Bonjour chers Cobayes,
Voici pour vous le nouveau chapitre d'un Homme de goût. J'ai pris beaucoup de plaisir à l'écrire, j'espère que vous en prendrez tout autant à le lire !
On se retrouve en bas,
Laukaz.
Chapitre sept : Un seul être...
- Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé…
Hannibal sursauta.
Très légèrement, mais cela suffit à arracher un sourire à l'Asgardien qui venait de se glisser dans la chambre.
- Je vais vous tuer, Dr Lecter.
Hannibal s'arracha à la contemplation du mur.
- C'est impoli de rentrer dans la chambre de ses invités, poursuivit Loki, qui continuait de s'approcher dangereusement du psychiatre.
- C'est impoli de mentir à son hôte, rétorqua ce dernier.
- Alors quoi ? Vous voudriez me mettre dans votre assiette ?
Loki attendit une réponse qui ne vint pas. Il détaillait du regard l'humain qui lui faisait face son élégance soignée, son sens de l'esthétisme irréprochable son visage taillé comme celui d'une statue de marbre et ses yeux… dérangeants. La perfection.
Il lui suffisait de lever la main. D'un geste, li pouvait ôter la vie, rompre cette nuque qui n'attendait que ça, écraser entre ses doigts la gorge que l'on devinait sous le col de la chemise…
Hannibal vit sans rien pouvoir y faire les longs doigts s'étendre vers son cou et venir effleurer l'arrête de son menton.
C'était donc ainsi découvrir les raisons du dieu moqueur entraînait la mort.
Comment en était-il arrivé là ?
Huit heures plus tôt.
- C'est l'œuvre du marionnettiste – la presse choisit toujours des noms improbables…. Même mise en scène globale, même manque de rigueur dans les détails…
Hannibal se contentait d'observer, en retrait, Will Graham et le Dr Logan arpenter la scène de crime. A côté de lui, Jack Crawford attendait également les conclusions des deux spécialistes.
Au de la ville, dans un petit quartier résidentiel tranquille, s'était joué une tragédie au goût de déjà-vu.
Mr Stones, mari aimant et père de quatre enfants, avait assassiné chacun des membres de sa famille à l'aide d'une arme à feu, avant de mettre lui-même fin à ses jours.
Les corps avaient été disposés en cercle autour de la table basse du salon.
Des galets avaient été agencés sur le meuble pour former les mots suivants :
Pour toi mon dieu.
Une flaque d'eau recouvrait la table de verre et continuait de goutter sur le tapis persan, se mélangeant au sang et aux divers fluides corporels qui parsemaient le théâtre de l'homicide multiple.
Sur la demande de Jack, le Dr Logan et les agents du FBI dégagèrent les lieux pour laisser à Will l'espace d'exprimer son talent. Hannibal le détaillait avec attention alors que son cadet fermait les yeux, prêt à se laisser emporter par son don.
Ceci est ma volonté.
On m'a ouvert comme à un vieil ami. Il m'a ouvert. Les corps sont rassemblés dans la pièce, mais pas organisés.
L'arme est encore dans sa main. Je le félicite, et il applique le canon contre sa tempe, un sourire béat aux lèvres.
Une seconde après, il est mort.
J'observe les lieux avec attention alors que son corps glisse à mes pieds. C'est moi qui dispose les cadavres, et les galets. Je veux être reconnu. Je veux qu'on m'admire, qu'on s'agenouille à mes pieds, qu'on prie pour ma miséricorde.
Je veux être aimé, et craint. Admiré et méprisé. Je veux transmettre un message.
Écoutez-moi. Regardez-moi…
- Il a convaincu le père d'offrir sa famille en sacrifice, conclut brièvement Will, détournant enfin ses yeux du charnier. Un des galets est sec. Vous trouverez probablement de l'ADN appartenant à Banner, ou quelqu'un d'autre. Il s'agit d'indices, pour nous aider à déterminer qui il est. Il veut qu'on le trouve, et qu'on reconnaisse son…génie.
Jack soupira. Incroyable le nombre de malades que pouvait compter Baltimore.
Un des agents s'approcha de lui et lui tendit un dossier, avant de lui murmurer quelques mots à l'oreille. La surprise déforma ses traits. Hannibal, Lloyd et Will s'approchèrent pour entendre les nouvelles.
- Nous avons fait analyser la composition chimique de l'eau. Et tenez-vous bien… Il est impossible qu'elle provienne de la Terre.
Ils étaient rentrés en silence. Le jour se levait au loin, et Hannibal avait habilement proposé à Will de venir partager un solide petit déjeuner avec eux, afin de remettre de leurs émotions. Will, désireux d'échanger ses premières impressions avec le Dr Logan, s'était laissé convaincre.
Ce n'était pas par bonté de cœur qu'Hannibal avait fait cette proposition. Il avait espéré pouvoir tenir Loki occupé suffisamment longtemps pour aller fouiller sa chambre. D'abord son arrivée inattendue, sa demande d'apprentissage, son emménagement, maintenant ses crimes dont il ne voulait pas lui parler… C'était le moment d'en avoir le cœur net.
Sauf que Loki était arrivé trop tôt. L'apparence de lloyd Logan dissipée, il retrouvait l'allure arrogante qui lui correspondait si bien.
Le doigt qui dessinait la courbe du menton d'Hannibal glissa le long de sa gorge. L'ongle de l'index dessinait distraitement le tracé de la jugulaire.
- Will ? S'enquit Hannibal, d'une voix rauque.
Quitte à mourir, il préférait éviter le spectacle de son corps mutilé au profiler.
- Il dort dans le canapé de votre salon. J'ai moi-même quelques dons d'hypnose. Je pourrais vous apprendre, afin que vous puissiez améliorer votre technique…
- Si vous vouliez ma mort, nous ne serions pas en train de discuter à l'instant.
- Patience.
La voix divine, impérieuse, était teintée de menace. Les doigts glissèrent encore, jusqu'à effleurer la cravate pourpre, pour entreprendre d'en défaire le nœud.
- Ce n'est pas à votre vie que j'en veux présentement…
- Ca n'a aucun sens.
- Nous verrons…
Les doigts quittèrent la cravate pour rejoindre le premier bouton de la chemise immaculée. Hannibal saisit le poignet de Loki, sans violence mais avec fermeté, pour l'obliger à suspendre son geste.
- Vous vous fourvoyez.
- Je sais ce que je veux. Et j'ai toujours ce que je veux.
Hannibal, conservant sa prise sur le poignet de son interlocuteur, pointa du menton le mur de la chambre.
- C'est ça, que vous voulez.
Sur les parois s'étalait un ensemble complexe de photos, d'articles de journaux, de plans de villes, de paysages, de noms barrés et entourés. Tous étaient reliés par des fils rouges. On pouvait reconnaître Manhattan, l'Inde, la Russie, des morceaux d'algorithmes et de codes à moitié percés à jour, le Tesseract, des soldats Chitauris, des armures…
Et, au centre, une photo de Tony Stark, vêtu de sa plus belle invention : l'armure Extremis.
Loki relâcha lentement sa prise sur la chemise du psychiatre. Ses yeux détaillaient désormais l'immense toile d'araignée qu'il avait plaquée au mur. Le ton, de suave, devint rêveur.
- Un seul être vous manque… Je veux qu'il meure. Mais pas avant d'avoir réussi à lui arracher son âme. Pas avant de l'avoir complètement perverti. Je veux corrompre si profondément son esprit, sa nature, qu'il me supplie de mettre fin à ses jours pour oublier ce que j'ai fait de lui.
- Pourquoi ?
- Pour la même raison que vous souhaitez faire subir ce sort à Will.
Si la réponse surprit le Dr Lecter, il n'en montra rien. Le psychiatre s'assit distraitement sur le lit à baldaquins, englobant l'œuvre qui ornait désormais le mur dans son entièreté.
- Alors c'était ça. Vous êtes venus me voir non pas pour mes compositions ordinaires. Mais pour mon Chef d'œuvre.
- Je veux lui promettre le sort le plus funeste qui soit. Je veux que tout soit parfait. Et pour cela, rien de mieux que de côtoyer le maître en la matière…
- Je pensais que vous seriez capable d'une telle chose sans moi.
- Il y a une différence entre nous, Dr Lecter… je suis un être doué de sentiments. Il s'agit probablement de ma plus grande faiblesse. Rassurez-vous, c'est également la seule…
- Moi aussi.
- Qui ment, maintenant ? Je manipule depuis ma plus tendre enfance, qu'il s'agisse de mes proches ou d'illustres inconnus. Mais je n'ai pas votre cruauté. Je ne pourrais pas, seul, enfoncer un tube dans la gorge d'un ami et y insérer une oreille.
Le dernier mot avai été légèrement appuyé, Le regard de Loki quitta le mur pour venir se poser de nouveau sur le psychiatre. Cela n'augurait rien de bon. Hannibal prit le parti de poursuivre la conversation. Tant qu'il parlait, le demi-dieu ne faisait rien de pire.
- Mais vous haïssez Tony.
- Haïssez-vous Will ?
- Non.
- Il en est de même pour moi. Quand j'étais prisonnier, avant que je ne m'échappe, nous avons énormément parlé. Il m'a même appris ce jeu que les mortels affectionnent – les échecs.*
- Pourquoi lui vouloir du mal, alors ?
- Pourquoi en voulez-vous à Will ?
- Je ne lui en veux pas. Je veux qu'il me rejoigne.
- Exactement.
- Désirez-vous vraiment conquérir le monde aux côtés de Tony Stark ?
- Désirez-vous vraiment chasser l'humain avec Will Graham, avant de vous attabler avec lui autour de votre proie délicieusement cuisinée ?
Un silence méditatif s'installa.
- Vous devriez suivre une thérapie, conclut Hannibal.
- Acceptez-vous d'être mon praticien ?
Du bruit leur parvint depuis le salon. Les deux hommes échangèrent un regard avant de quitter la pièce. Hannibal prit bien soin de fermer la porte derrière lui.
Il était en train de réajuster son nœud de cravate lorsque Will surgit dans le couloir.
- Je suis désolé. J'ai dû m'assoupir. Les nuits sont courtes en ce moment…
- Je vais vous raccompagner, Will. Quelques heures de vrai sommeil ne vous feront pas de mal.
Le profiler accepta, non sans un regard pour le Dr Logan resté en retrait. L'idée de le laisser vivre seul avec l'éventreur de Chesapeake lui glaçait les sangs.
Hannibal tendit sa veste à l'Empathe avant d'enfiler la sienne.
- J'accepte, Lloyd, conclut évasivement le tueur en série avant de quitter la pièce. 19 :00 à mon cabinet.
Face au regard curieux de Will, il répondit par un sourire.
*Ça faisait longtemps, n'est-ce pas ?
Voilà pour ce nouveau chapitre. J'espère que la direction qu'emprunte l'histoire vous satisfait. Faites-moi part de vos remarques, elles m'aident toujours à y voir plus clair et améliorer ma trame scénaristique !
Je vous embrasse,
Laukaz-the Lab.
