Chapitre VII


7 juin 2031 – Maison de Ginny et Harry Potter.

Harry s'installa à son bureau. Il avait demandé à ne pas être dérangé. Sous aucun prétexte.

Sauf par sa femme. Ginny était la seule à pouvoir le déranger, dans une telle situation, mais elle était aussi la seule à comprendre son besoin de calme.

Il posa devant lui la boîte qu'il avait empruntée à Neil O'Connor. Bien sûr, l'Auror aurait voulu savoir pourquoi Harry Potter avait tant besoin de cet objet en particulier, mais Harry s'était refusé à lui donner la moindre réponse. Il devait absolument mener cette recherche seul. Il craignait trop ce qu'il allait découvrir.

La boîte n'avait pas été simple à retrouver, loin de là. Tout d'abord, parce que les dossiers des Invisibles étant devenus la priorité numéro une des Aurors, les documents étaient éparpillés dans tous les bureaux. Personne ne savait plus qui avait le dossier de Will, surtout que, celui-ci étant à Azkaban et sous les verrous, il n'y avait aucune raison que son dossier soit en cours de lecture, ou en haut d'une pile. Il devait plutôt être enfoui sous d'autres affaires plus urgentes – ce qui s'était révélé être vrai. Ensuite, une fois que les affaires de Will avaient été retrouvées, ce qui leur avait pris plus d'une journée, Harry n'avait pas immédiatement trouvé la petite boîte en bois, dont il n'était même plus certain de l'apparence. Certains Aurors se rappelaient que les objets avaient pu transiter par d'autres Départements du Ministère, comme celui des accidents et catastrophes magiques, où passaient les artefacts dont les agents du Ministère n'étaient pas sûrs des effets. Cela avait nécessité d'autres jours de recherches fastidieuses, pour finalement retrouver la boîte sur l'étagère d'un chef de Département, qui ne savait même plus quand elle avait atterri dans son bureau, ni sous quel prétexte. Harry s'était retenu de laisser éclater sa colère. L'affaire avait déjà bien assez traîné, il était plus que temps pour lui de rentrer étudier l'objet.

Ce qu'il comptait faire le soir même.

Il sortit sa baguette, et la pointa sur la boîte, hésitant encore un instant. Il n'allait pas apprécier ce qu'il allait lire, il s'en doutait légèrement. Mais il ne pouvait pas pour autant revenir en arrière. Il était temps qu'il se lance, et qu'il sache ce à quoi pouvait bien être mêlée sa belle-fille. Harry prit une grande inspiration, et se lança :

- Ecarg, yoj, einniw.

Grace. Joy. Winnie. Les prénoms des filles et de la femme de Will, à l'envers et dans l'ordre décroissant de leur naissance. La boîte s'ouvrit instantanément. Une fumée noire s'en dégagea, s'enroulant autour de Harry pendant une petite seconde, avant de le relâcher immédiatement, avant même qu'il ne commence à sentir l'étouffement. La fumée se dissipa, et un journal, à la couverture en cuir marron, apparut sous ses yeux. L'ouvrage étant particulièrement épais, Harry se demanda comment la reliure pouvait ne pas avoir craqué, au vu du nombre de pages qui y avait été ajoutées. Certainement grâce à la magie…

Harry ne faisait pas confiance aux journaux intimes, plus depuis sa deuxième année, alors qu'il avait été plongé dans le journal intime de Tom Jedusor. Mais avait-il réellement la possibilité de faire autrement ? Il inspira profondément, espérant qu'il n'aurait pas à plonger dans le journal, cette fois-ci, mais qu'il devrait seulement lire le récit.

Le chef des Aurors sortit le journal de sa boîte, et l'ouvrit à la première page. Le nom de Will y était inscrit. Harry tourna la page. Une date apparut, suivie de nombreuses lignes. Harry leva les yeux, jeta un œil à la pendule, et se résigna à se plonger dans sa lecture. Il n'était pas réputé pour être un fervent lecteur, cela était plutôt du domaine de Hermione, mais il n'avait pas le choix, ce soir, alors autant se lancer immédiatement dans le récit de la vie de Will. Afin de comprendre pourquoi Isabella lui était liée.

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17 juillet 2015

- J'ai terminé, annonça Jones en s'étirant. Darren vient de nous envoyer une missive concernant sa mission. Tout s'est bien passé, il revient dès demain. Est-ce que tu restes encore un moment, ou nous repartons ensemble ?

Will eut du mal à décrocher les yeux de la lettre qu'il avait sous les yeux. Pourtant, quand la voix de Jones l'appela une troisième fois, il la jeta sans aucune considération dans une poubelle, appréciant avec délectation la voir se consumer instantanément. Cela se lisait dans ses yeux, qu'il aimait ce moment où la lettre disparaissait de sa vue.

- Je vais rester encore un peu. Nous nous voyons demain.

Sans plus attendre et sans insister, Jones hocha la tête, et après avoir souhaité une bonne nuit à son collègue et avoir vissé un chapeau sur son crâne, Jones se dépêcha de sortir. Comme tous les soirs, il voulait s'enfuir.

Will, à peine son collègue sorti, se leva. Il tira au-dessus de sa tête ses bras, jusqu'à sentir ses articulations craquer, puis les croisa dans son dos. Lentement, il s'approcha de la fenêtre. Quelques gouttes commençaient à tomber, le temps était anormalement gris pour un mois de juillet et, en même temps, aucun Détraqueur ne pouvait être à l'origine de cette dépression météorologique.

Will posa son front contre la vitre, et régula son souffle comme il le pouvait. Une faible buée apparaissait et disparaissait au gré de sa respiration, mais il s'en moquait. Il fit un rapide calcul dans sa tête, et son front se plissa de colère et de dégoût envers lui-même. Il essaya de se calmer, mais n'arriva pas à son but. Il cherchait une plénitude qu'il aurait pu atteindre des heures plus tard, s'il était resté calme et si son poing n'avait pas violemment frappé le chambranle de la fenêtre.

- Et merde, soupira-t-il.

Il ouvrit enfin les yeux, le front toujours collé à la vitre. Dans ses yeux, une sorte de résignation nouvelle venait d'apparaître. Il traversa lentement le bureau et se saisit d'une cape de voyage, qu'il attacha sur ses épaules. Puis, il s'empara de sa baguette, jusqu'à présent posée sur le bureau. Il éteignit ensuite les différentes lumières d'un simple « Nox ! » avant de transplaner, directement depuis la pièce.

Il réapparut sur une petite île, perdue dans la mer du Nord, qu'aucun Moldu ne connaissait et qui était tristement célèbre parmi les sorciers pour être l'île sur laquelle se trouvait la prison d'Azkaban.

Le visage de Will était à présent tendu à l'extrême, alors qu'il traversait les quelques rocailles qui faisaient office de plage. Il ne donna même pas son nom au gardien, qui le laissa passer avec une mine dégoûtée. Demain matin, l'Auror qui était au courant de l'existence des Invisibles ferait un rapport à Harry Potter, en lui annonçant que Will était passé dans la nuit. Mais ça, Will s'en moquait. Harry Potter était le dernier de ses soucis.

D'un pas lourd et pesant, il se dirigea vers les cellules qui étaient mises à la disposition des Invisibles pour qu'ils puissent emprisonner les Rapaces Nocturnes qu'ils réussissaient à faire tomber. Certains Rapaces Nocturnes n'étaient pas importants, pas assez influents pour que Will ou des Invisibles s'intéressent encore à eux. D'autres, en revanche, l'étaient assez. C'était le cas de la prisonnière qu'il allait voir ce soir.

Isabella Smith.

Sur son passage, Will entendit railleries, cris, insultes. Il s'en moquait.

Lorsqu'il arriva devant la cellule d'Isabella, il faillit ne pas la reconnaître. Pourtant, elle n'avait pas tant changé. Mais la voir sans David, son mari dont elle ne se séparait jamais, était troublant.

Elle ne parut pas se rendre compte de la personne qui était arrêtée devant sa cellule. Accroupie au fond de sa geôle, sa tête dodelinait lentement, un sourire sec et cruel aux lèvres.

- Alors, ça y est ? murmura-t-elle d'une voix rauque qui trahissait son manque de prise de parole des dernières années. Je suis soumise au baiser du Détraqueur… ?

Will ne répondit pas immédiatement. Il sortit sa baguette, et d'un sortilège silencieux, assourdit les autres prisonniers. Il ne voulait pas qu'ils entendent. Une fois que cela fut fait, il avança d'un pas, son regard chargé d'un dégoût inégalé.

- Pourquoi, commença-t-il lentement, est-ce que vous m'avez envoyé autant de lettres ces dernières années, Isabella ? Pourquoi cela ? Qu'est-ce qui était si important pour que vous ne cessiez de me contacter, tout en sachant que je n'avais pas ouvert vos précédentes lettres ?

La femme au fond de la cellule tressaillit. Ses yeux s'ouvrirent lentement, avant de s'écarquiller prodigieusement.

- Merlin…, souffla-t-elle. Merlin se joue de moi ? hasarda-t-elle. C'est une hallucination avant ma mort ?

- Pourquoi, Isabella ? insista Will, peu désireux de l'encourager à disserter sur une potentielle hallucination.

Isabella se leva lentement. Et, tout aussi lentement, elle s'approcha de Will, ou, plutôt, des barreaux de la porte de sa cellule. Elle s'accrocha aux barres de fer comme si sa vie en dépendait.

- Parce que… j'avais besoin que tu viennes, murmura-t-elle.

- Besoin ? Depuis quand les Rapaces Nocturnes ont besoin des Invisibles, Isabella ?

La remarque fit mouche. Isabella se recula imperceptiblement, comme touchée dans son orgueil, et une bile amère parut avoir du mal à descendre le long de son œsophage.

- Will… Nous sommes dans le même cas.

Will haussa un sourcil, et un sourire moqueur et mauvais étira ses lèvres.

- Dans le même cas ? Vous croyez cela ? Une Rapace Nocturne contre un Invisible, vous derrière les barreaux et moi à vous observer, vous malade et moi en pleine santé… Nous ne pourrions pas être plus différents.

Isabella secoua la tête.

- Nous sommes tous les deux parents. Du moins… Nous l'avons été. Tes filles sont mortes, et la mienne croit certainement que je le suis…

Will retint son souffle, le cœur battant à tout rompre. Il venait d'être touché à un point extrêmement sensible, celui qui était sa plus grande faiblesse, et qu'il cachait à tous afin de ne pas donner des armes à ses ennemis. Lorsqu'il se sentit à nouveau maître de ses émotions et de son corps, il s'approcha lentement d'Isabella.

- Vous n'avez aucun droit de parler de mes filles, Isabella. Aucun… Je savais que venir était une mauvaise idée.

Il tourna les talons. Comme les lettres envoyées, il aurait dû consumer l'idée même de venir lui rendre visite.

- Non ! hurla Isabella alors qu'il s'éloignait déjà. Reste ! S'il te plaît… Pour ma fille. Il… il la veut ! Et personne dehors ne pourra plus la protéger lorsqu'elle sera à Poudlard ! S'il te plaît !

Will se figea. Certains réflexes, lorsqu'on est parent, ne se perdent pas. Vouloir protéger son enfant en faisait partie. Sans se retourner vers Isabella, il accepta cependant d'écouter ce qu'elle avait à lui dire.

- Que voulez-vous dire par « Il la veut » ?

Isabella détacha difficilement ses mains des barreaux de sa cellule, et se les tordit violemment, ayant du mal à tenir debout, mais s'en moquant probablement.

- Je ne vais pas tout te dire, Will. Je reste loyale aux Rapaces. Mais… Il la veut. Le chef des Rapaces veut ma fille. Plus que tout, et pour des raisons que tu n'as pas à connaître. J'ai pu la protéger jusqu'à présent.

- Comment ? s'enquit Will, bien qu'il se détestât à l'instant même où il posait cette question.

Cette simple interrogation prouvait qu'il avait de la considération pour la réponse qui allait être donnée. Il s'engageait sur une pente glissante. Il pouvait être intéressé par ce qu'allait lui dire Isabella Smith.

- J'ai falsifié son acte de naissance, dit tout simplement Isabella. Pour qu'elle soit reconnue comme une Moldue, la fille de ma belle-sœur. Tout bêtement. Ma belle-sœur ne le saura jamais. Personne ne le saura jamais. Personne n'ira jamais vérifier. Mais lorsqu'elle entrera à Poudlard, lorsqu'une Smith entrera à Poudlard, une Smith qui me ressemble, il saura. Et alors… Ma fille ne sera plus protégée. Du tout. J'ai besoin de ton aide pour l'empêcher de la récupérer. Il ne lui laissera pas le choix, et je ne me suis pas battue pour ça ! Je veux qu'elle ait le choix. Toujours !

Will soupira, et fit enfin face à Isabella.

- C'est cela que vous avez essayé de me dire dans vos nombreuses lettres ?

Elle hocha la tête, fébrile, ravie de constater qu'il l'écoutait enfin.

- Pourquoi ? Pourquoi la veut-il ? demanda Will, pressant.

- Je ne le dirai pas. Mais… Tu ne veux pas d'une nouvelle Rapace Nocturne qui serait la fille d'autres Rapaces Nocturnes, Will. Du moins… Tu ne veux pas qu'elle soit endoctrinée.

Will recula d'un pas.

- Qu'en savez-vous, Isabella ? Après tout… Ce serait naturel, non ? Que votre fille devienne une Rapace ?

Isabella secoua violemment la tête.

- Pas si elle n'en a pas le choix, dit-elle de manière virulente. Elle doit pouvoir choisir. C'est ainsi que nous avions prévu de l'éduquer, avec David. Elle doit avoir le choix, toujours. Le chef des Rapaces n'a jamais connu son prénom, il ne l'a jamais vue. Il a commencé à s'intéresser à elle lorsqu'elle avait trois ans, et j'ai tout fait pour la protéger de lui suite à cela, mais…

Elle baissa la tête.

- Mais vous avez été arrêtée, devina Will.

- Mais j'ai été arrêtée, confirma vertement Isabella. Je ne pouvais pas dire aux Invisibles son prénom, ni qu'il fallait la protéger. Ce qui aurait été dit lors d'une audience aurait été ensuite découvert par les Rapaces.

Will grommela. Il savait depuis longtemps que les Rapaces Nocturnes fouillaient dans les rapports qu'il rendait à Harry Potter, et c'était bien pour cela que Jones y écrivait le moins de choses possible. Isabella, en lui disant cela, balayait les derniers doutes qu'il pouvait encore posséder.

- Alors, quoi ? soupira Will. C'est à moi de la protéger ?

- C'est à toi de faire en sorte qu'aucun Rapace ne la trouve avant l'heure, confirma Isabella.

Will soupira, et se mit à faire les cent pas, réfléchissant à la nouvelle, sans regarder Isabella ou lui donner le moindre signe qu'elle avait gagné cette lutte. La vérité était qu'il n'était pas prêt à aider une Rapace Nocturne. Les Rapaces Nocturnes lui avaient pris sa famille, et savoir que l'un d'entre eux était aussi privé de la sienne était un doux réconfort qu'il appréciait, des années après le drame qui l'avait poussé à créer les Invisibles. C'était aussi un soulagement de savoir que les Rapaces pouvaient ne pas obtenir ce qu'ils voulaient, du moment que Will protégeait l'enfant d'Isabella. Mais ce baume au cœur avait un prix bien trop cher à ses yeux, s'il nécessitait apporter son aide à une Rapace Nocturne qui était proche du chef de cette organisation malveillante.

- Tu n'aiderais pas une Rapace, dit alors Isabella, comme comprenant les troubles qui tourmentaient Will. Tu aiderais une enfant qui n'a rien demandé. Elle voulait ses parents, et elle ne les a plus. S'il te plaît, Will. Aide ma fille.

Will se passa une main fatiguée sur le visage.

- Et pourquoi est-ce qu'il s'est intéressé à elle, avant tout ?

C'était une façon comme une autre de retarder ce moment où il devrait prendre une décision.

- Parce que nous n'étions pas que ses bras droits. Nous étions ses plus proches collaborateurs, dit Isabella, d'une façon qui donnait l'impression qu'on lui arrachait ses entrailles alors qu'elle avouait ce fait. Ses associés. Ce genre de personnes. Celles sur qui il pouvait compter. Celles qui étaient toujours là.

Le sang de Will ne fit qu'un tour dans ses veines, et son visage était pâle comme un fantôme lorsqu'il leva les yeux vers Isabella, qui le regardait, tranquillement.

- Oui. Je te demande d'aider la fille de ceux qui ont le plus œuvré au sein des Rapaces Nocturnes. Mais, Will, vas-tu réellement déverser ta haine et ta rancœur sur une enfant de onze ans ?

La mâchoire de Will se serra.

- Tu n'as même pas à me le dire, murmura Isabella en se collant contre la porte de sa geôle. Je vais juste te donner les informations dont tu as besoin. Elle s'appelle Astrid, et vit chez sa tante Jill, à Eastbourne. Elle rentre à Poudlard cette année. Elle me ressemble beaucoup ou, du moins, elle me ressemblait beaucoup. C'est à toi de choisir, maintenant, Will. Ou tu l'aides, ou tu ne l'aides pas. Mais si tu ne le fais pas, sache qu'une enfant de onze ans risque de se retrouver enlevée par les Rapaces Nocturnes, sans avoir la possibilité de choisir ce à quoi ressemblerait sa vie. Et si jamais tu le fais, Astrid ne doit jamais savoir que je suis derrière tout ça. Elle ne doit pas savoir que je suis en vie, elle ne doit jamais entendre parler de moi. Je ne dois pas exister pour elle, plus jamais.

Isabella se tut, puis attendit quelques secondes une réaction de la part de Will. Comme celle-ci ne vint pas, elle soupira, et se recula, résignée.

- Très bien.

Sans dire un mot de plus, elle retourna au fond de sa cellule. Et Will, considérant l'entretien terminé, tourna les talons.

Il n'allait pas aider une Rapace Nocturne. C'était exclu.

...

1er septembre 2015

La décision l'avait tourmenté des semaines durant. Et finalement, il n'avait fait son choix que la veille au soir. Et à présent, le premier septembre, il retournait à Azkaban, de nuit, une fois encore.

Il se moqua une nouvelle fois des insultes, et se dirigea sans hésiter vers la cellule d'Isabella. Il insonorisa la zone, et s'approcha de la porte, laissant à peine le temps à la femme d'être surprise de le voir là.

- Elle a été répartie à Serdaigle, et s'est fait un ami dans le train, dit-il d'une voix monocorde. Un certain Chuck. J'ai affecté trois Invisibles à la surveillance permanente du château, et je serai moi-même régulièrement dans cette zone, à la protéger. Ne me remerciez surtout pas, parce que je ne le fais pas pour vous, sinon pour une gamine que vous avez mis dans cette situation déplorable en ne vous entourant pas des personnes qu'il fallait. Vous avez été une mauvaise mère, Isabella. Heureusement pour Astrid, vous ne faites plus partie de sa vie.

Sans se préoccuper des expressions courroucées et blessées d'Isabella, Will fit demi-tour. Il en avait terminé avec Isabella.

Il ne remettrait plus jamais les pieds à Azkaban pour lui donner des nouvelles de son enfant. C'était son problème, si elle avait souhaité l'abandonner, la laisser en arrière. Isabella avait tout fait pour leur faire croire qu'elle se moquait de son enfant, mais ce n'était apparemment pas le cas. Or, Will n'avait plus aucune compassion pour cette Rapace Nocturne. Il avait eu de la compassion pour la mère qu'il avait cru trouver, dans cette maison, mais en réalité, elle n'était pas une mère. Elle n'était qu'un monstre infâme, incapable de sentiments envers le plus pur des êtres. Tant pis pour elle. Isabella ne méritait pas d'avoir d'autres nouvelles de sa fille. Tout cela, c'était terminé. Will ne ferait plus aucun écart en ce sens.

...

17 avril 2016

- Est-elle réellement votre fille ? se moqua Will. Elle est droite, intègre. Timide, et ne veut surtout pas blesser quiconque par une parole de travers. Elle fait tout ce qui lui semble être bien. Elle essaie de ne pas blesser ses camarades, verbalement ou physiquement. Elle est gentille. Aide tous ceux qu'elle peut aider. Comment est-ce qu'une enfant aussi douce peut être la fille de deux personnes prêtes à tuer, prêtes à faire du mal ?

Isabella, du fond de sa cellule, lui lança un regard noir.

- Comment, Isabella ? Comment est-ce que vous et David pouviez être aussi cruels, et être aussi gentils avec cette enfant lorsqu'elle était petite ?

Isabella se leva lentement.

- Enfin, soupira Will. Son année se passe de mieux en mieux. Elle se fait de bons amis. De très bons, certains diraient. Surtout pour le futur. Elle commence à se faire des relations qui pourraient l'aider. Et, merci Merlin, elle ne vous a plus auprès d'elle pour la guider sur la mauvaise pente. Heureusement, finalement, qu'elle vous croit morts. David et vous n'auriez jamais pu l'éduquer convenablement, l'aimer comme il le fallait, parce que vous auriez fini par la détraquer.

Isabella s'approcha doucement de la porte de la cellule.

- Heureusement qu'elle a Jill.

Et alors que Will aurait pu s'attendre à cette réaction, il se fit avoir comme un débutant. Les mains d'Isabella s'agrippèrent à son col, et d'une force qu'il pensait qu'elle ne possédait plus, l'attirèrent contre la porte de la cellule de la Rapace Nocturne. Le choc le sonna, et il ne put réagir.

- Écoute-moi attentivement, Will, parce que je ne vais pas le répéter. Jamais je n'ai souhaité tout ça. Ma fille n'aurait jamais été maltraitée. Je l'aime, et David l'aimait aussi. Et si nous n'avions pas été arrêtés, je te promets que nous l'aurions protégée des Rapaces. Tu veux la vérité ? S'il avait fallu, j'aurais tué le chef des Rapaces, pour être certaine qu'il ne s'approche jamais d'Astrid. C'est bien clair ? Alors maintenant… Ferme-la. Et ne dis jamais plus que ma fille aurait été malheureuse avec moi. Ne critique plus jamais mes compétences de mère. J'aime ma fille. Et j'aurais pu me battre pour elle, si vous ne nous aviez pas arrêtés. C'est compris ?

La pression autour du col de Will se relâcha brusquement, et dans un dernier élan de force, Isabella le repoussa avant d'aller elle-même au fond de sa cellule. Son souffle était rauque, ses joues rougies par la colère et la passion qui l'avaient animée, ses yeux brillants et sa fierté intacte.

Will se rappela à cet instant que les femmes n'étaient pas les personnes les plus dangereuses sur cette terre, contrairement à ce qu'on voulait bien nous faire croire. Les mères, en revanche, il le savait depuis longtemps, pouvaient être plus dangereuses que les chimères.

Il remit ses vêtements en place, puis tourna les talons sans adresser un dernier regard à Isabella.

...

1er mai 2019

Will se posta devant la cellule d'Isabella, le dos droit, les mains croisées dans son dos. Isabella ricana.

- Tiens, tiens, tiens… Que me vaut le plaisir de ta visite, trois ans plus tard ? Je pensais qu'à présent que tu m'avais tout dit sur ma fille…

Will s'approcha d'un pas. Son visage était tordu, comme s'il se faisait violence pour être ici.

- Je ne sais pas ce que je suis venu faire ici, avoua-t-il à Isabella d'une voix sourde. Je ne vous dois rien. Et pourtant…

Son regard se déchira, son air impassible laissa apparaître la détresse qu'il cachait à tout le monde, même à son plus proche collègue. Il fit encore un pas, de sorte à ce qu'Isabella voie tout ce qu'il endurait en silence.

- Je suis père, je sais ce que c'est qu'être loin de ses enfants et ne pas pouvoir les aider. Je sais à quel point on se sent impuissant. Et parfois, j'aimerais qu'on me donne des nouvelles de mes filles… Même si c'est impossible. Alors aujourd'hui… Je suis là pour vous donner des nouvelles de votre fille.

Isabella retint son souffle en un râle bruyant. L'humidité d'Azkaban l'avait affaiblie, ce dernier mois, et elle peinait à recouvrer sa santé. Mais elle n'allait pas se plaindre des conditions déplorables dans lesquelles vivaient les Rapaces Nocturnes. Pas alors que Will était prêt à lui parler d'Astrid.

- Ses années à Poudlard se passent bien. Elle a de bonnes notes, de bons amis. Elle est peut-être un peu trop timide, mais ses professeurs s'accordent à dire que ce n'est pas un obstacle à sa réussite. Elle a un peu de mal en Botanique, et rêve de devenir Auror.

Sans le vouloir, l'Invisible et la Rapace Nocturne eurent le même sourire face à l'ironie de la situation. La fille d'une Rapace Nocturne, surveillée par un Invisible, voulait devenir Auror. Une autorité officielle qu'eux méprisaient.

- La nouvelle importante de l'année, c'est que lire vos carnets… Oui, elle les a trouvés, et elle les lit jusqu'à point d'heure. Elle déteste les histoires inventées, d'ailleurs, vous le saviez ? Enfin. Lire vos carnets aura porté ses fruits. Elle a intégré l'équipe de Quidditch de Serdaigle. En tant que poursuiveuse, ajouta-t-il alors qu'Isabella semblait prête à prendre la parole.

Le fait qu'elle ne cherchât pas à nouveau à parler conforta Will dans son idée qu'elle souhaitait poser cette question.

- De ce que j'en ai vu, tout se passe plutôt bien. La vie est plutôt clémente, avec votre fille, Isabella.

Will se tut, et, les mains dans le dos, se balança sur ses talons, avant de soupirer longuement.

- J'en ai fini pour aujourd'hui.

Il hocha la tête, puis fit demi-tour.

- Et les Rapaces Nocturnes ? murmura Isabella d'une petite voix.

Will interrompit son départ, et se retourna vers Isabella. Il adopta un air mauvais.

- Il semblerait qu'ils ne s'approchent pas d'elle, gronda-t-il. Mais nous n'avons aucune certitude, et, faute d'offensives, j'ai abandonné la surveillance en continue. Mes hommes sont repartis de leur côté. Pour ma part, j'essaie d'être tous les jours sur Pré-au-Lard, dissimulé. Mais je n'ai rien vu.

Il fit un pas en avant vers la femme, qui se recroquevillait dans sa cellule, comme pour disparaître des yeux sombres et accusateurs de Will.

- Si je savais qui chercher, et pourquoi il cherche Astrid, je pourrais faire beaucoup plus, Isabella. Je pourrais la protéger pour toujours ! Vous comprenez ? Dites-moi ! Dites-moi qui est le chef des Rapaces Nocturnes !

- Non ! hurla Isabella en retour. Protège Astrid, c'est tout ce que je te demande. Mais laisse les Rapaces Nocturnes en dehors de nos discussions. Tu n'as pas à savoir pourquoi ils la veulent !

- Comment voulez-vous que je la protège d'un danger invisible ?! siffla Will.

Un sourire moqueur étira les lèvres d'Isabella.

- Eh bien… En étant toi-même Invisible, tu ne crois pas ?

Un cri de rage s'échappa des lèvres de Will, qui tourna les talons sans un regard en arrière pour Isabella, laquelle se contenta de sourire narquoisement.

...

24 juin 2019

Il s'était pourtant promis de ne pas revenir trop souvent voir Isabella. Malheureusement, sa volonté avait faibli, sans qu'il n'arrive à s'en empêcher. Parfois, Will était le plus faible des hommes. Il ne savait pas quoi faire pour changer cela. Il en était peut-être incapable ? Peut-être que son côté paternel ressortait trop. Ses filles lui manquaient tellement… Il trembla un peu, mais réussit à reprendre contenance avant de se poster devant la cellule d'Isabella. Il refusait de montrer le moindre signe de faiblesse devant la prisonnière.

- Il y a quelque chose que je n'ai jamais compris, avoua Will.

Isabella lâcha un rire sarcastique, qui ne plut pas à l'Invisible, dont les mâchoires se crispèrent.

- Si seulement il n'y avait qu'une chose que tu ne comprenais pas, Will…, ricana Isabella.

Il balaya la remarque d'un regard noir et froid.

- Comment avez-vous fait pour qu'elle reste éloignée de tout ce qui la rattachait à vous ? Pourquoi Astrid ne va jamais sur la tombe de ses parents, pourquoi est-ce qu'elle ne pose aucune question à sa tante, pourquoi ne cherche-t-elle pas à voir les amis de ses parents ?

Le visage d'Isabella se teinta de compréhension.

- Oh… Tu t'interroges sur les raisons qui font que les Rapaces Nocturnes ne l'ont pas encore retrouvée. Tu comprends que les Invisibles à eux seuls ne les empêchent pas de la trouver…

Will lui lança un regard glacial qui aurait fait trembler plus d'une personne, mais qui n'arracha pas même un frisson à Isabella.

- C'est à cause de moi, lui répondit-elle. Ce jour-là, je savais que vous veniez. Eh oui, Will, je savais que tu avais envoyé des hommes chez nous. Qu'ils allaient arriver. Alors, même si Jill ne s'attendait pas à ce que je lui amène Astrid, je l'ai fait. J'ai amené Astrid chez elle. J'ai modifié les souvenirs de Jill, pour qu'elle oublie que j'étais paniquée en arrivant chez elle. Je l'ai convaincue que vouloir savoir ce qui était arrivé à David et moi était une mauvaise idée, et j'ai fait en sorte qu'Astrid, jamais, ne demande à voir la tombe de ses parents. En fait, qu'elle oublie la quasi-totalité de ses souvenirs avec nous. Elle devait se rappeler des sensations qu'elle éprouvait en pensant à nous, mais rien de plus.

Isabella hocha la tête, toussa un peu.

- Tu aurais de l'eau ?

- Non, répondit sèchement Will.

- J'aurais dû m'en douter, murmura Isabella. Où en étais-je… Oui, notre tombe. Donc, Astrid ne devait jamais vouloir s'approcher de notre tombe, et j'imagine que si tu me poses la question aujourd'hui, c'est parce qu'elle n'est jamais allée se recueillir, et que cela te semble bizarre ?

Will hocha la tête.

- Tant mieux. Les Rapaces Nocturnes sont certainement allés surveiller notre tombe…

Will ne confirma ni n'infirma cette supposition.

- Mais pourquoi… Si vous étiez capable de faire tout ça, pourquoi n'êtes-vous pas partis avec Astrid ? Vous auriez pu semer les Rapaces Nocturnes !

Isabella darda un regard froid sur Will.

- Tu ne comprends pas ma loyauté envers les Rapaces.

- Je croyais que vous étiez loyale envers votre fille !

- Je suis loyale envers les deux ! hurla Isabella. Mais trahir les Rapaces pour protéger ma fille, ou trahir ma fille pour protéger les Rapaces, je ne pouvais pas faire ce choix ! Je ne voulais pas le faire ! Alors j'ai fait ce qui me semblait être le mieux ! J'ai mis ma fille à l'abri, et je me suis battue comme une Rapace ! De sorte à ce que jamais vous ne vous posiez de questions ! Que vous pensiez qu'Astrid était toujours une couverture ! Rien de plus !

- Mais ce n'est pas le cas ! éructa Will. Astrid n'était pas qu'une couverture !

- Mais tu ne comprends pas ! s'énerva Isabella. Si je l'avouais, je vous donnais un moyen de pression, tout comme j'offrais une faiblesse pour les Rapaces Nocturnes ! Je n'aurais jamais survécu avec une telle faiblesse ! Et puis, je n'étais pas faible ! J'étais capable de sauver les deux ! Mais vous avez débarqué, et j'ai dû me séparer de ma fille ! Mais je ne voulais pas que les Rapaces la récupèrent, ni vous ! Alors, c'est Jill qui l'éduque ! Astrid ne pouvait pas être vue comme plus qu'une couverture !

Isabella se tut brusquement. Ses joues étaient rougies par la colère, mais ce brusque accès de nerfs ne l'empêchait pas de paraître toujours aussi faible, toujours aussi détruite par Azkaban. Ses traits étaient tirés, son visage fatigué, ses yeux, bien que brillants, n'avaient plus l'éclat sauvage qui les caractérisait.

- Mais elle n'a jamais été qu'une simple couverture, murmura Will.

Isabella se figea, comme frappée. Lentement, ses traits se détendirent. Elle ouvrit la bouche pour parler, mais aucun son n'en sortit. Elle ramena ses genoux sous son menton, et baissa la tête, comme honteuse. Et puis, lentement, elle secoua la tête.

- Non. Astrid n'a jamais été qu'une simple couverture. Je l'ai aimée comme toute mère doit aimer sa fille. Mais je ne pouvais pas le dire.

Will hocha la tête.

- Non. Non, vous ne pouviez pas, murmura-t-il.

Il souffla, et s'assit en face de la cellule d'Isabella. Il fallut quelques secondes à la femme pour qu'elle retrouve son calme. Ses joues pâlirent à nouveau, le sang monté jusqu'au visage lors de son accès de colère refluant. Elle baissa les yeux, et ses mains tremblèrent légèrement lorsqu'elle s'accrocha à ses propres épaules. L'exercice physique l'avait épuisée, elle n'était plus à même de dépenser une telle énergie en aussi peu de temps.

- Mentir pour les Rapaces Nocturnes était facile. Mais mentir sur ce que représentait réellement ma fille… C'était le plus difficile, avoua Isabella. Bien plus difficile que tout ce qu'on peut croire.

- J'imagine.

Isabella hocha la tête, pour finalement la relever de ses genoux.

- Nous sommes des parents maudits.

- À la différence que je n'ai jamais rien fait pour que mes filles terminent ainsi. Vous, vous aviez le choix…, rappela amèrement Will.

Pour la première fois depuis leurs entretiens secrets, Isabella n'envoya aucune réflexion mauvaise à Will, alors qu'il lui en offrait la possibilité. Pour la première fois, ils n'étaient que deux parents, accablés par la perte qu'ils avaient subie.

12 octobre 2019

Une fois encore, une fois de trop pour Will, il traversa la prison d'Azkaban, se moquant des cris et railleries dont il avait l'habitude. Lorsqu'il se planta devant la cellule d'Isabella, il insonorisa, une fois encore, la zone, sans réellement penser à ce qu'il faisait.

Isabella le vit aussitôt. Elle comprit aussitôt que quelque chose n'allait pas. Will était plus triste que les autres jours. Plus distant. Plus accablé.

- Quoi ? murmura-t-elle. Dis-moi que les Rapaces…

- Non, la coupa immédiatement Will. Les Rapaces n'ont rien fait. C'est…

Il inspira profondément, puis ferma les yeux.

- Astrid a été nommée capitaine de l'équipe de Quidditch de Serdaigle.

La nouvelle mit quelques secondes à être comprise d'Isabella. Et lorsque ce fut fait, son expression, jusqu'à présent tendue dans l'expectative, se détendit immédiatement.

- Putain, ça ne va pas de me faire une peur pareille ?! Je…

Elle se tut lorsqu'elle comprit qu'au contraire de ce qu'elle avait cru, ce n'était pas une plaisanterie de la part de Will. Il ne lui avait pas fait peur pour la piéger. Il avait une tête triste parce que si une des nouvelles qu'il apportait était bonne, l'autre, au contraire, était mauvaise.

- Qu'est-ce qui s'est passé ? murmura Isabella d'une voix blanche.

Elle s'approcha des barreaux qui la tenaient éloignée de Will, et s'y agrippa, ses jointures blanchissant effroyablement.

- Jill est… malade. Cancer, apparemment. Et c'est plutôt mal engagé, avoua Will du bout des lèvres.

Isabella se détacha des barreaux, et partit au fond de sa cellule. Elle se laissa tomber sur sa petite couche, et mit sa tête entre ses mains.

- Oh, Merlin…, souffla-t-elle.

- Elle est soignée, bien sûr, mais vu l'avancée de son cancer… Ce n'est que retarder le moment où tout lâchera, murmura Will.

Isabella retint son souffle. Lorsque ses poumons lui firent mal, lorsqu'elle comprit ce que signifiait ressentir la douleur, elle expulsa tout l'air qu'elle retenait, et leva des yeux désespérés vers Will.

- Que va faire Astrid ?

Will soupira.

- Pour le moment, nous n'en sommes pas là. Surtout que Jill est encore en vie, et qu'avec les bons traitements et une bonne dose de chance, son espérance de vie pourrait être étirée.

- Et si ça n'arrive pas ? murmura Isabella d'une voix blanche.

Will secoua la tête.

- Dans ce cas-là, je n'en sais rien, Isabella. Je ne peux décemment pas débarquer dans sa vie. Potter ne me le permettrait pas, s'il apprenait que je souhaitais adopter. Peut-être qu'elle ira chez son ami, Chuck ? Ils sont plutôt proches. Son père l'accueillerait avec joie, j'en suis certain.

Isabella hocha la tête, avant de se mordre violemment la lèvre. Si Astrid devait être adoptée par quelqu'un, tout ressortirait. La falsification de son extrait de naissance, la supercherie qu'elle avait montée pour qu'Astrid ne soit pas retrouvée par les Rapaces Nocturnes… Tout cela n'aurait servi à rien, et Astrid serait à nouveau en danger, avec seulement une poignée d'Invisibles prêts à lui sauver la mise. Isabella savait que peu seraient les Invisibles d'accord pour protéger une fille de Rapaces Nocturnes, surtout que David et Isabella avaient été des plus prolifiques pour se jouer et tuer des Invisibles. Une poignée d'Invisibles pour protéger Astrid de la totalité des Rapaces Nocturnes. Elle savait ce que ça voulait dire, et même si elle refusait de l'admettre, elle ne put s'empêcher de demander à Will ce que cela pouvait vouloir dire.

- Et les Rapaces… ?

Will soupira.

- Je ne sais pas, murmura-t-il finalement.

Un lourd silence pesa entre les deux adultes. Si différents, ils partageaient pourtant les mêmes peines, ce jour-là.

28 septembre 2020

- Je ne suis plus avec ma fille par ta faute, et pourtant, comme tu ne cesses de me donner des nouvelles d'elle, je n'arrive pas à te détester… Tu es vraiment un personnage frustrant, Will, murmura Isabella, assise dans sa cellule.

Un sourire un peu retenu habilla les lèvres de Will.

- Isabella, pour moi, tous les Rapaces Nocturnes sont frustrants. Vous comprenez à présent ce que je peux ressentir lorsque je viens ici vous voir…

Elle hocha la tête.

- Alors, comment se passe la scolarité de ma fille ?

- Bien, répondit lentement Will. Elle veut toujours devenir Auror. Elle semble avoir des vues sur un garçon, mais ça ne plaît pas à tout le monde. La routine pour une adolescente de seize ans, si vous souhaitez mon avis.

- Ce que je souhaite, Will, c'est que ma fille reste loin des Rapaces Nocturnes.

Will haussa un sourcil entendu, forçant Isabella à se corriger.

- Ou, du moins, loin des Rapaces Nocturnes aussi longtemps que possible.

- C'est en effet plus raisonnable de penser comme ça.

Le silence s'abattit à nouveau entre eux deux, mais il n'avait plus rien de ce silence qu'observent deux étrangers qui ne savent plus quoi dire à la personne leur faisant face. Il s'agissait du silence de deux personnes qui partagent des moments de leur vie, et qui n'avaient pas toujours besoin de remplir les vides de leurs mots.

- Ma fille est déjà en sixième année à Poudlard…, murmura Isabella. Et le dernier souvenir que j'ai d'elle, c'est celui d'une enfant de trois ans.

- Je ne vous apporterai pas de photos, dit rapidement Will.

- J'ai cru comprendre cela, il y déjà un moment, rétorqua amèrement Isabella.

- Mais elle vous ressemble, ajouta Will d'une voix plus douce.

Comme il pouvait s'y attendre, cette nouvelle eut le don de faire sourire Isabella. D'un simple signe de tête, Will prit congé de la Rapace Nocturne.

...

14 février 2021

Isabella regarda Will s'asseoir en face d'elle.

- Will, tu sais quel jour nous sommes ? se moqua-t-elle. Je savais que tu m'appréciais, mais de là à venir me souhaiter une bonne Saint-Valentin…

Will leva les yeux au ciel. Isabella se concentra sur lui, s'approchant de quelques pas, se demandant si elle n'était pas en train de rêver.

Will était de bonne humeur. Il ouvrit une sacoche, en sortit une chaise de camping moldue, s'installa dessus, avant de replonger la main dans son sac, et d'en sortir des vivres.

- Vous en voulez ? demanda-t-il à Isabella. Du saucisson de dragon.

- Tu comptes m'empoisonner ?

Will éclata de rire.

- Je pourrais le faire plus subtilement, vous savez.

Isabella haussa les épaules, certainement d'accord avec lui, mais pas prête à le lui reconnaître.

- Non, aujourd'hui, j'ai surveillé votre fille. Comme tous les jours, vous me ferez remarquer. Rassurez-vous, elle se porte bien. Seulement, il lui est arrivé quelque chose d'extraordinaire. Elle sort avec un garçon. Et je crois que ça lui fait drôlement plaisir.

Un sourire attendri orna le visage d'Isabella, mais Will n'y prit pas garde. Il était perdu dans ses pensées.

- Vous savez, de la voir comme ça, ça m'a rappelé la première fois où je suis tombé amoureux… et puis, ensuite, j'ai compris à quel point j'avais tort de croire qu'on ne tombait amoureux qu'une seule fois, et, surtout, j'ai compris que je n'avais rien compris à l'amour avant de rencontrer Winnie. Les années passées avec elle furent magiques, je n'ai pas d'autres mots. Nous nous comprenions réellement, nous étions complémentaires, comme peu d'autres personnes savent l'être. C'était réellement parfait. Et puis, nos filles ont complété ce tableau idyllique…

Will poussa un profond soupir. Secouant la tête, il coupa quelques tranches de saucisson, puis du pain, et les fit passer à Isabella, qui les prit sans hésiter. Même si Will songeait réellement à l'empoisonner, ça ne serait pas pire que d'être à Azkaban.

- Aujourd'hui, comme beaucoup d'autres jours, je réalise à quel point je n'ai pas été assez reconnaissant envers le monde, pour tout le bonheur qu'il m'a offert. J'aurais dû profiter plus grandement des jours passés avec les trois femmes de ma vie. J'aurais dû être plus présent, plus apte à les protéger…

Il s'arrêta de parler, la gorge serrée, avant de reprendre la parole.

- Bien évidemment, c'est toujours trop tard qu'on réalise ce genre de choses. Si on avait su… Si seulement on pouvait revenir en arrière… Enfin. Aujourd'hui, j'ai revu de l'innocence dans le regard d'une adolescente. Et je me suis dit que malgré tout, votre fille était chanceuse.

Isabella continuait de sourire.

- Je me souviens, quand j'ai rencontré David… Merlin, il était d'une timidité ! J'ai cru qu'il n'allait jamais me demander un rendez-vous. D'ailleurs, reprit-elle songeusement, il ne l'a jamais fait. C'est moi qui ai lancé l'offensive, s'esclaffa Isabella. Nous avions la tête plein d'idéaux, nous étions prêts à tout pour les atteindre… C'est comme ça qu'on a rejoint les Rapaces Nocturnes, tu sais.

Will hocha la tête. Il s'en doutait. Après tout, ceux qui rejoignaient les Invisibles étaient aussi pleins d'idéaux.

- Et puis, je suis tombée enceinte… Ce n'était pas prévu, tu t'en doutes. Mais le jour où j'ai su que je l'étais, je n'ai pas hésité une seule seconde. Je la gardais, c'était la seule issue possible. Bien évidemment, David était plus réticent, il ne savait pas comment nous allions pouvoir continuer notre travail au sein des Rapaces Nocturnes. Alors, nous avons décidé de faire ce qui semblait le plus logique pour nous tous. Nous avons dit qu'il s'agissait de la meilleure couverture que nous puissions avoir. Et, tu sais, dans un sens, c'était vrai. J'ai pu m'en occuper comme n'importe quelle mère. Les Rapaces Nocturnes ne venaient pas vérifier que nous n'étions pas totalement francs envers eux, les enfants ne les intéressent pas…

Isabella sourit, et croqua dans un bout de pain.

- C'était de bien belles années. Parfois, j'aimerais y retourner. Donner les clefs de la réussite à Astrid… Malheureusement, elle devra faire ses propres choix…

Elle réfléchit un instant.

- Est-ce qu'elle a bien choisi son petit-ami ?

- Vous voulez rire ? marmonna Will.

- Dis toujours…

- Le fils aîné des Potter.

Isabella écarquilla les yeux, avant d'éclater de rire.

Définitivement, sa fille avait le don de ses parents de se mettre là où elle ne devait pas.

- Par Merlin, c'est bien la fille de ses parents. Tout pour se faire remarquer…

Will, amusé, ne sut quoi répondre. Il s'était dit exactement la même chose, lorsqu'il avait compris qui était le garçon qui intéressait Astrid.

22 octobre 2021

Pressé, Will traversa la prison sans même entendre les insultes qui étaient lancées sur son passage. Il s'arrêta en soufflant et en transpirant abondamment devant la cellule d'Isabella. Elle était couchée, mais le temps qu'il insonorise la pièce, elle s'était déjà relevée, et le fixait, avide. Ses yeux se teintèrent de peur et d'avidité lorsqu'elle remarqua l'état dans lequel se trouvait Will. Il avait de mauvaises nouvelles, c'était certain.

- Quoi ? Que se passe-t-il ?

Will souffla difficilement, et Isabella le maudit instantanément de ne pas être capable de lui donner les nouvelles qu'il lui apportait dans l'instant. Elle serra les dents et les doigts autour du bois de sa couche, trop faible pour se lever trop rapidement. Ses yeux noirs fixaient Will, l'implorant de se dépêcher de lui donner les nouvelles qu'elle allait haïr.

- C'est Jill.

Isabella trembla.

- Elle est morte.

Isabella plaqua ses mains sur sa bouche. Elle ne voulait pas que Will puisse entendre son gémissement, pas plus qu'elle ne voulait qu'il remarque ses lèvres tremblantes en apprenant la nouvelle concernant sa belle-sœur. Mais Will ne le remarquait pas. Il était lancé dans son explication, et l'émotion qui l'étouffait l'empêchait de noter ce qui n'allait pas chez son interlocutrice.

- Astrid réagit vraiment mal. Elle a ses amis, son petit ami, mais… Elle réagit mal. Très mal, Isabella.

- Jill est morte…, murmura Isabella. Jill…

Elle secoua la tête, navrée, sincèrement désolée pour sa belle-sœur. Cependant, elle sut se ressaisir rapidement. Elle savait toujours le faire, et cette fois ne serait pas différente. Après tout, elle ne voulait pas qu'Astrid meure. Jill était humaine, Cracmole, donc plus à même de mourir avant l'heure. Ce qui comptait, à présent, c'était qu'Astrid aille bien.

- Surveille Astrid. Assure-toi que rien ne lui arrive.

Le visage de Will se fendit d'un sourire amer.

- N'est-ce pas déjà ce que je fais depuis des années, Isabella ?

26 juin 2022

Isabella se mordit les doigts en voyant l'attitude de Will, en face d'elle. Elle n'appréciait pas cela du tout.

Bien sûr, en arrivant, Will l'avait rassurée en lui disant qu'Astrid n'avait rien. Tout allait pour le mieux pour elle. Cependant, il n'avait pas pris le temps de donner plus d'explications et, depuis, il était planté devant la cellule d'Isabella, refusant de dire pourquoi il était si impatient, faisant des pas dans un sens, puis dans l'autre.

- Will, dis-moi ce qui te tracasse…, grommela Isabella.

Will lui lança un regard peiné, puis reprit ses allers-retours, mettant à cran les nerfs de la prisonnière. Cela dit, lui-même était dans un état peu recommandable. Son esprit était en pleine ébullition, et il ne savait pas comment faire pour passer au-delà de ses réflexions.

Il finit par s'arrêter, devant la cellule d'Isabella. Le dos droit, les poings réunis dans son dos, ses traits tirés, Will prit encore le temps de réfléchir avant de cesser cette attente insoutenable pour la femme emprisonnée.

- Merlin, vous, les Invisibles, vous êtes des emmerdeurs de première…

Will lui adressa un regard noir.

- Dans quelques jours, Astrid va quitter Poudlard.

- Je sais, rétorqua Isabella.

- Je ne vais plus pouvoir la protéger comme je l'ai fait jusqu'alors. Vous croyez réellement que Harry Potter ne se posera pas de questions, s'il me voit tourner autour de leur jeune recrue ?

La surprise peignit les traits d'Isabella.

- Elle a été acceptée pour la formation d'Auror ?

Will hocha la tête, sans pour autant s'attarder sur ce détail.

- Les Rapaces Nocturnes pourront s'approcher d'elle bien plus facilement…

Will inspira un grand coup.

- Je suppose que vous ne souhaitez toujours pas me dire ce que les Rapaces Nocturnes souhaitent faire à votre fille ?

L'expression d'Isabella se figea, comme Will s'y attendait.

- Ce n'est pas faute d'avoir essayé, marmonna-t-il en détournant le regard.

La situation ne lui plaisait pas. Astrid allait bientôt être en liberté totale. Les Aurors ne seraient jamais de taille à protéger Astrid contre les Rapaces Nocturnes, surtout s'ils ne savaient pas ce qui la menace. Will ne pouvait pas non plus prendre le risque d'expliquer la situation à Harry Potter. Celui-ci le croirait certainement, mais il ne prendrait jamais le risque de lui confier une telle mission. De plus, Harry Potter se sentirait obligé d'en parler à Astrid, et Will refusait de prendre ce risque. La jeune fille ne devait jamais savoir que les Rapaces Nocturnes étaient après elle. C'était bien trop dangereux, et elle risquait de vouloir connaître tous les détails de cette histoire. Or, Will souhaitait la protéger, et l'empêcher d'approcher des Rapaces Nocturnes était encore la meilleure façon de valider cet objectif. Ou, du moins, l'empêcher de s'approcher des Rapaces Nocturnes en ayant des questions personnelles à leur poser.

- Oh, non, Will, je t'interdis de faire cela, gronda soudainement Isabella.

Will lança un regard désolé à la prisonnière. Sincèrement, il n'appréciait pas non plus la tournure que prenaient les événements. Il n'aimait pas cela, mais il ne voyait pas d'autre solution. Isabella était arrivée à la conclusion de Will, et clairement, cela ne lui plaisait pas.

- Elle pourra toujours refuser, rappela-t-il à Isabella.

Alors qu'il pensait qu'elle était bien trop faible pour de tels mouvements, l'ancienne Rapace Nocturne se leva prestement, s'accrochant aux barreaux de la main droite, tandis que son index gauche menaçait Will.

- Tu sais très bien qu'aucune personne ayant eu la possibilité de rejoindre les Invisibles ne refuse ! Elles acceptent toujours, parce que tu sais exactement comment les convaincre ! Tu fais ça depuis des années, tu as observé ma fille, tu sais quoi lui dire pour qu'elle ne refuse pas, pour qu'elle rejoigne vos rangs, alors qu'elle vaut bien mieux que ça ! vociféra Isabella. Je voulais lui laisser le choix, c'est pour cela que les Rapaces Nocturnes n'ont jamais su où elle se trouvait, et toi, tu veux lui ôter ce choix ?! pesta la mère. Tu… Je t'interdis de faire cela ! hurla Isabella.

Will recula d'un pas, par précaution. Même si Isabella n'était pas en grande forme pour une Rapace Nocturne, il était clair que la mère en elle était prête à se battre férocement.

- Pas ma fille, Will ! Tu as l'interdiction formelle de lui proposer cela ! Trouve autre chose ! Mais pas ma fille !

Un sanglot monta, rapidement refoulé. Will ne s'en émut pas. Il connaissait assez Isabella pour savoir que ce n'était pas ce qui devait l'émouvoir.

- Si tu fais ça, Will, elle sera toujours exposée aux Rapaces Nocturnes ! Tu n'as pas le droit ! hurla Isabella.

Elle s'accrocha aux barreaux, les secoua vivement, avant de tomber à genoux, la tête basse.

Will resta à l'observer un moment. Puis, il haussa les épaules.

- Vous savez, Isabella, je suis certain que votre fille fera le bon choix.

- Va te faire voir, Will. Et ne reviens que si ma fille n'a pas accepté.

- Vous savez qu'elle va accepter. Et vous savez aussi que c'est le meilleur choix qu'elle puisse faire, pour sa sécurité. Mais je n'oublie pas la promesse que je vous ai faite. Je ne dirai rien à Astrid, elle ne saura rien de ce qui vous concerne.

Il ne prit pas garde aux nombreuses insultes que lui lança Isabella. S'il devait se formaliser à chaque fois qu'un Rapace Nocturne l'insultait, il passerait sa vie à faire cela.

12 avril 2023

Will avait tenu sa promesse. Il n'était pas revenu voir Isabella depuis qu'Astrid avait tenu à rejoindre les Invisibles. Il l'avait fait, parce qu'il pouvait comprendre qu'en tant que parent, Isabella devait avoir la sensation d'avoir raté une partie de l'éducation de sa fille, en comprenant qu'elle avait rejoint l'organisation qu'elle détestait.

Personne n'aimait avoir la sensation d'échec inscrite dans ses veines. Will était bien placé pour le savoir, lui qui, quotidiennement, se réveillait dans un lit vide, froid, et dans un appartement d'où ne provenait pas le moindre bruit, et certainement pas celui de ses filles demandant à ce qu'il se lève pour leur préparer le petit-déjeuner.

Oui, Will comprenait tout à fait le besoin d'espace d'Isabella, il était le premier à le vouloir.

Mais ce matin, il devait lui annoncer. Il devait la préparer.

Il grimpa les escaliers en courant, de plus en plus rapidement. Il n'avait que peu de temps. Astrid n'allait pas tarder, en principe. Encore une petite heure, tout au plus. Le temps d'aller chercher un Détraqueur, et de venir à Azkaban… Cela pouvait être rapide. Surtout lorsqu'on était animé d'une seule et unique volonté : celle d'en finir avec son passé. Malheureusement pour Isabella, il s'agissait exactement de la seule motivation qui portait Astrid, aujourd'hui.

Will arriva sur le palier des Rapaces Nocturnes, et s'engagea dans le couloir, avançant rapidement, jusqu'à s'arrêter en glissant devant la cellule de la personne à qui il venait rendre visite.

Comme toujours, il insonorisa la cellule et ses alentours.

- Dégage de là, marmonna la voix rauque d'Isabella.

- Je sais, je sais, murmura Will sur le ton du regret. Je vous avais promis de ne plus jamais revenir, si jamais votre fille rejoignait les Invisibles, mais je ne pouvais pas vous laisser comme ça, pas aujourd'hui. Je devais vous prévenir.

Isabella leva un œil morne vers lui. Tout son visage montrait le dégoût qu'elle éprouvait pour Will, mais celui-ci feignit de ne pas le remarquer. L'heure était trop grave.

- Isabella… Ce jour est le dernier.

La prisonnière éclata de rire.

- Je t'avais demandé que le dernier soit celui qui date d'il y a presque un an, rétorqua-t-elle vertement.

Will secoua la tête, désolé.

- Vous ne comprenez pas. Elle sait. Elle arrive. Elle veut tourner la page de son passé.

Isabella se figea. Lentement, la compréhension se fit dans son regard, et Will vit passer dans ses yeux chacune de ses émotions, chacun de ses sentiments, chacune de ses peurs et de ses envies.

- Tu… tu m'avais promis, balbutia-t-elle, perdant toute la superbe qu'elle avait toujours montrée devant Will. Elle ne devait jamais savoir. Tu avais promis ! éructa la Rapace Nocturne.

Will recula d'un pas.

- J'ai tenu ma promesse, dit-il faiblement. Je ne lui ai rien dit. Mais… Elle a fini par comprendre que si elle ne pouvait pas avoir accès aux informations concernant ses parents par le biais des Aurors ou de la Justice Magique, c'était parce que cela touchait les Invisibles, alors… Elle est allée fouiller dans nos archives, et elle a découvert la vérité. Alors…

Il se tut, incapable de prononcer le moindre mot, observant, face à lui, la femme dont le destin était scellé, et dont la vie n'allait pas tarder à s'arrêter.

Will hoqueta.

Il ne parvenait pas à croire ce qu'il était en train de ressentir. Était-ce… oui, de la tristesse ?

Merlin le garde, le voilà en train d'éprouver une immense peine à l'idée que la Rapace Nocturne, une des pires, soit sur le point de mourir. Ou, plutôt, soit sur le point de vivre pire que la mort.

Quand est-ce qu'il l'avait prise en pitié ? Quand il avait compris qu'elle n'était pas qu'une Rapace Nocturne, mais aussi une mère ? Quand ils avaient échangé tous leurs secrets ? Lorsqu'il s'était dit qu'ils se ressemblaient plus qu'il n'avait envie de le croire ? Peut-être, oui. Ce qui était certain, c'était que Will savait que la disparition d'Isabella allait lui faire un grand choc, et il n'était pas prêt à voir cette personne sortir de sa vie ainsi. Peut-être qu'ils se détestaient, peut-être qu'ils n'auraient jamais pu être réellement amis, c'était même certain, à bien y réfléchir. Mais Isabella restait une personne, une personne que Will avait appris à connaître, à côtoyer. Isabella avait les mêmes peines que Will, et c'était ce qui les avait rapprochés. Ils étaient tous les deux des personnes mariées, qui avaient perdu leur conjoint. Ils étaient tous les deux parents, et avaient tous les deux dû accepter ne jamais être auprès de leurs enfants pour les voir grandir.

Isabella perdit son air arrogant, ainsi que sa prestance. Elle se leva difficilement.

- Quand va-t-elle arriver ?

Will regarda sa montre.

- Dans moins de vingt minutes, je pense.

Isabella déglutit.

- J'imagine que si tu le sais, c'est qu'elle est venue te voir.

Will hocha la tête.

- Parce qu'elle avait besoin de ton accord. Pas vrai ?

- En effet. Lorsque les Invisibles décident de libérer les cellules d'Azkaban, ils doivent choisir les prisonniers, puis faire valider leur choix…

- Simple formalité, je suppose. Tu n'avais pas de raison de lui refuser cette vengeance, n'est-ce pas, Will ?

- Comment vouliez-vous que je la convainque de vous laisser la vie sauve ? murmura Will, d'un ton défaitiste.

Isabella lui lança un regard de défi.

- Je n'en sais rien, Will, mais j'imagine que je n'ai pas le temps de trouver une alternative au Baiser du Détraqueur ?

Will ne répondit pas. Il n'était pas nécessaire de répondre à Isabella. Elle avait totalement conscience que rien ne lui permettrait d'avoir la vie sauve. Bientôt, elle ne serait même plus consciente de ce qui l'entourait.

Elle baissa la tête. Pour la première fois, Will la vit sur le point de renoncer.

- Dites-le-moi, Isabella…

Elle leva la tête, regardant Will. Dans son regard, la résignation semblait prendre le pas sur la fierté. Elle soupira. Elle posa la question, par simple acquit de conscience.

- Que je te dise pourquoi il veut ma fille ?

- Oui. Dites-le-moi. C'est le meilleur moyen pour que je puisse réellement la protéger…

Isabella sourit tristement. La résignation se fit plus intense, plus forte. Déjà, la vie semblait quitter la femme fière et altière qu'elle avait été.

- Très bien, mais à une dernière condition.

- Je n'arrêterai pas de protéger Astrid, si telle est votre question.

- Tsss, répliqua Isabella, moqueuse. Ça, je le sais, imbécile. Tu en es venu à l'aimer plus que moi-même. Après tout, tu vas finir par la connaître mieux que moi, et ce pour le restant de sa vie, alors que moi, je n'aurais passé que trois malheureuses années avec elle… Non, je veux que tu me promettes autre chose.

Isabella se tut. Les mots paraissaient avoir du mal à se frayer un chemin jusqu'à ses lèvres. Will regarda sa montre. Selon ses calculs, Astrid devrait arriver dans moins de dix minutes, mais il se refusait à presser Isabella.

- Reste avec moi.

Il crut d'abord avoir mal compris. Elle avait prononcé ces mots si bas que Will doutait les avoir réellement entendus. Pourtant, le silence était tel qu'il ne pouvait pas s'être trompé.

- Tu es le seul à vraiment comprendre, poursuivit-elle. Le seul à savoir pourquoi j'ai fait tout ça. Astrid ne le sait pas, et elle ne devra jamais le savoir. Si jamais elle l'apprend, cela veut dire qu'elle court un danger horrible. Qu'il l'a retrouvée. Personne d'autre que toi ne doit savoir. Astrid doit continuer à me haïr, comme tout le monde, comme n'importe quel autre Rapace Nocturne. Mais je ne peux pas mourir comme ça, pas sans quelqu'un à côté, quelqu'un qui me connaît pour ce que je suis. Isabella Smith, Rapace Nocturne, mais aussi mère.

La gorge de Will se serra. Il était tellement difficile de détester Isabella dans une telle situation, et pourtant, il ne lui pardonnait rien. Mais il comprenait.

- C'est d'accord, murmura-t-il.

- Merci, souffla Isabella.

Elle inspira profondément. Le secret qu'elle protégeait depuis si longtemps devait être particulièrement horrible, pour qu'elle l'ait gardé, et qu'elle rechigne tant à le partager avec Will.

- Il a un fils, souffla-t-elle finalement.

- Qui ? s'étonna Will, totalement désarçonné.

- Le chef des Rapaces Nocturnes. Je ne sais pas ce qu'il est devenu, peut-être qu'il est mort, après tout, il attisait les jalousies. Mais… C'est pour cela qu'il voulait Astrid.

Les larmes montèrent aux yeux d'Isabella, qui les refoula rapidement, comme si rien n'était apparu. Will feignit ne pas les avoir vues. Il ne voulait pas la mettre devant ses faiblesses, pas alors qu'elle était en train de lui faire confiance.

Pas juste avant la fin de sa vie.

- Il voulait qu'Astrid et lui se marient. Le fils du chef, et la fille des deux plus puissants Rapaces Nocturnes qui existent. Il voulait qu'ils dominent tout le monde. Elle n'aurait jamais eu le choix. Elle devait simplement être mariée à lui, lui faire une belle descendance, et c'est tout. Il ne lui en demandait pas plus. Elle aurait simplement été là par sa présence, mais en tant que ma fille… Notre fille, à David et moi… Forcément, elle aurait eu l'ascendant sur tous. Astrid est douée, en magie, tu me l'as dit. Imagine ce qu'elle pourrait faire, s'il la soumet à l'Imperium…

Will se figea.

Oh, non, il ne préférait pas imaginer.

Ses mains s'étaient agrippées aux barreaux, sans qu'il ne le remarque. Il le constata lorsque les mains d'Isabella englobèrent les siennes.

- Tu continueras à la protéger ?

Du bruit et le froid glacial qui les touchèrent les firent reculer d'un pas. Isabella regarda Will, dans l'attente de sa réponse.

- Évidemment, murmura Will.

Isabella sourit tendrement.

- Will… Merci.

- Je vous en prie, Isabella.

Avec un dernier regard, Will se lança un sortilège de Désillusion, puis se recula, assez loin pour ne pas être touché par le Détraqueur.

Malheureusement, cela ne fut pas suffisant.

La scène, la dernière, entre Astrid et sa mère, fut aussi déchirante qu'il pouvait s'y attendre.

15 septembre 2025

Le fils de Cole doit être décédé. C'est obligé. Jamais les Rapaces Nocturnes n'auraient stérilisé Astrid s'ils avaient estimé qu'elle puisse, un jour, porter l'enfant de leur chef.

N'est-ce pas ?

.

.

.

Retour au présent – Maison de Ginny et Harry Potter.

Harry reprit pied avec la réalité. En sueur, il regarda le journal, le referma vivement, et le rangea dans sa boîte.

Doux Merlin.

Cette histoire devenait particulièrement complexe.

Il n'aimait pas ça.

Définitivement pas.


Lumos

Comme vous pouvez le constater, je n'ai pas pu poster le chapitre la semaine dernière. En même temps, vu comme j'ai été prise durant ma semaine de vacances, j'aurais pu partir avec mon ordinateur que je n'aurais pas eu le temps de jeter un œil aux corrections, ni à vos reviews. Soyons honnêtes, en ce moment, je suis pas mal occupée.

Ce dont je ne me plains définitivement pas. Mais cela se met « en travers » de mes temps d'écriture, c'est certain. Je doute pouvoir garder une bonne régularité, mais nous verrons bien de quoi l'avenir sera fait !

Parlons plutôt de ce chapitre, cela me semble bien plus important.

J'ai commencé à l'écrire quasiment à la fin de l'écriture d'Invisible (et cette information ne nous rajeunit pas du tout, vous l'aurez remarqué). C'est dire à quel point il date, et depuis combien de temps j'avais envie de vous le partager ! Parce que, oui, j'avais très envie de vous le partager. Et pourquoi donc ? Parce que j'ai beaucoup aimé l'écrire. Parce que j'ai beaucoup aimé jouer sur cette dualité, sur le fait que Will et Isabella ne peuvent pas être proches, que c'est contre-nature, et pourtant… Ils en viennent à s'apprécier. Comme quoi, il ne faut jamais dire jamais…

SINON.

Un grand merci à DelfineNotPadfoot pour ses corrections, sinon, vous auriez pu avoir droit à de belles pépites ! Et merci à vous tous pour vos superbes reviews, qui me font toujours autant plaisir.

Sur ce, je vous dis à dans deux semaines. En espérant avoir eu le temps de relire le chapitre et de l'avoir envoyé à la correction. Et en espérant également avoir eu le temps de me pencher sur le dernier chapitre en cours d'écriture…

À très vite !

Nox