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Bonne lecture pour ce nouveau chapitre !
A son réveil dans le centre médical du temple ce matin, Obi-Wan avait reçu une tasse très rafraîchissante de caff par le padawan de service, puis une nouvelle dose de médicaments anti-pathogènes lui avait été administrée, et il avait été libre de commander ce qu'il voulait pour son petit déjeuner au droïde de service, et pour couronner le tout, personne n'avait sourcillé quand il avait programmé deux autres droïdes de se rendre aux archives et de revenir avec une montagne d'holo-livres.
Obi-Wan est le patient le plus choyé des guérisseurs. Mais il n'est nullement satisfait de sa situation.
Le caff était...du caff. Ugh. Il avait voulu du thé avec le petit-déjeuner, mais le droïde était revenu avec une tasse contenant des feuilles cuites mélangées avec un il-ne-savait-quoi et qui avait un vague goût de jus de chaussette. Obi-Wan avait pris une gorgée, avant de recracher le liquide par terre au moment précis où Maître Vokara Che venait faire sa visite du matin. Brûlant pratiquement sous l'intensité de son regard sévère, il s'était rependu en excuses jusqu'à ce que sa tête menace de se détacher puis il avait nettoyé le gâchis lui-même. Par conséquent, le retard sur son petit-déjeuner avait été quelque peu atténué. L'atmosphère de sa chambre s'est aussi brusquement refroidi sous son abattement quand il constata que ses médicaments avaient complètement altéré ses pupilles. Il était là, en train de manger royalement un sorbet au muja, qui aurait donné un sacré coup au Maître de Crèche Ali-Alann s'il avait été mis au courant- et Obi-Wan aurait tout aussi bien pu manger de la glace ordinaire, sa langue ne ressentait rien du tout.
A présent, en plein après-midi, il est très légèrement déconcentré tandis qu'il tente de se perdre dans les écrits philosophique du Maître Jedi Vodo-Siosk Baas. Le réconfort qu'il recherche si désespérément lui échappe au milieu des lignes chatoyantes en Aurebesh de ses documents d'histoire, d'enseignement et d'ordre. Un sentiment inexplicable de quelque chose de faux, de mauvais, se tord encore dans son estomac. Sur Ilum, lorsque la Force avait chanté pour lui et dirigé ses mouvements, il y avait eu un moment où quelque chose de sombre s'était décalé dans sa vision. Obi-Wan n'avait rien senti après, sauf lorsqu'il s'était réveillé pour se retrouver enveloppé dans des manteaux dans l'aile médicale du vaisseau, Qui-Gon Jinn inconscient sur la couchette opposée. Lorsqu'ils avaient été interrogé, les autres avaient exprimé leur surprise, comme s'ils n'avaient rien senti. Garen n'avait fait que gémir sur les difficultés de piloter le vaisseau sur la cour arrière de la citadelle et les quatre autres avaient combiné leur levée de Force pour hisser Maître Jinn et Obi-Wan jusqu'à la rampe du vaisseau.
Un petit sourire vacille sur son visage, mais lorsqu'il se souvient de ce qu'ils avaient dû faire pour fixer le masque à oxygène sur le visage de Qui-Gon, son sourire se fane et se transforme en un froncement de sourcils en pensant aux conséquences.
Qui-Gon n'allait pas être trop contrarié, n'est-ce pas ? Raser sa barbe avait été nécessaire. Il avait d'ailleurs senti un certain amusement en maniant le rasoir. Et si jamais Maître Jinn s'énerverait, Obi-Wan citerait tout simplement que les Jedi ne forment pas d'attachements inutiles.
Maître Qui-Gon Jinn.
Maître.
La plus petite partie d'Obi-Wan- la partie instinctive et naturelle de son esprit et qui n'a pas encore été affecté par sa longue formation- se demande s'il a vraiment imaginé les paroles de Qui-Gon. La Force avait rugi dans ses oreilles et son sabre-laser crépitait avec force dans sa main, et Qui-Gon avait murmuré en premier « Padawan », cela semblait trop beau pour être vrai.
Et puis il y avait la question de la connexion. Ça ne pouvait sûrement pas être un lien Maître/Padawan ? Garen avait raconté de nombreuses histoires à Obi-Wan sur la façon dont son lien avait pris lentement forme avec Maître Clee Rhara, petit à petit. Obi-Wan n'avait jamais entendu parler d'une connexion établie aussi rapidement, aussi brillant que ce fil incandescent d'énergie pure qui l'avait relié à Qui-Gon, auparavant. Était-ce un caprice inconnu que la Force avait forgé pour l'aider à secourir Qui-Gon ?
Et maintenant, quand Obi-Wan essaye d'atteindre le lien dans son esprit, il se rend compte que le lien en question s'étend vers l'inconnu, comme une corde d'or effilochée conduisant vers une obscurité trouble. Il n'arrive pas du tout à détecter Qui-Gon.
Bien sûr, au moment où le garçon se rend compte qu'il a passé la dernière demi-heure à cogiter intensément au lieu de lire, il a déjà réussi à se donner la migraine.
C'est un effet combiné des médicaments et de ses maux de tête qui abaissent sa sensibilité à la Force , suffisamment pour qu'il ne sente pas la perturbation dans la Force qui s'amène.
Bruck Chun déboule dans la chambre d'Obi-Wan comme un Besalisk impudent et ivre de sa suffisance. « Salut, garçon muet » lance-t-il d'une voix traînante, adressant un sourire mauvais à l'adresse d'Obi-Wan. Devant le regard d'Obi-Wan, Bruck prend un air narquois, savourant sa propre voix. D'autant plus que l'autre garçon n'en a pas. « Ne t'embête pas à répondre. Je ne vais pas te demander quoi que ce soit qui dépassera tes maigres capacités »
Les lèvres d'Obi-Wan se serrent en une ligne blanche. Il lève la main, les ondes ouvrent la porte, comme pour lui faire signe de partir.
Bruck tourne à peine la tête. Au lieu de ça, son sourire atteint des sommets de narcissisme comme il secoue sa tête de cheveux blancs. « Oh non Lourdaud Bi-Wan. Je vais empiéter sur ton hospitalité un peu plus longtemps. » Il s'avance de plus près. « Est-ce assez éloquent pour toi ? Ce que je ne comprends pas » marmonne-t-il avec colère. « c'est comment tu as pu lécher les bottes de tous ces maîtres sans prononcer un mot ?.. »
Il obtient un visage aussi impassible que la pierre en retour, mais les capteurs du rythme cardiaque d'Obi-Wan deviennent de plus en plus frénétiques.
Un rictus satisfait. Bruck Chun est le fils d'un homme politique impitoyable et il est tout aussi mielleux que son père. Il sait quand il a un avantage tactique, et il l'exploite généralement avec une jouissance pure. « Après tout, tu n'es pas le parfait initié » Le titre est presque craché, et souligné insolemment.
Obi-Wan pointe simplement l'espace vide entre son oreille où une tresse de padawan devrait se balancer, puis il pointe l'espace vide de l'autre garçon, en attente d'être rempli, ou de ne l'être jamais.
Les sourcils blancs de Bruck se froncent et son visage se tord en une grimace furieuse. D'une certaine façon, Obi-Wan ne pense pas que Bruck apprécie de perdre la face, surtout quand la personne qui se trouve devant lui ne peut pas parler. « Je suis peut-être encore un initié pour l'instant » marmonne sombrement Bruck, son ressentiment saignant dans la Force comme une blessure ouverte. « Mais pas pour longtemps. Il y a un autre tournoi demain. J'ai entendu les autres dire que Maître Qui-Gon Jinn sera là. Tu as joué au héros, mais je vais lui montrer ce que je peux faire. Et je deviendrais son padawan, alors que toi tu seras expédié dans l'agri-corp. »
Obi-Wan regarde Bruck un long moment, la Force pulsant autour de lui.
De toutes les réactions d'Obi-Wan, auxquelles s'attendait Bruck Chun, il ne s'attendait pas à ce que Obi-Wan se plie en deux, les épaules tremblantes. Pendant un instant, il a l'air de sangloter mais le bruit d'une respiration sifflante emplit soudain la chambre et Obi-Wan se penche en arrière sur ses oreillers, secoué d'un fou rire silencieux.
« Pourquoi est-ce que tu ris ? » bafouille le garçon aux cheveux blancs. « Qu'est-ce que tu- qu'est-ce que ça veut dire ? »
Bruck, padawan de Qui-Gon ! Obi-Wan lutte pour ne pas rire à nouveau. C'est en effet assez divertissant, d'imaginer les réactions de Qui-Gon face aux acrobaties habituelles de Bruck. Qui-Gon tannerait la peau de Bruck pour son insolence. Étant donné que la plupart des railleries de Bruck sont dirigés contre l'estime d'Obi-Wan, ce sujet est sans conteste idiot et assez ironique.
Confus et dépassé par la situation, Bruck tombe dans la chose qu'il connaît le mieux : la colère.
Et Obi-Wan, serrant ses côtes endolories sous ses éclats de rire silencieux, choisit ce moment pour envoyer une vague moqueuse, pleine de raillerie, au sein de la Force, et qui n'est pas vraiment enseignée par les maîtres vénérés de l'Ordre Jedi.
Et puis les doigts de Bruck attrapent le col de la robe médicale d'Obi-Wan et serre son autre main en un poing prêt à frapper. « Il semblerait que la leçon que je t'ai donnée à l'extérieur du hangar ne soit pas rentrée » grogna Bruck, la jalousie émanant de lui à chacun de ses mots. « Après ce que je vais te faire, tu auras plus de soucis que d'être muet »
Les yeux d'Obi-Wan s'écarquillent momentanément, puis tout à coup une lueur de joie dansent dans ses iris grises. La main qui tenait le poignet de Bruck se lève pour pointer quelque chose derrière son épaule.
Quelqu'un se racle la gorge derrière lui. Une voix calme et froide brise le silence comme la lame d'un sabre flamboyant fendant l'air en deux.
« Et quelle leçon as-tu enseigné à Obi-Wan ? » demande doucement Qui-Gon, croisant ses mains dans les manches de son manteau neuf. Son regard bleu est aussi glacial et acéré que des stalactites d'Ilum. Obi-Wan sent les muscles de ses joues s'étirer en un sourire incontrôlable.
La signature de Force de Bruck transpire de peur, avant d'exploser carrément de terreur et d'incrédulité. Sa main, qui était serrée autour du col d'Obi-Wan, se met à trembler.
Qui-Gon s'avance légèrement vers eux, sa démarche aisée et souple, mais pleine de menace. L'image d'une panthère Ashral encerclant pour tuer traverse fugitivement l'esprit d'Obi-Wan.
Bruck recule d'un pas en hésitant, ses yeux allant du Maître à l'Initié. Il suffit d'une seule inclinaison de la tête pour qu'il se tourne vers Obi-Wan et plonge dans une courbette devant lui, marmonnant rapidement. « Je n'aurais pas dû te dire ces mots désagréables et je suis profondément désolé »
Obi-Wan imagine le bruit de la tête de Bruck cognant contre le sol à chaque courbette et c'est très agréable.
Mais Qui-Gon n'en a pas terminé. « Est-ce-tout ? » fait-il d'un ton désinvolte. Il pourrait très bien parler de la pluie et du beau temps.
Bruck secoue violemment la tête, et reprend ses excuses à bout de souffle. « Je suis aussi désolé pour l'incident à l'extérieur du hangar » Il baisse les yeux vers Qui-Gon, se rependant en supplication. « Je déshonore ma formation et je suis indigne du titre de Jedi »
Qui-Gon est implacable. Il toise froidement le garçon tremblant comme si Bruck était un enfant Hutt qui a versé de la boue sur ses bottes. « Oui » murmure-t-il. « Je crois que tu as raison. En aucune manière, tu n'es digne de porter le titre de Padawan, et tes actions font honte à l'Ordre tout entier »
Obi-Wan commence à froncer les sourcils. Même s'il est amusant et satisfaisant de regarder Bruck se répandre en excuse, quelque chose le met mal à l'aise. Non pas qu'il ait pitié de Bruck, mais il y a quelque chose qui sonne faux dans la façon dont le garçon aux cheveux blanc se vautre.
Le regard étincelant de Qui-Gon croise celui d'Obi-Wan un moment, et ses paupières se ferment, les muscles de ses mâchoires se contractant. De longues secondes passent, les sanglots paniqués de Bruck sont le seul bruit humain qui trouble la pièce, à l'exception des capteurs médicaux. Puis le grand maître Jedi libère un long souffle, ouvre ses yeux, et grogne peu après, « Sort ». La porte s'ouvre en coulissant.
Bruck détale sans demander son reste, donnant l'impression d'un akk fuyant avec sa queue coincée entre ses pattes de derrière.
Obi-Wan s'enfonce davantage dans ses oreillers, intimidé par le silence brutal. Qui-Gon est toujours face à la porte, dos au lit, et ses lourdes robes semblent aussi légères que des plumes sur ses larges épaules. Obi-Wan se crispe alors que la machine de nouveau à biper, dévoilant l'accélération de son rythme cardiaque.
Lorsque Qui-Gon parle, son ton est léger, moqueur. « Tu as peur de moi ? » Ses yeux bleus scintillent avec humour, dépourvus de la glace qui les avait gelé il y a quelques minutes.
Obi-Wan secoue immédiatement la tête, mais sa négation se transforme en hochement lorsque Qui-Gon lève un sourcil. Le résultat est un gâchis complet, il demi-hoche la tête, et il la secoue dans l'autre sens en même temps. Il se fige, sa tête dans un angle bizarre, quand il se rend compte de l'air ridicule qu'il doit avoir. Inconsciemment, il tire les couvertures jusqu'à son menton, ayant tout l'air d'un oisillon Chauve-faucon enfouit sous la neige.
La bouche de Qui-Gon se tord et son rire explose sans qu'il n'ait pu rien faire pour l'arrêter. Et à chaque gloussement indigne, le nœud amer et plein de douleur formé à la trahison de son ancien padawan se desserre légèrement. Qui-Gon Jinn rit ouvertement et sans réserve pour la première fois depuis huit ans.
Un coup d'œil en direction du lit révèle qu'Obi-Wan a tiré les couvertures jusqu'à son nez, de sorte que tout est visible de lui ne sont que ces yeux gris confus et les pointes de ses cheveux désordonnés. Qui-Gon se penche et tire doucement le draps jusqu'à ce que la totalité du visage d'Obi-Wan soit à nouveau visible, et il frotte le menton de l'enfant pour l'empêcher de se mordiller les lèvres.
« Petit » murmure doucement Qui-Gon. « Il y a beaucoup de choses que je dois te dire, et nombre d'entre eux prendraient un certain temps. Mais il serait utile que tu baisses tes boucliers pour que nous puissions accéder à notre lien »
Obi-Wan tressaille en sentant une présence aiguillonner ses défenses mentales. Il sait, par la pression modérée sur ses boucliers, que Qui-Gon pourrait les submerger en une demi-seconde s'il en éprouvait le besoin, mais le Jedi plus âgé se retient, respectant la vie mentale d'Obi-Wan. Il n'avait même pas réalisé qu'il avait projeté ses défenses quand Bruk a fait irruption tout à l'heure.
Comme Qui-Gon s'assoit sur un coin du matelas, un sillon apparaît entre les sourcils d'Obi-Wan alors qu'il détend consciemment son esprit, abaissant ses barrières-
_ et il sursaute de surprise alors que leur lien projette des éclats de lumières entre eux, déversant un flot de pensées, d'images et d'émotions. Obi-Wan est transporté à travers une infinité d'informations et de mondes qui défilent devant ses yeux. Ils exercent une forte pression contre son esprit, et la Force erre à travers leurs conscientes reliées, battant contre ses souvenirs. Sa bouche s'ouvre sans bruit, et ses yeux se ferment sous cette pression alors qu'il cherche à se protéger et à se retirer dans un coin sombre et silencieux.
Et puis une main grande et rugueuse se pose sur son front, et une présence soudaine l'entoure, détournant le flux de ses pensées comme un rocher détourne l'eau. « Je suis tellement désolé, Obi-Wan » La voix calme de Qui-Gon résonne en écho dans sa tête. « J'ai mal jugé la force de notre lien. Utilise-moi comme une ancre. La concentration détermine la réalité. »
Pataugeant dans des décennies de souvenirs et de pensées qui ne sont pas les siennes, Obi-Wan s'accroche à l'étoile pure et solide de la présence de Force de Qui-Gon, rassemblant et concentrant son esprit, se focalisant sur la stabilité réconfortante de Qui-Gon, à la fois chaleureuse et familière. Le torrent d'images et de sensations vacille, s'apaise, et diminue en un courant contrôlé.
Obi-Wan laisse échapper le souffle qu'il a retenu sans s'en rendre compte, aspire l'air avidement, et ouvre les yeux pour trouver ses poings serrés autour de la tunique de Qui-Gon et son front couvert par la main calleuse du maître Jedi. Une émotion étrange rebondit à travers leur lien. Un embarras qui ne lui appartient pas.
C'est l'un des rares moments où Obi-Wan est heureux ne pas pouvoir faire de bruit avec ses lèvres, parce qu'il aurait certainement poussé un petit cri d'horreur s'il avait pu.
La main de Qui-Gon sur son front glisse sur son épaule, le basculant en arrière. Cela pourrait être l'imagination d'Obi-Wan, mais la voix du maître Jedi semble plus rauque que d'habitude, comme il se racle la gorge. « Obi-Wan, avant que je te demande formellement d'être mon padawan, je dois te dire quelque chose »
Obi-Wan hoche la tête, sentant l'air refroidir ses joues brûlantes.
Le regard de Qui-Gon est légèrement distrait alors qu'il regarde Obi-Wan du coin de l'œil. « La veille de notre départ pour Ilum, j'ai eu une...vision, en quelque sorte » Il détecte la question dans la Force, et un petit rire lui échappe. « Eh bien, par vision, je veux dire deux misérables mots. J'ai entendu une voix crier : « Oui, Maître » La nature de cette vision ne m'a laissé aucun doute que les mots provenaient de mon futur padawan. »
Le regard d'Obi-Wan devient curieux.
« Obi-Wan... » commence Qui-Gon en l'observant attentivement, sachant quel impact cette révélation pourrait avoir sur l'initié silencieux. « Cette voix c'était la tienne »
Obi-Wan sursaute brusquement, l'incrédulité dévalant leur lien, comme un troupeau de thrancills à travers le ciel nocturne de Coruscant.
« C'était la tienne » souligne Qui-Gon, ses boucliers complètement baissés, la franchise brillant dans chacun de ses mots. « Et je sais que cela semble impossible, mais quand tu as découpé la glace, je t'ai entendu projeter clairement ces mots à travers notre lien. Tu ne parlais pas dans l'air, mais j'ai entendu ta voix, Obi-Wan »
Obi-Wan secoue la tête à présent, les larmes menaçant de s'échapper de ses yeux. Une lueur d'espoir s'enflamme dans la Force.
« Écoute » Recherchant en lui-même, Qui-Gon projette la belle voix qu'il avait entendu dans l'esprit d'Obi-Wan. Le garçon frisonne en entendant les mots, il aurait voulu une voix qui puisse réconforter, à la fois assurée, autoritaire et humble, la voix d'un négociateur. La voix qu'il entend est tout cela à la fois, inconnue, mais indéniablement la sienne. C'est une voix qui pourrait entonner un chant à tout moment.
« Pourrais-tu essayer de parler à travers le lien ? » suggère doucement Qui-Gon, posant sa main sur celles plus petites et tremblantes.
Un souffle de préparation. Un tourbillon d'énergie et de lumière pure virevolte dans leur lien, une concentration si féroce que Qui-Gon se retire légèrement, impressionné malgré lui. Les courants irisés de la Force se tissent autour d'eux dans des branches incandescentes. Qui-Gon prend conscience d'une mélodie en sourdine qui s'écoule de leurs doigts joints, virevoltant dans un rythme accéléré jusqu'aux bras d'Obi-Wan, encerclant sa gorge. Le maelström d'énergie autour d'Obi-Wan se contracte, l'habillant de lumière, la musique déferlant en un crescendo effréné de notes-
Et la frustration se heurte à la Force comme les pierres brisées d'un barrage rompu, la mélodie craquant et s'éteignant, et leur lien vibre sous le choc.
Obi-Wan ouvre sa bouche, mais il n'y a plus que le silence, le calme après la tempête.
Qui-Gon met de côté ses pensées dans les ondes chatoyantes de la Force, et lève une main pour sécher une larme solitaire qui glisse sur la joue du garçon, la dernière note cristalline d'une mélodie brisée. « C'est très bien, Obi-Wan » dit-il rapidement, essayant de combler le calme pesant. « Tu as bien travaillé »
Obi-Wan lui adresse un vague sourire en retour.
« Je n'ai pas besoin que tu parles. Je te serais reconnaissant si tu voulais simplement écouter. » Qui-Gon reste silencieux un moment. Il inspire profondément. « Je ne rejetterai pas la faute sur toi si tu choisis de ne pas m'accepter comme maître, après ce que je vais te révéler sur mon passé » dit-il, impassible.
Il passe une main sur ses yeux soudainement fatigués mais il doit faire ce qui doit être fait. Qui-Gon ne permettra pas un initié de devenir son padawan sans qu'il connaisse le poids de la culpabilité qui repose sur les épaules de son maître.
Et la culpabilité d'un maître est aussi celle de son padawan.
L'expression d'Obi-Wan reste pleine d'attention comme Qui-Gon se laisse porter par son histoire de Jedi, de son adoubement à aujourd'hui. Parler de Xanathos si ouvertement est comme révéler une cicatrice à demi-cicatrisée, couche par couche, et chaque souvenir apporte avec lui une vague de douleur. Il sait que sa culpabilité est évidente dans sa voix, dans chaque mot qui l'implique, dans les souvenirs qu'il met à nu à travers leur lien. Il n'y a aucune raison pour qu'Obi-Wan assume le fardeau de son maître. Les heures passent sans qu'ils s'en aperçoivent.
_ Et donc je me suis opposé à la volonté de la Force en tentant de nier notre lien de plus en plus. Je suis un vieil imbécile amer pour avoir fait ça » conclut Qui-Gon, essayant de sourire, sans toutefois réussir.
Lorsque la dernière phrase, mot, et syllabe sont terminés, Obi-Wan reste à cligner des yeux alors qu'il absorbe les dernières informations, puis il se tourne alors vers Qui-Gon et lui lance un regard qui le transperce jusqu'à l'âme, tandis que le lien miroite entre eux, mince, clair, fragile.
Il suffirait d'un mot pour le briser.
Et Obi-Wan hoche finalement la tête en souriant alors qu'il envoie une succession d'images à travers leur lien. Avec chaque image, leur lien se renforce de plus en plus. Qui-Gon sursaute en se voyant à travers les yeux d'Obi-Wan. Cette image peinte de Qui-Gon est différente imparfaite, certes, mais équilibrée et constante. Xanathos est un souvenir vite oublié, inconstant et intangible comme les ombres crépusculaires aux pieds de Qui-Gon.
Le crépuscule bleu-blanc de Coruscant Prime, la plus brillante des étoiles de Coruscant, projette un rayon de lumière à travers la fenêtre, illuminant leurs visages de ses couleurs chatoyantes. Qui-Gon brise le silence avec un brusque élan de bonheur, ébouriffant les cheveux d'Obi-Wan, transformés en ocre d'or strié sous la lumière déclinante du jour.
« Obi-Wan Kenobi, acceptes-tu d'être mon padawan ? »
L'ombre d'un jeune garçon hoche la tête une fois, et même si le sourire qu'ils échangent ne peut être vu, Maître et Padawan savent que leur lien chante fort entre eux.
« Je te remercie, mon Padawan. C'est un honneur. »
Le lien est forgé c'est terminé.
OoOoOoO
L'hémisphère de Coruscant plonge dans la nuit, les étoiles scintillantes portent un message chuchoté dans la Force, passant de système en système, une vague de luminance qui balaie les légions d'étoiles comme un souffle de vent à travers les herbes argentées de la galaxie.
Sur Telos IV, l'aube est une fine ligne rouge à l'horizon alors qu'une silhouette abaisse sa capuche doublée de fourrure, encore constellée de la glace d'Ilum. Elle s'effondre à genoux sur la plate-forme d'atterrissage, serrant sa tête, comme les dernières fibres d'un lien de formation depuis longtemps oublié se fanent et se meurent, à des années-lumières d'ici.
L'homme halète tandis que son esprit résonne avec la solitude. Sa dernière connexion à son ancien maître s'est évaporée. Il a été remplacé.
Xanathos Ducrion serre les poings sur le duracier froid comme il se force à se remettre debout, les premiers rayons lumineux de l'aube frappant la cicatrice en forme de cercle sur sa pommette, embrasant sa colère.
