Le lendemain matin, Gilda eut bien du mal à se concentrer suffisamment pour faire ses cours. Il lui semblait qu'Ombrage, assise comme à son habitude au fond de la classe, l'épiait encore plus que la veille si cela était possible. Fidèle à sa tactique, la jeune femme enseignait d'une manière qui puisse paraître acceptable à une ordure comme la grande inquisitrice, mais donnait en revanche beaucoup de travail de recherches à rendre à l'écrit, ou des exposés pour les première année.
Lorsqu'à une heure, les cinquième année Griffondor/Poufsouffle rentrèrent dans la salle de classe de manière assez bruyante, Gilda les fit ressortir aussi sec, se ranger, entrer en silence et s'assoir sur son ordre.
-Bien, dit-elle une fois que tout le monde eut pris place, bonjour à toutes et à tous, comme le directeur de l'école vous l'a expliqué, je remplacerai le professeur Binn qui a disparu. Nous allons commencer le cours dans quelques instants mais auparavant j'ai quelques petites choses à vous dire. Pour commencer, vous l'avez bien compris, je ne tolère aucun chahut dans ma classe, ensuite je vais exiger de vous un travail régulier et de qualité car je serai intraitable au niveau de la notation. Pour commencer je vais vous rendre le dernier travail que vous avait demandé le professeur Binns et qu'on m'a remis à mon arrivée. Comme il n'y avait pas de notes indiquées, c'est moi qui l'ai recorrigé, vous avez donc là un aperçu de la façon dont je note, donc de ce qui vous attend aux buses. Bien, à votre nom vous lèverez le doigt.
Elle saisit le paquet de copies sur la table et entreprit de les distribuer:
-Bones, A, l'essentiel est compris mais il faudra davantage développer à l'avenir.
Elle tendit la copie à sa jeune propriétaire et lut le second nom:
-Weasley, D, et ne vous plaignez pas car cela aurait pu être pire! Rendez-moi encore un torchon de ce genre et je vous collerai trois samedis de retenues pour pouvoir aller faire les recherches qu'il vous manque et prendre le temps de soigner votre devoir.
Le garçon roux devint encore plus rouge que le tour de son écusson, Gilda saisit une troisième copie:
-Potter A, faîtes attention car vous avez tendance à frôler le hors sujet. Smi...
-Potter est bien connu pour ce genre de chose, intervint Ombrage, pas vrai Gilda?
La jeune femme l'ignora dans un premier temps et rendit une quatrième copie:
-Shmidt, E, bon dans l'ensemble mais vous pouviez encore approfondir le commentaire de la rhétorique
-Je vous aie posé une question Gilda.
Cette fois-ci, la jeune femme se retourna:
-Professeur Ombrage je suis dans ma classe avec des élèves, aussi je vais mettre les choses au point une bonne fois pour toutes: Comme vous l'a précisé le professeur Mac-Gonnagal, vous n'avez pas à interrompre un professeur qui fait sa classe, encore moins pour lancer une boutade sans rapport avec le contenu du cours. Si vous avez quelque-chose à me dire ou un reproche à me faire cela peut attendre la fin. Et pour ce qui est des commentaires sur les copies ou les élèves, je me réserverai cette compétence au sein de ma classe. M'avez-vous comprise?
Voyant qu'Ombrage ne répondait pas, Gilda continua sa distribution sans plus y faire attention:
-Thomas, P, une très bonne réflexion mais sachez qu'un jour d'examen, votre copie ne serait sûrement pas lue. Vous allez avoir un sérieux travail de grammaire et d'orthographe à effectuer. Finnigan A, approfondissez davantage et ne baratinez pas tant dans votre introduction et conclusion, il n'y a pas forcément besoin d'en faire une page.
Elle rendit les copies au deux copains qui se regardaient avec anxiété et attrapa celle de dessous:
-Londubat E, c'est très bien mais vous avez fait deux inversions de chiffres dans vos dates: c'est 1691 et non pas 1961, il faudra être plus vigilant à l'avenir. Granger E, vous avez manqué le O car votre seconde partie était un peu bancale.
Gilda sourit devant l'air atterré de la jeune fille et rendit ses dernières copies:
-Abbot E, un travail bon dans l'ensemble mais quelques problèmes d'orthographe. Brown, T, je ne sais pas où vous étiez lorsque vous avez fait ce devoir, mais c'est un hors-sujet complet. Patil, A, et c'est tout juste, je ne pense pas que vous vous soyez beaucoup donné de mal. Mac-Millan, O, rien à dire, c'est parfait et vous avez une excellente rédaction.
Alors qu'elle retournait à son bureau pour commencer le chapitre de la géopolitique sorcière, Ombrage l'arrêta.
-Dîtes-moi professeur Marty, dit-elle de sa voix haut-perché, je sais que vous n'aimez guère les interruptions, mais était-il vraiment nécessaire de perdre tout ce temps?
Gilda se retourna, parfaitement décontractée:
-Professeur Ombrage, répondit-elle d'une voix douce, c'est un problème que je me suis posé toute la soirée d'hier jusqu'à ce que je relise pour la troisième fois votre circulaire, où vous disiez sans ambiguïté que l'élève est guidé par les notes et les appréciations concernant son travail. Or cette classe n'a pas eu une seule note depuis le début de l'année, et aucun des devoirs présents dans le casier du professeur Binn n'a été rendu ni même corrigé. J'avais juste quelques zéro pour travaux non-effectués. En conséquence oui, et je pense que vous serez entièrement d'accord avec moi, je pense qu'il était nécessaire de prendre du temps pour que ces jeunes gens puissent se faire une idée de leur niveau avant les Buses.
Et elle rajouta pour elle-même: « Tiens, voyons un peu ce que tu peux répondre à ça! ».
Ombrage de son côté semblait avoir avalé du citron, et Gilda se doutait bien que sa vengeance allait s'exercer d'une manière ou d'une autre. Toutefois pour l'instant il ne servait à rien de s'en soucier, elle entama un nouveau chapitre.
Granger leva le doigt dès le début:
-Oui? demanda Gilda.
-Professeur, demanda la jeune fille, le professeur Binns avait entamé le cours sur les sorciers amérindiens, pourquoi ne le continuons-nous pas?
-Parce-que, répondit Gilda, le programme a changé entre temps et que vous étudierez cela l'année prochaine. Maintenant si vous êtes restée sur votre faim, rien ne vous empêche de mener vous-même des recherches. Si vous me rendez un travail sur le sujet je vous le corrigerai sans problème. Maintenant revenons à la géopolitique...
Lorsque la fin du cours sonna, la jeune femme fit noter les devoirs, Ombrage s'éclipsa très vite et lorsque les élèves sortirent, elle n'était visible nulle part.
Sans savoir pourquoi, Gilda eut un mauvais pressentiment, elle rangea ses affaires en vitesse et se dirigea vers son appartement pour les poser et se faire un café. Ensuite il lui faudrait aller chercher les enfants à Pré-au-Lard.
Elle emprunta le couloir sinueux qui permettait de monter au troisième étage par un escalier dérobé et croisa deux élèves de Serdaigle âgés de quatorze à quinze ans qui la saluèrent avec courtoisie, puis un garçon de Serpentard et un de Poufsouffle. Cette partie là du château semblait peu fréquentée. Gilda frissonna en passant devant un tableau représentant une chasse au sanglier plus vraie que nature, avec au bas un chien qui gémissait alors que ses entrailles se répandaient au sol.
Il faudrait qu'elle prenne garde à ce que Sebastian ne prenne pas ce chemin, fort heureusement il ne faisait pas partie de l'itinéraire habituel pour aller dans le château. Gilda l'avait simplement emprunté par curiosité.
Lorsqu'elle ressortit de son appartement un quart d'heure plus tard, les couloirs commençaient à se remplir des élèves en récréation. Il était quatre heure.
Gilda sortit dans la cour, puis emprunta l'allée qui permettait de sortir de château et de se rendre à Pré-au-Lard. Ses habits de moldue lui attirèrent le regard de nombreux élèves mais elle n'y prit pas garde et continua sa route.
Moon se jeta dans ses bras dés le moment où elle passa le seuil de la crèche, et Gilda eut toutes les peines du monde à lui faire dire au-revoir poliment. Le message était clair: « je ne veux pas retourner ici ».
La jeune femme soupira et se dirigea vers l'école primaire pour aller chercher Sebastian qui se montra plus poli que sa petite sœur et salua la maîtresse, une femme corpulente et un peu sévère, d'un geste de la main et d'un sourire.
-Ta journée s'est bien passée canard?
L'enfant hocha la tête et, tandis que Gilda s'arrêtait à la boulangerie du coin pour acheter trois croissants, il sortit plusieurs feuilles avec les leçons qu'ils avaient faites dans la journée. Calcul, grammaire, lecture et poésie. L'ensemble était soigné et la maîtresse avait donné la liste du matériel pour l'année.
Aussi, Gilda choisit d'aller l'acheter de suite car il était encore tôt et une navette lui permettait de se rendre dans la ville la plus proche et d'être au château pour le repas.
Alors qu'ils venaient tous les trois de s'assoir dans le bus, Moon se dressa debout sur les genoux de sa mère et montra du doigt quelque-chose à côté du bus:
-Mama égarde! é encore mamy barbie!
Gilda se retourna alarmée, et aperçut Ombrage qui se tenait non-loin de l'arrêt de bus et les observait minutieusement.
-Moon, murmura t-elle à sa fille en lui attrapant les deux mains, je t'ai déjà dis plusieurs fois d'arrêter de dire ça! Ce n'est pas la grand-mère de barbie, c'est une dame qui travaille avec moi et qui n'est pas gentille. Si tu recommences encore une fois je te mets au coin!
La fillette lui lança un regard surpris et se renfrogna, Gilda la rassit à sa place et la regarda lui tourner le dos de manière ostentatoire. Ombrage de son côté s'était volatilisée.
Restait tout de même la question: Pourquoi l'avait-elle suivie?
