Coucou à vous mes fidèles lectrices (euh..oui, je crois qu'il n'y a que des filles hein ?).
MrsElizabeth : tiens, Jane et Lisbon façon James Bond et James bond girl ? C'est vrai, je n'y avais pas pensé de prime abord mais il y a un peu de cela en effet, lol…Merci de me suivre avec toujours autant de fidélité. Biz
Whyserious : merci à toi aussi de ton long comm. Je ne connais pas X-Files mais c'est vrai que le sas de décontamination est souvent utilisé dans les séries…J'ai volontairement séparé les 2 car Jane et LIsbon ne vont pas vivre l'attente du verdict de la même façon, comme tu vas le découvrir. Je te remercie encore et te dis à très vite.
Lisbonvanpelt : coucou (sympa ton pseudo !) oui, tout comme toi j'aime l'esprit de famille qui habite cette team et je souhaite tjs le mettre en avant dans mes fics. Et voici la suite. Merci de ton comm, biz
Gracevanpelt : quoi ? Grace Van Pelt lit mes fics ? WAHOUUUUUUUUUUUU…. Alors Mlle Van Pelt, pouvez-vous svp me donner des infos sur la saison 5 ? et surtout grande question êtes-vous John le Rouge ? (oups, pardon, je crois que je t'ai confondu avec la rouquine de la série, hahaha !) Merci de ton gantil comm en tout cas, en espérant que la suite te plaise. Biz
Et voici donc la réponse tant attendue : Jane et Lisbon sont-ils condamnés ? Je voulais avec cet avant dernier chapitre rendre hommage aussi au duo Cho/Rigsby, donc vous allez les voir. Il ne restera plus que l'épilogue et cette fic sera achevée. Biz à tous et bonne lecture.
Chapitre 6 : l'heure de vérité.
Kimball Cho et Wayne Rigsby attendaient dans le grand couloir argenté du bâtiment nucléaire : ils avaient conservé leur grande combinaison blanche mais on les avait autorisés à retirer leur masque, arguant du fait qu'ils se trouvaient en zone sécurisée. Cela faisait plus de trois quarts d'heure qu'ils avaient vu des scientifiques conduire leur ami Patrick Jane dans le sas de décontamination et ils n'avaient plus eu aucune nouvelle. Si l'agent asiatique demeurait calmement appuyé contre mur, son équipier en revanche commençait sérieusement à s'impatienter.
« Bon sang, pourquoi c'est si long ? marmonna Wayne qui faisait les cents pas.
- Ils ont dit que les examens prenaient du temps, lui répondit posément Cho qui ne bougea pas d'un iota.
- Ok, mais ils doivent déjà être capables de dire si oui ou non ils ont été contaminés.
- Ils font ce qu'ils peuvent.
- Et bien ce n'est apparemment pas suffisant ! » lâcha le grand brun d'un ton acerbe.
Une fois encore, Cho put constater le changement d'humeur de son ami habituellement si aimable : il se contenta de fixer Rigsby sans rien ajouter, ce qui mit mal à l'aise son équipier. Wayne prit alors conscience de son irascibilité du jour et de la patience dont avait fait preuve son frère d'arme. Sous les yeux impassibles de son ami, Rigsby se prit la tête entre les mains et se laissa glisser le long du mur, à présent assis parterre face à Cho.
« Et dire que ce soir on a failli tous y passer à cause d'une bombe A…c'est complètement dingue, fit Wayne, démuni.
- C'est vrai qu'on a frôlé la catastrophe, corrobora simplement son équipier.
- J'ai…j'ai failli bien souvent mourir à cause de mon job mais là… »
Rigsby n'eut pas la force de terminer sa phrase, acceptant de dévoiler ainsi la faiblesse qui l'assaillait à son ami de toujours. Face à lui, Cho se laissa glisser en son tour contre le mur pour se retrouver assis à même le sol lui aussi.
« Oui, je sais…se contenta de répondre l'asiatique, plus ébranlé qu'il ne le laissait paraître.
- Tu sais ce qui me met vraiment en rogne ? C'est qu'ils étaient là-dedans, reprit le grand agent en agitant sa main droite. Jane et la boss ont passé tout ce temps enfermés avec ce malade et nous, on ne pouvait rien faire. Malgré tous les cordons de sécurité, malgré toutes nos actions pour appeler sur place les plus grands spécialistes, on n'a même pas été capables de leur envoyer un démineur ou un pro pour les aider. Tout ce qu'on a fait fut de donner le feu vert à ce connard de Digler qui a bien failli causer la mort de centaines de personnes.
- Y a quand même eu un bon côté, lâcha soudain Cho à un Rigsby qui leva un regard perplexe vers lui. Au moins tu nous as débarrassés de ce crétin ! »
Devant l'air circonspect de son ami qui s'efforçait de faire un trait d'humour pour alléger l'ambiance, Rigsby ne put retenir un petit sourire reconnaissant.
« Je doute qu'Hightower et le service de l'inspection qui va me tomber dessus soient de cet avis.
- Digler a commis un acte irréfléchi qui aurait pu avoir de funestes conséquences et qui constitue en soi un grave manquement à son devoir, poursuivit tout aussi laconiquement l'agent asiatique. Tu n'as fait que le neutraliser, ce n'est pas ta faute s'il n'était pas coopératif. Quant à Hightower, la seule raison pour laquelle elle t'en voudrait serait de ne pas l'avoir laissée le tabasser elle-même. Souviens-toi qu'elle avait elle aussi commencé à sérieusement le malmener.
- Mwé, en tout cas j'avoue que pour l'instant c'est le cadet de mes soucis. »
Cho hocha la tête, signe qu'il comprenait fort bien ce que voulait dire son équipier.
« Tu sais je voulais te dire, recommença Rigsby d'un air un peu gêné, tout à l'heure quand je t'ai parlé sèchement au QG...
- Laisse tomber, le coupa aussitôt Cho. Et si t'envisages de me faire un câlin, oublie ! »
Sous cette réplique faussement cinglante, Wayne savait parfaitement que son ami lui prouvait qu'il ne lui tenait pas rigueur de son emportement. Cela avait toujours été ainsi entre eux, les nuages de la discorde s'estompaient aussi vite qu'ils étaient apparus. D'un signe de tête, Rigsby remercia son équipier qui lui rendit son geste.
Rigsby sortit encore une fois son portable et ne put que constater qu'il n'avait eu aucun appel.
« Et Grace qui ne se manifeste pas non plus…déplora-t-il en refermant le clapet du téléphone.
- Elle est dans le même cas que nous, elle doit attendre des nouvelles de Lisbon deux étages en dessous.
- Mais elle, elle est toute seule, fit remarquer tristement son collègue dont le cœur se serra à l'idée d'imaginer sa Grace solitaire dans un de ces lugubres couloirs.
- ça ne m'étonnerait pas qu'Hightower l'ait rejointe.
- Je l'espère. »
Toujours assis par terre, Rigsby appuya son crâne contre le mur en signe de profonde lassitude.
« Cho, qu'est-ce qu'on fait si on les perd tous les deux ? » demanda timidement le grand brun, conscient d'être plus démuni que jamais.
Kimball conserva le regard dans le vide, fixé sur un point imaginaire face à lui : derrière sa carapace impénétrable, l'agent asiatique ne pouvait nier que son cœur se serrait au fur et à mesure que l'heure tournait. C'était en effet une bonne question : que feraient-ils s'ils perdaient leur bien-aimée patronne, courageuse et exemplaire ? Que feraient-ils s'ils perdaient leur excentrique et emmerdeur consultant qu'ils avaient appris à apprécier profondément ? Que feraient-ils s'ils perdaient leurs deux amis tout simplement ?
Même l'impassible Cho ne pouvait répondre car il savait que formuler tout haut sa pensée reviendrait à envisager la dure réalité qui semblait se profiler à l'horizon, et il n'était pas prêt pas à l'accepter, pas encore.
En voyant le visage de son ami s'assombrir de tristesse, Rigsby se sentit coupable : il venait d'ébranler la forteresse Cho avec ses craintes incontrôlables, d'affaiblir celui qui s'efforçait toujours d'être fort pour tout le monde. Alors pour une fois, Wayne comprit que c'était à lui de redresser la tête et adopta la technique que son équipier avait utilisée précédemment pour le soutenir : l'humour.
« Tu sais quoi ? Je préfère ne pas savoir car si Lisbon nous quitte, tu risques de prendre sa place comme agent senior et je ne veux même pas t'envisager comme chef permanent ! »
La diversion fonctionna car Cho tourna son regard vers son collègue et lui adressa un infime sourire. Leur attention fut alors attirée par des sortes de cris qui émanaient de l'autre côté de la cloison et par une porte qui s'ouvrit à la volée. Les deux agents se relevèrent d'un bond, le cœur serré mais ce qu'ils virent les laissa sans voix : vêtu d'un pyjama blanc limpide à manches courtes, les cheveux encore mouillés, un pansement sur le front, marchant pieds nus d'un pas alerte et déterminé vers ses amis, Patrick Jane se dirigeait droit devant lui sans se soucier des deux scientifiques qui l'interpellaient.
« Monsieur Jane ? Monsieur Jane, revenez ! Vous devez quand même vous reposer un minimum !
- Désolé mais je dois impérativement voir quelqu'un ! » se contenta-t-il de répondre tout en passant devant Rigsby et Cho sans s'arrêter mais en leur adressant un des ses fameux sourires triomphateurs.
En voyant leur consultant les doubler, ces derniers demeurèrent quelque peu ahuris : Rigsby ouvrait grand la bouche en tenant les bras écartés, et Cho hochait de la tête tout en fixant le convalescent qui de toute évidence fuyait allégrement ce bâtiment peu avenant. Puis ils le virent leur faire un signe de l'index pour les inviter à le suivre, sans même se retourner. Cho fut le premier à réagir en reprenant la parole :
« Bon, de toute évidence, il a négligé les protocoles de sécurité, il a poussé à bout les docteurs, il prend la fuite avec calme et insolence et il part embêter Lisbon …c'est qu'il va bien ! »
Puis, après avoir brièvement posé sa main sur l'épaule de Rigsby pour le sortir de sa torpeur, Cho se dirigea vers la sortie, suivi rapidement par son collègue qui affichait à présent un immense sourire de soulagement.
Deux étages en dessous, Térésa Lisbon se tenait immobile, debout au milieu d'une salle dont elle ne pouvait sortir. Entourée de plastique transparent étanche, elle se trouvait enfermée dans une sorte de bulle qui ressemblait étrangement à une prison sans issue. Après sa douche décontaminante et de nombreuses examinations par les scientifiques, la jeune femme avait été confinée là-dedans depuis un long moment qu'elle ne parvenait pas vraiment à évaluer et subissait à présent une totale solitude le temps que les résultats de ses tests ne tombent. Grace l'avait accompagnée jusqu'à l'entrée du sas de décontamination, toujours protégée par sa combinaison mais avait été forcée par les médecins de demeurer à l'extérieur de la chambre d'épuration, laissant sa supérieure seule avec ses angoisses qu'elle s'efforçait de masquer comme toujours. Lisbon avait alors lancé à la rouquine un sourire rassurant empli de reconnaissance auquel Grace avait bien sûr répondu de la même façon mais au fond d'elles-mêmes, les deux femmes éprouvaient la même crainte : celle d'un terrible verdict.
Ses longs cheveux noirs encore mouillés ramenés sur son épaule droite, Lisbon demeurait inerte, les bras croisés et le regard fixé dans le vide. Elle avait beau faire la forte, son cœur n'en était pas moins serré de frayeur à l'idée de vivre peut-être ses dernières heures de femme vivante, condamnée à une mort douloureuse à cause des dégâts occasionnés par les rayons gamma. Elle ne pouvait même pas serrer fortement la croix de sa mère qu'elle portait toujours à son cou car les médecins la lui avaient confisquée, craignant évidemment que le bijou ne soit devenu également radioactif. Aussi Térésa devait-elle affronter seule cette situation sans précédent, sans personne pour la réconforter Dieu sait qu'elle menait une vie trépidante et souvent dangereuse de part son métier Dieu sait qu'elle avait souvent frôlé la mort mais cette dernière ne s'était jamais approchée de manière aussi insidieuse qu'en cet instant. Perdues dans ses pensées, Lisbon resongea aux dernières heures qu'elle venait de vivre, à ses vaines tentatives pour ramener Larry Bergman sur le bon chemin, au regard à la fois tendre et meurtri de ce pauvre homme avant qu'il ne retourne son arme contre lui, à ses derniers mots à l'intention de la brunette qui de toute évidence avait su toucher son âme mais qui n'avait pas pu le sauver. Elle se souvint qu'elle ne s'était jamais sentie aussi démunie qu'en l'instant où elle avait tenu dans ses bras le corps de ce père meurtri qui avait lancé la terrible horlogerie de la mort avec sa bombe prête à exploser. Mais elle se souvint aussi que dans toute cette horreur, elle n'avait jamais été seule. Lisbon inspira alors profondément et ferma quelques secondes les yeux pour resonger à celui auquel elle s'efforçait de ne pas penser depuis qu'elle l'avait quitté : Jane.
Des pensées confuses et des sentiments variables se succédaient dans l'esprit de la flic : d'un côté elle ne pouvait oublier les dures paroles prononcées par Jane devant le terroriste, l'assurance avec laquelle il avait froidement annoncé qu'il n'hésiterait pas à la sacrifier pour atteindre John le Rouge. Au fond d'elle-même, elle avait toujours su sans vouloir se l'avouer qu'elle ne pèserait pas lourd dans la balance le jour où son équipier retrouverait son ennemi de toujours. Même si le mentaliste s'efforçait à ce moment précis de tisser une complicité avec Bergman, ses mots n'en avaient pas moins sonné vrais et Lisbon en avait eu mal au cœur. D'un autre côté lui revinrent en mémoires ces instants volés partagés avec Jane dans la fosse derrière le Musée, juste après l'explosion. Quelle explication donner à la tendresse dont avait fait preuve son consultant ? Et surtout comment interpréter le baiser qu'ils avaient alors échangé, à quelques mètres des flammes qui faisaient encore rage ? Car tout cela avait été bien réel et Lisbon ne pouvait nier qu'une seule sensation persistait dans son esprit nébuleux : la sensation de bien être éprouvée lorsqu'elle avait senti les lèvres humides de Jane se poser sur les siennes. Si elle était honnête avec elle-même, Térésa devait avouer que depuis quelques temps des sentiments complexes avaient fait surface elle ne savait plus trop comment nommer ce qu'elle éprouvait pour son équipier. Certes il était son ami, le meilleur même, mais à trop vouloir le protéger et le sauver, elle s'était laissée envahir par une véritable confusion émotionnelle. Depuis neuf ans qu'elle le côtoyait, ce n'était que récemment qu'elle avait commencé à le voir autrement que comme un veuf meurtri et intouchable. Mais en femme fière qu'elle était, Lisbon avait toujours refoulé ses sentiments qu'elle jugeait bien trop délicats à affronter. Elle savait que le jour où Jane tuerait John le Rouge, elle perdrait un être cher, elle ne pouvait donc prendre le risque de perdre plus encore en la personne de son âme sœur. Mais le cœur avait ses raisons que sa raison ignorait et en cet instant, alors qu'elle attendait au seuil d'une mort quasi certaine, Lisbon pouvait s'accorder tacitement cette ultime preuve de faiblesse : elle était peu à peu tombée amoureuse de son insupportable consultant.
Soudain la jeune femme brune fut tirée de ses pensées par le bruit d'une porte qui s'ouvrait à la volée : elle vit alors apparaître la silhouette élancée de Van Pelt, enfin débarrassée de sa combinaison, qui courrait en direction de la cellule transparente où se trouvait sa patronne.
« Vous allez bien, Térésa, vous allez bien ! s'écria la rouquine qui affichait un sourire rayonnant derrière le plastique.
- Je…quoi ? ne put que prononcer la flic, totalement perdue et un peu surprise d'entendre Grace l'appeler par son prénom.
- Vous n'êtes pas contaminée, patron, c'est merveilleux, exultait la rouquine qui avait été rejointe par le professeur O'Halloran qui tenait en ses mains un dossier.
- Mais…comment est-ce possible ? balbutia Lisbon qui n'osa y croire.
- Tout simplement parce que vous n'avez été exposée à aucune source de radiation nucléaire, poursuivit le scientifique plus posément.
- C'est impossible, même si les bouteilles qui se trouvaient dans le sac de Bergman ne semblaient pas avoir de fuite, j'ai forcément été exposée au plutonium !
- Non, parce qu'il n'y avait aucun plutonium, reprit O'Halloran en hochant la tête gentiment.
- Pardon ? lâcha Lisbon, tétanisée.
- Larry Bergman bluffait, en réalité il n'a jamais eu l'intention de faire exploser une bombe A et il avait rempli ses bouteilles d'azote liquide. Ce dernier peut à grande échelle provoquer l'asphyxie ou bien sûr des brûlures irréversibles mais n'aurait en aucun cas contaminé la zone exposée.
- De l'azote ? De l'azote liquide ? répétait Lisbon qui avait du mal à intégrer cette donnée inattendue. Mais pourquoi ?
- Je n'en sais rien du tout, reprit le professeur qui ouvrait la bulle de plastique dans laquelle se tenait toujours sa patiente, mais ce que je peux affirmer en revanche après tous les tests effectués sur vous est que vous êtes en parfaite santé, agent Lisbon. »
O'Halloran tenait ouvert le pan de plastique et invitait gracieusement la jeune femme vêtue de blanc à sortir de sa prison de mise en quarantaine. A peine avait-elle mis un pied nu dehors, qu'elle sentit Van Pelt la serrer dans ses bras, pour la seconde fois depuis qu'elles s'étaient retrouvées. Lisbon prit alors conscience de sa toute nouvelle liberté et resserra fortement son étreinte avec sa subordonnée qui était aux anges.
« Bon retour parmi nous, patron ! lui dit la rouquine qui se détacha de la brunette.
- Merci Grace, je…c'est inespéré ! souffla Lisbon qui sentit un poids abandonner peu à peu son cœur.
- Sans compter que vous êtes une véritable héroïne, Hightower veut vous proposer pour la médaille du mérite civil, annonça la belle rousse dont l'exaltation quasi enfantine fit sourire le scientifique à ses côtés.
- Oui, eh bien ce sera sans moi, ironisa Lisbon qui n'aimait guère les cérémonies officielles, surtout s'il s'agissait de la mettre au centre de l'attention, je crois que je préfère encore affronter une bande de chiens affamés.
- Prenez garde Lisbon, nous pourrions vous prendre au mot ! » retentit soudain une voix familière près de la porte.
Lisbon, Grace et le professeur O'Halloran se retournèrent en même temps et virent Patrick Jane, tout de blanc vêtu lui aussi, entrer dans la pièce, suivi de près par Cho et Rigsby. A la vue de son équipier sain et sauf, Lisbon afficha un beau sourire que lui rendit immédiatement le mentaliste.
« Monsieur Jane, ne devriez-vous pas actuellement être dans vos quartiers ? lui reprocha le professeur O'Halloran, dans un réflexe purement professionnel.
- Vos collègues m'ont donné l'autorisation de sortir, répondit nonchalamment Jane.
- C'est faux, il s'est enfui contre l'avis des médecins, rajouta posément Cho comme s'il s'agissait d'une évidence à peine surprenante.
- Je ne vois pas du tout de quoi tu parles, fit Jane en se tournant vers le stoïque asiatique.
- Et il est entré sans permission dans le laboratoire d'analyse de cet étage, poursuivit Rigsby l'air guilleret.
- Et vous l'avez laissé faire ? s'insurgea presque le professeur, ne comprenant pas que les policiers se montrent si complaisants.
- Il s'était juste trompé de porte, expliqua Wayne les mains dans les poches, et puis cela nous a permis à Cho et moi de nous débarrasser de nos combinaisons encombrantes. »
Pendant tout le temps de cet échange insolite, Jane et Lisbon ne s'était pas lâché des yeux, comme s'ils avaient besoin de se convaincre que tout cela était bien réel et qu'ils étaient vraiment tirés d'affaire. Van Pelt avait fort bien remarqué cet échange silencieux et esquissa un petit sourire satisfait avant de se retourner vers les autres présents.
« Professeur O'Halloran, nous allons avoir besoin de vos résultats pour boucler notre enquête, et notamment de vos analyses sur le contenu des bouteilles utilisées par Bergman. Voulez-vous bien nous donner le dossier complet s'il vous plait ? » demanda l'agent au scientifique qui acquiesça de la tête.
Celui-ci se tourna alors vers Lisbon :
« Vous êtes libre de partir quand vous le souhaitez mais je ne saurai vous recommander tout de même un peu de repos, dit-il gentiment à la brunette avant de se retourner plus brusquement vers le consultant. Quant à vous Monsieur Jane, vous allez vite redescendre vers mes collègues et suivre leurs instructions, sans quoi je vous enferme dans une cellule de quarantaine pour les trois prochains jours à venir, est-ce clair ? »
L'air faussement bougon du sympathique professeur fit sourire Lisbon tandis que Jane leva les mains en signe de reddition. Sur ce, O'Halloran se retira en saluant les agents de la pièce.
« Patron, je vous ramène aussi vos vêtements pour que vous puissiez vous changer, dit gentiment Van Pelt.
- Merci Grace, j'ai hâte en effet de quitter ces habits qui me rappellent trop l'hôpital psychiatrique » lui répondit Lisbon en désignant le sobre pyjama blanc dont on l'avait revêtue.
Sa jeune subordonnée sourit en acquiesçant de la tête puis se dirigea vers ses deux collègues qui se tenaient près de la porte, mais alors qu'ils s'apprêtaient à sortir, Lisbon les rappela.
« Attendez tous les trois ! »
Van Pelt, Cho et Rigsby tournèrent ensemble leur tête vers Jane et Lisbon qui les regardaient avec gratitude et tendresse. Et sans se concerter, ces deux derniers parlèrent en même temps.
« Merci d'avoir été là. » dirent en chœur Jane et Lisbon qui ne parurent même pas surpris de leur unisson.
Les trois jeunes agents quant à eux étaient tellement heureux d'avoir retrouvé leurs amis en bonne santé qu'il leur semblait évident de tous se tenir là autour d'eux.
« Toujours, répondit Rigsby en hochant la tête.
- Quoi qu'il arrive, acquiesça Van Pelt, en fixant plus précisément Jane d'un air tout aussi déterminé, soulignant par là même qu'elle n'oubliait pas le terrible dessein de leur consultant.
- C'est ça une famille » conclut sobrement Cho dont le visage impassible contrastait avec sa loyauté indéfectible.
Puis sans rien ajouter de plus, ils quittèrent la pièce laissant les deux patients seuls devant la grande bulle de plastique à présent ouverte et vide.
Jane et Lisbon fixèrent quelques secondes le seuil de la porte puis se tournèrent l'un vers l'autre, à la fois heureux et gênés. Ce fut Lisbon qui rompit le silence.
« Alors qu'avez-vous encore fait comme bêtise ? lui reprocha-t-elle en fronçant légèrement les sourcils.
- Pourquoi imaginer tout de suite le pire ?
- Parce qu'avec vous, je sais à quoi m'en tenir, ironisa la brunette en levant les yeux au ciel. Et puis apparemment vous avez encore fait le clown.
- C'est gentil les clowns non ?
- Arrêtez de répondre à mes questions par d'autres questions, vous savez que cela m'agace.
- Ah bon pourquoi ? » persista Jane en affichant un sourire narquois.
Lisbon inspira profondément pour marquer son mécontentement mais cela n'était qu'un leurre : elle était bien trop ravie de retrouver son insupportable et facétieux consultant ! Et Jane le savait pertinemment.
« Alors, vous allez bien ? demanda ce dernier d'un ton plus sérieux.
- Oui, apparemment. Bergman n'a jamais eu de plutonium, se contenta de répondre Lisbon qui passa ses mains dans ses cheveux humides pour les lisser un peu.
- Cela parait logique avec du recul, poursuivit Jane qui avança d'un pas vers sa collègue. Cet homme avait une trop haute conception de la vie pour véritablement vouloir tuer autant de gens. J'aurais dû deviner qu'il bluffait.
- Perdriez-vous la main, Monsieur le mentaliste ? le taquina Lisbon.
- Peut-être bien que la souffrance de ce père meurtri a quelque peu influé sur mes capacités d'analyse. »
A ces mots, le visage de Lisbon s'assombrit et elle se figea, toujours sa main dans ses cheveux. Elle porta son regard émeraude sur Jane qui, à l'évocation de ce père rendu fou par la perte d'un enfant, arborait une expression de vulnérabilité qu'il ne laissait que très rarement entrevoir. Elle éprouva alors ce besoin devenu habituel de le réconforter.
« Je suis désolée, dit elle de sa petite voix.
- Vous n'avez pas à l'être, se ressaisit aussitôt son consultant. Finalement vous aviez raison, cet homme méritait d'être sauvé et d'une certaine façon il vous a montré la facette plus positive de l'humanité que vous lui aviez demandée.
- Que voulez-vous dire ? fit Lisbon, un peu perdue par le raisonnement de son équipier.
- Bergman n'avait pas totalement oublié les principes pour lesquels sont fils s'était battu et n'avait jamais eu l'intention de faire usage du plutonium, d'où l'emploi d'un simple explosif. Il voulait seulement faire entendre sa voix, celle d'un père en colère et d'un citoyen fatigué de voir la jeunesse partir au combat au nom du pays.
- Mais la bombe que Bergman a utilisée était bien réelle, s'insurgea la brunette. Il aurait pu faire beaucoup de mal avec ce simple explosif comme vous dîtes. Et que faites vous du marine qu'il a tué d'une balle dans la tête dans ce parc ? Des deux vigils qu'il a froidement abattus dans le Musée ?
- Je ne suis pas en train de l'excuser Lisbon, expliqua calmement Jane. Je souligne simplement le fait que je comprends les agissements de cet homme.
- Evidemment que vous le comprenez, vous raisonnez comme lui, lâcha-t-elle un peu trop rapidement et d'un ton sec.
- C'est vrai. » admit Jane sans hypocrisie.
Et revoilà sur le devant de la scène le sempiternel sujet de discorde entre eux deux : la vision radicale de Jane ne pouvait s'accommoder du sens inébranlable de la justice qui habitait Lisbon. Cette dernière, épuisée, n'avait pas du tout envie en cet instant d'entrer dans une longue confrontation avec Jane, aussi se retourna-t-elle pour ne pas avoir à affronter le regard azur qui la fixait. Dos à son consultant elle entreprit de se faire une natte en attendant le retour de Van Pelt. Alors qu'elle tressait ses longs cheveux sur son épaule gauche, elle sentit soudain Jane juste derrière elle mais elle ne se retourna pas.
« Je ne veux pas vous mentir, je ne renoncerai pas à ma vengeance et vous le savez, lui dit-il doucement sans qu'elle ne daigne bouger. Je m'étais préparé à tout pour ce faire, à mentir, à voler, à tricher et même à tuer. »
Lisbon se crispa à l'évocation de toutes ces choses que Jane avait faites et referait sans doute pour atteindre son objectif.
« Je m'étais préparé à tout, reprit-il, à tout…sauf à vous ! »
La jeune femme sentit alors Jane passer quelque chose autour de son cou : sa croix. Ainsi donc il l'avait récupérée. Mais comment ? Elle se souvint alors de la remarque de Rigsby selon laquelle Jane avait pénétré sans autorisation dans le laboratoire d'analyse : sans doute se doutait-il que les scientifiques auraient entreposé leurs affaires après les tests et avait-il alors récupéré le bijou devenu totalement inutile à l'enquête étant donné qu'il n'était plus question de plutonium. Lisbon revint à la réalité en sentant les mains de Jane dans sa nuque, occupées à boucler le fermoir de la chaine dorée. Avoir retrouvé ce bijou qui lui était si cher rendit à Térésa toute la force qui lui manquait mais le fait que Jane ait eu la délicate attention de lui ramener sa croix avant toute chose lui faisait encore plus chaud au cœur. Le mentaliste demeura quelques instant juste derrière la jeune femme, les mains posées sur ses frêles épaules, tous deux savouraient en silence cette proximité qui leur faisait autant de mal que de bien.
« Vous êtes un ange blanc et vous pensez pouvoir me sauver un jour, Térésa, murmura-t-il en posant son front sur la chevelure de son équipière devant lui. Si vous demeurez à mes côtés, je vais vous entraîner dans ma chute. Etes-vous certaine de vouloir continuer ?
La question de Jane le surprit lui–même : il admettait ainsi à demi-mot avoir besoin d'elle au point de renoncer à la tenir à l'écart, sauf si la décision venait de Lisbon elle-même. Après avoir savouré ce bref contact, Lisbon se retourna enfin pour faire face à Jane qui plongea son regard dans les yeux émeraude de la jeune femme plus petite que lui.
« J'en suis certaine, lui assura-t-elle sans une once d'hésitation.
- Vous avez bien conscience qu'à partir de maintenant vous allez devenir la cible de John le rouge, voulut-il lui faire comprendre.
- Je le suis depuis le jour où je suis devenue votre partenaire.
- Mais vous êtes bien plus aujourd'hui et il le saura, n'en doutez pas un seul instant, fit Jane en posant sa main sur la joue de la jeune femme. C'est l'enfer qui vous attend dehors.
- Je n'ai plus rien qui m'attend dehors si vous n'y êtes pas ! reprit-elle mot pour mot les paroles qu'il avait prononcées dans la crypte alors qu'elle le suppliait de fuir loin de la bombe. Et je suis immunisée contre l'Enfer, ne l'oubliez pas. »
Tout en disant cette réplique, elle serrait de sa main la croix qui trônait de nouveau à son cou, grâce à Jane. Le mentaliste posa ses yeux sur le bijou et sur la peau délicate de Lisbon qui se dessinait sous ce dernier. Puis il replongea son regard dans celui de la jeune femme qui le suppliait en silence de ne pas la repousser.
« Et bien soit, acquiesça finalement Jane en posant son front sur celui de Lisbon qui ferma alors les yeux. Si tel est notre destin, qu'il en soit ainsi… »
Ils demeurèrent ainsi quelques instants, plus proches que jamais, Jane abaissant enfin le pont-levis de son cœur pour laisser entrer dans sa forteresse cet ange gardien brun qui défendrait de sa vie l'homme à l'âme troublée.
TBC...
