Réconciliation et Chemin de traverse
Le lendemain matin, je fus réveillée par un son strident qui vrillait dans mes tympans hypersensibles.
- Lily ! rugit une voix. On est samedi ! Éteins-moi ce truc !
Je voulus rajouter quelque chose mais me retins à temps quand je me rendis compte que mon pouvoir s'était manifesté comme cela m'arrive parfois en réaction de défense : j'étais à présent un gros loup gris perle. Zut ! Je me transformai en humaine et ouvris les rideaux de mon lit à baldaquin en bénissant celui qui avait eu l'idée de les installer. Je regardai l'horloge accrochée au mur au-dessus de la porte du dortoir avec des yeux encore collés par le sommeil et écarquillai ces derniers quand je vis qu'il n'était que cinq heures du matin ! Non mais elle est pas bien dans sa tête cette fille !
- Evans, c'est quoi ce bazar ? marmonnai-je d'une voix pâteuse.
- Oh désolée, c'est mon réveil magique. Ne t'inquiète pas, répondit-elle en éteignant la machine infernale.
Un soupir de soulagement retentit dans tout le dortoir.
- Désolée, dit-elle encore en grimaçant, j'avais oublié que l'on commençait l'année par un week-end.
Je vis alors la tête ébouriffée de Lucy apparaître et pousser un grognement.
- Mais pourquoi tu te lèves toujours à cette heure ? grommela-t-elle.
- Oh, mais Lucy, on sait pourquoi ! s'exclama une voix sarcastique avec un léger accent derrière le rideau du dernier lit. Mademoiselle ne veut pas prendre le risque d'être en retard en cours. Il faut donc qu'elle se lève maintenant pour se préparer en une demi-heure, poireauter pendant au moins une heure ou plus dans la Salle Commune pour ensuite aller manger et pour finir attendre devant la porte de la salle de classe ou aller à la bibliothèque. En sachant que les cours commencent à huit heures.
- Désolée, répéta la rouquine, les yeux baissés.
Je soupirai et me levai. Maintenant que j'étais bien réveillée, je ne pourrai pas me rendormir. Je me coiffai et mis un jean et une chemise bleu nuit. Evans se préparait à côté de moi tandis que les deux autres s'étaient manifestement rendormies d'après les souffles lents et profonds que j'entendais. Elle me regarda et ouvrit grand les yeux en voyant mes habits, elle sourit et remarqua :
- Ca me rassure, je ne serais plus la seule à m'habiller comme une Moldue le week-end.
Je ris doucement et affirmai que ce serait le cas un week-end sur deux. Nous descendîmes dans la Salle Commune en rigolant le plus discrètement possible. C'est drôle comment nous étions devenue complices en si peu de temps, encore plus pour moi qui n'avais jamais été complice avec quelqu'un.
L'un des fauteuils près du feu était déjà occupé et avant même qu'il ne se retourne j'avais identifié Lupin à cause de son odeur. Il avait dû nous entendre arriver avec ses sens de loup-garou. Il nous sourit gentiment mais je restai méfiante. Evans vint s'asseoir tout naturellement près de lui et je fis de même tout en restant sur mes gardes. Je lançais un regard interrogatif à la préfète, me souvenant de ce qu'elle m'avait dit hier soir sur les Maraudeurs et elle m'expliqua :
- Remus et moi sommes des lèves-tôt alors on a l'habitude de se retrouver ici pratiquement tous les matins, il n'est pas comme ses autres amis.
- Hum, oui... Tu es comme nous ou tu as la malheureuse habitude de ne pas te rendormir après un réveil en fanfare ? me demanda-t-il très sérieusement.
- Euh, la seconde hypothèse est la bonne, répondis-je feignant de ne pas voir qu'Evans avait pris une délicate teinte pourpre.
Il sembla remarquer quelque chose en m'observant puisqu'il sourit avec décontraction et me dit :
-Tu sais, je ne te ferais rien. Ce n'est pas moi que tu as le plus blessé dans mon orgueil hier soir. C'est surtout avec Sirius et James que tu as des comptes à rendre. Ils n'ont pas l'habitude de se faire marcher sur les pieds, ça leur fait le plus grand bien. Surtout qu'avec du recul je trouve cela plutôt drôle moi aussi.
- Ah...
Quelle réaction platonique ! Il avait lu en moi comme un livre ouvert, la rousse avait commencé à lire un livre mais je voyais à sa posture qu'elle écoutait attentivement. Les yeux dorés de Lupin me fixaient comme s'ils pouvaient me décrypter rien qu'en me regardant. Il semblait attendre une réponse.
- En tout cas, je vais désormais faire très attention à ma nourriture et à mon verre, en plus de surveiller mes arrières à chaque instant, répondis-je.
Mes deux interlocuteurs parurent surpris que je devine comment pourrait venir la vengeance. Evans avait même levé le nez de son livre. Quoi, Black et Potter ne sont pas si difficiles à cerner pour certaines chose. Et puis ce n'était pas comme si je n'avais pas lu des livres qui racontaient une partie de leur histoire...
- C'est incroyable, tu nous connais à peine et tu as déjà cerné sans aucun problème comment pouvaient être James et Sirius !
- Etonnant, rajouta la préfète.
- Eh bien, je suis très observatrice, ça aide parfois.
- Ah oui ?! Tu me vois comment par exemple ?
Ah là, là, question piège !
- Hum, toi Evans tu...
- Appelles-moi Lily je t'en prie ! m'interrompit-elle.
- Okay, alors Ev... Lily tu es donc passionnée par les livres, stressée pour un rien mais avec une compassion et une gentillesse extraordinaire, tu es aussi très loyale je pense.
Là, pas besoin des livres pour le savoir. Ils me regardèrent avec stupéfaction et je me trémoussais dans mon fauteuil, mal à l'aise. Lily sembla soudain se rappeler de quelque chose, regarda sa montre et sauta sur ses pieds, envoyant voler le livre qu'elle lisait tout à l'heure tout en poussant un petit cri effaré.
- Oh non ! Il est déjà six heure vingt et je m'étais promis d'envoyer une lettre à mes parents très tôt ! Il faut que je me dépêche, j'y vais, désolée. A tout à l'heure Mia !
Et elle s'en alla en courant comme si sa vie en dépendait. Je restai bouche bée en fixant l'endroit où elle se trouvait encore trente secondes auparavant. Lupin éclata de rire, un son chaud et doux comme du miel. Je me tournai vers lui avec la même expression et son rire redoubla d'intensité.
- Ne t'inquiète pas, tu vas t'y habituer si tu continues à trainer avec elle, me dit-il au bout d'un petit moment.
- Ah OK...
Il prit alors un air sérieux qui n'annonçait rien de bon, du moins pour moi et se pencha en appuyant ses coudes sur ses genoux.
- Je voulais te demander hier soir mais je n'ai pas eu trop le temps, me dit-il avec un air entendu qui me fit rougir un peu. Tu es un multiani ? me demanda-t-il.
- Une quoi ?
- Un multiani, une personne pouvant se changer en trois ou quatre animaux, m'expliqua-t-il patiemment.
- Oh... Je ne connaissais pas le terme exact.
J'avais beaucoup plus de trois formes mais il n'avait pas besoin de le savoir pour l'instant. Il allait se contenter de ça. On va dire que j'en ai quatre comme ça il y aurait un « forme » qu'il ne connaîtrait pas.
- Oui je suis une multiani, j'ai quatre formes.
Ses yeux brillèrent d'excitation.
- Tu sais que c'est extrêmement rare ?
- Oui, d'ailleurs tu pourrais le garder pour toi et demander à tes amis de ne pas en parler non plus ? le suppliai-je.
Il éclata de nouveau de rire. Je grognai, vexée.
- Je suis très sérieuse, grommelai-je.
- Je sais, affirma-t-il. Je ne dirais rien promis. Et j'ai ri car tu as dû remarquer qu'ils avaient leur fierté de Gryffondor donc tu dois bien te douter qu'ils n'iront pas raconter pourquoi ils ont eu peur de toi après ce que tu as dit hier soir.
Je baissai les yeux par honte.
- A propos, je suis désolée pour hier, dis-je d'une petite voix. Je n'aurais pas dû m'emporter autant mais j'étais fatiguée et stressée. Même si ça ne veut pas tout dire car je suis déjà très susceptible sans ces deux facteurs.
- Ce n'est pas à moi qu'il faut le dire, répliqua-t-il doucement.
- Je sais mais je n'oserai pas m'approcher d'eux maintenant. Je ne serais déjà pas venue te voir si Ev... Lily ne l'avait pas fait. Je suis totalement désolée.
Son sourire s'élargit et j'entendis une vois s'élever dans mon dos. Si je ne l'avais pas reconnue, l'odeur ne me trompa pas sur l'identité de la personne qui me parlait.
- Excuses acceptées parce que t'es nouvelle mais ne recommence pas...
- ... Ou nous serions obligés de sévir cette fois-ci, continua une autre voix.
Je me retournai vivement en feignant la surprise et je vis Potter et Black s'avancer vers moi avec de grands sourires. Ils se laissèrent tomber sur les fauteuils à côté de Lupin, en face de moi sans me quitter des yeux.
- Que faites-vous debout si tôt les gars ? demanda Lupin.
- On se demandait où tu étais. J'avais bien dit à James que tu étais sûrement descendu plus tôt comme d'hab' mais notre Jamesie adoré ne me croyait pas.
Lupin lui fit un sourire entendu et ajouta malicieusement :
- Peut-être s'attendait-il à croiser une certaine rousse aux yeux verts, non ?
« Jamesie » fit comme s'il n'avait rien entendu et me lança un regard en disant :
- Je ne m'attendais pas à te trouver en si bonne compagnie Mumus.
J'avais souri à l'entente de ces surnoms ridicules. Je les regardai encore chacun et remarquai que Black me détaillait d'une façon assez gênante. Je me levai.
- Bon c'est pas tout mais j'ai une faim de loup !
Oups ! J'avais dit ça sans réfléchir, encore. Ils se tendirent imperceptiblement et je fis comme si de rien n'était. Note : faire attention à ce que je dis en leur présence. Je partis sans demander mon reste mais le chien me rattrapa bientôt, suivi de ses deux amis.
- Yep ! Moi aussi j'ai faim, je t'accompagne. Peter va dormir encore longtemps de toute façon, s'exclama-t-il.
Il ne mentait pas et ce n'était pas son estomac qui dirait le contraire d'après ce que j'entendais.
- Et puis comment comptes-tu rejoindre la Grande Salle si tu ne connais même pas le chemin ? me demanda-t-il.
- Qui vous dit que je ne connais pas le chemin ? J'ai un plutôt bon sens de l'observation et je me souviens par où Lily est passée hier soir.
- Tu l'appelles déjà par son prénom ?! s'écria Potter, scandalisé.
- Peu importe James, Black se tourna vers moi. Très bien, guide-nous on va voir ça.
J'acquiesçai et continuai mon chemin d'un pas vif. Je les fis traverser certains passages dont je me souvenais. A un moment, je m'arrêtais, plus très sûre du chemin à suivre. Mais quand je vis leurs sourires goguenards, mon sang ne fit qu'un tour et j'inspirai profondément. Un odorat humain normal ne pourrait pas encore sentir les effluves venant de la Grande Salle mais cela ne posait pas de problème pour moi. Je tâchais de ne pas leur montrer que je « pistais » les odeurs. Enfin, nous arrivâmes devant la salle et ils me lancèrent des regards surpris et admiratifs.
Ils entrèrent et s'installèrent en bout de table, moi à leur suite. Je cherchais Lily des yeux mais ne la trouvais pas, par contre je croisais le regard du directeur. Il me fit un petit geste qui signifiait « rejoignez-moi après manger ». Je hochai la tête et m'installai en plein milieu de la table quasiment vide. Il y avait encore peu d'élèves à cette heure. Ils étaient principalement de Poufsouffle. Les Maraudeurs se levèrent et vinrent me rejoindre.
- On vient te tenir compagnie, tu es toute seule, dit Potter.
- C'est triste pour une si jolie fille, ajouta Black.
- Sans blague ? C'est très gentil de votre part mais j'étais très bien aussi avant votre arrivée.
Ils semblèrent vexés. Enfin, surtout Potter et Black d'ailleurs.
- On peut repartir si tu veux, me proposa ce dernier avec une moue.
- Faites ce que vous voulez, répliquai-je.
Je finis mon toast et buvais mon verre de jus de citrouille rapidement. Je me levai et sortis de la Grande Salle. Potter et Black ne le remarquèrent pas, ils se goinfraient sans modération. Par contre Lupin m'observa jusqu'à ce que je sois hors de vue.
Je me dirigeai vers ce que je croyais être le bureau du directeur sauf que l'entrée n'était nulle part en vue. Je croisai une professeure au détour d'un couloir et lui demandai le chemin.
- C'est à l'opposée d'où vous êtes Miss, répondit-elle en pointant le doigt dans la bonne direction, mais vous êtes au bon étage c'est déjà ça.
Elle me sourit et repartit pendant que je faisais de même dans la direction indiquée. Quand j'arrivai devant la gargouille de pierre qui gardait l'entrée du bureau, je me rendis compte que je ne connaissais pas le mot de passe. Je restais sur place et la statue me lança un regard dédaigneux. Comment c'était déjà dans les livres ? Des noms de confiseries non ? Bon, on va essayer.
- Euh, patacitrouille, fizwizbiz, chocogrenouille, sorbet citron, nids de cafard, plume en sucre...
La statue bougea soudain, libérant le passage qui menait au bureau directorial. Je montai les escaliers en colimaçon et frappai à la porte. J'entendis « entrez » et je pénétrai dans la vaste pièce. McGonagall se tenait debout à côté de D.u.m.b.l.e.d.o.r.e. Elle me jeta un regard sévère derrière ses lunettes rectangulaires et je reportai mon attention sur le directeur.
Ce dernier sourit et m'informa que la professeure m'accompagnerait sur le Chemin de Traverse, super. Nous dûmes prendre la poudre de Cheminette. Il m'expliqua comme s'en servir.
- Je sais, marmonnai-je.
Il dut m'entendre car il me lança un regard étincelant. Oups, j'aurais pas dû dire ça ! Je lui avais déjà dit que je savais pas mal de chose sur ce monde mais il ne semblait pas avoir compris à quel point. J'entrai donc dans la cheminée et arrivai dans un pub d'aspect miteux. McGonagall arriva peu après, nous nettoya d'un coup de baguette et sortit du Chaudron Baveur. Elle tapota la troisième brique en partant de la gauche au-dessus des poubelles et un passage s'ouvrit instantanément.
Je pénétrai dans une rue merveilleuse, il y avait des sorciers partout, de tous âges (sauf des adolescents bien sûr), faisant leurs courses ou discutant bruyamment de certains articles. Tous semblaient décontractés et joyeux mais je voyais leur regards méfiants parcourir la rue et aucun n'était seul. Les boutiques étaient pour la plupart ouvertes avec des vitrines colorées qui attiraient l'œil. Je me dirigeai vers la boutique surmontée d'un écriteau « Ollivander's ». McGonagall me regarda bizarrement mais me suivit.
Nous entrâmes dans la boutique au son d'un petit tintement de clochettes. Un vieil homme aux yeux délavés apparut et me scruta de son regard perçant. Je me présentai et il enchanta un mètre qui prit toutes mes mesures. Il partit chercher quelques baguettes pendant que le mètre mesurait mon tour de poitrine, espèce de vieux pervers ! Il revint, arrêta d'un coup de baguette le mètre et me tendit l'une de ses création.
- Vingt-deux centimètres trois-quarts, bois d'érable et ventricule de cœur de dragon. Agréable à manier.
Je l'agitai mais rien ne se passa. Il me l'arracha des mains et m'en tendit une autre. Ce petit manège dura encore quelques minutes.
- Une cliente difficile... Mais nous trouverons bien ne vous inquiétez pas. Tenez celle-ci, bois de bouleau, vingt-huit centimètres et demi, plume de phénix. Idéale pour les métamorphoses, plutôt puissante.
Quand je la pris, je ressentis des picotements agréables courir le long de mon bras. Les deux adultes me sourirent et Ollivander me prit la baguette pour la remettre dans sa boîte. Je payai les douze gallions qu'elle coûtait. En sortant, je demandai à McGonagall d'où venait l'argent que j'utilisais et elle m'expliqua qu'il y avait une bourse pour les élèves à Poudlard et que je prendrais de l'argent dedans jusqu'à ce que mon compte soit débloqué.
Nous continuâmes nos emplettes. Je tombai amoureuse de Fleury & Bott, cette boutique pleine de livres fascinants et j'achetai un bel hibou grand-duc à l'animalerie, son plumage noir aux reflets bleus m'ayant attiré l'œil. Je résistai à l'envie de prendre un balai en me rappelant que je ne savais pas m'en servir mais ressortis de Scripenbenne avec un assortiment de plumes d'aigle.
Enfin, nous terminâmes vers midi et McGonagall m'emmena manger au Chaudron Baveur avant de rentrer à Poudlard. Nous arrivâmes dans son bureau et j'y laissais mes nouvelles affaires. Elles seraient montées par un elfe de maison.
