue mais en ce qui me concerne, je suis prêt à prendre tout ce que tu voudras bien me donner … pourvu que je sache que tu m'aimes encore.

Ses yeux de mercure me fixent comme s'ils sondaient mon âme. C'est ce qu'ils font du reste.

- Tu sais ce que ça va impliquer Harry … Tu es conscient des difficultés ? Tu es conscient du mal que nous ferons autour de nous si jamais nous sommes découverts ? Tu as pensé à tes enfants ? Tu seras conspué par le Monde sorcier quand il saura que tu te fais baiser par un Mangemort …

Je soupire. Je savais qu'il m'obligerait à considérer les pires des scénarios.

- Oui, je dis. J'y ai pensé, longuement même. D'abord, le monde sorcier, je l'emmerde. J'ai donné toute mon adolescence au monde sorcier pour qu'il vive en paix ! Ce qu'il pense à présent, j'ai ai rien à foutre. Quant à mes enfants, je crois que je leur fais encore plus de mal en étant imbuvable comme je le suis pour le moment. Et si nous sommes découverts, je l'assumerai. Et toi ?

Il rit, d'un rire clair et terriblement doux à entendre.

- Depuis des années, j'assume d'être le fils de Lucius Malefoy, premier des mangemorts, bras droit de Voldemort. J'assume d'avoir la Marque des Ténèbres tatouée à vie sur le bras … alors je crois que oui, je pourrai assumer d'être l'amant d'Harry Potter, le Sauveur du Monde sorcier !

Je ris avec lui, content que nous puissions toujours plaisanter sur ce sujet.

Mais il finit par cesser de rire et me regarde avec un grand sérieux.

- Harry, me dit-il. Je suis prêt à recommencer. Je suis prêt à assumer les difficultés d'une liaison avec toi mais à une condition, une seule.

- Je t'écoute, dis-je avec appréhension.

- Je me contenterai de minutes volées et des dernières plages horaires de ton agenda, j'accepterai tes absences et que tu passes du temps avec ta famille avant moi mais … là, me dit-il en appuyant son index sur mon cœur, là … , je veux la première place. Je pourrai tout supporter tant que je sais que ton cœur est à moi.

- Il l'est Draco. Il est à toi depuis longtemps et pour toujours.

Sans rien ajouter, il prend ma main et m'emmène à l'extérieur du bar. Étonné, je le suis vers les ascenseurs.

- Draco ? Où allons-nous ?

Avec un rictus très serpentard, il extirpe de la poche de son pantalon une clé magnétique.

D'un regard empreint de luxure, il me souffle à l'oreille.

- Je savais ce que tu allais me demander. Et je savais que j'allais accepter. Alors, j'ai pris la liberté de réserver une chambre pour te montrer comme je t'aime toujours…

Lorsque les portes de la cabine d'ascenseur se referment sur nous, il m'enlace et m'embrasse langoureusement.

- Tu ne vas plus pouvoir marcher pendant au moins deux jours, dit-il tout contre ma bouche.

Son baiser me renverse et je sens mes jambes qui tremblent d'anticipation.

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Jeudi 3 avril 2014 – Ministère de la Magie

« LA PHOTO QUI INTRIGUE LE MONDE SORCIER

HARRY POTTER ET DRACO MALEFOY : ENNEMIS, AMIS OU AMANTS ?

Une photo moldue, reproduite ci-dessous, intrigue grandement les sorciers et sorcières de Grande-Bretagne. On y voit le Ministre de la Magie Potter en compagnie du Procureur Sorcier Malefoy quitter l'hôtel moldu Le Ritz, sur Piccadilly. Ils sourient, complices mais le plus curieux c'est qu'ils semblent se tenir la main.

L'attaché de presse du Ministre de la Magie a démenti toute relation autre que professionnelle entre les deux hommes et compte faire une déclaration dès demain. Du côté du Procureur, on se refuse à tout commentaire ».

- On est dans la merde Draco ! lui dis-je en me rasseyant à mon bureau.

- Mais non … c'est une photo moldue. Elle ne prouve absolument rien.

- Draco ! Regarde-nous un peu ! On dirait deux types qui ont eu la meilleure baise de toute leur vie !

- Parce que c'était le cas ! dit-il en riant. Toi et moi, plus on vieillit, plus on baise bien je trouve !

- CE N'EST PAS DROLE DRACO ! je m'emporte. Sois un peu sérieux deux minutes, bon sang !

Il me regarde de ses yeux glacés.

- Mais je suis sérieux Potter. Ça ne te plaît peut-être pas de l'admettre mais c'est exactement la façon que tu as de me regarder après qu'on ait fait l'amour. Et j'imagine que c'est pareil pour moi …

- La question n'est pas là ! je le coupe. Le problème c'est qu'on s'est stupidement fait prendre et que cette photo …

- Le problème Potter, me coupe-t-il à son tour, c'est que tu n'assumes pas. Quand on s'est remis ensemble il y a huit ans, je t'avais demandé si tu assumerais le fait d'être découvert. Tu m'as dit oui. Tu me l'as répété encore et encore. Mais la réalité, c'est que tu as beau me dire que tu m'aimes, tu as peur.

- Draco … c'est faux … c'est juste que … ce sont les élections dans deux mois … et ton mandat doit être renouvelé et …

- Je me fous de mon mandat. Pour toi, je suis prêt à tout abandonner. La seule et unique question c'est : et toi ?

Je ne parviens pas à répondre. Je regarde les photos de mes enfants. James, Albus et Lily me sourient et me font des signes de la main. Je regarde la photo de ma prestation de serment en 2010. J'ai l'air heureux et confiant.

- Je … je ne …

- C'est bon Potter. J'ai compris, me dit-il. Je pense que ton silence est très éloquent.

- Draco … non…

- Tu n'assumes pas. Tu n'assumerais jamais. Alors à quoi bon ?

Et il part en claquant la porte.

fin du flash-back

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Lundi 21 août 2017 – Ministère de la Magie

- Bonjour Miss Braddock.

- Oh Bonjour Monsieur Malefoy. Si vous souhaitez voir Monsieur Potter, il n'est pas disponible malheureusement.

- Ah. Pour combien de temps ?

- A vrai dire, je n'en sais rien … Il m'a demandé d'annuler tous ses rendez-vous de la journée.

- Hhm. Il va bien ? demanda-t-il, légèrement inquiet.

- Je … je pense que oui.

Malefoy regarda la secrétaire avec circonspection avant de tourner les talons pour quitter le bureau.

Depuis toutes ces années où elle officiait en qualité de secrétaire du Ministre de la Magie, Maddy avait appris à se forger rapidement une opinion sur les gens. Elle en voyait passer des opportunistes, des ingrats, des hypocrites, … et elle se targuait de pouvoir les reconnaître au premier coup d'œil.

Cet homme-là était différent. Il se moquait de l'opinion que les autres pouvaient avoir de lui et il ne venait jamais pour quémander les faveurs du Ministre. Maddy savait au plus profond d'elle-même que sous ses dehors froids et secs, il était un homme de confiance.

Elle se décida.

- Monsieur Malefoy ! Attendez !

Le Procureur se retourna pour la fixer de ses intenses yeux gris. Maddy jeta pour sa part un regard vers le petit bureau où la stagiaire, Allison Fletcher semblait ne pas vouloir perdre une miette de la conversation. Draco comprit immédiatement et jeta un assurdiato informulé.

- Nous sommes tranquilles maintenant. Vous pouvez parler dit-il.

- Il … il ne va pas bien, Monsieur Malefoy. Il … ça recommence exactement comme il y a deux ans. Il s'est enfermé dans son bureau pour plonger dans sa pensine. Je ne sais pas quels souvenirs il ressasse constamment mais ça lui fait du mal. Je le vois bien …

- Pourquoi me dites-vous tout cela ?

- Parce que … commença Maddy en s'empourprant légèrement. Parce que je sais qu'il vous fait confiance Monsieur Malefoy, dit-elle enfin en le regardant bien en face. Vous êtes le seul ici à le voir … autrement … que comme le Ministre de la Magie. Je sais que jamais vous ne chercherez à lui nuire.

Malefoy cilla légèrement. Maddy Braddock avait-elle deviné la situation ? Peu importe. Il décida également de lui faire confiance.

- Miss Braddock, arrangez-vous pour éloigner Miss Fletcher de ce bureau. Je vais tenter de trouver une solution. Il y a des sorts de protection je suppose ?

- Oui, un sort d'insonorisation et un colla porta.

- Bien. Merci Miss Braddock.

Maddy fit ce que Malefoy demandait et trouva bien vite un prétexte pour éloigner la stagiaire, au grand dam de celle-ci.

Draco se posta devant la porte du bureau. Il tambourina dessus en criant :

- Potter ! Ouvre cette porte !

Il n'insista cependant pas. Si Harry était toujours plongé dans la pensine, il ne l'entendrait pas.

Au grand maux les grands remèdes. En qualité de Procureur et au même titre que le Chef des Aurors, Draco avait le pouvoir de transplaner dans n'importe quelle pièce, quel que ce soit le sort qui la protégeait. Il transplana donc sans attendre dans le bureau de Harry.

Comme il s'y était attendu, il le trouva plongé dans la pensine. Il l'en retira sans ménagement, s'attirant une véhémente protestation de la part de l'intéressé.

- Hé ! MAIS CA VA PAS ? Draco ? Mais que fais-tu là bon sang ?

- Je t'empêche de te détruire à petit feu pauvre idiot !

Le blond agita sa baguette et toutes les fioles contenues dans l'armoire s'envolèrent et vinrent se ranger d'elles-mêmes dans un coffret qu'il venait de faire apparaître.

- Merde ! Draco ! Que fais-tu ? Tu n'as pas le droit ! Ne les détruits pas !

- Je ne les détruis pas Potter. Je les range dans ce coffre. Coffre que je vais enfermer quelque part où tu ne pourras pas le trouver sans que je le décide.

- Mais pourquoi ? Pourquoi fais-tu ça ? s'emporta le brun.

- Parce que tu te fais plus de mal qu'autre chose Harry !

- Qu'est-ce que tu en sais ? s'énerva ce dernier. J'en ai besoin… Je dois comprendre …

- Comprendre quoi ? demanda Draco d'un ton dur.

Harry semblait soudain extrêmement las.

Il s'appuya contre le rebord de son bureau et passa sa main sur son visage.

- Comprendre quoi Potter ? reprit Malefoy.

- Comment on en est arrivé là … mes erreurs, dit Harry doucement.

Draco soupira et s'approcha de Harry. Il le serra contre lui.

- Harry … il n'y a rien à comprendre. Je te l'ai déjà dit, nous avons fait des choix et nous devons les assumer.

- Oui mais …

- Bon sang Harry ! Cela fait quatorze ans que nous sommes amants ! Quatorze ans ! On s'est quitté à deux reprises. La première fois parce que Ginny était enceinte. La deuxième fois avant ta réélection et le renouvellement de mon mandat, à cause de cette stupide photo de nous deux qui était parue dans la Gazette. Et les deux fois, je suis revenu parce que tu me l'as demandé. Parce qu'il y a quatorze ans, je suis tombé amoureux fou d'un stupide gryffondor et que je le suis toujours … Je suis là, Harry, je serai toujours là …

Harry s'accrocha aux épaules de Draco.

- Draco … j'ai tant besoin de toi.

- Je suis là, mon petit lion.

- Je voudrais tellement … plus.

Draco caressa tendrement les cheveux de Harry et dit d'une voix patiente :

- Harry … tu sais ce qu'il implique le « plus ». Il veut dire détruire nos familles et nos carrières. Je suis prêt à le faire. Mais pas toi … et ça, je le respecte.

Harry se tut. C'était déjà la même conversation qu'ils avaient eue en 2014 et qui avait amené à leur séparation.

- Dans moins de deux ans, ce sont les élections. Je ne me présenterai plus. Lily sera entrée à Poudlard. Plus rien ne me retiendra, dit Harry en regardant Draco.

- Deux ans … ce n'est rien deux ans comparé au reste de notre vie ensemble, sourit Draco.

- Je ne sais pas comment tu fais …

- Comment je fais quoi ? demande-t-il.

- Comment tu fais pour me supporter. Je t'ai déjà fait tellement de mal …

Draco réfléchit un instant avant de répondre :

- Je ne te dirai pas le contraire Harry. Mais aussi curieux que cela puisse paraître, je pense que c'est surtout à toi que tu fais le plus de mal … même si j'avoue avoir eu envie de te tuer plus d'une fois quand je t'imaginais dans les bras de ces femmes …

- Je te demande pardon Draco … pardon d'avoir essayé de t'oublier … Comme si on pouvait t'oublier, dit-il en riant nerveusement.

Ils s'embrassèrent avec douceur avant que le baiser ne devienne plus passionné.

- D'après Maddy, tu as annulé tes rendez-vous de la journée ? demanda Draco, le nez enfouit dans le cou de son amant.

- Oui … je suis libre comme l'air aujourd'hui.

- Plutôt que de ruminer tes sombres souvenirs, ne vaut-il pas mieux que nous fêtions dignement nos retrouvailles ? L'avant-goût d'hier m'a donné faim…, poursuivit le blond en parsemant le cou du brun de petits baisers.

- Ex …excellente idée … haleta Harry déjà emporté par le désir.

- Je vais te les faire oublier … toutes ces femmes qui ont laissé sur toi leur parfum … Tu les oublieras jusqu'à qu'il ne reste plus que moi …, continuait-il en glissant ses mains sous sa chemise.

- Oui … fais-moi oublier…

Draco et Harry transplanèrent dans l'appartement que le blond possédait toujours à Russel Square. Bien qu'il vivait maintenant avec Astoria et son fils au Manoir Malefoy dans le Wiltshire, il n'avait jamais voulu vendre cet appartement. Grand bien lui en avait pris …

Là, dans l'intimé de la chambre aux tons clairs et doux, dans la lumière de ce mois d'août, Harry oublia tout. Tout ce qui n'était pas ce corps fin et délié à la peau si douce, tout ce qui n'était pas ces yeux gris tellement assombris par le désir qu'ils avaient la couleur de l'airain. Tout ce qui n'était pas Draco.

Ils passèrent l'après-midi à se nourrir l'un de l'autre, à s'aimer avec l'ardeur de ceux qui veulent rattraper le temps perdu.