Note de l'auteur : Hey guys ! J'ai (encore -') mis plus de temps que prévu pour rédiger le chapitre (moins de cinq mois tout de même !). Je suis vraiment désolée. Je vais essayer de mieux m'organiser (de toute façon, j'ai pas le choix, sinon je vais couler à la fac XD)

Donc ! Voilà le chapitre 7, et comme toujours, Hakuouki, c'est pas à moi, seul mes OC le sont (mais dès que je suis le maitre du monde, je changerai ça.) ! Et ENFIN, on rentre dans le vif du sujet (même si les gros évènements qui font tout exploser dans tous les sens, ce n'est pas encore pour tout de suite x)

Shadow : Je suis la reine des trolls, tu le sais bien ^^

J'ai dû refaire cette scène trois quatre fois avant d'être satisfaite x) Le dormeur du val n'était pas l'inspiration principale, mais maintenant que tu le dis, oui, c'est un procédé similaire (bravo jeune homme, un point de plus !)

Même après deux mois, la façon dont tu parles de Itou m'éclates toujours autant. Mais oui, ce mec est un super repère temporel… C'eeeeest touuuuut :D Le Vatican a encore beaucoup d'ampleur à prendre, ce n'est que le début mon enfant :p J'espère que Angélique va continuer de te plaire sur le plan politique après SA scène dans ce chapitre ^^ Et oui, ça va rager sec en face. Même si elle n'est pas du tout là pour créer/gérer un conflit, elle est loin de se laisser marcher dessus *vas-y nina, montre leur la puissance du peuple qui a inventé le tiramisu et les tours penchées !*

Et si, Falvio est au courant pour le genre de Gabriel, il est même très lié à elle, mais ça se développera plus tard ^^ Lui et Nina sont les seul à être au courant à l'heure actuelle.

J'ai remarqué que ce passage n'était pas super compris Gabriel n'infiltre rien, lorsque Soji l'arrête. Elle essaye juste de revenir à la résidence ! J'ai néanmoins tenté de corriger le tir avec ce chapitre, désolée de ne pas avoir été plus claire *gomen gomen* (et oui, Noraneko, c'est Gabriel ^^)

Fd139 : Mouhahaha je suis contente de te lire dire ça ! Mais pour la deux centième fois, il faut que tu dormes plus ! Bon sang de bon soir !

J'espère que tu vas l'aimer encore plus après ce chapitre ! Elle a SA scène, son heure de gloire, son « show time » attitré !

Ils ont tous de l'importance ! Quant à Kazama, on en a déjà parlé :p

Ba, Saito est un peu devenu un héros national (au même titre que Hijikata) donc c'est normal qu'il soit si repris. (avec des différences de caractère hallucinantes parfois OO Le Saito de Kenshin est juste à l'opposé de celui d'Hakuouki, il ressemble presque plus à Soji en fait XD) Il faut définitivement que je regarde Gintama… Mais j'ai pas le teeeemps TT

Je peux rien te promettre :p faut voir selon l'évolution de la trame !

Bon wala ! Encore une fois, n'hésitez pas à commenter (ou juste à dire coucou, ça me vas aussi) et bonne lecture !

Chapitre VII :

Les étincelles de l'aurore

Kyoto 20 Janvier 1865

** « Sortir au beau milieu d'une rencontre d'un telle importance ne vous pose aucun problème ? » Demanda posément le père Lucius. « Vous étiez bien plus pressé à Nishinomiya… »

« Je ne suis pas sorti. Actuellement, je suis avec le Tenante Suliva dans une pièce adjacente à celle de la rencontre. » Répondit Gabriel

Le silence retomba dans la pièce. La lumière de la lune faisait apparaitre l'armature des portes en filigrane sur les tatamis. Un peu de poussière dansait dans l'air. Hormis les deux hommes, la salle était vide.

Le chasseur de démon vit distinctement un sourire se tracer sur les lèvres de son contact.

« Vous êtes incroyablement prévoyant, mon enfant… C'est bien, très bien. » Apprécia l'homme d'Église. « . Mais cela signifierait-il que cette chère Mademoiselle Garibaldi, ainsi que Flavio Dilvidio sont informés de votre… Rôle ? »

« Je suis maître de mes décisions, mon père, et la façon dont j'orchestre mes relations n'est pas la raison de ma venue. » Éluda Gabriel. « J'ai pu vérifier vos hypothèses par moi-même Yukimura Chizuru est toujours en vie, sous la protection du Shinsengumi. Ils ne l'ont pas emprisonné ni exécuté suite à la nuit de sa capture. Il semble servir sous leurs ordres, à un rang mineur. »

Lucius porta sa main à son menton et réfléchit quelques instants.

« Pensez-vous qu'il puisse être au courant de quoi que ce soit… ? » Murmura l'ecclésiaste.

« Je n'en ai pas la moindre idée. »

« Bien… »

Avec un ahanement dû à l'âge, l'homme d'Église se releva et frappa vigoureusement dans le creux de son dos. Ses pas lents le conduisirent ensuite vers la fenêtre, sans que le regard de Gabriel ne le quitte.

Dans un silence religieux, il observa les toits de Kyoto avant de reprendre, sans se retourner.

« Je ferai le nécessaire. Il est temps de surveiller Yukimura et le Shinsengumi de plus près. Plus rien ne se passera sans que vous soyez informé.»

Gabriel se releva à son tour et lança un dernier regard à son contact. La voix de ce dernier le retentit de nouveau.

« J'aimerai pouvoir disposer de votre collègue, de temps à autre. Il me semble que le faire se déplacer est bien moins dangereux pour votre couverture… Même si vous l'avez apparemment en partie sacrifiée. »

« Faites comme vous le souhaitez. » Répondit Gabriel par-dessus son épaule. « Mais je ne promets rien. Ambrose est celui à qui vous devez demander. Sur ce. »

Avant que l'homme d'Église ne puisse répondre, l'ombre sortit de la pièce. Une fois à l'extérieur, après s'être hissée sur un toit, elle retira son masque. **

Gabriel réarrangea les papiers sans hâte, puis les posa sur un coin de son bureau. Malgré « l'incident Okita » sur le retour, son opération de la veille était restée secrète.

Depuis son retour, la jeune femme n'avait pas cessé de retourner les paroles de son informateur dans sa tête. La surveillance de Yukimura Chizuru semblait avoir été totalement arrêtée entre sa capture par le Shinsengumi et son arrivée, comme si Lucius avait soudainement oublié son existence.

« Il se moque de nous… » Souffla la traqueuse de damnés.

Les doigts de sa main libre vinrent distraitement caresser la cicatrice sous son œil. Il ne restait plus de la blessure qu'une fine ligne blanche, mais l'Italienne avait l'impression de toujours en sentir la brûlure.

Les rapports étaient vierges de toute trace. Peu importe la faction d'origine, personne ne pouvait donner le moindre détail sur l'intrus qui s'était introduit dans la résidence. Il était venu d'un néant aussi complet que celui dans lequel il avait disparu. Seul le témoignage du capitaine de la première division prouvait encore son existence.

Les paroles du prêtre s'effacèrent alors pour laisser une autre voix raisonner dans sa mémoire.

** « Tu as du cran de vouloir entrer ici. » **

Un tic agita la joue de l'officier et il se releva, remettant son masque. La première division n'avait pas quitté la résidence et après plusieurs heures de traque, ils avaient finalement été invités à finir leur nuit sur place.

L'espace d'un instant, l'idée qu'il puisse être reconnu par leur capitaine le tourmenta, mais il l'éloigna en secouant la tête.

« Qu'importe… » Se murmura-t-il.

Ses yeux embrassèrent une dernière fois la pièce avant de s'attarder sur la fenêtre. Le jour se levait à peine et au-dehors, le ciel était certainement encore sombre. Dans quelques heures, Angélique marcherait dans la cour de ses nouveaux protecteurs, en compagnie de la première division.

Gabriel serra les dents. Lui aussi serait là.


L'ennui s'était assis à côté d'Okita depuis plusieurs minutes déjà. Observer les gens et les choses avait rempli des heures de sa vie, mais cette fois, ce n'était plus suffisant. Assis au coin d'une galerie, il examinait chaque aspect de la petite cours en face de lui sans y trouver le moindre intérêt. Même les deux chevaux qui refusaient de se faire atteler au fiacre ne parvenaient pas à le distraire. Tout était gris, blanc ou noir, comme sur une estampe, la beauté en moins. La vieille demeure était restée inoccupée trop longtemps pour la posséder encore.

Un artiste aurait peut-être réussi à trouver une certaine grâce dans ses vieilles pierres et son bois usé, mais pas Soji. La splendeur de la maison était passée et ne reviendrait plus. A présent, elle se délitait, pierre par pierre et le samouraï n'avait jamais trouvé quoi que ce soit de beau dans quelque chose à l'agonie.

Il bâilla.

La traque de la nuit n'avait rien apporté, hormis quelques heures de sommeil à rattraper et certains de ses hommes avaient même été gratifiés d'engelures. L'idée de rester dormir à la résidence italienne avait alors été acceptée comme une bénédiction par l'ensemble des soldats. Okita avait choisi de se laisser convaincre pour eux : il les malmenait déjà suffisamment à l'entrainement pour en plus les tuer à la tâche. Pas plus que nécessaire en tout cas.

Quelques pas se firent alors entendre, de l'autre côté de son coin de mur. L'instant suivant, l'un des officiers italiens apparut et s'arrêta en le découvrant, au bord de la galerie. Soji ne réussit pas immédiatement à se remémorer son nom.

« Oh, Okita-san. Bonjour. Je ne m'attendais pas à vous voir. »

Suliva. L'homme s'appelait Ambrose Suliva. Ils avaient le même âge, mais le samouraï ne parvenait pas à éprouver la moindre sympathie à son égard. Il sourit légèrement.

« Je ne dors pas beaucoup. » Expliqua-t-il.

L'officier hocha la tête puis la pencha légèrement sur le côté.

« Vous avez pu manger ? »

« Non, je pense que je mangerai au quartier général. Je n'ai pas très faim. »

Nouveau hochement de tête. Mettant ses mains dans ses poches, le soldat blond se tourna vers les chevaux. L'un d'entre eux avait fini par céder, mais l'autre résistait toujours. Son obstination à lutter tira un léger sourire au samouraï. La bête portait déjà son harnais, mais refusait catégoriquement de se laisser attacher.

« Dites-moi, Okita-san… »

La voix d'Ambrose arracha Soji de son observation. Avec un « hm » interrogatif, il se tourna vers l'officier italien. Ce dernier n'avait pas quitté le cheval récalcitrant des yeux, mais le samouraï sentit que toute son attention était fixée sur lui.

« Cet intrus, à quoi ressemblait-il ? »

Okita haussa un sourcil avant de retenir un rire.

« J'ai fait un rapport sur lui. Vous ne l'avez pas lu ? » Demanda-t-il nonchalamment.

« Si. Mais maintenant j'aimerai avoir votre avis. »

En finissant sa phrase, le soldat blond se tourna vers lui, mais Soji ne bougea pas d'un pouce. Un bref silence s'installa avant qu'il ne réponde, sa voix aussi neutre que possible.

« Un chat errant. »

Ce fut au tour d'Ambrose d'être surpris.

« Un… Chat errant ? »

« Oui. » Répondit Okita le plus naturellement du monde. « Parce que les chats errants n'ont pas de maitres. »

Le sourire poli du traqueur de démon se fana, l'espace d'un battement de cil. L'intonation de sa voix demeura pourtant inchangée.

« Pas de maitres ? » Demanda-t-il. « Alors pourquoi serait-il entré ? »

Avec un haussement d'épaules, le samouraï se tourna enfin vers lui et posa ses mains en arrière, comme s'il prenait le soleil.

« Aucune idée. Personne ne sait jamais où vont les chats errants. C'est pour ça qu'ils sont intéressants. »

Croisant enfin son regard, Ambrose sourit un peu plus et croisa les bras, puis se tourna vers la cour.

Le cheval avait finalement accepté de se faire attacher au fiacre, mais continuer de fouetter l'air de sa queue, agacé. Même dans la faible lumière que les nuages laissaient filtrer, il était facile de voir la sueur qui brillait sur sa robe brune. Malgré sa posture, il était évident que c'était lui qui avait choisi de céder et non les hommes qui l'y avait forcé.

« Vous avez raison. » Déclara soudain Ambrose. « Les chats errants sont intéressants. »


Approcher aurait été intolérable pour Itou, et pourtant, il devrait le faire. Alors que le petit groupe d'Italiens entrait dans le quartier général du Shinsengumi, le conseiller stratégique sentit tout son mépris se préparer à l'assaut, en attendant le moment fatidique.

La première chose à l'avoir fait tiquer était que les soldats n'avaient rien de guerrier. Que ce soit leur attitude, leurs armes ou leur uniforme, rien ne lui évoquait l'aura d'un véritable combattant. Ils lui semblaient à peine plus menaçants que des enfants jouant avec des épées en bois.

Mais ce n'était que le début. Le pire restait les deux personnes qu'ils escortaient une femme et une enfant. Que le dignitaire soit une péronnelle était déjà révoltant en soi, mais lorsqu'il vit la gamine descendre du fiacre, il ne put retenir un reniflement de dédain.

Comme prévu, Garibaldi « dono » n'avait rien d'un représentant politique : sa façon de saluer, de remercier, et de sourire à Kondo manquait d'envergure, de charisme… Ce n'était une marionnette, rien de plus.

Encore une preuve que le Shogun était devenu un ramassis d'incapables. Jamais il n'aurait permis à un tel pantin d'entrer sur le territoire que ce soit elle qui que ce soit d'autre.

Un troisième acteur entra alors sur scène et Itou sentit un sourire fleurir sur ses lèvres.

A quelques pas du pantin en jupon était apparu un autre soldat. Plus petit que la jeune femme d'une poignée de centimètres, ce qui n'arrangeait pas les choses, il poussait le ridicule jusqu'à porter un masque. Si ses souvenirs étaient exacts, l'homme se nommait Gabriel Solento et de tous les soldats, c'était lui qui possédait le plus d'autorité.

Les récits de l'escarmouche d'Akashi en faisaient un combattant émérite, mais en le voyant face à lui, Itou se retrouva dans l'impossibilité de lui trouver quoi que ce soit d'impressionnant. C'était un soldat d'opérette, comme tous les autres.

Avec un reniflement de dédain à peine masqué, le conseiller quitte son poste d'observation et rejoignit sa place, derrière Kondo. En quelques secondes, son visage prit un air poli et presque chaleureux. Jouer la comédie de l'hospitalité face à des étrangers avait un arrière-gout amer, mais il ne pouvait pas ignorer leur importance politique.

Connaissant les Occidentaux, toute cette rencontre serait noyée dans l'hypocrisie. Au moins il ne détonerait pas.


« Vous avez beaucoup de courage, Garibaldi-dono. »

La voix de Itou était douce, tombant dangereusement dans le mielleux. Même si aucun mot n'avait franchi ses lèvres jusqu'alors, son intervention ne surprit personne. Elle était prévue, presque crainte par certains.

Alors que tous les regards se tournaient vers lui, un silence pesant tomba sur la pièce. Aux côtés d'Angélique, Olympe se tendit, ses yeux pervenche passant sans cesse de sa maitresse à son adversaire. Gabriel ne bougea pas d'un cil.

« Et votre père l'est tout autant. » Poursuivit le conseiller. « Combattre aussi longtemps pour un idéal comme le sien… Unifier le pays, et le libérer de l'envahisseur. Je ne connais pas beaucoup d'hommes pouvant le faire par simple volonté. »

Un doux sourire passa sur les lèvres d'Angélique alors qu'elle reposait sa tasse de thé. Pour toute l'assemblée, le message était clair le duel commençait.

« Je vous remercie de votre compliment, mais ce n'était pas sa seule et unique volonté. » Répondit-elle en soutenant son regard. « C'est celle d'un peuple entier. Mon père est l'homme que j'admire le plus au monde, mais je ne peux pas avoir la naïveté de le déclarer seul et unique vainqueur de la guerre. Cette volonté était la sienne tout d'abord, mais il se trouve qu'elle était également celle de notre peuple. Mon père était amoureux de son pays et de sa cause ils le lui ont rendu. »

Les yeux du conseiller stratégique se fixèrent un peu plus sur elle. La douceur de sa voix laissa place à une curiosité écœurante de sous-entendu.

« Dans ce cas… Le peuple italien voulait l'unification pour repousser l'envahisseur barbare ? » Demanda-t-il en haussant un sourcil.

La dignitaire pencha légèrement la tête sur le côté avec l'ombre d'un sourire.

« Excusez mon impolitesse, Itou-san, mais je préfèrerais que vous n'utilisiez pas le terme « barbare… » Le corrigea-t-elle poliment. « Nos objectifs sont différents, mais je refuse de considérer l'idée que l'un de nos pays soit supérieur à l'autre. »

Le samouraï haussa d'abord les sourcils puis, alors que son mépris s'intensifiait, il sourit et agita la main en riant.

« Ma ma… Pardonnez-moi, c'était déplacé je vous l'accorde. Une telle tolérance envers vos ennemis est admirable de votre part. »

« Je vous remercie. »

Marquant une pause d'intérêt, la jeune femme reprit ensuite calmement.

« Et pour répondre à votre question, je vais prendre un détour qui vous semblera fort simple, mais en lequel je crois corps et âme. »

« Je vous en prie. » Répondit-il avec un geste de la main.

Le visage de la jeune femme s'illumina, mais réussit le tour de force de garder une part de sérieux. Le mélange était horripilant.

« L'unification du peuple et l'indépendance sont maintenant inscrites dans l'Histoire parce que le peuple le voulait. »

L'idéalisme de sa réponse manqua de faire rire Itou. Malgré la foule de différence, elle ressemblait presque à Kondo dans ses délires de grandeur. Ils étaient aussi pathétiques l'un que l'autre.

« Donc pour vous, le peuple choisit comment se déroule l'histoire ? » Demanda-t-il en penchant la tête, incapable de réprimer un sourire.

« C'est ce que je veux croire, oui. » Déclara la jeune femme en hochant la tête

Ce fut le moment qu'il choisit pour la pousser. Comme on pousse un homme ivre. Juste une petite tape dans le dos et tout s'écroulait, lourdement.

« Mais dans ce cas là… Votre pays a mis tellement de temps à se libérer, alors pourquoi vouloir se rapprocher d'un autre ? C'est assez… Paradoxale, vous ne trouvez pas ? » Demanda-t-il d'un ton mielleux.

« Nous ne cherchons pas à envahir qui que ce soit, allons… » Répondit la jeune femme d'une voix aussi douce que la sienne. « Et vous êtes bien trop loin de nos côtes pour que nous ayons la moindre chance ! »

Lui rendant son rire, Itou enchaîna avec un sourire qu'il peinait à empêcher de devenir moqueur. Il était temps de la remettre en place.

« C'est vrai, c'est vrai… » Minauda-t-il avant de baisser d'un ton. « Mais comment pouvez-vous savoir si notre peuple est d'accord pour accepter le vôtre en tant… Qu'allié ? »

« Nous ne pouvons le savoir »

« Excusez-moi ? »

Le froncement de ses sourcils était impossible à masquer.

« En rencontrant le Shogun, c'est ce que nous cherchons à faire. Les dirigeants sont là pour représenter le peuple n'est-ce pas ? Cependant… »

Elle semblait indisposée, comme une enfant à qui on aurait refusé une faveur. L'image était ridicule.

« Cependant ? »

« Je pense qu'il aurait également fallu rencontrer l'empereur, mais en ces temps troublés, la requête d'entrevue a été refusée… Mais nous n'y pouvions rien… » Répondit la jeune femme.

Le conseiller parvint à regagner son calme à la mention de l'empereur. Angélique Garibaldi était donc bien ce qu'il pensait qu'elle était, c'était définitif. L'entendre parler si librement du monarque lui en donna la preuve suprême.

Malgré sa politesse, malgré son « joli » visage, elle n'était rien d'autre qu'un ballon gonflé de croyance et d'idéaux qu'Itou s'empresserait de crever, à la première occasion.

Tout comme le Shinsengumi.

« Ara… Quel dommage. » Répondit-il, soudain lassé par la discussion. « Comment allez-vous suivre ce que vous croyez dans ce cas ? Ce doit être assez… Douloureux, pour quelqu'un d'aussi convaincu que vous… »

« Allons, Itou-san… » Murmura Mademoiselle Garibaldi en reprenant sa tasse.

La porcelaine de sa tasse tinta légèrement sur le bois du plateau lorsqu'elle la porta à ses lèvres. Juste avant que la jeune femme ne boive une gorgée, ses yeux de pourpre se levèrent de nouveau et son regard suffit à le plonger dans la surprise la plus totale.

Alors que la diplomate achevait sa phrase, sa voix fut soudain lisse comme du verre.

« Les croyances sont des buts. Pas des chemins.»


« Eh… ! C'est enfin fini… »

Avec un soupir de soulagement, Shinpachi s'appuya contre la rambarde de la coursive. La matinée était passée en un éclair, comme si le temps s'était écoulé en accéléré. Pourtant le samouraï se sentait aussi épuisé qu'après une longue journée.

L'odeur du repas de midi commençait à monter de la cuisine. On voyait un peu de buée monter des fenêtres de là où il se trouvait. Alors que la cour avait été soigneusement balayée de toute neige, le jardin intérieur semblait recouvert d'un plaid blanc, troué par les traces de pas ici et là.

Réparti sur l'escalier du bâtiment principal, les capitaines du Shinsengumi attendaient patiemment l'heure du repas.

« Ma… Au moins c'est fait… » Ajouta le samouraï au bandeau. « Mais vraiment… J'ai cru qu'ils allaient s'entretuer… C'est comme si elle avait tiré en l'air ! »

Sa remarque traça un sourire sur les lèvres de son voisin. Adossé à la même rambarde que lui, une marche plus bas, Harada regardait dans la direction opposée.

« Je ne sais pas s'ils se seraient entre-tués, mais en tout cas ils auraient fini par faire de gros dégâts… »

« Ne m'en parle pas. » Grogna Hijikata. « À cause d'Itou, nous avons frôlé l'incident diplomatique… Encore heureux que Garibaldi-dono n'ait pas fait de scandale… »

La voix du commandant Oni n'était plus qu'un grognement rauque et hargneux. Adossé au pilier en haut de l'escalier, les bras croisés sur sa poitrine, il fixait les portes du quartier général

« Garibaldi-dono a autant joué sur la provocation que lui… » Ajouta Saito. « Ils n'ont fait que s'intimider mutuellement. Elle ferait une grave erreur en appelant à l'incident diplomatique maintenant. »

« Ouai…. Mais, au moins Itou-san ne peut rien dire non plus… » Déclara Shinpachi avant de retenir un rire. « Il s'est fait prendre à son propre jeu pour une fois. »

Un léger rire de sa part vint achever la discussion et les bruits du quartier général reprirent le dessus. Assit en retrait, tout en haut de l'escalier, Heisuke avait écouté la conversation comme il avait assisté à la rencontre en silence. Ses grands yeux perdus dans les nuances de la pierre des marches, il garda ses lèvres pincées.

Angélique Garibaldi était la première occidentale à croiser sa route, brouillant cette dernière un peu plus

L'espace d'un instant, le jeune capitaine en vint à envier Sannan. La dépression de ce dernier avait fini par le cloîtrer dans sa chambre. Comme Itou avait pris sa place, il n'avait même pas eu à assister à la rencontre diplomatique.


La main serrée sur son kodachi, Chizuru se glissa hors de sa chambre, tentant de disparaître dans l'ombre. Son cœur semblait fêler ses côtes à chaque battement. L'air glacial de la nuit écorchait sa gorge jusque dans sa poitrine.

La silhouette de Sannan était en train de s'éloigner, sur un chemin pavé qu'elle n'avait jamais remarqué avant. La petite allée débouchait sur une porte dérobée, cachée dans un coin du mur d'enceinte. C'était ce mur qui séparait les capitaines du reste des soldats.

Quelque chose sonnait faux.

** « Avec l'arrivée de notre nouveau membre… Mes services de président ne semblent plus requis… » **

Ces mots sonnaient faux. Faux à lui en donner la nausée. Tandis que la jeune femme passait la porte à son tour, le malaise s'accentua. Depuis qu'il était blessé, Sannan lui donnait l'impression que quelque chose dérapait lentement en lui,

La lune avait choisi de mettre une robe de sang ce soir-là. Tous les bruits semblaient multipliés à l'infini. Chaque souffle de vent, chaque cri d'oiseau, tout raisonnait dans un insupportable et silencieux vacarme. Les allées entre les bâtiments avaient été soigneusement balayées, au point d'en faire oublier la neige tombée la veille, mais Chizuru sentait le vent filtrer à travers ses vêtements et griffer sa peau encore chaude. Suivre le samouraï se révéla presque trop facile, comme s'il n'accordait plus aucune importance à ce qui l'entourait. Il regardait droit devant lui, sourd, aveugle, effrayant.

Pour la première fois, la jeune fille réalisa à quel point il se tenait droit. Sa démarche lui donnait l'air de glisser sur le sol plus que de marcher. Comme un fantôme.

Avant qu'elle s'en rende compte, elle marchait presque sur ses talons, mais il s'entêta à ne pas remarquer.

Puis il disparut.

Alors qu'il marchait à quelques pas devant elle, il suffit d'un coin de mur pour qu'il se volatilise, sans un bruit. Aucune trace ne venait suggérer une direction. La rue était exactement comme elle aurait dû l'être sans lui. Vide, silencieuse et nimbée d'une légère brume. La brume était là depuis le début, mais maintenant que Sannan avait disparu, Chizuru la remarquait plus encore.

Une lourde porte se fit alors remarquer, encastrée dans l'un des murs qui étranglaient la ruelle. Elle était entrebâillée.

Aussitôt la porte close, Chizuru sentit l'inquiétude poser sa main sur son épaule. Le couloir était vide. Des grains de poussière mouchetaient la lumière qui suintait des shogi.

Le plancher accepta de rester silencieux sous ses pieds, mais le bruit de ses pas lui refusa cette faveur. Mètre par mètre, elle s'enfonça dans le bâtiment, ses viscères se serrant un peu plus à chaque pas. Son regard ne cessait de balayer les environs, bien qu'elle n'ait aucune idée de comment réagir si quelqu'un la trouvait. Cette partie du quartier général lui était totalement inconnue. Toutes les portes se ressemblaient, chacune promettant autant de réponses que de sordides conséquences.

Au bout de quelques pas, l'une d'elles attira son attention légèrement entrouverte, elle laissait apercevoir une pièce apparemment banale à un détail près : sur le bureau était posée une petite fiole de verre. Elle contenait un liquide rouge qui semblait briller par lui-même.

« Je n'aurai jamais pensé que ce serait toi qui me trouverais… »

Le cœur de Chizuru s'arrêta. Elle avait été idiote. Incapable de crier, elle tourna la tête vers le conseiller stratégique.

« Sa… Sannan-san ? » Fut la seule chose qu'elle parvint à dire.

Il lui sourit gentiment et lui fit signe de le précéder. Son visage semblait plus vivant qu'il ne l'avait été durant les dernières semaines. Ses yeux brillaient de nouveau. Mais quelque chose s'était tordu à l'intérieur, la jeune fille le sentit dès la première seconde.

« Entre. » Poursuivit-il. « J'ai quelque chose à te montrer. »


La fenêtre ne fut pas compliquée à trouver. Même si les deux occupants n'en avaient pas allumé la lumière, Ambrose parvint à distinguer leurs ombres sur le papier. Malgré la hauteur de son perchoir, il devinait leurs silhouettes comme au travers d'une vitre. Ils parlaient, mais l'Italien ne pouvait pas entendre. La plus petite des deux silhouettes semblait choquée. Elle était un peu floue, laissant deviner à l'agent qu'elle se tenait un peu en arrière.

Ambrose avait appris de nombreuses choses sur cette silhouette. Bien plus qu'il ne s'y attendait. Il ne pouvait plus s'empêcher de sourire. Habituellement, Gabriel était celui qui ramenait le plus vite les informations intéressantes, mais ce soir-là semblait être dédié au jeune agent. Et les choses semblaient juste commencer.

Après quelques éclats de voix indistincts, la silhouette la plus proche renversa sa tête en arrière, malgré l'intervention de la plus petite. Ambrose avait vu cette scène tant de fois qu'il pouvait l'imaginer aussi clairement que si la fenêtre était ouverte. La peur dans les yeux de la petite silhouette, la douleur qui s'enflammait dans les muscles de la grande…

« Tu devrais partir maintenant… » Souffla L'Italien.

Rien ne se produisit durant quelques secondes insupportables, puis celui qui avait bu disparut. Peut-être s'était-il effondré, ou roulé en boule. Peut-être les deux. Ambrose ne pouvait pas savoir. Sans quitter la fenêtre des yeux, il s'aplatit au sol et recula dans l'ombre. Jouer au héros serait contre-productif ce soir.

Les deux ombres se fondirent en une seule. Un instant.

Quelque chose d'étrange se produisit, alors que la scène devait se terminer comme toutes les autres. Ils s'étaient séparés. Mais ce n'était pas la petite qui s'était dégagée.

Le damné l'avait lui-même lâché.

En un instant, l'espion descendit de son abri et s'approcha.

« … de réussite était trop faible… »

« Sa… Sannan-san… Vous allez bien ? »

Les mots étaient rauques et encore étranglés, mais parfaitement clairs. Ambrose se rapprocha encore, jusqu'à se coller contre le mur du bâtiment. Il ne voyait plus rien, mais pouvait maintenant entendre clairement.

« Ce n'est pas le moment de t'inquiéter pour moi… » Grogna l'autre. « Tue-moi tant que tu le peux… »

« Vous tuer… »

« Le remède est un échec… » Coupa presque le damné. « Je suis déjà en train de perdre connaissance… A ce rythme… Je finirai par te tuer ! »

« Je… Je ne pourrais jamais… »

« FAIS-LE ! »

Ambrose se figea. Sa main s'était d'elle-même resserrée sur son pistolet. Les réactions du damné n'étaient pas normales. Son calme et sa conscience n'étaient pas normaux. Il n'était pas devenu une simple bête. Il était resté humain.

Suffisamment pour être bien plus dangereux que les autres.

Des bruits de pas chancelant se firent entendre dans la pièce. Les voix s'éloignaient de la fenêtre.

« Sa… Sannan-san… »

« Même dans cet état… Je mourrais si tu transperces mon cœur… » Murmura le perdu.

« Sannan-san ! Arrêtez ! »

Des bruits de métal, une lame dégainée puis retenue.

« Allez… Tue-moi… S'il te plait. »

La voix n'était plus que l'image d'un délire autodestructeur, rythmé par la lame qui tremblait contre sa poitrine. Il ne semblait même plus entendre l'autre.

« Allez… Laisse-moi mourir… »

« Sannan-san ! Arrêtez, je vous en prie ! »

Au loin, des pas précipités se firent soudain entendre.

« Arrêtez ! »


« Je ne l'aime pas. »

D'un mouvement vif, Angélique fit volteface, reprenant son court chemin au travers sa chambre pour la énième fois. Adossée au mur de la porte, hors de vue, Gabriel lisait quelque chose

« Ce n'est pas juste une histoire de camp. » Poursuivit l'aristocrate. « Il y a quelque chose en lui qui… sonne faux.»

Ses talons rythmaient le temps comme une horloge réglée pour tourner trop vite.

La diplomate croisa les bras et s'arrêta devant la fenêtre entrouverte, ses lèvres pincées en une fine ligne. La nuit était d'une clarté rougeâtre et minuit était passé depuis longtemps. L'espace d'un instant, les souvenirs de l'attaque dansèrent dans l'esprit de la jeune femme, puis ceux d'une clairière enneigée et de tombes solitaires. Elle inspira profondément et se retourna.

« Et au-delà de ça… Son influence en dehors du Shinsengumi est un mystère. » Murmura-t-elle en posant ses doigts sur ses lèvres. « Mais je ne peux pas douter de son importance. Se contenter d'une petite unité de soldat… Ce n'est pas le genre. »

« La meilleure chose à faire serait de se rapprocher des ceux qui ne l'apprécient pas au sein de son groupe. Ce sont eux qui parleront le plus facilement. » Intervint Gabriel sans lever les yeux de son document. « Mais ça ne sera pas facile. »

Angélique secoua la tête et s'appuya contre le bord de la fenêtre, ses doigts serrés sur l'encadrement.

« Je ne peux pas faire ça. C'est une mission diplomatique, pas une négociation. » Répondit-elle. « Si je me met à rechercher quoi que ce soit sur lui, on m'accusera de vouloir m'immiscer dans les affaires du pays. »

« Tch… Le Shinsengumi n'a même pas un début d'influence politique. Ils n'ont pas besoin de grand-chose. » Grogna la soldate.

« Ce sont toujours de petites choses qui font tomber les grands hommes… Rien n'est éternel… » Murmura Nina.

« Je suppose… » Souffla Gabriel après un silence.

Alors qu'elle réfléchissait, la dignitaire semblait soudain bien moins impressionnante. Appuyée contre la fragile ouverture de papier, la bougie sur son bureau venait creuser ses traits et souligner ses cernes. Elle avait perdu plus de poids que son amie ne le pensait.

Au bout d'un certain temps, un pauvre sourire apparut sur ses lèvres et elle releva la tête.

« Et toi ? » Demanda-t-elle « Toujours occupée, n'est-ce pas… ? »

Gabriel ouvrit la bouche pour répondre, mais l'aristocrate la coupa en riant. Elle se forçait.

« Je sais… Je ne suis pas sensée savoir… » S'amusa-t-elle. « Mais Ambrose a eu une nuit chargée, pas vrai ? »

Croisant de nouveau les bras, elle se remit à marcher, doucement. Ses yeux brillaient un peu plus alors qu'elle commençait à tourner autour de Gabriel. Cette dernière abandonna sa lecture pour mieux soutenir son regard.

« Nina… » Gronda-t-elle d'un air faussement menaçant.

« Je n'ai pas fouiné ! » S'exclama la concernée en levant les mains. « Il n'était trouvable nulle-part... Je voulais juste savoir où il était... »

« C'est précisément ce que fouiner veut dire, tu sais… » Soupira la traqueuse en secouant la tête.

Son amie haussa les épaules avec un sourire narquois.

« Question de point de vue… Selon moi, tant que je n'ai pas fouillé dans tes affaires, je n'ai pas fouiné… »

« Tu as fouillé dans mes affaires ?! »

Deux coups nerveux furent donnés à la porte, empêchant Angélique de répondre. La voix d'un soldat retentit.

« Mademoiselle ! Un messager du Shinsengumi vient d'arriver. »