Résumé:
« Deux moitiés identiques font un. Si l'une devait à en reconnaître une autre, l'autre finira bien par le reconnaître également.
Tout être a une âme sœur, même les humains, bien qu'ils soient bornés la plupart du temps à ça.
Nous autres, vampires, grâce à nos sens ou au besoin de partager la vie de quelqu'un le long de notre longue vie, y arrivons plus aisément.
Ce qu'on appelle chez nous coup de foudre : N'est que l'appel à l'autre ou la réception de son appel à lui.
Moi aussi, j'ai une âme sœur… »
Sia Bell a été mordu l'été de ses quinze ans. Condamnée en sursis, elle craint et attend le moment où elle deviendrait Level E, afin de mourir de la main d'un Hunter.
Cette destinée l'horrifie. Mais plus que ça, elle ne se supporte plus, se déteste, déteste ce qu'elle représente.
Ses pulsions devenant de plus en plus fréquentes, elle quitte sa famille, pour aller dans un pensionnat pas comme les autres.
Et lui dans tout ça ? …
Je vous laisse découvrir ! ^.^
Crédits:
Mon histoire est essentiellement basée sur l'univers de Matsuri Hino dans Vampire Knight.
Même si les personnages sortent tous de mon imagination, ils ont quelques similitudes avec les siens.
Anges et Démons
Le cours commença. Sia s'appliqua à écouter le prof attentivement et à prendre des notes assidûment. Après la nouvelle de l'examen d'histoire, elle craignait de voir d'autres interros surprise pointer le bout de leur nez et ne voulait pas se retrouver trop à la traîne pour les autres matières.
Sa volonté de fer pourtant se voyait confronter à la présence de James à ses côtés. De temps en temps elle lui jetait des coups d'œil plus ou moins longs, plus ou moins appuyés. Ce jeu continua un moment… Elle avait l'impression de ne pas s'en lasser. Le plus étrange… c'était l'odeur qui se dégageait de lui. Elle n'arrivait pas à l'identifier, à mettre le doigt dessus. C'était le genre d'odeur qu'on pouvait goûter, qui alourdissait l'air autour, le rendait palpable, muable. Elle se passa la langue sur ses lèvres soudain sèches. C'était sucré sans en être écœurant ou peut-être pas… c'était effectivement persistant, s'infiltrait sournoisement dans la gorge et excitait vos papilles. Le genre d'odeur à l'extrême, qui pouvait écœurer mais qu'on réclamait encore. C'était entêtant et vous plongeait dans un état second qui ne vous permettez de ne penser à rien d'autres. Rien qu'à cette odeur qu'on voulait toucher, qu'on voulait… goûter…
Qu'est ce qui lui arrivait ? Elle ne se sentait pas bien tout d'un coup, les battements de son cœur s'espacèrent et sa main vint se refermer sur sa gorge pour en atténuer la douleur naissante.
Quelle idiote ! Elle n'avait pas pris ses Bloody tablets ce matin comme elle n'avait pas eu le temps de petit dejeuner… Elle commença à respirer par à-coups... A ce moment-là elle croisa le regard de James. Elle détourna les yeux en sursautant. Un gouffre venait de s'ouvrir en elle et elle resta figée sur sa chaise une longue minute avant de se ressaisir et de refaire surface de l'océan gris où elle s'était noyé.
Il sortit quelque chose de la poche de sa veste et le glissa discrètement vers elle. Elle referma la main sur une boite noire, en métal ouvragé. Des bloody tablets. Elle en saisit trois de ses doigts tremblants et déglutit. Le gout infect apaisa sa soif et son corps se détendit.
Retrouvant enfin son souffle, elle se tourna vers James pour le remercier lorsque…
- Mademoiselle Bell, ce n'est pas parce que vous venez d'arriver que vous pouvez vous permettre de déranger mon cours. J'imagine que vous n'avez même pas daigné ouvrir le manuel scolaire…
Le professeur posa sur elle ses petits yeux noirs perçants, sous l'énorme frange qui cachait front et sourcils. Comment,… ? Mais.. ?!
- Sachez que dans ma classe jeune demoiselle, venir quelques jours en retard ne fait pas de vous une quelconque célébrité du moment, loin s'en faut d'ailleurs… Vous avez droit au même traitement que vos camarades. Ainsi, sans vouloir rompre votre quart d'heure de gloire… pouvez-vous répondre à la question que je viens de poser ? Sa voix basse et douce susurrait plus que ne parler et ses lèvres trop fines esquissèrent un petit sourire sadique.
Sia ouvrit les yeux sous le choc. Quelle question ? Elle sentit le rouge lui montait aux joues et serrant les poings sous la table elle dit :
- Excusez-moi pourriez-vous répéter la question s'il vous plait ?
- Voyez-vous ça… On ne prêtait pas attention ? Il haussa un sourcil qui ne pouvait que se perdre davantage sous sa tignasse de frange. Et bien… Quelle propriété médicinale accorde-t-on à l'aconit napel ?
Quelques mains se levèrent dans la salle.
-Je ne sais pas monsieur, répondit-elle dans un souffle
-Vraiment ? Cela m'étonne… Essayons encore voulez-vous ? En quelle période doit-on cueillir des plantes tinctoriales ? Et bien ? ….
Elle se contenta de secouer la tête en signe de négation pendant que deux personnes levaient la main pour répondre.
- Quelle tristesse, vraim…
- L'aconit napel est un poison mortel capable de tuer un adulte humain quant aux plantes tinctoriales, il est préférable de les cueillir en lune ascendante… D'ailleurs, je pensais qu'on n'entamait ce chapitre que la semaine prochaine… professeur… ajouta James d'une voix ennuyée.
Sia n'osa pas le regarder et garder les yeux rivés sur son cahier.
- Oui… Oui… effectivement. Il n'en demeure pas moins présent dans le manuel que beaucoup d'entre vous ont lu. Il hocha la tête en direction des deux élèves qui avaient levés la main… Contrairement à miss Bell bien sur… Bon, passons… pour cette fois…. » Les lèvres pincées, visiblement ennuyé de s'être fait reprendre par un élève, il poursuivit son explication sur les aconits napels et laissa tranquille Sia pendant ce qui restait du cours.
-Tu vas bien ? lui demanda James
Elle avait toujours les joues rouges et se sentait humiliée. Pourquoi ce prof avait-il pris un malin plaisir à la ridiculiser comme ça devant tous les élèves ? Etait-ce une sorte de bizutage dont on avait zappé de lui parler?
- Oui ça va, lui répondit elle sèchement
Elle se mordit la lèvre inférieure en le voyant relever un sourcil interrogateur.
- Excuse-moi, tout ça m'a un peu chamboulée…
- Je comprends. Ne fais pas trop attention à lui, il aime bien abuser du peu de pouvoir qu'il a. Malheureusement c'est un des meilleurs guérisseurs qu'on puisse trouver, rajouta-t-il en fronçant les sourcils… Sinon il serait parti il y a longtemps... Tu sais ce qu'on dit sur les génies… toujours un peu loufoques…
Il lui sourit et son cœur se serra. Comment peut-on être aussi éblouissant ?
Il finit de ranger ses affaires mais resta là à l'attendre. Sia voyait bien que ses acolytes l'attendaient en silence un peu à l'écart.
-Tu viens déjeuner avec nous ?
Elle pouvait refuser, elle avait bien refusé hier… Mais pour une raison qui lui échappait elle voulait rester avec lui. De plus, elle n'avait aucune envie de manger seule encore une fois. Elle accepta et le suivit jusqu'à la porte. Rester avec lui… rester dans son sillage, le sillage de son odeur…
Elle s'arrêta net alors que l'ébauche de cette idée malsaine commençait à se dessiner dans son esprit. Mais qu'est-ce qu'elle racontait ? Troublée, elle secoua la tête pour se débarrasser de ces idées parasites. Non. Elle allait juste déjeuner à leur table, peut-être qu'elle ne sera même pas assise à côté de lui. Elle se sentit, bizarrement, abattue tout d'un coup et déçue rien qu'à cette pensée.
Un garçon aux cheveux courts et cendrés la dépassa et alla rejoindre une jeune fille aux cheveux longs qui ouvrait le pas. Elle marchait vite, d'un pas agacée et le garçon dû accélérer pour la rattraper.
Sia avait faim. Elle n'avait rien mangé depuis le diner. L'idée d'un bon plat chaud la fit saliver. Les yeux fermés, elle inspira une grande bouffée d'air frais qui s'engouffrait par une fenêtre ouverte. La brise vespérale souleva ses cheveux et ceux de James à ses côtés. L'odeur de la terre humide et de l'herbe coupée vient se mélanger à son odeur entêtante. Elle ouvrit les yeux et lui adressa un grand sourire. Jamais elle n'avait été aussi en paix, aussi bien. Pendant une fraction de seconde, le monde s'arrêta de tourner et ses problèmes lui semblèrent si loin, si loin …
Puis le vent retomba et son sourire avec…
Décidément elle ne comprenait toujours pas son propre corps, ses sautes d'humeur et ses nouvelles tendances lunatiques… Elle était devenue une étrangère pour elle-même… Il y avait de quoi verser une larme… Franchement…
Ils entrèrent dans la salle à manger. Les gens commençaient à s'installer autour d'eux dans un maelström de bruits de couverts qui s'entrechoquent, de rires et de chaises tirées. Elle suivit le petit groupe à leur table habituelle.
- Bonjour Sia, comment vas-tu aujourd'hui ? lui demanda Daniel avec un grand sourire
Elle lui sourit à son tour et lui retourna la question. Georges lui fait un clin d'œil, un sourire goguenard accroché aux lèvres et la dépassa pour se diriger vers le buffet. Il jura quand il vit Shuri, une grande asiatique aux cheveux coupés courts, qui remplissait déjà son plateau.
Sia ne put s'empêcher de retenir un petit rire en le regardant gesticuler pour attirer l'attention de Shuri.
Elle se dirigea vers la grande table du buffet à son tour et prit un plateau pour elle-même. Elle finit par se décider pour un steak, rajouta des frites et une salade de fruit. Pour ne pas reproduire la même erreur que ce matin, elle prit quelques cachets et un grand verre d'eau.
En passant à côté de Georges elle l'entendit feindre de pleurnicher sur l'épaule de Shuri, invoquant l'injustice de ce monde et comment l'univers lui enlevait les plaisirs simples de la vie.
Sia roula des yeux et soupira. Il en faisait quand même trop dans sa course débile…
Elle se dirigea vers leur table. La fille aux cheveux longs était déjà assise à côté de James, Daniel s'était installé à côté d'elle. Shuri était assise au bout de la table, à côté se tenait le garçon aux cheveux cendrés. En tout, il restait encore trois places. Si elle faisait bien le compte, il manquait Georges et deux autres personnes qu'elle se connaissait pas.
Elle resta plantée devant la table ne sachant que faire quand James lui dit :
- Viens t'assoir à côté de moi Sia
Elle rougit. D'embarras ou de contentement ? Elle n'aurait su le dire… Ce n'est qu'en s'installant qu'elle croisa le regard meurtrier de la fille devant elle.
Georges faillit en renverser son plateau quand il la vit assise à la droite du président. En relevant la tête elle ne rencontra qu'un regard, plus froid que la glace lorsqu'il s'installa à côté d'elle.
Elle se rappela ce qu'il lui avait dit tout à l'heure. Sur qui elle était vraiment, et pourquoi James la traitait de la sorte. Mon dieu, mon dieu… eux qui me jalousent…
Je ne suis qu'une future Level E dégénérée, aurait-elle voulu leur répondre. Elle s'était bien gardée de dire quoique ce soit pourtant, lorsqu'il lui avait posé la question.
Le directeur et Jim lui avaient bien expliqué pourquoi. Dans la night Class il n'y avait que des vampires nobles ou faisant partie de la classe moyenne. Tous éduqués et « civilisés ». Ils étaient entre autre, tous nés vampires. Les ex-humains sont assez rares dans le monde de la nuit et les futurs level E n'était jamais pris en compte. C'était plus ou moins des êtres en sursis, leur construire un avenir était dérisoire. De plus, ils risqueraient de menacer le bon fonctionnement de la Night Class.
On m'a bien expliqué que si j'étais là, c'était une simple exception, comme l'incident avec cette sang pure avait fait grand bruit… J'étais en soi, un gentil petit chiot recueilli après la tragédie.
Elle ne s'en plaignait pas plus que ça à vrai dire… tant que c'était pour protéger sa famille. Elle savait au fond d'elle-même, qu'elle aurait fait le nécessaire pour.
Elle attaqua son assiette, son appétit retrouvé. Qui se souciait de ce que pouvait penser cette fille ou Georges…
- Sia, Daniel te demandait si tu connaissais tout le monde autour de la table
James la regardait, un verre à la main, son autre main caressant le velours écarlate des accoudoirs de sa chaise.
Elle se tourna vers Daniel pour lui répondre.
-Non, dit-elle. Seulement toi, et Georges.
James haussa un sourcil et jeta un regard à Georges qui lui retourna à elle un regard mauvais.
- Oui on s'était croisé avec Daniel, hier au buffet, expliqua ce dernier.
- En tout cas, je te présente Ciara Lewis, en indiquant la jeune fille à ses côtés avec un grand sourire. Celle-ci l'ignora complètement et continua de manger comme si de rien n'était.
Hum… et lui c'est Maxwell Knight en indiquant le garçon aux côtés de Shuri. Et bien sûr, Shuri Komatsu.
Maxwell lui adressa un « enchanté » distant et Shuri lui accorda un regard, regarda James et inclina la tête vers Sia sans un mot. Quelle joyeuse petite bande de camardes ! A part Daniel, il n'y en avait pas un pour rattraper l'autre.
Elle continua de manger pendant que les autres parlaient à côté d'elle.
-Savais-tu que nous allons bientôt fêter le cinquième anniversaire de la Night Class, lui dit James. Cela fait maintenant cinq ans que cette expérience a été lancé.
-Oh ! Je ne savais pas. Tant que ça… C'est incroyable !
Effectivement, c'était incroyable qu'il n'y ait pas eu d'incidents notables pendant ces cinq dernières années, avec tous ces vampires égocentriques, manipulateurs et imbus d'eux même réunis au même endroit. Oui, ça l'étonnait beaucoup.
- C'est grâce au travail de tout un chacun. Il sourit et en levant son verre rajouta : Je lève mon verre à ça.
Elle saisit son verre à moitié vide et le leva comme les autres à la santé des belles années à venir qui attendait la Night Class… Longtemps après elle…
- Vous le fêtez comment ?
- On organise un banquet, où se mèlent professeurs directeur et mécènes. En général, c'est une soirée mondaine comme une autre. A vrai dire, on s'y ennui assez facilement en soi. Le plus excitant c'est la soirée officieuse qui se déroule après. Nous organisons plein de jeux entre nous. Lui répondit Daniel sans laisser à James le temps d'ouvrir la bouche.
C'est moi qui m'occupe de tout organiser, tu verras ça va être grandiose ! Encore mieux que l'année dernière. » Il rit. « En même temps, tu ne peux pas comparer… Mais je vous promets la soirée de votre vie ! »
Des étoiles brillaient dans ses yeux. Sia lui adressa un grand sourire. Elle l'aimait bien, Daniel.
- Ca sera ce samedi à minuit !
Elle hocha la tête pour faire signe que c'était noté. Elle avait presque fini de manger quand, en regardant l'assiette de James remplie par les bons soins de Shuri, elle se rendit compte qu'il n'y avait pas touché.
-Tu n'avais pas faim ?
Il avait le regard perdu au loin et il lui fallut une seconde de plus pour se rendre compte de la question.
-Oh… Il jeta un regard à son assiette pleine. Non pas vraiment…
Comme hier, il n'avait fait que boire des Bloody tablets dissous dans l'eau.
- Tu ne manges jamais rien ?… Elle avait laissé échapper cette dernière remarque à voix basse et regrettait déjà d'avoir pensé à voix haute.
Il la regardait toujours, légèrement surpris. Il finit par tendre une main vers son assiette à elle et lui piqua une frite bien dorée. Elle lui sourit.
-Elles sont pas mal hein ?
Un verre explosa et la fit sursauter.
James soupira en finissant de manger sa frite.
- A l'avenir s'il te plait, retiens-toi, Ciara.
Les yeux brillant de larmes cette dernière se leva brusquement et quitta la salle.
Sia était peinée pour elle, ça crevait les yeux qu'elle était folle amoureuse de James. Lui par contre semblait assez indifférent. Il n'y a pas pire qu'un amour à sens unique…
Le triste épisode avec Matt était la seule chose qui se rapprochait de près ou de loin pour elle d'une relation intime avec un garçon et clairement ça ne comptait pas. Parfois il lui arrivait d'enviait le bonheur qui se lisait dans les yeux de Sonia quand elle parlait de lui… Tenir autant à quelqu'un, cela devait être incroyable…
Dans le couloir qui les menaient à la salle commune, deux personnes se joignirent à eux.
Une minuscule fille, un foulard vert autour du cou, s'approcha de Sia à pas feutrés se faufilant gracieusement entre les autres membres du groupe. Ses yeux en amandes se plissèrent lorsque sur la pointe des pieds elle lui dit :
- Tu sens bon tu sais.
Elle avait une voix de petite fille et ses yeux commençaient à se colorer d'une légère teinte rougeâtre. Sia ne savait comment réagir, elle recula d'un pas et rentra dans James qui se trouvait juste derrière elle. Celui-ci regardait la dernière arrivée sévèrement, ses yeux gris transformés en gouffre de sang.
Dans un hoquet de peur, la fille au foulard vert se retira et alla se cachait derrière un grand garçon aux même yeux en amandes, au teint mat et aux cheveux chocolat.
- Pardon pour elle James, elle vient de se nourrir. Tu sais ce que c'est, on est toujours un peu trop sensible à tout.
Il haussa les épaules et enlaça la fille dans ses bras, l'embrassant dans les cheveux pour la calmer.
- Contrôle ta sœur Liam, ou je vais vraiment m'énerver.
Celui-ci acquiesça, et se poussa sur le côté pour les laisser passer. Sia sortit de sa stupeur à ce moment et se rendit compte de la main de James sur son épaule. Lorsqu'il la retira, ses yeux étaient redevenus gris mais il paraissait toujours agacé.
Georges lui chuchota à l'oreille :
- Alors comme ça tu attires même les filles ?
Elle ne releva pas. La salle commune était une pièce circulaire. Un feu brulait joyeusement dans la cheminée et par les hautes fenêtres on pouvait voir la lune se reflétait dans le lac en contrebas. Elle se laissa choir dans un fauteuil pourpre douillet. Les deux frères et sœurs étaient un peu à l'écart et la fille lui jetait des petits regards de temps en temps. Sia remarqua à quel point elle ressemblait à son frère. Maintenant qu'elle avait retrouvé la couleur miel de ses yeux, elle remarqua la similitude de leurs traits et de leurs gestes également. Comme s'ils étaient synchronisés…
Sia parcourut la pièce du regard, James était adossé à une colonne près de la fenêtre et lisait un livre. Daniel travaillait un devoir sur une table à côté et Georges avait réussi à entrainer Maxwell dans une partie d'échecs. Elle se leva et s'approcha de James. Elle ne voulait pas le déranger dans sa lecture mais voulait lui poser une question qui la perturbait. Se pouvait-il que… ?
Il ne fit pas un geste pour l'aider et continua à lire, feignant d'ignorer sa présence.
-Euh... commença-t-elle
- Oui ?
Elle s'éclaircit la gorge soudain serrée. James pouvait être très intimidant quand il ne souriait pas.
- Tout à l'heure… se lança-t-elle avant qu'il ne la coupe
- Ne fais pas attention à ça, ça ne se reproduira pas » Il ferma le livre d'un coup sec avant se tourner vers elle. « Rosalie s'est montré très grossière envers toi. Je suis navré de ce qui s'est passé. Je suis sure qu'elle te présentera ses excuses elle-même quand elle se sera calmée. »
- Je ne comprends pas, dit Sia. Quand elle parlait de mon odeur, elle …
- Elle parlait de ton sang, finit James pour elle. Ses yeux brillèrent un peu plus fort.
Il regarda Sia sous le choc de la nouvelle et se radoucit. Il soupira.
- Mais je pensais que les vampires ne s'intéressaient qu'au sang des humains !
-Le sang reste du sang après tout.
- Je ne comprends pas…
- Nos sens sont plus développés comme tu le sais. L'odorat également. Chaque personne a une odeur particulière et son essence même circule dans nos veines. Humains et vampires compris. Si le sang humain reste pour nous neutres et peut satisfaire la soif de n'importe quel vampire. Le nôtre est plus coriace. C'est aussi un acte très … comment dire ? Intime…
Dans notre monde, un vampire qui laisse quelqu'un boire de son sang se donne, il est consentant … et à l'inverse, … Cela peut être vu comme … comme un viol… » Finit-il dans un souffle.
Sia sentit ses joues s'empourprer. La cicatrice de la morsure dans son cou commença à la lancer et elle sentit toute la haine et la rage qu'elle ressentait envers cette femme, Lady Grey, se déverser en elle.
- C'est drôle comme tu en parles. Sa voix calme claqua dans l'air comme une gifle. Comme si les humains étaient interchangeables, qu'ils étaient de la chair à pâtée consentantes à laquelle on ne laissait pas le choix. Par contre, pour les vampires c'est une autre histoire, hein ?
Elle parlait toujours calmement et personne n'avait remarqué ce qui se passait dans la pièce.
- Ce n'est pas ce que j'ai dit. Commença James.
- Alors qu'est-ce que tu insinuais ? Ce viol dont tu parles, je m'en rappelle. Et je m'en rappellerai toute ma vie. Cette femme. Ce vampire… » Cracha-t-elle comme en se parlant à elle-même, fixant le sol, les yeux écarquillés de douleur et de haine.
- Mais…Tu es un vampire » lui rappela-t-il. Il la regardait. Et dans ce qui devait être de la peine pour elle, elle l'interpréta comme de la pitié. Son sang ne fit qu'un seul tour et elle l'incendia du regard.
- Je n'ai jamais demandé à en être et je n'ai pas besoin de ta pitié.
Il soupira et dit :
- Suis moi, s'il te plait
Tremblant de rage silencieusement, elle resta clouer sur place quelques secondes avant de décider de le suivre.
Ils traversèrent la salle commune. Quelques visages se tournaient sur leur passage et les suivaient du regard.
Au fond de la salle, James écarta une tenture. Ils longèrent quelques couloirs avant d'arriver devant une grande porte à deux battants en chêne massif.
Ils entrèrent dans une des plus belles bibliothèques qui lui ait été donné de voir.
Le parquet ciré, la cheminée, les rayonnages de livres qui tapissaient les murs et s'élevaient jusqu'au plafond, le plafond peint de petits chérubins potelés, tout faisait penser à un décor de film.
L'endroit était silencieux et vide. On n'entendait que le craquement des bûches dans l'âtre. James se dirigea vers un rayonnage où une pancarte discrète indiquait « histoire » en belle écriture calligraphiée.
Il se saisit d'un gros bouquin relié et se tourna vers elle.
- Penses-tu que les vampires soient la pire chose qui soit arrivée aux humains ? Penses-tu qu'on est tous des monstres et eux tous des victimes ?
Elle le regarda perplexe, elle ne savait que répondre. Oui, bien sûr voulait-elle hurler mais le ton de sa voix insuffler le doute dans sa réponse. Elle resta silencieuse.
- Tu as été élevé par des hunters, j'imagine qu'ils ne t'ont pas aidé à en savoir plus que ça sur ton nouveau monde. Qu'est-ce que tu connais de notre histoire ? A part ce malheureux incident dont tu as été victime ?
Sia ouvrit la bouche pour la refermer. Elle ne savait pas grand-chose finalement. Jim ne lui avait rien dit et changeait toujours de sujet lorsque ses questions devenaient insistantes.
- Jim m'a parlé du rôle de la guilde, des classes de vampires et des Level E, répondit-elle.
- Jim c'est ton tuteur c'est ça ? Mais bon… rien d'étonnant à ce qu'il ne t'ait rien dit… J'imagine qu'il voulait te garder dans cet état de haine et de répulsion que tu avais envers les vampires et où la majorité des hunters, malheureusement trempent… Il t'a raconté l'histoire des hunters ? Leur origine ?
Elle secoua la tête.
- Non, rien que le fonctionnement de la guilde.
Il hocha la tête et s'appliqua à retrouver un passage dans le livre qu'il avait en main.
Il se rapprocha d'une table et tourna le livre vers elle pour qu'elle puisse lire.
Le titre du chapitre se lisait clairement en grand sur le papier vieillit « Nephilim »
- Qu'est-ce que ça veut dire ? demanda-t-elle
- Nephilims, shadowhunters ou hunters signifient la même chose. En bref, il représente la police qui surveille les créatures obscures, vampires, loup garous, sorciers …
- Sorciers ? Loups garous ?! Ça existe ?!
Il sourit.
-Parce qu'avant tu pensais que les vampires existaient peut être?
Elle ne dit rien et accusa le choc.
- Les hunters ont été créés dans l'histoire originelle pour arrêter voire éliminer les vampires étant les premières créatures obscures à avoir été créées. Oui Sia… Créées.
L'histoire raconte que dans les temps anciens deux royaumes très puissants se faisaient la guerre. Le nombre de perte humaine comptabilisée été terrible. Ayant l'un comme l'autre une armée fidèle mais constitués de peu de bons guerriers, l'un des rois en vint à se dire que la seule façon de gagner était de posséder une armée plus puissante qui écraserait l'autre pour finir cette guerre atroce.
La logique des hommes me dépasse toujours…
Il consulta un sorcier réputé qui vivait sur les terres voisines. Le sorcier aimait les expériences et l'innovation. Il fleuretait souvent avec les arts obscurs et ses compétences dépassaient souvent celles de la magie blanche pour s'aventurer dans les prémices de la magie noire.
Il lui promit une poignée de surhommes qui réduiraient l'armée ennemie à eux tous seuls.
Selon ce qu'on raconte, il se servit d'hommes et de femmes leur injectant du sang de démons qu'il invoquait, étudiant les répercussions sur leurs capacités physiques et sur leur santé. Aucun d'eux ne survécut. Ils moururent déformés, transformés en bêtes incontrôlables. Il se servit même d'enfants pour tout te dire… et au final, il en vint à se dire que la seule façon d'impacter sur leur organisme de manière efficiente, était de se mêler de leur ADN avant même leur naissance, à l'état d'embryon dans le ventre de leur mère.
James marqua une pause avant de poursuivre :
- Il fit boire du sang de démons à de jeunes mamans à leur insu. On dit même qu'il en donna à sa propre femme …
Les premiers vampires étaient des enfants, des adolescents qui continuaient encore leur croissance. Ils n'avaient aucun contrôle, aucune éducation. Ce n'était que des soldats, des guerriers aguerris, des chasseurs hors pair. Ils avaient été créés pour détruire et c'est ce qu'ils firent.
Ils renversèrent le royaume ennemi, et très vite s'en prirent à leurs alliés, à leur camp lui-même.
Les prêtresses des temples se réunirent et invoquèrent Dieu et ses anges pour leur venir en aide et les sauver d'un tel fléau. On dit que l'Ange Raziel leur apparut et leur offrit son sang dans une coupe. Ceux qui y burent devinrent les futurs hunters. Le sang de l'Ange dans leur veine leur permit d'acquérir des aptitudes, qui sans égalées celles des vampires, leur permettaient de les confronter. Il leur dévoila aussi le secret pour forger des armes capables de les tuer.
Il se tut et fit défiler les pages devant elle. Là où on pouvait voir des illustrations d'hommes buvant dans un calice en or, d'un Ange d'une extrême beauté et de jeunes vampires à l'agonie.
-Tu vois Sia… La pire chose qui soit arrivé à l'homme finalement, ce ne sont pas les vampires… mais l'homme lui-même…
Elle était restée interdite pendant tout le long du récit. Jamais elle n'avait pris la peine de voir l'histoire sous un autre angle que ce qu'elle connaissait.
James avait le regard dans le vide et les yeux tristes. Elle aurait aimé lui dire quelque chose… Le réconforter ? Mais quoi ?...
- Que s'est-il passé après ?
Il ferma le livre doucement et lui répondit en en triturant les bords.
- Certains moururent et les autres furent maudits. Nous sommes condamnés à vivre dans les ténèbres et nos âmes souillées ne nous promettent que l'enfer. Les premiers vampires qu'on appelle les enfants des ténèbres, les créateurs originels donnèrent vie à d'autres vampires, les sangs purs, qui eux même en créèrent d'autres. Plus le poison se transmet plus il perd de sa force et c'est comme cela qu'après des siècles et des millénaires, nous nous retrouvons avec des nobles et des nés vampires mais sans pouvoirs et beaucoup moins forts.
- C'est tellement injuste… Et ce sorcier, que lui est-il arrivé ? Tout ça c'est de sa faute non ?
Il lui lança un regard, un sourire au coin
- Tu commencerais presque à avoir de la peine pour notre race ?
Sia rougit et détourna les yeux, se concentrant sur la couverture reliée du livre.
- Et bien… on dit qu'il s'est suicidé avant qu'on ne lui demande des comptes…
Il poussa le livre dans sa direction.
- Prends-le, si tu veux en savoir plus…
Elle le prit et caressa la douceur du cuir sous ses doigts.
- Je ne voulais pas m'emporter comme ça tout à l'heure…
- Je peux imaginer ton état et ce que tu as du enduré… Mais t'en prendre aux vampires sur base de l'erreur d'un seul… ce n'est pas bien raisonnable.
Elle se sentit bête de lui avoir crié dessus, elle releva la tête brusquement pour le lui dire, pour s'excuser quand elle se rendit compte qu'il s'était approché et qu'il ne se trouvait qu'à quelques centimètres d'elle.
- On est là pour t'aider, je suis là pour t'aider… » Ses yeux gris fouillaient son âme et elle se sentit défaillir lorsqu'il attrapa une mèche de ses cheveux pour jouer avec. « Alors n'hésites pas à venir me voir, me parler de ce qui te dérange… Quel que soit le problème… Je suis là. »
Elle hocha la tête, hypnotisée.
Ce n'est qu'en se dirigeant vers sa chambre un peu plus tard, les idées un peu plus claires qu'elle prit pleine conscience de ce qu'il lui avait dit sur les odeurs… L'odeur du sang. Elle se rappela la saveur de la sienne et déglutit… Elle ne pensait pas qu'on pourrait désirer quelque chose plus fort…
Fin du chapitre 7
Voilà ! Laissez moi des commentaires pour me dire ce que vous pensez de la tournure de l'histoire.
Bien sûr mon explication revisitée de l'histoire originelle est empruntée à l'œuvre de Cassandra Clare dans The mortal instruments.
Hate de vous lire ! Bisouus !
