Chapitre 7
Appartement de Charles et Erik, New York – 28 juillet 2008
Emma se disait que ce n'était pas très professionnel d'être chez un patient pour fêter son anniversaire. Mais après tout, elle avait été invitée par Charles qui, pour argument, avait dit que Lehnsherr n'avait pas beaucoup d'amis et qu'il voulait lui organiser une petite fête avec des gens qui il était à l'aise.
Emma s'était donc attendu à ce qu'il y ait peu de monde, mais de là à n'y avoir que quatre personnes, c'était plutôt surprenant. Mis à part Lehnsherr et Charles, il n'y avait qu'un autre homme qui s'appelait Logan. Apparemment, il était le patron du garage où Lehnsherr faisait son apprentissage.
La simplicité de cette petite fête était rafraichissante pour Emma qui avait l'habitude des restaurants gastronomiques et classieux. La dernière fois qu'elle avait mangé de la pizza avec les mains en buvant une bière remontait sans doute à ses années de faculté. Et pourtant, elle se sentit à l'aise car elle n'était pas étrangère aux environnements masculins. Elle avait toujours eu plus d'amis que d'amies après tout…
C'était sans doute la première fois depuis son récent divorce avec le richissime Sebastian Shaw qu'Emma s'amusait autant. Elle en oublia presque que Lehnsherr, enfin Erik maintenant, était son patient. Elle ne le regardait pas avec des yeux de médecins mais d'amie qui voyait de la joie dans son regard. Erik souriait même si par moment il avait de légers tics nerveux qu'Emma avait l'habitude de voir chez des gens stressés.
- On dit souvent que les psy sont encore plus barrés que les patients, lâcha Logan à un moment.
Emma ne put s'empêcher de rire. Logan était quelqu'un d'assez bourru qui ne mâchait pas ses mots et elle devait avouer qu'elle appréciait cela. Après cinq ans de mariage avec un avocat véreux doué pour les mots, un peu d'honnêteté simple faisait du bien à entendre.
- On dit que les mécaniciens ont toujours les mains sales et sentent l'huile de vidange, répliqua-t-elle.
- Ça c'est juste Logan, intervint Erik.
- Ouais, moi je ne passe pas mon temps à me laver mains, râla Logan.
- Ça s'appelle l'hygiène, se moqua Charles.
- Va te faire foutre Charles !
- Pas tout de suite, on a des invités quand même !
- Ferme-la Shark ou je te juste qu'à partir de demain je te fais laver les voitures.
- C'est déjà ce qui est prévu, fit remarquer Erik. Pour la collecte de l'association des vétérans, tu te souviens ?
- Ah c'est demain ? râla Logan. Merde j'ai donné un jour de congé à Kurt. L'enflure il le savait et c'est pour ça qu'il m'a demandé de prendre sa journée !
- Si tu prenais la peine d'écrire dans ton agenda…
- Oh ça va ! Tu veux devenir ma secrétaire aussi ?
- Je serai augmenté ?
- Rêve pas…
XxXxX
Garage de Logan, New York – 29 juillet 2008
- 100 dollars, confirma Charles après avoir recompté l'argent accumulé dans la boite.
- On ne peut pas dire que ce soit une grande réussite, commenta Erik.
- Si tu n'avais râlé à chaque fois que tu voyais une voiture sale, peut-être les clients auraient donné plus, répliqua Logan.
- Il y a de quoi ! Ces radins attendent que ce soient des associations qui fassent le nettoyage parce qu'ils peuvent donner ce qu'ils veulent, c'est-à-dire deux ou trois dollars ! Trois dollars ! C'est ce que valent les militaires blessés pour les intérêts de notre pays ?
- Erik, tu prends trop les choses à cœur, souffla Charles en lançant un regard inquiet vers Logan.
- Non je ne crois pas. Ce que les gens ne comprennent pas, ce que nous ne parvenons pas tous à reprendre une vie normale et que cet argent sert à aider ceux qui ne pourront pas retravailler et qui ne touchent pas assez d'allocations de l'État, poursuit Erik.
- Écoute gamin, ça fait des années que je fais ça. Les actions comme celle d'aujourd'hui, on compte pas là-dessus pour récolter des grosses sommes mais pour se faire connaître. Je m'y connais pas en trésorerie mais on a des généreux donateurs qui font vivre notre assoc', expliqua Logan.
Erik soupira et but une gorgée de bière, le regard tourné vers les néons des panneaux publicitaires.
- Erik…
L'interpellé se tourna, surpris. Logan ne l'appelait jamais par son prénom. C'était soit Shark, soit gamin mais jamais Erik. Et l'air sérieux qu'il arborait était interpellant.
- Erik, poursuit-il. Tu n'es plus un militaire. Tu dois prendre plus de recul sinon tout ça continuera de te bouffer. Tu es un civil aujourd'hui, ta vie est devant et pas derrière ! Regarde-toi, tu as un compagnon, des enfants biologiques que tu apprends à connaître… Décolle ton cul du passé, tu as une vie !
XxXxX
Cabinet d'Emma Frost, New York – 12 août 2008
- Je pense que Logan a raison. C'est pourtant ce que Charles essaie de me faire comprendre depuis des mois…
- Les choses paraissent évidentes une fois qu'on a mis de doigt dessus mais avant c'est toujours flou. C'est très encourageant que vous acceptiez cette idée. Est-ce que cela vous soulage ?
- Oui et non. Je me rends compte du temps perdu à me renfermer sur moi-même et à m'apitoyer… Je me sens coupable de cela, avoua Erik.
- Vous êtes en dépression. Ce par quoi vous êtes passé est quelque chose de très normal qui ne doit pas vous faire honte. J'espère que vous avez conscience des progrès que vous avez faits !
XxXxX
Appartement de Charles et Erik, New York – 16 août 2008
- J'ai cru qu'ils ne partiraient jamais, soupira Erik une fois la porte close.
- Erik ! reprocha gentiment Charles. Ce sont tes enfants…
- Je ne sais pas de qui Peter tient toute cette énergie !
- Pas de toi, c'est certain ! répliqua le plus jeune dans un rire à peine contenu.
- C'est un reproche ? s'indigna Erik.
- Non, pas du tout. Je ne crois pas que je pourrais supporter de vivre avec quelqu'un de plus bavard que moi. Et là je suis battu à plate couture par Peter.
Erik sourit légèrement en repensant au repas et à Peter qui l'avait animé sans relâche sous le regard blasé de Wanda, bien trop discrète pour apprécier les excentricités de son frère.
- Je suis quand même content qu'ils soient partis. Je n'arrive pas à être totalement à l'aise avec eux, avoua Erik.
- Ça viendra, assura Charles en faisant avancer son fauteuil jusqu'au salon.
- Tu as l'air préoccupé.
Charles esquissa un faible sourire, conscient qu'Erik devenait de plus en plus attentif. C'était une très belle preuve de son évolution mais en même temps, cela mettait Charles mal à l'aise car il devait à son tour apprendre à s'ouvrir à son compagnon.
- Hier, à l'université, on m'a proposé de participer à un essai clinique pour un rétablissement presque complet de la paraplégie. Pour faire simple, il s'agit de prélever des cellules et de les transplanter pour permettre aux fibres nerveuses sectionnées de se reconstituer, (1) expliqua Charles d'un air songeur.
- Ça semble être une grande avancée dans le domaine de la science, répondit Erik d'un ton neutre.
- Il y aurait environ 40% de chance que ça fonctionne, et 60% que ma motricité soit améliorée.
- C'est un choix qui n'appartient qu'à toi seul, commenta le plus vieux en s'agenouillant devant son compagnon.
- J'ai refusé. J'ai été égoïste car je n'ai pensé qu'à moi quand j'ai pris cette décision. Mais je ne veux pas être traité comme un objet cassé qu'on cherche à rafistoler au mieux. Ma paraplégie, c'est ce que je suis maintenant, je ne veux pas changer. Je sais que ce n'est pas facile tous les jours mais je suis bien comme ça et je préfère l'homme que je suis aujourd'hui à celui que j'étais hier.
- Alors tu as fait le bon choix, affirma Erik en saisissant ses mains pour y déposer un baiser. Comme tu as dit un jour, nul besoin d'être debout pour être un homme fort, et tu le prouves chaque jour.
- Merci…
- Ça fera bientôt un an que nous sommes ensemble, commenta Erik après un instant de silence.
- J'espère que tu ne prévois pas de me demander en mariage parce tu connais déjà ma réponse, plaisanta Charles.
- Moi qui avais prévu un voyage romantique dans le Massachusetts (2)…
- Le mot romantique ne sonne vraiment pas bien venant de ta bouche Erik, taquina le plus jeune.
- Plus sérieusement, j'ai vraiment pensé à un voyage.
- Ah ? s'étonna Charles, impressionné par le ton sérieux d'Erik qui sortait quelque chose de sa poche.
Il fronça les sourcils en voyant son compagnon étendre sur la table une carte des États-Unis.
- Los Angeles, fit-il en voyant un gros point rouge dessiné au marqueur.
- Oui, j'aimerais que nous allions à Los Angeles mais en voiture.
- Euh tu as conscience qu'il y en a au moins pour deux jours de route ?
- Plus que ça puisque nous prendrions le temps de s'arrêter et de visiter les villes qui nous intéressent ! Et nous ferions le retour en avion ! Logan a visité le Canada de cette façon et je trouve que ça serait une très bonne idée !
Charles sourit non pas parce qu'il était séduit par la proposition d'Erik (car il n'aimait pas spécialement les voyages en voiture) mais parce que son enthousiasme était contagieux. Il continua à parler avec une réelle passion dans sa voix, pointant du doigt sur la carte les arrêts possibles tout en rappelant les détails techniques pour assurer un confort optimal pour Charles. Alors ce dernier n'eut pas le cœur à refuser d'autant plus qu'il était en vacances jusqu'à la reprise de l'année universitaire. Et le sourire ravi que lui offrit Erik en retour fut la plus belle des récompenses.
XxXxX
Appartement de Charles et Erik, New York – 18 août 2008
- Erik, arête de bouder ! sourit Charles avec indulgence.
- Tu ne diras pas ça quand tu auras passé des heures en voiture avec Peter, bougonna Erik.
- Les jumeaux ne nous accompagnent que jusqu'à Washington et après ils retrouvent leurs grands-parents, rappela le plus jeune.
- Ça correspond à quatre heures de route, plus la nuit qu'on passera à Baltimore. Je n'ai jamais passé plus de deux heures avec eux…
- Ne t'inquiète pas, ce ne sont pas des bébés…
- Ils sont ados, c'est encore pire ! Il faut toujours garder un œil sur eux !
- Tu exagères ! Peter est hyperactif mais pas ce n'est pas un caïd et il n'y a pas plus calme que Wanda !
- De toute façon c'est déjà décidé…
- Je te rappelle que c'est toi qui as dit oui à Magda…
- Tu voulais que je lui dise quoi ? Je passe par Washington mais non je ne déposerai pas les gosses. Je ne suis pas con à ce point !
- Alors pourquoi tu râles ?
Erik haussa les épaules et Charles se mit à rire avant de tourner sérieusement son ordinateur portable vers Erik.
- Ils proposent des voitures hybrides que je pourrais moi aussi conduire. Un simple bouton et plus besoin de pédales pour accélérer et freiner. Et la boite de vitesse est manuelle, même pour toi ça sera plus confortable pour un si long trajet, expliqua Charles en faisant défiler la page internet.
- Tu as envie de conduire ? s'étonna Erik.
- Le principe d'un road trip c'est aussi de pouvoir se relayer au volant pour parcourir le maximum de kilomètres pour ne pas perdre de temps sur la route et en passer plus à visiter, tu ne crois pas ?
- Pas faux, concéda Erik en regardant plus attentivement les descriptifs des voitures.
XxXxX
Quelque part entre New York et Philadelphie – 20 août 2008
- Peter, tu pourrais pas te taire genre dix minutes? Lâcha Wanda d'un air blasé en retirant un de ses écouteurs. J'ai mis le volume à fond et je t'entends quand même !
- Nous sommes bientôt arrivés Wanda, informa Charles en jetant un coup d'œil sur le GPS.
- Super ! s'exclama Peter. J'ai vraiment hâte de visiter Philadelphie, il y a plein de trucs à voir…
Et l'adolescent énuméra énergiquement les lieux touristiques. Erik ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel, Wanda de plaquer ses mains sur les oreilles. Seul Charles faisait un effort pour discuter avec Peter mais n'arrivait pas à en placer une.
Et le jeune homme se montra intenable quand ils arrivèrent au Philadelphia Museum of Art, premier lieu de visite.
- Saviez-vous qu'il y a exactement soixante-douze marches ? C'est là que Rocky termine son entraînement dans le film ! Regardez là-bas, il y a sa statue !
- Charles et moi allons chercher l'entrée accessible pour fauteuil, on se rejoint à l'entrée du musée, décida Erik.
Il n'était pas certain que Peter ait écouté – il s'était déjà élancé sur les marches – mais Wanda acquiesça silencieusement. Erik songea alors que ces deux jours allaient être bien longs…
XxXxX
Quelque part entre Washington et Atlanta – 23 août 2008
- C'est si calme, soupira Erik alors qu'il conduisait depuis plus de trois heures sur les neuf qu'il fallait pour atteindre Atlanta.
- Je dois admettre que c'est reposant, répondit Charles en basculant la tête pour regarder Erik.
Dans un geste à peine subtile, il posa sa main sur la cuisse d'Erik et remonta jusqu'à son entrejambe.
- A quoi joues-tu ? dit Erik en esquissant un léger sourire.
- Je m'ennuie…
- Prends un livre…
- Tu sais très bien que ça me rend malade de lire en voiture, bouda Charles.
- C'est pour ça que j'ai mis des audio books dans ton iPod, informa Erik.
- Que c'est attentionné de ta part, minauda le plus jeune en jouant avec sa ceinture.
Erik recouvrit la main de Charles par la sienne et capitula :
- Tu as gagné, on s'arrête au prochain motel. De toute façon il est bientôt l'heure de dîner…
oOo
- C'est tellement mieux qu'une chambre quadruple, souffla Charles contre l'épaule d'Erik.
- Et que Peter parlant même pendant son sommeil, ponctua Erik.
- J'ai faim…
- Ne bouge pas, je dois avoir quelques encas dans le sac, dit le plus vieux en se redressant.
Mais Charles utilisa la puissance de ses bras pour ramener Erik à lui.
- Je ne parle pas de nourriture…
oOo
- Ce n'est pas un peu tard pour ça ? demanda Erik en voyant Charles occupé à lire un rapport scientifique.
- Jamais trop tard pour la médecine, statua Charles. Mais si la lumière te gêne…
- Pas de soucis. De quoi ça parle ?
- Un chercheur m'a demandé de relire le projet auquel j'ai refusé de participé…
- Celui visant à réparer la moelle épinière ?
- Oui. Il veut me convaincre de revenir sur ma décision car selon lui, je suis le candidat idéal. Je suis en bonne santé générale et ma lésion est assez propre.
- Tu sembles hésiter, remarqua Erik.
- D'un point de vue objectif, pour la science, ce serait une bonne chose. Mais c'est effrayant…
- Est-ce que ça peut empirer ton état ?
- Bien sûr que non, j'ai une paraplégie quasi-complète, rappela le plus jeune.
- Alors tu n'as pas grand-chose à y perdre. Cela dit, je n'aime pas l'idée que tu subisses une expérimentation, sois hospitalisé des semaines, voire des mois…
- Tu ferais quoi à ma place ? demanda Charles.
- Je réfléchirais encore et prendrais la décision qui me semble la mieux. Et quoi que tu choisisses, je resterai à tes côtés…
XxXxX
Quelque part entre Dallas et Phoenix – 25 août 2008
C'était le plus long trajet de leur voyage. Quinze heures de route et très peu de haltes car Erik et Charles s'étaient rendus compte du retard pris dans leur Road Trip. Le vol retour de Los Angeles à New York étant prévu le 29 août, ils avaient décidé de sauter certaines villes et de rouler jusqu'à Phoenix.
- Charles, n'hésite pas à me dire quand tu veux que je prenne le volant, dit une nouvelle fois Erik.
- Pour l'instant ça va.
- Ça fait cinq heures qu'on s'est pas arrêté, fit remarquer le plus vieux.
- On le fera pour remettre de l'essence. Je pense qu'on peut rouler encore une heure, dit Charles.
En réalité, Charles n'aurait jamais cru qu'il apprécierait autant conduire. Avant son accident, ce n'était pas quelque chose qu'il aimait plus que cela mais là, il éprouvait un sentiment de liberté et d'autonomie indescriptible. Les autres conducteurs qu'ils croisaient ne pouvaient pas savoir qu'il était paraplégique, il n'était qu'un homme conduisant comme n'importe quel autre. Alors pour rien au monde il ne cèderait le volant à Erik avant d'être réellement fatigué.
XxXxX
Dans un Hôtel de Phoenix – 27 août 2008
- D'un côté, si j'accepte l'essai clinique, ça serait comme une contribution pour la science. En tant que médecin, je comprends les enjeux et la nécessité d'avoir des volontaires… Mais d'un autre côté, en tant que patient, je n'ai pas envie de repasser sur la table d'opération pour quelque chose qui ne fonctionnera pas forcément…
Erik observa son compagnon qui avait les sourcils froncés par la concentration. Il relisait presque tous les soirs le dossier laissé par son collègue et tombait toujours d'accord sur le fait que scientifiquement, tout paraissait juste.
- Pourquoi tu ne m'aides pas à prendre une décision, finit par s'agacer Charles face au silence d'Erik.
- Parce que je ne veux pas t'influencer. Et comme je t'ai dit, quelle que soit ta décision, je te soutiendrai.
- Si je choisis l'essai, ça voudrait dire que quelque part j'ai l'espoir de remarcher et je serai forcément déçu si ça ne fonctionne pas.
- Qu'as-tu à perdre ? demanda Erik.
- Tu penses que je devrais tenter, crut deviner Charles.
- Si tu veux vraiment mon avis… Si j'étais dans ton cas, je refuserai. Mais ce n'est pas à moi de décider pour toi.
- Pourquoi tu refuserais ?
- Je ne veux pas répondre….
- S'il te plait…
Erik soupira. Il ne voulait pas influencer son compagnon mais il voyait bien qu'il était tracassé par cette question. Alors il prit la parole :
- Tu as dit que tu préférais l'homme que tu étais maintenant à celui que tu étais avant. Je n'ai connu que brièvement le « Charles d'avant » et j'aime celui que tu es maintenant. Tu es peut-être moins optimiste, un peu plus râleur mais ton caractère est devenu plus fort et tu as gagné une assurance que tu n'avais pas en étant debout. Si tu remarches, tu redeviens un homme comme les autres. C'est une bonne chose et je ne cesserai pas de t'aimer pour ça. Seulement, est-ce que tu es prêt à un tel changement alors que tu viens juste d'accepter ce que tu es? Et tu ne sais pas si l'amélioration sera permanente…
- Oui je sais… Mais… Certaines choses seraient plus simples pour nous deux si ça fonctionnait…
- Tu parles de sexe, n'est-ce pas ? Pour toi, ce n'est sans doute pas aussi plaisant que ça l'est pour moi, admit Erik.
- Mon ancienne sexualité ne me manque plus, contredit Charles. Mais ce n'est pas frustrant pour toi ? s'étonna le plus jeune.
- Je croyais que c'était évident que non. Mais je vais me montrer plus explicite à l'avenir, sourit Erik avant d'humecter ses lèvres de façon suggestive.
XxXxX
Dans un Hôtel de Los Angeles – 28 août 2008
Le soleil, la nuit dans un hôtel luxueux qu'ils s'étaient offert… Tout était parfait, peut-être même un peu trop pour Erik qui eut un sursaut d'anxiété quand il enfila son maillot de bain. Les cicatrices sur ses jambes étaient bien visibles et lui qui n'avait jamais été pudique s'était figé au pas de la porte.
- Nous ne sommes pas obligé d'aller à la piscine. Je ne peux pas nager, rappela Charles.
- Si nous y allons, statua Erik en mettant rapidement son tee-shirt.
Et c'est ce qu'ils firent. La nervosité d'Erik fut palpable mais Charles remarqua avec soulagement qu'il la gérait parfaitement. Ses gestes étaient assurés quand il l'aida à entrer dans l'eau.
- J'avais oublié à quel point on se sent léger quand on est dans l'eau, commenta le plus jeune, un large sourire aux lèvres.
Erik fut tenté de l'embrasser mais étant entourés de familles qui seraient peut-être dégoutées par la nature de leur relation, il se contenta de sourire à son tour.
Charles ne quitta pas le bord du bassin, se tenant à l'échelle métallique et quand il fut lassé de barboter, il empêcha Erik de l'aider d'un signe de main. Erik observa avec admiration l'aisance avec laquelle Charles prit appui pour s'assoir au bord et semblait remarquer pour la première fois à quel point la musculature de son dos et de ses bras étaient développée, lui permettant de soulever largement son propre poids et de se hisser sur son fauteuil. Et Erik fut fasciné par le regard émerveillé son compagnon qui le fixait intensément. Alors il comprit ce que voulait dire vivre l'instant présent. Ne pas penser au passé ni au futur, profiter de la vie au moment où il la vivait, sans inquiétude. Et rien que pour cela, il se sentit reconnaissant et comblé.
XxXxX
Cabinet d'Emma Frost, New York – 03 octobre 2008
- Je vous propose de commencer à espacer nos séances. Au lieu de nous voir toutes les semaines, je vous propose toutes les deux semaines. Qu'en pensez-vous ? demanda Emma en guettant le moindre signe de nervosité.
- Je pense effectivement que nous pouvons faire ça. Je n'ai pas grand-chose de nouveau à vous raconter à chaque fois. J'ai l'impression d'avoir fait le tour de mes problèmes. Dans le sens que je les ai identifié, il me reste plus qu'à les affronter, dit Lehnsherr en acquiesçant.
- C'est tout à faire cela, approuva la jeune femme. Vous êtes maintenant dans une phase de consolidation. Vous avez dépassé le cap le plus dur de la dépression, maintenant il faut maintenir votre positivité. Bien entendu, vous aurez toujours des moments plus difficiles mais je suis certaine que vous saurez mieux les supporter.
- Je n'y serais jamais arrivé sans vous, admit Lehnsherr dans un des rares sourires qu'il lui adressait.
- Je ne prends jamais crédit des progrès de mes patients. Je suis juste un bon guide. Je vous ai montré le chemin mais c'est vous qui avez marché, fit Emma.
- Merci…
XxXxX
Appartement de Charles et Erik, New York – 10 octobre 2008
- J'ai découvert le surnom que mes élèves me donnent à l'université, dit Charles avant de mordre dans sa part de pizza.
- Ah oui ?
- British Bourgeois… Je pensais qu'ils s'attarderaient plus sur ma chaise roulante…
- Ils sont étudiants en médecine, ça m'étonnerait qu'ils se moquent de ta paraplégie…
- Être étudiant en médecine ne protège pas de la bêtise, Erik. Et j'aurais préféré qu'ils se moquent de ma chaise…
- Vraiment ? s'étonna Erik.
- Je ne considère pas la paraplégie comme quelque chose me définissant. Alors les moqueries ne m'atteignent pas car je suis plus que ça. En revanche, ma nationalité, mon accent… Ça fait partie de moi et voir tellement de personnes en rire, c'est blessant parfois, avoua Charles.
- Tu ne m'en avais jamais parlé…
- Ce n'est pas important…
- Est-ce que tu aimes vivre ici, à New York ? demanda alors Erik en fronçant les sourcils.
- J'aime vivre avec toi. C'est tout ce qui compte, conclut Charles avant d'augmenter le son de la télévision comme pour dire que cette conversation était terminée.
Mais Erik ne cessa de penser. Et ce qui l'aurait angoissé avant lui paraissait simple maintenant. Si Charles n'aimait pas New York, ce n'était pas un drame, ils pouvaient déménager. Il n'y avait rien inquiétant et Erik savait qu'il saurait s'adapter à un nouvel environnement.
- Berlin est une ville sympa, dit Erik avant de reprendre la télécommande pour éteindre complètement la télévision.
- Hein ?
Charles sembla ne pas faire le lien entre la déclaration d'Erik et leur discussion précédente.
- J'y allais souvent quand j'étais plus jeune pour voir ma famille restée là-bas. J'aime bien cette ville.
- Je suppose que tu pourras me faire visiter un jour, sourit le plus jeune.
- Oui, et si tu aimes peut-être qu'on pourra s'y installer…
- Tu veux déménager en Allemagne ? s'étonna Charles en se redressant curieusement dans le divan.
- Pourquoi pas ? Tu n'aimes pas New York et je n'ai pas tellement d'attaches ici… Ce ne serait pas dans l'immédiat mais pourquoi ne pas y réfléchir ? Ou même Londres, j'ai bien aimé Londres !
Charles sourit en voyant l'air songeur d'Erik et se pencha vers lui pour l'embrasser doucement.
- J'irai au bout du monde avec toi… Après tout, c'est bien là-bas, en Afghanistan que tout à commencé… Pour le pire, puis le meilleur…
Fin
(1) c'est une opération qui a été réalisée avec succès en Pologne en 2014
(2) Le Massachusetts est le premier état à avoir autorisé le mariage homosexuel en 2004
