Salut à tous !!!!! Tout d'abord, je suis vraiment désolée, même si je n'ai pas de vrai excuses. Voilà le chapitre 7 ! Je vous rappelle que cette fic est de tati 11 qui l'a déjà terminée et qui est en train d'écrire le tome 8 !!!! Ciao !!!!
Chapitre 7 : La dernière rentrée à Poudlard
Il
était près de minuit aux abords des rails de la gare de
Pré-au-lard.
Tout était silencieux, seuls quelques
hululements animaient l'air calme de cette nuit sans lune.
Pourtant, soudainement, un double craquement sonore troubla la
sérénité des lieux désertés ; deux
silhouettes revêtues de cape se matérialisèrent.
Hésitantes, ces formes oscillèrent avant d'amorcer
quelques pas vers la sortie.
« Arrêtez-vous
immédiatement ! clama une voix sévère derrière
eux. »
Les deux individus se figèrent, baguettes
brandies. Trois êtres encapuchonnés convergeaient à
leur rencontre.
« Hé ! Nous sommes du même
camp ! rit une voix que Harry identifia aussitôt.
- Remus !
s'étrangla-t-il éperdu de joie. Cela fait si
longtemps sans nouvelles. »
Deux ombres s'étreignirent
chaleureusement. Laquelle était la plus émue ?
Difficile à définir tant l'intensité des
retrouvailles vibrait entre elles. Embrassades et congratulations
s'échangèrent, puis le plus grand rompit l'union :
« Ce n'est pas raisonnable de s'attarder ici ! Nous
formons - Tonks, Dawlish et moi – votre escorte personnelle. »
Après de nouvelles accolades et poignées de main,
le petit groupe se mit en route.
Harry avait déjà
effectué ce trajet, l'an dernier. Ce souvenir n'avait rien
de joyeux ; il était même plutôt… honteux. Lui,
Harry Potter, s'être fait rosser par cet infâme Drago
Malefoy ! Sans la judicieuse intervention de Tonks, jamais on ne
l'aurait découvert ni soigné à temps. Il se
demanda vaguement pourquoi on leur avait intimé de transplaner
à cet endroit assez éloigné du château. Il
imagina que seul, un petit nombre de couloirs aériens,
permettait ce mode de transport à proximité du collège
si bien protégé par toutes sortes de maléfices
anti-intrusions.
Enfin, il les vit, ces magnifiques tourelles
élancées pointées fièrement vers la voûte
étoilée. Néanmoins, si le cœur de Harry bondit
d'allégresse, cette sensation réconfortante ne dura
guère. Qu'est-ce qui clochait ? Plus il s'approchait, plus
le jeune homme s'angoissait.
Les lumières ! Il n'en
brillait aucune aux multiples fenêtres de l'antique bâtiment.
À chaque rentrée scolaire, il avait connu un Poudlard
illuminé mieux qu'un sapin de Noël. Cette fois…
Le
parcours s'étant déroulé silencieusement,
Harry n'y tint plus :
« Pourquoi tout est-il éteint
? murmura-t-il à Lupin qui marchait à sa hauteur.
-
Ne t'inquiète pas ! Il s'agit d'une mesure…
d'économies. Le Ministère prétend que la
majorité des fonds doit servir la guerre. Demain soir, c'est
la rentrée officielle ; tout sera comme… avant. »
À
demi rassuré Harry, perdu dans le chaos de ses pensées,
poursuivit le chemin.
Les cinq sorciers arrivèrent devant
les grilles monumentales flanquées de piliers ornés
d'un sanglier ailé. Personne ne dit mot ; ils attendirent.
Bientôt, une grosse lanterne se balança dans leur
direction. Un nouvel élancement douloureux contracta la
poitrine du garçon ; suivit aussitôt une puissante
bouffée de haine ainsi qu'à chaque évocation
de Rogue, son ennemi de toujours. La raison reprit le dessus car il
était absolument impossible que ce soit ce cruel individu qui
s'avançât vers eux. Effectivement, il ne lui fallut
guère de temps pour réaliser que ce serait Hagrid leur
futur guide nocturne.
« Je suis là ! lança le
géant d'une voix essoufflée. Un peu de patience, je
dois trouver cette maudite clef ; elle a le chic pour disparaître
quand on a besoin d'elle, cette froussarde. »
Que l'on
parle d'un objet comme d'un animal vivant ne surprit pas Harry.
Il avait déjà tellement vu de bizarreries depuis son
entrée dans le monde magique ! Il s'amusa des efforts
exercés par Hagrid qui, dans la lueur du luminaire déposé
par terre, s'agitait, se secouait en se palpant divers endroits du
corps.
Tonks s'énerva légèrement :
«
Vous le faites exprès ou quoi ?
- Une seconde ! »
répliqua le géant dans une grotesque contorsion.
Les
mains croisées par derrière, sous son manteau en poils
de taupe, Hagrid grimaça, puis il les ramena devant lui avec
un cri de victoire :
« Je te tiens, petite entêtée
! »
Attentif, Harry observa les manœuvres de son ami. Il
semblait éprouver des difficultés à maintenir
droite, dans ses larges pattes gantées de cuir, une grosse
clef dorée qui se tortillait en tout sens. Fermement, il la
poussa dans la lourde serrure du cadenas. Un couinement de
protestation de la clef plus tard, le déclic se produisit ; la
chaîne se libéra. Hagrid ouvrit grand le portail
derrière lequel s'engouffrèrent rapidement les cinq
visiteurs.
Après que Hagrid eût refermé
les grilles, tous se dirigèrent vers les épaisses
portes de chêne qui ne résistèrent pas à
la poussée du géant. Harry et Hermione échangèrent
un regard où perçait un trouble identique. Cet immense
hall désert, silencieux et obscur, en aurait impressionné
plus d'un ! Même lors de leurs balades clandestines sous la
cape d'invisibilité, jamais cet endroit ne leur avait paru
aussi… sinistre.
« Venez par là, indiqua le géant
en agitant sa lanterne. La directrice aimerait partager une collation
en nos compagnies. »
Laissant la grande salle sur sa
droite, le groupe gagna l'escalier de marbres sur lequel leurs pas
résonnèrent curieusement dans la quiétude des
lieux. Ils s'engagèrent dans le couloir du 1er étage
qu'ils suivirent jusqu'au fond où se situait
habituellement le bureau de Mrs McGonagall quand elle était
professeur de métamorphose. La porte s'ouvrit d'elle-même
à leur approche ; la nouvelle directrice, très droite
dans une douillette robe de chambre à carreaux écossais,
les accueillit :
« Bonsoir Remus, ma chère Tonks et
vous aussi Dawlish. Merci de vous être dérangés
pour réceptionner ces jeunes gens. Avez-vous fait un bon
voyage, Mr Potter ainsi que vous, Miss Granger ? Nous nous excusons
de la manière un peu cavalière avec laquelle nous vous
avons imposé ce déplacement… impromptu. »
Harry et Hermione approuvèrent silencieusement en
obéissant au geste de leur hôtesse qui les invita à
s'asseoir.
Lorsque tout le monde fut installé autour de
la table de travail, débarrassée de tout document, Mrs
McGonagall proposa thé et sandwiches à la cantonade
ravie de cet encas inopiné. Elle contempla ce petit monde en
train de se restaurer puis son regard perçant s'attarda sur
Harry.
« J'ai une communication particulière à
vous faire, jeunes gens. »
Intrigués, Harry et
Hermione avalèrent leur bouchée pour boire les paroles
débitées.
« Elle concerne le plus jeune fils
Weasley. Ronald était votre ami, n'est-ce pas ? Je suis
persuadée que son sort ne vous est pas indifférent. »
Redoutant le pire, Hermione, les yeux agrandis d'angoisse se
mordit la lèvre tandis que Harry se crispait sur son siège,
la respiration suspendue.
« Mr Weasley a commis une faute
d'une gravité extrême. Son inconduite inqualifiable va
le contraindre à rater le premier trimestre de l'année
scolaire.
- Ça y est, songea Harry, attristé. Ils
l'ont envoyé à… »
Mais la tension retomba
brusquement avec l'apparition d'un bref sourire sur les lèvres
minces de la directrice.
« Dès qu'il sortira de…
Ste Mangouste, après la Noël, il nous rejoindra. »
Hermione hésita entre les pleurs et le rire :
«
À Ste Mangouste ? Ils ne l'ont envoyé qu'à
Ste Mangouste ? Vous êtes sûre ?
- Évidemment,
que j'en suis sûre, se raidit Mrs McGonagall. Je ne me
permettrais pas de plaisanter avec un tel sujet. Ronald a été
examiné par les Psycomages qui l'ont jugé victime
d'une crise de folie passagère, probablement due à un
excès de… Vous vous doutez de quoi il s'agit,
naturellement. »
Là, Harry et Hermione auraient
souhaité être recouverts de la cape d'invisibilité
pour masquer les rougeurs profuses qui colorèrent
instantanément leurs joues. Ils se contentèrent de
baisser la tête, tentant d'échapper au regard pesant
de l'assemblée.
« Ce n'est pas tout ça !
poursuivit Mrs McGonagall. Il se fait tard ;
une longue journée
nous attend avant l'arrivée de l'Express. Vous pouvez
aller vous coucher ; vos affaires sont arrivées fin
d'après-midi. Ah oui, Potter, je dois également vous
remettre ceci. »
Le garçon empocha machinalement une
petite boîte très légère emballée
de papier brun.
Puisque l'invitation à partir ne
s'adressait qu'à eux, Harry et Hermione saluèrent
les adultes, et s'éclipsèrent.
Dès
qu'ils furent suffisamment loin de la porte de la directrice, les
jeunes gens éclatèrent de joie. Harry rit aux éclats,
et Hermione dansa sur place :
« C'est merveilleux : il
échappe à Azkaban ! J'ai eu si peur !
- Moi
aussi, je l'avoue. »
Bavardant sans souci de déranger
le sommeil des personnages dont les grands tableaux décoraient
les murs, ils montèrent une seconde volée de marches.
Là, au deuxième étage, Harry marqua un temps
d'arrêt.
« Viens, Harry ; il est tard, et…
-
Il faut que j'y aille ! » cria le garçon en s'élançant
dans le couloir.
Il courut à en perdre haleine. Bientôt,
il atteignit son but : une gargouille.
Haletant, il se concentra
du mieux possible :
« Euh… Nid de cafards ! Sorbet citron
! Fizwizbiz ! »
Désespérément, il
énuméra tous les mots de passe de son répertoire,
mais la statue refusa de pivoter. Sur ces entrefaites, Hermione
arriva derrière lui. L'abattement de son ami la navra :
«
Tu ne sauras pas t'y rendre sans la formulation adéquate.
C'est le bureau de Mrs McGonagall, maintenant ; plus celui du
professeur Dumbledore, hélas. »
Contrit, le jeune
homme hocha lentement la tête. Hermione le prit gentiment par
le coude, et le guida vers l'escalier qu'ils gravirent en
silence.
Au septième étage, ils longèrent
le corridor jusqu'au portrait d'une grosse dame qui,
éternellement vêtue d'une robe de soie rose, ronflait
légèrement.
« Zut ! s'exclama Hermione.
Nous n'avons pas le mot de passe. Mrs McGonagall a omis de…
-
Vous débarquez d'où? s'informa le personnage en
soulevant une paupière alourdie de sommeil.
- Euh… Nous
venons d'arriver, et personne ne nous a dit… »
À
leur grand effarement, la grosse dame éclata de rire :
«
Bien sûr que l'on ne vous a rien dit. Vous êtes préfète
en chef, non ? Alors, c'est à vous de choisir ! »
La
bouche de Hermione s'ouvrit sans qu'aucun son n'en sorte.
«
Allez ! la secoua Harry. Invente-le !
- Je… je…
- Ce
n'est pas très original, railla le portrait hilare. Enfin,
si c'est votre dernier…
- Attendez ! Le mot de passe sera…
Ron Weasley.
- Comme vous voulez. »
Le tableau pivota
pour libérer l'accès à la salle commune des
Gryffondor.
« Incendio ! » dit immédiatement
la jeune fille pour raviver l'imposante cheminée.
La
pièce, suffisamment vaste pour une septantaine de personnes,
s'éclaira avec l'embrasement des bûches.
«
Eh bien voilà ! soupira Hermione, amère. Il ne nous
reste plus qu'à rejoindre nos dortoirs. »
Harry
fixa la cheminée puis sa compagne.
« Ça ne me
dit rien du tout de grimper là-haut, dans cette pièce
déserte et froide.
- Moi non plus. Je n'ai aucune envie
de… rester seule. »
Le garçon sourit largement ;
il désigna le grand divan qu'ensemble ils rapprochèrent
du foyer rougeoyant dans le même entrain joyeux.
Un coq
chanta. Harry Potter battit des paupières et s'attendrit en
contemplant la jeune fille endormie dans ses bras. Elle gigota un
peu, cherchant manifestement une position plus confortable sur le
divan où ils étaient allongés.
« C'est
vraiment l'heure ? murmura-t-elle d'une vois pâteuse.
-
Oui, Miss Granger ! Dépêchons-nous. La directrice voudra
certainement nous voir avant peu. »
Hermione s'étira
mieux que Pattenrond lové sur sa hanche.
« J'ai
merveilleusement dormi, Harry. Merci de m'avoir… servi
d'oreiller. »
Les jeunes gens se redressèrent en
bâillant ; chacun gagna sa salle de bains respective.
Ils
se retrouvèrent 45 minutes plus tard, dans la grande salle.
Ils n'étaient que deux à occuper la longue table
de leur maison. Cette atmosphère inaccoutumée les
mettait mal à l'aise. En tout cas, les elfes de maison
avaient redoublé de soins vis-à-vis des seuls élèves
à gâter ; un festin de confitures, brioches, cakes, et
autres mets, débordait entre les jeunes gens assis face à
face.
« Ce soir, il régnera une autre ambiance !
assura Hermione en se servant copieusement de céréales.
- Je le souhaite, soupira Harry qui tartina de marmelade d'orange
ses croissants dorés. Je me demande où est passée
notre escorte. Ils ont dormi au château, tu crois ?
-
Probablement ! La présence de Dalwish nous a empêché
de parler de l'Ordre du Phenix ; c'est dommage. »
Se
régalant, ils eurent bientôt la surprise de voir voleter
vers eux un petit avion en papier, similaire à ceux du
ministère. Sans équivoque, il était adressé
à la jeune fille auprès de laquelle il se posa en
douceur. Le dépliant, Hermione entama sa lecture, puis sourit
:
« Mrs McGonagall me convoque dans son bureau. Elle me
déconseille d'essayer ce mode de communication réservé,
exclusivement, aux professeurs ! »
Harry lui rendit son
sourire, par dessus son bol de café.
« Que vas-tu
faire pendant que je serai là-haut ?
- J'escomptais
aller aux cuisines. Dobby m'expliquera peut-être comment il a
su pour les Mangemorts.
- Profites-en pour tenter de persuader
les elfes que…
- Hermione ! Tu n'as pas encore renoncé
à la S.A.L.E ? Depuis le temps, tu devrais avoir compris
l'inutilité de tes efforts : les elfes aiment servir. Dobby
est… une exception. »
Alors
que Hermione remontait au premier étage, Harry emprunta
l'escalier descendant aux cuisines. Du bout de l'index, il
chatouilla la poire du tableau représentant une énorme
coupe de fruits. Quand elle éclata de rire, une poignée
de porte apparut ; il l'abaissa.
Pour de l'animation, il en
régnait, ici ! Partout des êtres aux grandes oreilles
couraient dans cette pièce gigantesque qui, sauf les fourneaux
et casseroles de cuivre, ressemblait à s'y méprendre
avec la salle située juste au-dessus.
Une petite elfe
vêtue d'un bout de torchon s'avança vers le jeune
homme, se courbant devant lui jusqu'à ce que son long nez
touchât le sol immaculé.
« Vous désirez,
maître ?
- Euh… Dobby est-il là ? »
La
créature redressa la nuque pour dévisager le visiteur.
« Vous devez être Harry Potter ! Le Monsieur Potter
dont Dobby parlait tout le temps ? »
Harry acquiesça
lentement, s'étonnant de l'attitude légèrement
nerveuse de l'elfe.
« C'est que… Dobby n'est plus
ici depuis… un bon moment.
- On ne l'a pas renvoyé,
j'espère ?
- Non, non ! Dobby était très
bien avec nous, il travaillait convenablement, mais… quand Winky…
Vous savez, une elfe libérée, comme lui…
- Je
sais ! Quoi, Winky, que lui est-il arrivé ?
- Elle était
très malheureuse. Elle ne s'est jamais habituée à
sa nouvelle condition et… elle s'est laissé mourir de
faim. »
Cette nouvelle attrista Harry qui se demanda
comment Hermione, elle, allait réagir en l'apprenant.
Profondément tracassé, il refusa machinalement tout les
aliments que la petite elfe lui présentait. Il amorçait
doucement une marche arrière, quand une idée germa :
«
Kreattur ! cria-t-il fermement. »
L'elfe, dont il avait
hérité à la mort de Sirius Black, s'avança
vers lui d'un pas traînant.
« Vous désirez,
Maître ? »
Aussi laid et insolent qu'avant,
Kreattur ne se prosterna pas devant Harry qui, indifférent à
cette attitude insoumise, lui dicta ses ordres :
« Retrace
Dobby ! Je veux, j'exige, tout connaître de ses agissements.
Tu n'as le droit de parler qu'à Dobby et à moi ; tu
ne peux rien écrire non plus. Va ! »
Sans un mot,
l'elfe se volatilisa.
Livré à lui-même,
Harry décida d'aller se promener hors du château.
D'abord, il visita la grande volière où il caressa
longuement sa chouette blanche.
Il devinait qu'Hedwige
s'ennuyait mais, à présent, la lâcher
l'exposerait à trop de dangers. Il la consola par des
friandises, puis changea d'orientation.
Le grand lac s'irisait
de reflets changeants sous les rayons du gai soleil qui l'accompagna
dans sa balade. Là-bas, près de la rive, une dalle de
marbre blanc l'attirait mieux qu'un aimant. S'y rendant sans
hâte, Harry revécu une fois de plus toute l'horreur de
cette nuit cruelle où son plus grand soutien lui avait été
ôté. Arrivé à proximité, Harry
ralentit l'allure, la gorge étonnamment nouée. Il
aurait tant souhaité que ce ne fût qu'un cauchemar !
Hélas, la pierre était là, symbole du tournant
magistral de son existence. Aucune larme ne franchit ses paupières,
le jeune homme raidi se surprit à sourire. Partout, autour de
la tombe, s'étalaient les hommages des visiteurs. À
croire que chaque être de la forêt interdite était
venu déposer son obole : arc de Centaure, fil d'Acromantule,
crin de Licorne, et tant de menus présents ! Le plus singulier
était certainement cette paire de chaussettes grossièrement
tricotées placée à l'abri des intempéries
; Harry estima qu'elles ne pouvaient provenir que de Hagrid.
L'émotion, néanmoins, le submergea ; il préféra
détourner ses pas.
Son errance hasardeuse le ramena droit
vers la cabane de Hagrid. Elle était bien différente
que celle dont il gardait le souvenir. Il est vrai qu'elle avait
beaucoup souffert lors de l'incendie provoqué par les
Mangemorts en déroute.
Maintenant, la maisonnette était
toute pimpante, plus aucune trace de brûlure ne transparaissait
; une aile secondaire, de belle taille, avait même été
ajoutée.
D'un poing allègre, Harry frappa
l'épaisse porte de bois. Des aboiements féroces
répondirent en retour ce qui soulagea le jeune homme. Crockdur
n'avait donc pas gardé de séquelles de ses
mésaventures. Peu après, Hagrid se présentait
sur le seuil :
« Oh, c'est toi ! Entre donc, je me
préparais un thé. Tu en veux ? »
Harry resta
un instant interdit face au géant. Hier soir, il n'avait
rien remarqué mais là, dans la clarté du jour…
Mal à l'aise, il passa devant Hagrid, puis tenta de
dissimuler son trouble par une inspection des lieux. Il y contempla
l'énorme lit habituel avec le même couvre-lit en
patchwork : le mobilier n'avait guère varié ; au
plafond pendaient toujours jambons et oiseaux morts. L'unique
différence résidait dans une seconde porte monumentale,
très intrigante.
« Vous… Vous êtes bien
installé, à présent. Une seconde pièce,
je vois ?
- Euh… Oui ! C'est plus pratique… pour... Enfin,
tu comprends, je ne pouvais pas… le laisser dans la forêt.
-
Graup est… ici ? sursauta Harry, lorgnant le panneau avec
inquiétude.
- Pour l'instant, il se promène. Il
ne rentre que pour dormir. Il s'est bien adapté, je
t'assure. »
Se rappelant l'attitude raisonnable du
demi-frère du géant lors des funérailles de
Dumbledore, Harry accepta ces dires sans trop de réticences.
Il s'assit sur l'un des vastes sièges et observa du
coin de l'œil les allées et venues de Hagrid qui
s'affairait autour du fourneau.
« Et ce bibelot de chez
Malefoy ? Vous en avez fait quoi ?
- Rien ! Rien du tout, avoua
le jeune homme. Mais… allez-vous bien, Hagrid ? Je vous trouve…
- Fatigué ? Je le suis, j'ai eu pas mal de travail pour
établir mes cours de façon à satisfaire le
ministère. »
Harry jugea la réplique trop
rapide pour être entièrement sincère. Il avait
toujours connu Hagrid vif et alerte, même après avoir
reçu des coups à terrasser un dragon de la part de
Graup. Ici… Le géant avait les traits tirés, de
larges cernes se dessinaient sous ses yeux sombres, sa peau semblait
grisâtre… Qu'est-ce qu'il couvait ? En plus, il était
maladroit ; il venait de renverser de l'eau bouillante à
côté de la théière. Heureusement, ses
gants le protégeaient des brûlures.
Le breuvage
chaud le réconfortant, Harry prit plaisir à bavarder
avec le demi-géant. Malheureusement, l'évocation
inévitable de leur cher disparu déclencha des sanglots
désespérés que Harry n'arriva pas à
contenir. Hagrid paraissait ne plus pouvoir s'arrêter. Il
avait déjà inondé le quart de la pièce
quand, enfin, il sortit son grand mouchoir à pois qu'il
emplit à grand renfort de bruits de trompette.
« Une
si belle âme… personne ne l'égalera… si bon… »
Harry dût encore subir près d'une heure de
discours sur les merveilleuses qualités du noble Albus
Dumbledore avant de pouvoir se dérober dignement.
La
matinée était bien avancée maintenant. Harry
ressentit un léger gargouillis stomacal, lui prouvant que
l'heure du déjeuner approchait. Revenant sur ses pas, il
entrevit les serres d'où il perçut des éclats
de voix inhabituels. Sa curiosité naturelle le poussant dans
cette direction, il tendit l'oreille. Pas de doute, le professeur
de botanique et l'infirmière discutaient ferme, là-dedans.
« J'en ai absolument besoin ! criait Mrs Pomfresh.
-
L'Ellébore ne pousse pas sur un coup de baguette ; quant au
suc de filet du diable, il sera bientôt prêt.
- C'est
terriblement urgent ! Faites au plus vite. »
Harry
s'éloigna, les idées à l'envers, tentant de
se rappeler les vertus associées à ces plantes.
Alors
qu'il abordait l'allée menant au château, il vit
Hermione accourir à sa rencontre.
« Je t'ai
cherché partout ! Où étais-tu ? »
Bras
dessus, bras dessous, ils rejoignirent l'antique monument sans
cesser d'échanger des confidences. Harry lui narra ses
dernières découvertes, et ce qu'il redoutait se
produisit lorsqu'il parla du décès de Winky :
Hermione fondit en larmes. D'abord Hagrid, maintenant Hermione, le
garçon se demanda qui serait la 3ème personne à
pleurer devant lui, aujourd'hui. Par bonheur, la vue de la table
bien garnie remonta le moral de la jeune fille qui attaqua
gaillardement les nombreux plats exposés à leur féroce
appétit.
« Que te voulait la directrice ?
-
Petite réunion concernant mes nouvelles attributions. »
Le jeune homme tiqua légèrement. Plus de trois
heures d'entretien pour une simple mise au point ? Par expérience,
il savait que si Hermione avait décidé de se taire,
rien ne la ferait changer d'avis.
Ils savouraient une
succession de desserts plus délicieux les uns que les autres
quand Harry, les yeux rêveusement levés sur le plafond
reflétant un ciel sans nuages, toussa copieusement.
«
Tu t'étrangles ? Attends, je peux… »
Les gestes
de dénégations eurent raison du sort que la jeune fille
allait appliquer. Elle se pencha anxieusement vers son ami :
«
Toi, tu as pensé à quelque chose ! Dis-moi, vite ! »
Harry s'épongea fébrilement les yeux en ôtant
ses lunettes. Il les chaussa et fixa sa compagne.
« J'ai
eu une idée… dingue ! Quelle heure est-il ? »
Surprise, Hermione consulta rapidement sa montre :
«
Tout juste midi, pourquoi ?
- Le Poudlard Express part toujours à
onze heures, non ? Il est donc en route…
- Tu m'inquiètes,
qu'as-tu en tête ? »
En guise de réponse,
Harry lui signifia que le déjeuner était terminé,
qu'ils devaient se hâter. Il enjamba le banc de bois, et se
rua vers la sortie, suivi de près par une Hermione affolée.
Elle le bombarda de questions tout au long de leur course dans les
étages. Harry restait sourd à ces demandes répétitives,
fonçant aussi vite que ses jambes le lui permettaient pour
atteindre la salle commune de Gryffondor. Après avoir fait
pivoter la grosse dame assez choquée de tant de précipitation,
Harry fonça vers son dortoir.
« Prends ton balai !
cria-t-il avant de disparaître dans le second escalier. »
Nouvelle cavalcade descendante. Fort heureusement, les volées
de marches ne changèrent pas de direction, ce qui aurait
contrarié leur parcours. Essoufflés, ils s'arrêtèrent
devant une statue du 2ème étage. Elle représentait
une horrible sorcière bossue et borgne.
« Tu… Tu
veux sortir ? haleta Hermione en nage. »
Harry se contenta
de glisser derrière la statue dont il tapota la protubérance
dorsale en prononçant la formule habituelle :
«
Dissendium »
Aussitôt, la bosse pivota sur le côté,
libérant un passage secret. Sans attendre, le garçon
s'y faufila. Hermione, contrariée, tapa un pied rageur avant
de suivre son ami.
Après un léger toboggan, ce fut
la traversée du sombre boyau qui débouchait dans la
cave de Honydukes, le célèbre magasin de bonbon de
Pré-au-lard. Harry déploya sur eux sa merveilleuse cape
tissée de poils de Demiguise qui les dissimula instantanément
à la vue de quiconque se trouvant dans les parages. Ils
n'éprouvèrent aucune difficulté à
traverser la boutique fermée à cette heure de repas, et
la serrure ne résista pas à l'Alohomora de Harry.
Ils s'éloignèrent des habitations pour gagner un
chemin de terre perdu dans la campagne environnante.
« Me
diras-tu enfin ce qui se passe, Harry ? Si tu ne t'expliques pas,
je rentre ! N'oublie pas que je suis préfète en chef
et, qu'à ce titre, j'ai pour devoir de…
- La rentrée
officielle est seulement pour bientôt, du moins…si elle a
lieu ! Tu te souviens de ce que Scrimgeour nous a dit dans son bureau
?
- Qu'il avançait la rentrée par mesure de
sécurité, et que…
- Imagine qu'il y ait un ou
plusieurs espions au ministère. Je suis persuadé qu'il
en traîne encore. Et, ce transplanage imprévu ? S'ils
nous croient dans le train, rien ne les empêche de l'attaquer.
Le ministre pense déjouer leur plan ; moi, j'ai des doutes.
»
Hermione battit des cils, triant les éléments
livrés par son ami. Elle se plaqua une main sur la bouche,
étouffant un « ho » de stupeur avant d'approuver
gravement :
« Cela se pourrait ! Ne devrions-nous pas
prévenir…
- Pour nous faire traiter d'illuminés
s'il ne se passe rien ? Alors, tu viens ou non ?
- Comme si
j'avais le choix ! dit la jeune fille maussade, en enfourchant son
balai. »
