Châpitre 6

Amie ou ennemie ? 御方か敵か ?

8 Avril 1789

Où suis-je...? Quelle est... cette lumière...? Mon corps... Je me sens faible... Je me souviens... Le chasseur... Kyôjô... Que s'est-il passé...? Suis-je en vie...?

Je reprenais lentement conscience, essayant de remettre de l'ordre dans la foule de souvenirs qui se bousculaient dans ma tête... La pénombre de la Forêt de la Nuit Éternelle avait laissé place à une lumière pâle et trop forte pour que je puisse ouvrir les yeux de suite... En retrouvant suffisamment de lucidité pour raisonner, je remarquai que je me trouvais dans une pièce qui ressemblait vaguement à une chambre d'hôpital... Les murs d'un blanc immaculé n'entouraient que des tables sur lesquelles étaient disposées toutes sortes d'outils aux formes étranges et de médicaments dont je n'aurais su prononcer le nom... Au centre de tout ceci, je reposais dans un lit dont les drap avaient été soigneusement lavés et étaient remontés jusqu'à mon thorax, mes bras en dépassaient... Seuls les "bip" sonores et ma respiration dans le maque à oxygène qui recouvrait le bas de mon visage rompaient le silence apaisant qui régnait dans la pièce... En un sens, je me sentais bien... En un sens car de Kyôjô, il n'y avait aucune trace, et l'entrée dans la pièce d'un humain en blouse blanche quelques minutes plus tard ne me rassura que peu...

«Déjà réveillée ? dit-il d'une voix presque joyeuse, en prenant une seringue sur la table. Même quand il s'agit de maladies, les Sarunins sont plus résistants hein ? Comme je vous envie : nous, nous devons sans cesse faire des recherches, et quand on a trouvé le remède à une maladie, une autre fait son apparition ! Vous savez, quand j'étais à l'université...»

J'entendais les paroles du médecin sans vraiment faire attention à ce qu'ils disait − il racontait sa vie − et j'étais de toute façon trop faible pour rester concentrée sur une chose plus de dix secondes. Mais je fus une nouvelle fois sortie de ma rêverie par une vive douleur au niveau de mon avant bras droit : l'aiguille de la seringue y était enfoncée tandis que le médecin continuait le passionnant récit de sa vie... Après avoir injecté le produit, il retira la seringue, attendit quelques secondes, regarda en direction des appareils derrière moi et pris des notes sur un bloc, avant de quitter la pièce... M'avait-il sauvée...? Où n'étais-je que le cobaye d'expériences saugrenues...? Quoi qu'il en soit, il fallait que je retrouve Kyôjô...

Même si il était bien plus fort que moi, j'avais peur pour lui, peur de ce que les humains auraient pu lui faire... ou peur de ce que lui pourrait faire aux humains... Même si je l'aimais toujours, ce n'était plus comme avant. Cela avait affecté beaucoup de Sarunins, moi la première... mais à la mort de mon frère, c'était comme si Kyôjô avait perdu une partie de lui, où plutôt comme si cette partie avait été éclipsée par sa tristesse, qu'il camouflait en haine à longueur de temps. Mais il était triste, je le voyais bien... Faisant appel au peu de forces que j'avais récupérées, je me débarrassai du masque et me levai précipitamment du lit, m'appuyant sur la table pour ne pas trébucher. J'entendis ensuite des bruits de pas s'approcher de la chambre...

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Où suis-je...? Quelle est... cette lumière...? Mon corps... Je me sens faible... Je me souviens... Le chasseur... Kina... Que s'est-il passé...? Suis-je en vie...?

Je reprenais lentement conscience, essayant de remettre de l'ordre dans la foule de souvenirs qui se bousculaient dans ma tête... La pénombre de la Forêt de la Nuit Éternelle avait laissé place à une lumière pâle et trop forte pour que je puisse ouvrir les yeux de suite... Mon corps et ma queue étaient complètement engourdis, et les sons qui me parvenaient ne ressemblaient qu'à des échos auxquels il m'était impossible d'associer une pensée cohérente... Tous ces sons s'ordonnaient lentement jusqu'à ce que je puisse à peu près discerner deux sons différents sans me causer une migraine assommante... J'ouvris lentement les yeux... Je ne voyais que des silhouettes mal définies, deux pour être précis, même si le mot "précis" était plutôt mal approprié à la situation... Elles semblaient discuter, et n'avaient pas l'air de se douter que j'étais réveillé... J'entendais assez distinctement leurs paroles, mais impossible d'identifier précisément leur voix...

«Junkoku, c'est quoi cette cicatrice ?! T'as encore voulu faire le malin je parie... Tu pourrais pas te concentrer sur ce que t'as à faire pour une fois ?!

-Ferme-là un peu Marina, toi aussi tu les as testés, avoue-le. C'est pas une façon de s'adresser à son supérieur, les jeunes d'aujourd'hui n'ont donc aucune notion de respect ?

-Tss franchement ça sert à quoi de vivre aussi longtemps si tu peux même pas t'adapter aux époques, môssieur le général ? Et puis d'abord pourquoi on nous a demandé de capturer ce type ?

-Va savoir, Kalza a toujours des idées qui me dépassent... En plus ils étaient plutôt faiblards, non je vois vraiment pas ce qu'on pourrait en faire...

-Eh, le gars n'a même pas été affecté par ma fléchette tranquillisante, c'est pas un mince exploit, même pour un Sarunin. Et puis le seul homme qui faisait le poids contre toi a été exécuté il y a un an.

-Tch, en tout cas tu t'es fait avoir comme une bleue, se faire ligoter comme ça pendant son sommeil. Est-ce bien digne d'un militaire de ton grade ?!

-Pff... Et la fille, tu l'as trouvée comment ?!

-Je l'ai trouvée... évanouie. On aurait dit qu'elle avait une espèce de crise d'asthme... Mais pour affaiblir à ce point un Sarunin ça doit être une sacrée maladie, ou alors c'est elle qui n'est pas résistante, en tout cas elle avait tout juste assez de force pour m'attaquer par derrière cette garce. Mais bon il m'avait de prendre soin d'elle si on la trouvait avec ce type... Et toi tu l'as trouvée comment ?
-Je la trouve... à mon goût... Ses yeux pourpres sont vraiment hypnotisants et son sourire tellement adorable !

-... C'est pas vraiment ce que je te demandais... Les yeux pourpres hein...?

-Tiens, on dirait que notre ami s'est réveillé ! Je te laisse le surveiller, moi je vais voir comment se porte ma petite Kina !

-Non j'y vais, je te trouve un peu trop attachée à "ta petite Kina" pour faire ce boulot sérieusement.

-Homophobe !!

-Non, juste prudent. À plus...»

Je vis le chasseur quitter la pièce d'un pas lent... Sans que je m'en rende vraiment compte, ma vue et mon audition étaient redevenues claires pendant que j'écoutais leur conversation... J'étais en position assise, adossé contre un mur, ma queue était entourée de petits anneaux métallique qui envoyaient en permanence un courant électrique dans celle-ci, m'empêchant de bouger. Je pouvais à présent voir clairement la silhouette de Mori... ou plutôt Marina. J'avais apparemment été dupé tout du long. Mais pourquoi fallait-il qu'à chaque fois que j'allais quelque part, j'y sois attendu ?

«Pfff vraiment une plaie ce type ! Les hommes sont vraiment trop arrogant ! Ah ! J'avais oublié que t'étais réveillé, toi... Kina- était dans un piteux état, elle y serait restée si on nous avait pas demandé de la soigner. Je sais pas quel est votre but, mais l'amener dans une telle expédition en sachant qu'elle était malade, c'est vraiment pas malin...

-Je ne le savais pas... Du moins je ne pensais pas que cette était si grave...

-Elle aurait pu mourir par ta faute. J'espère que t'en as conscience, Kyôjô...»

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Les pas se rapprochaient lentement, jusqu'à ce que le voyant du panneau de contrôle passe au vert et que la porte coulisse. Le même médecin qu'il y a quelques minutes entra mais il ne trouva cette fois qu'un lit vide. Après l'avoir soigneusement assommé, je pris son passe, sa blouse -par chance elle était à peu près à ma taille-, détruisis son boîtier de détresse et son arme au passage. Je n'avais pas le temps de me demander pourquoi les infirmiers étaient armés dans un hôpital et me mettais à courir dans les couloirs apparemment déserts du bâtiment, sans même savoir où je me dirigeais, après avoir endossé la blouse et enroulée ma queue queue autour de ma taille. Soudain, au détour d'un couloir, je croisai un homme qui ne portait pas de blouse mais un long manteau blanc. Je passai à côté de lui en courant, sans qu'il ne réagisse, puis mon cœur s'arrêta brusquement pendant un instant. Stoppant ma course aveugle je me retournai lentement... Il avait déjà disparu. Un étrange frisson envahit mon corps, comme si je venais de voir un fantôme... Je me retournai à nouveau et recommençai à courir avant de buter sur une masse vêtue d'un treillis vert parsemé de tâches noires, qui tenait à la main un gobelet.

«Mademoiselle aux yeux pourpres est moins fragile qu'il n'y paraît on dirait, heureusement que j'ai pas envoyé Marina ! Désolé ma belle, mais tu vas retourner sagement dans ton lit.»

Après cette déclaration, le chasseur ne fit rien d'autre que de pousser un cri de douleur et de s'effondrer au sol, le corps parcouru d'éclairs. Ma surprise fut d'autant plus grande en découvrant celui qui m'avait sauvée...

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«Tu ne parlais pas de façon si famillière quand tu étais Mori...

-Je viens de te dire que Kina aurait pu mourir par ta faute et c'est tout l'effet que ça te fait ?! me cria-t-elle à la figure. T'es pire que je le pensais... Elle représente quoi pour toi au juste ?!

-Elle aurait pu m'être utile... Mais on dirait que je n'ai pas réussi à la préserver.»

A peine avais-je fini ma phrase que je sentit le violent contact de phalanges sur ma joue, faisant faire à ma tête un quart de tour. Je restai sans réaction, pendant qu'elle me regardait furieusement, le poing toujours serré. Elle reprit de plus belle, sa fureur se ressentant de plus en plus dans sa voix. Mais pourquoi donc s'acharnait-elle à défendre une fille qui était censée être son ennemie ?

«"Utile" ?! Tu crois que c'est un objet ou quoi ?! J'ai pas passé beaucoup de temps avec vous, mais n'importe qui remarquerait qu'elle est morte d'inquiétude pour toi ! Tu la fais souffrir sans même t'en apercevoir !»

Encore un silence... Décidément je ne la comprenais pas...

«Tu dis être inquiète pour elle, mais tu ne la connais même pas, et puis... n'est-elle pas ton ennemie ?

-Un ennemi ? C'est quoi un ennemi ? Tu l'as dit toi-même : je la connais presque pas, elle me veut aucun mal, pourquoi je devrais la considérer comme une ennemie ?! Hein ?!

-Alors va la sauver, si tu tiens tant à elle. lui dis-je d'une voix calme. Moi je ne peux pas bouger de toute façon...

-Non... Ça je peux pas...

-Tiens donc, tu te contredis ma pauvre. Ce n'est pas toi qui me hurlais que je n'étais qu'une ordure de ne pas m'inquiéter pour elle ?

-C'est pas ce que tu crois... J'aimerais faire quelque chose pour l'aider, mais Junkoku me laissera pas faire...

-A deux, on pourrait peut-être faire quelque chose.

-Minute, t'espères pas que je vais te libérer quand même ?! répliqua-t-elle en fronçant un sourcil. Si je veux aider Kina c'est parce qu'elle a rien à voir là-dedans, mais toi, c'est différent. Il paraît que Kalza s'intéresse beaucoup à toi, et lui et Junkoku sont bons copains...

-"Kalza"...?

-Rah t'occupe, j'ai la flemme de t'expliquer. Toujours est-il que même si j'aimerais sauver Kina, il faudrait passer sur le corps du boss Junkoku, et ça c'est impossible.

-Il est donc si fort que ça ? A deux on pourrait peut-être faire quelque chose...

-T''as rien tiré de ton affrontement avec lui dans la forêt ? Personne ne peut le vaincre. Ce n'est pas pour rien qu'il est à la tête de la plus puissante des trois écoles...

-Je n'étais pas en pleine possession de mes moyens dans la forêt...

-Et tu l'es encore moins maintenant, même si je te libère. Même si son adversaire est mille fois plus fort que lui, il ne peut pas être vaincu. Tu comprends ou t'es bouché ?»

Mais que voulait-elle dire à la fin ? Elle n'arrêtait pas de se contredire. Pourquoi était-elle si sûre de l'invincibilité de son supérieur ? Je décidai de lui dire clairement ma façon de penser...

«Libère-moi !

-Tiens, je croyais que tu voulais pas la sauver ? Tu changes d'avis comme de chemise, toi...

-Il y a quelques années, j'ai promis à un ami que je prendrais soin d'elle s'il mourrait, ce qui est le cas... Alors si tu ne veux pas y aller, j'irai...»

Un nouveau silence... Marina soupira un grand coup et baissa les yeux. Puis elle sortit une petite télécommande de sa poche, désactivant les anneaux électriques qui enserraient ma queue.... L'engourdissement ne disparut pas tout de suite totalement, mais au moins je pouvais bouger. La jeune fille se releva et poussa un nouveau soupir...

«Si tu veux vraiment aller l'aider, suis-moi, je sais où elle se trouve. Comme je le connais, il a du aller prendre un café avant de ses rendre à son poste, en plus il avait pas l'air trop pressé... Si on se dépêche, on pourra arriver avant lui ; si on doit l'affronter, ce sera sans moi.»

Je sortis donc de la pièce vide en courant, suivant mon guide sans vraiment lui faire confiance. Après une bonne minute à parcourir le dédale des couloirs de ce bâtiment, nous vîmes à l'autre bout d'un couloir, au niveau d'une intersection, le fameux Junkoku qui tenait à la main ce qui devait être son café, et qui se tenait en face de... Kina. L'inconsciente avait du s'échapper, sans même savoir où elle allait. Mais à peine eut-on le temps d'être surpris que le militaire s'effondra, frappé par une violente décharge électrique. En arrivant au niveau de son corps évanoui, une voix familière m'interpella...

«Franchement Kyôjô, Grande sœur, qu'est-ce que vous feriez sans moi ?!

-Jin ?! criai-je à l'unisson avec Kina.

-Yô !»

à suivre...