Chapitre 6
"Trois mois..."
Roy soupira en se renfonçant dans son fauteuil, fixant le garçon qui sortait. Trois mois d'attente... restait à savoir s'ils pourraient cacher leur situation à leurs supérieurs... Peut-être pourrait-il demander à Grumman de longues vacances... Il lui fallait juste trouver un prétexte...
"Enfin... On peut toujours espérer..."
Il devait reconnaître que la solution d'Edward était inespérée, mais il n'y avait tout de même qu'une chance sur deux pour que cela fonctionne. C'était déjà ça...
Finalement, obtenir des vacances de la part de Grumman fut très facile. Le Général avait éclaté de rire et déclaré : "Ce n'est pas trop tôt ! Je pensais que vous ne viendriez jamais me les réclamer ! N'oubliez pas d'avertir le Lieutenant Hawkeye, elle est capable de les oublier ! ... encore !!"
Ce fut donc avec un poids en moins sur les épaules que le Colonel rentra chez lui ce soir-là. La nuit n'était pas encore tombée, et il préférait cette fois éviter qu'on le transporte. Contrairement à Riza, il restait toujours quelques temps dans les vapes après sa transformation (sans doute parce qu'elle ne lui était pas destinée... il devrait demander à Edward...)
Dès qu'il entra dans le salon, il déposa le faucon sur le canapé, le sac contenant les affaires de la jeune femme sur la table basse, et monta à la salle de bain.
Riza fixait la rue par la fenêtre, attendant la nuit. Elle vint rapidement. Au moment où les éclairs alchimiques commençaient à l'entourer, elle entendit un grand juron venant de l'étage...
Elle se dépêcha de s'habiller, puis alla frapper à la salle de bain.
"Colonel ? Est-ce que tout va bien ?"
Poussant lentement la porte, elle découvrit, non sans peine à retenir un fou rire, le grand loup assis dans la baignoire, complètement dégoulinant. Il avait les yeux grands ouverts, et une mine si abattue qu'elle finit par éclater de rire. Cela le vexa et il montra les dents.
Tâchant de se calmer – mais c'était très difficile vu la tête de cocker mouillé du colonel – elle attrapa une serviette, éteignit les robinets et l'enroula dedans. Mais sa fourrure épaisse contenait énormément d'eau, et elle dût d'abord l'essorer un minimum avant de le sécher. Le loup ne sembla pas apprécier, car il se mit debout et se secoua, envoyant des gerbes d'eau savonneuse dans tous les coins – et accessoirement sur la jeune femme. Elle lui lança un regard à la fois furieux et amusé, et l'obligea à s'asseoir pour le frotter vigoureusement dans la serviette, sans prêter attention au regard de chien battu du pauvre colonel dont elle martyrisait les oreilles...
Peu à peu, ils prirent leurs habitudes dans la maison du Colonel. Le matin, Roy se rendait au QG pour superviser l'avancée de l'enquête, mais rentrait toujours avant le déjeuner ; après le repas, il ouvrait une fenêtre donnant sur le jardin, et elle s'y envolait pour se dégourdir les ailes et s'occuper un peu, pendant qu'il la regardait, assis à l'intérieur, contemplant son vol gracieux.
Le soir, elle prenait le relais, recevant les rapports d'enquête de la journée, parfois la visite d'un membre de l'équipe ; après le repas, souvent, elle s'installait au salon pour lire, soit lesdits rapports, soit un roman. Parfois, le loup noir vautré sur le canapé se redressait, et venait s'asseoir à côté d'elle, posant la tête sur son épaule. Alors, sans savoir pourquoi, elle se mettait à lire à haute voix ; et le reste de la soirée passait ainsi, avec le souffle et la fourrure du loup lui chatouillant le cou.
Les semaines passèrent donc paisiblement, sauf incidents notables retranscrits ci-dessous :
Un soir, alors que Riza prenait sa douche, elle eut la désagréable surprise d'apercevoir, dans l'entrebâillement de la porte, une paire d'yeux qui luisait dans l'obscurité du couloir... Devant sa fureur, le loup fila bien vite se cacher, et elle hurla après son "bâtard de supérieur" – dixit le Fullmetal - dans la maison pendant un long moment...
En guise de vengeance, elle avait acheté le lendemain soir, dans un bric-à-brac au bout de la rue, tout le matériel nécessaire au... toilettage pour chien ! Elle avait dû le courser pour finalement l'acculer dans un coin de la maison, et s'était fait un plaisir de lustrer la crinière du grand loup, qui montrait les dents mais se gardait bien de bouger, n'ayant pas manqué le revolver posé tout près...
Suite à cela, le Colonel jugea bon de poursuivre avec une magnifique volière en fer forgé blanc. Il s'était fait pincer et griffer un peu partout avant de réussir à l'y enfermer, mais renonça bien vite quand il en eut assez de se faire vriller les tympans par ses cris indignés.
Et comme il se doit, elle le remercia en demandant à Fuery de lui ramener Black Hayate. Le "pauvre" colonel se fit à nouveau courser, bien que le husky n'ait aucun projet de vengeance envers lui...
Hormis ces détails insignifiants et inintéressants au possible, il y eut également des moments de calme, comme la lecture au salon le soir, ou bien dans le jardin pendant la journée. Ce fut Riza qui instaura le rituel de confession, en se mettant, un soir, à raconter au Colonel, toujours vautré sur le canapé, ce qu'elle pensait de la situation. Quelle ne fut pas sa surprise de constater que le loup semblait presque heureux de l'entendre – puisqu'elle ne le traitait pas de pervers, bâtard, etc... - et le lendemain, ce fut Roy qui lui parla. Les "conversations" prirent rapidement une tournure plus intime, et ils ne comptaient plus le nombre d'heures qu'ils passaient, chacun leur tour, à écouter les états d'âmes de l'autre.
Elle découvrit ainsi son côté tendre, au-delà de l'apparence arrogante et dragueuse qu'il abordait sans cesse. Oubliant le coup de la cage, elle l'apprécia d'autant plus qu'il semblait prendre particulièrement soin d'elle, pensant certainement qu'il était responsable de son état. Quant à Roy, il eut la confirmation que Riza était restée la jeune fille qu'il aimait quand il étudiait chez son maître. Ce qui n'était pas pour lui déplaire. Même les coups de brosse dans sa fourrure commençaient à lui sembler agréables...
Riza prit également l'habitude de dormir avec le loup, lové contre elle ; outre son rôle très apprécié de bouillotte vivante, elle aimait passer sa main dans la fourrure épaisse de l'animal, douce et soyeuse ; quant à Roy, il avait trop de respect envers elle pour continuer à jouer les pervers...
Un jour, pendant leur surveillance du bar louche où était censé aller Genkins, Fuery, Falman et Breda eurent la grande chance de le voir arriver, peu avant le soir, et entrer discrètement. Aussitôt, et sans se rappeler les mises en garde du Colonel, ils le suivirent à l'intérieur ; l'espace était restreint, parsemé de fauteuils et de tables rondes ; quelques clients étaient dans un coin, et ils repérèrent vite l'homme qui les intéressait accoudé au bar. Falman sortit son arme :
"Hans Genkins, vous êtes en état d'arrestation ! Les mains en l'air et pas un geste !"
Le bonhomme se retourna lentement, et eut un rictus en les voyant.
"Mince... je me suis fait avoir..."
"En effet. Maintenant levez les mains... !"
"Je ne crois pas."
Au lieu de cela, il les posa au sol, et un éclair alchimique se propagea dans la pièce ; les clients prirent peur et se mirent à crier et se bousculer ; le sol se craquela sous leurs pieds, et Genkins s'enfuit, poursuivi par les trois militaires. Mais encore une fois, il utilisa l'alchimie pour détruire un mur derrière lui, bloquant ainsi les soldats, qu'il sema.
Assis sur les escaliers menant au QG, Fuery se lamentait :
"Si au moins on avait été discrets... ! On s'est fait avoir comme des débutants ! Le colonel sera furieux quand il va apprendre ça !"
"Du calme, Fuery... On a fait une bourde, ok, mais on va continuer à chercher, et on va le coincer à nouveau !"
"Sous-lieutenant, vous êtes vraiment trop optimiste..."
"La ferme, Falman... Le Colonel va vraiment être furieux... alors autant préparer notre excuse maintenant."
Falman leva les yeux au ciel. Genkins ne se manifesterait plus au bar. Leur seule piste était devenue inutile...
De son côté, Havoc emmenait régulièrement le Fullmetal au vieil entrepôt où Genkins avait tracé son cercle ; il fumait tranquillement dehors pendant que le patron inspectait les lieux, et commençait à tout préparer pour sceller la transmutation le moment venu.
Un matin, Riza se réveilla de bonne humeur, ayant très dormi la nuit passée. Elle se redressa sur un coude pour vérifier que le loup était toujours à ses côtés.
Elle écarquilla les yeux, et détourna rapidement la tête : le soleil était levé depuis un bon moment, et le Colonel était encore endormi ; mais elle, n'était pas transformée.
Elle jeta les draps sur le brun, puis se leva précipitamment, et écarta les rideaux de la fenêtre ; ne voyant rien, elle enfila rapidement son uniforme et sortit. Au-dessus de la maison, le ciel était d'un bleu éclatant et sans nuages, le soleil brillait avec force, et surtout... un croissant noir en obscurcissait une partie. Elle éclata de rire tant elle se sentit soulagée. Après un moment à contempler le début de l'éclipse, une main en visière au-dessus de ses yeux, elle finit par rentrer avertir le colonel.
Celui-ci était en train de se réveiller, seulement couvert par les draps ; elle continua son chemin en rougissant, jusqu'à la salle de bain.
Quand elle ressortit, Roy était à la cuisine, devant un café, et surtout : en uniforme.
"C'est aujourd'hui le grand jour, hum ?"
Elle hocha la tête. "Nous devrions nous dépêcher de nous rendre à l'entrepôt, ou le Fullmetal viendra nous chercher. L'éclipse ne durera pas toute la journée."
"Tu as raison. Tu veux boire quelque chose avant ?"
"Non merci, je préfère y aller maintenant."
"Très bien !" Il finit sa tasse d'une gorgée puis se leva.
Ils sortirent donc, et le Colonel les conduisit en voiture jusqu'au point de rendez-vous.
Quand ils entrèrent dans le bâtiment, toute l'équipe était réunie, ainsi que le Fullmetal ; tous eurent un soupir de soulagement en les voyant.
"Bah quoi ?" fit Roy.
"En ne vous voyant pas arriver, on craignait que vous ne soyez tous les deux des animaux..." confia Havoc avec un sourire rassuré.
"C'est qu'il est presque midi, quand même..." souffla Riza au colonel.
"Oh..."
"Donc, Edward avait raison, finalement." commenta Breda.
"J'ai toujours raison !"
"Vous vous sentez bien ?"
"Oui oui ! Tout va bien, on va pouvoir commencer. Fullmetal, tu es prêt ?"
"Ouais. C'est quand vous voulez."
Il s'agenouilla devant le cercle ; Roy et Riza s'avancèrent, un peu anxieux mais ne le montrant pas.
Edward posa ses mains au sol, et le cercle s'activa ; la lumière inonda bientôt la pièce, et tous durent fermer les yeux tellement elle était intense. Mais la transmutation ne dura que quelques secondes, et aussitôt après, la lumière disparut. Au milieu du cercle, le Colonel et le Lieutenant étaient toujours debout, main dans la main, se remettant du choc.
Edward eut un sourire triomphant.
"Et voilà !"
Le reste de l'équipe s'approcha pour vérifier que leurs supérieurs allaient bien.
"Oui oui c'est bon, poussez-vous !"
Roy sortit rapidement du cercle, tirant Riza en même temps, vers la sortie.
"Et bien... On dirait que ça a marché..."
"Techniquement, on saura ça à la fin de l'éclipse."
Silence de mort, pendant que le Colonel tournait un regard meurtrier au petit blond derrière lui.
"... Tu n'es pas sûr... ?"
"Bah, ... euh, non..."
"Fullmetal..."
"... Oui ?"
"Espèce de... !!"
Il fut interrompu par un cri de rage, venant de l'entrée : ils se tournèrent aussitôt dans cette direction.
A quelques pas d'eux, Genkins se tenait là, les poings serrés, hors de lui.
"Tu étais censée venir me voir... ! Tu devais te marier avec moi !! Ça ne se passera pas comme ça !!"
Il plaqua ses mains tatouées au sol, et un éclair alchimique se précipita jusqu'à Riza ; Edward la tira sur le côté à temps, et le Colonel claqua des doigts : l'explosion atteignit Genkins dans la seconde, et il hurla, à la fois de douleur et de rage, avant de s'effondrer lamentablement.
Breda et Havoc braquèrent leur arme sur lui, et le soulevèrent avec une grimace.
"Mais qu'est-ce qui se passe ici ??"
Dans l'embrasure de la double-porte défoncée, le Général Grumman en personne, suivi de quelques soldats.
"Général ?! Mais que faites-vous là ?"
"C'est le meilleur endroit pour observer l'éclipse. Mais vous, qu'est-ce que vous fabriquez ici ?"
Toute l'équipe poussa un soupir désoeuvré ; tous les regards se tournèrent vers Roy, qui passa une main dans ses cheveux d'un air contrit, las d'avance face à toutes les explications qui s'annonçaient laborieuses...
Sur le chemin du retour, quelques heures plus tard – inutile de préciser que Grumman avait absolument tenu à voir l'éclipse, les explications peuvent attendre – Roy se tourna vers Riza, assise à côté de lui, et demanda :
"Est-ce que ça va ?"
"Oui. Edward a réussi, comme toujours."
Heureusement, celui-ci n'était pas dans la même voiture, et ils évitèrent ainsi d'avoir à écouter ses vantardises.
"C'était une drôle d'histoire, hum ?"
"À qui le dites-vous ! Que va-t-on faire de Genkins ?"
"Je pense que nous avons suffisamment de charges contre lui. Il ne vous embêtera plus."
"Merci, Colonel."
"Pourquoi ??"
"Vous aviez promis de m'aider, et vous avez tenu parole. Cette enquête a été longue et difficile, mais je suis tranquille maintenant. Merci à vous."
"Oh, bah..."
Elle fit semblant de ne pas remarquer qu'il détournait la tête, pour cacher sa gêne.
Mis à jour le 05/01/2010
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