Providence
Chapitre 6 : Tohu-bohu
A écouter pendant la lecture : Charlie Winston - I Love Your Smile http://www point deezer point com/listen-2750751
Ils sortirent de la chambre et Jack passa son bras autour des épaules de Ianto. Celui-ci se laissait faire, ravi des attentions du Capitaine et complètement perdu dans ce tohu-bohu qu'était le Galactica. Cela lui rappelait son arrivée à Londres, la découverte des rues bondées, du métro et de la foule qui s'y pressait. Jack le guida jusqu'à une immense pièce centrale où se trouvaient le plus grand système d'escalator qu'il n'ait jamais vu.
« On va à quel étage ? »
« Au 30ième. »
« Mais combien il y a d'étages ?? »
« Cinquante je crois, mais je ne les ai pas tous explorés » répondit Jack amusé.« Comment te sens tu ? » finit par s'inquiéter Jack en ignorant le regard médusé de Ianto.
« Bien, bien … »
Jack le serra un peu plus fort tout en lui offrant un grand sourire censé le rassurer. Ianto n'osait pas lui avouer qu'il ne se sentait pas en sécurité malgré sa présence. D'abord John qui le ramenait à la vie sans rien demander en retour, cet homme providentiel qui lui permettait de retrouver Jack et qui ne le lâchait pas … il était peut être paranoïaque mais il se posait des questions. Il se doutait bien que Jack voyait clair dans son jeu et qu'il ne le trompait pas malgré l'air détendu qu'il essayait de se donner.
« Comment est le capitaine du Galactica ? » interrogea Ianto.
« Belliqueux. Pourquoi ? »
« Parce que Kate en a parlé. »
« Qui est Kate ? »
« La doctoresse qui m'a ramené à la vie avec John. »
« C'est maintenant seulement que tu m'en parles ? » s'offusqua Jack.
« Pas eu le temps avant … Est-ce que tu la connais ? »
« Non. »
« Je pense que c'est une changeante, j'en ai déjà vu à … Londres » les derniers mots s'étaient étranglés dans sa gorge. Il avait failli citer Torchwood 1 et il n'en avait pas envie. Il lui en avait déjà reparlé, c'était suffisant. Il savait à quel point il avait haït Yvonne et à quel point il s'en était voulu de ne pas avoir réussi à éviter la catastrophe qu'il avait pourtant pressentie.
Il continua :
« Elle est capable de changer son apparence, je pense qu'elle doit ressembler plus à un chat qu'à la belle doctoresse que j'ai vu, mais ce n'est qu'une hypothèse, en fait je ne sais pas à quoi elle ressemble au naturel. »
« Je vois … c'est une race très agressive, il faut être prudent avec eux. Mais je ne suis pas inquiet » ajouta Jack quelques minutes après.
« Je n'ai pas dit que j'étais inquiet … »
« Tu n'as pas besoin, je crois que je te connais bien. Il n'y a pas de complot derrière tout cela. »« Je le sais bien » répondit-il sur un air faussement détaché.
Malgré tout le sourire de Jack lui réchauffa le cœur.
Un immense escalator les emmena à l'étage désiré et Jack le conduisit jusqu'aux portes d'un restaurant un peu particulier. Dés qu'ils y pénétrèrent, Ianto comprit son choix. Ils se trouvaient dans l'antichambre du restaurant d'où ils pouvaient entendre très clairement des cuivres. . Celui-ci ne mit pas longtemps à identifier deux trompettes, un trombone et un cor.
« C'est un quatuor de cuivres, n'est-ce pas ? »
Jack le regardait en souriant ravi de l'effet qu'il avait réussi à produire sur Ianto.
« Tu as le menu ici » lui dit Jack en désignant une pancarte, « on choisit ses plats avant d'entrer dans la salle. »
Jack le laissa pour s'adresser au maître d'hôtel dans une langue que Ianto ne comprit pas. Il se concentra alors sur la pancarte qui s'effaça sous ses yeux pour se re-matérialiser dans sa langue. Malgré cette adaptation tout à fait impressionnante, Ianto ne reconnut aucun nom de plat ou de café, à son grand désespoir.
« Nous aurons une table bien placée » annonça Jack-il en revenant vers lui.
Ianto étudiait toujours le menu.
« Cela n'a pas été facile, c'est bondé » ajouta-t-il.
« Oh » dit Ianto en levant un sourcil. Jack aurait aimé un peu plus de considération, mais comme toujours il ne se laissait pas facilement impressionner ou plutôt il ne le montrait pas. Jack devait toujours lui arracher les compliments, ce qu'il faisait bien volontiers.
« Est-ce que tu as choisi ? »
Ianto le considéra un instant avant de lui demander :
« Tu parles combien de langues ? »
« Toutes et aucune. »
Ianto leva les yeux au ciel, il n'avait pas tellement changé finalement.
Jack se délectait des mimiques de Ianto depuis qu'ils avaient quitté sa cabine, c'était dans ces moments qu'il se rendait compte de son jeune âge et de la chance qu'il avait d'avoir un homme aussi sexy à ses côtés.
« J'ai voyagé dans le Tardis et depuis mon langage s'adapte aux lieux et aux époques, naturellement*. »
Ianto hocha la tête comme si cela était tout à fait normal et logique.
« Je n'y comprends rien alors je prends la même chose que toi. Est-ce qu'ils ont du café ? »
« Oui, mais ne t'attend pas à ton espresso noir, c'est différent … »
« Alors ce n'est pas la peine. »
S'il y avait bien un domaine où Ianto était étroit d'esprit c'était le café.
« Il est épicé, ce n'est pas si mal, tu devrais essayer Ianto » lui dit le capitaine quasiment sur le ton du reproche.
« Épicé ! Quelle idée … »
Devant la mine renfrognée du Capitaine, il ajouta :
« Tu t'es mis au café épicé ? »
Question piège bien entendu, Jack en attendait une autre au sujet d'Alonso mais pour le moment Ianto n'avait rien demandé.
« Je n'aurais pas supporté de boire un autre café que le tien » le sourire de Ianto l'encouragea, « mais celui-ci est différent, alors oui je me suis mis au café épicé. Je pense qu'il y a la même quantité de caféine et tu sais à quel point j'ai besoin de ma dose quotidienne. »
« Oh, oui je sais … » murmura Ianto en l'embrassant tendrement.
Jack se dit que la question piège numéro un était écartée, c'était certes la plus facile mais ce qui était fait n'était plus à faire.
« Dépêchons-nous ou nous allons perdre notre place. »
Le Capitaine indiqua leur choix au maître d'hôtel et ils pénétrèrent enfin dans la salle du restaurant. Inconsciemment Ianto retint son souffle, c'était magnifique. Ils pénétrèrent par le haut de la salle qui ressemblait à un amphithéâtre grec, l'acoustique y était parfaite. Tout autour de la scène centrale, la richesse des décorations baroques contrastait avec le noir de l'univers visible à travers d'immenses baies. Sur la scène quatre virtuoses jouaient des instruments à peine modifiés par rapport aux instruments terriens. Ianto réprima un sourire, après le rouge le bleu, les artistes étaient bleus de la tête aux pieds avec de petits piquants sur la tête. Ce vaisseau était décidemment très coloré, il s'y habituerait probablement, mais pour le moment c'était un régal pour les yeux. Rapidement il se rendit compte que la pièce était également un régal pour son odorat qui lui rappelait douloureusement sa faim.
Un serveur lui aussi à la peau bleue les conduisit à une table effectivement très près de la scène où ils pourraient à loisir observer les musiciens. Ianto avait une prédilection pour les cuivres, Jack l'avait découvert en parcourant les playlists de son ipod. Après plusieurs semaines d'écoute répétées il s'était mis à aimer cela lui aussi. Il avait alors découvert ce restaurant et tout en mangeant seul il avait rêvé y amener Ianto. Son rêve maintenant réalité, semblait toujours surréel à Jack. Ce fut un repas silencieux mais grandiose tant par les mets, tous excellents, que par la musique qui emplissait la salle. Ils quittèrent le restaurant, les sens rassasiés, le café épicé de Ianto intact sur la table.
Ianto s'endormit rapidement épuisé physiquement et mentalement. Une fois endormi, Jack le laissa pour admirer l'espace comme il aimait le faire. Il ne pouvait pas dormir il était beaucoup trop bouleversé par les dernières heures qu'il venait de vivre. Heureux mais éprouvé, il plongea son regard dans le vide sidéral, cherchant dans cette vision l'apaisement nécessaire pour trouver le sommeil.
Il entendit Ianto gémir dans son sommeil, manifestement un cauchemar. Il lui faudrait probablement du temps pour ne plus en faire, il savait qu'il en avait fait beaucoup après la bataille de Canary Warf et la mort de Lisa. Il ne lui avait jamais donné l'opportunité de l'aider à cette époque, il s'échappait toujours après leurs ébats pour rejoindre son appartement. Il ne le voyait que le lendemain, très tôt quand il lui amenait son café assorti d'un « monsieur » qui avait le don d'électriser Jack. Il devait alors réprimer l'envie de le plaquer violement contre le mur pour l'embrasser. Au lieu de cela il prenait son précieux nectar et y trempait immédiatement les lèvres pour prouver à Ianto combien il comptait pour lui, quitte à se brûler. Il lui avait avoué ses cauchemars du bout des lèvres, sans demander d'aide comme souvent. Il avait géré seul son stress post-traumatique, têtu et obstiné, c'est grâce à sa force de caractère qu'il s'en était si bien sorti. La vie ne surprenait plus guère Jack, en revanche tout ce qui sortait de l'ordinaire l'intéressait au plus haut point, surtout quand cela concernait un gallois torturé et cachottier. Voilà ce qu'avait été Ianto au départ : un bon parti assorti d'un objet de curiosité. Mais en général, Jack se lassait vite, la surprise passait. Pour Ianto, il n'avait jamais perdu l'intérêt qu'il avait su susciter en lui. Il avait mis du temps à réaliser qu'il était amoureux … lui ! Un comble.
Jack lui caressa les cheveux pour essayer de l'apaiser mais rien n'y faisait, il s'agitait de plus en plus. Après de longues minutes de lutte contre ses démons, il se réveilla en sueur, les yeux hagards. Jack s'assit sur le lit et Ianto vint se caler dans les bras que Jack lui offrait. Il était torse nu et Jack caressa son dos perdu dans ses pensées, cherchant à le calmer. Sans le vouloir ses doigts s'attardèrent sur de fines cicatrices très légèrement en relief. Ianto leva ses yeux, Jack était la seule personne à qui il avait avoué les mauvais traitements de son père et il avait mis du temps avant de lui dire.
« Pardon, je ne voulais pas … »
Ianto l'embrassa pour le faire taire. Jack se maudit intérieurement, ce n'était pas le moment de lui rappeler de mauvais souvenirs.
« Est-ce que tu as envie de retourner sur Terre ? » interrogea Jack.
« Non et toi ? »
Jack sourit, lui non plus. Il n'avait pas envie de replonger dans son ancienne vie, en tout cas pas aussi vite. Il était ravi que Ianto soit sur la même longueur d'onde. Et puis il y avait Alonso. Le Docteur lui avait confié, il ne comptait pas l'abandonner ainsi. Mais il devait l'annoncer à Ianto ... il savait parfaitement qu'il ne dirait rien et se plierait à sa volonté mais il ne voulait pas le blesser. Il l'était déjà suffisamment.
Il sentait Ianto toujours nerveux, apparemment il n'arrivait pas à se rendormir malgré la fatigue.
« Est-ce que tu as repensé longtemps à ta première mort ? » finit-il par demander.
« Oui Ianto. Tu vas y penser souvent. »« Ma dernière pensée a été pour toi. »Jack le serra un peu plus fort.
« Quand je m'endors je pense au froid qui envahissait mon corps, à mon cœur que je sentais ralentir inexorablement, à l'air qui me manquait. »
« Je sais, il te faut apprendre à vivre avec. Est-ce que tu veux un somnifère ? »
« Non. Je sais que ça va passer et puis je t'ai toi. »
Devant les yeux agrandis de son Capitaine, il se reprit :
« Tu as un effet apaisant pas soporifique ! Pas avec tes fichues phéromones. »
« Je crois que tu es la personne la plus sensible à mes phéromones que j'ai rencontrée. »« Jack, qu'est-ce qu'on va faire ? »
« J'ai envie de t'amener chez moi, à la Péninsule de Boeshane. »
Ce nom faisait rêver Ianto qui finalement s'endormit dans les bras de Jack, du sommeil du juste, sans mauvais rêve.
* Jack comprend toutes les langues grâce aux propriétés du Tardis qui se sont durablement imprégnées en lui.
« Coming here, gave me meaning again, Part1 », Chapitre 8
« Coming here, gave me meaning again, Part2 », Chapitre 15
