7. Fugue.
Le plan était assez simple et rapide. Il leur fallait des affaires et de l'argent pour pouvoir s'en aller. Jasper proposa à Monty de se rendre chez la sœur de sa mère. Elle ne venait jamais aux fêtes de Noël, mais Jasper l'avait rencontré une fois quand il était petit. Tout ce qu'il savait d'elle c'est qu'elle vivait dans la capitale et qu'elle ne s'entendait pas trop avec sa sœur.
- Et si elle veut nous séparer elle aussi ? Demanda Monty.
- Alors on s'enfuira encore plus loin, rien que tous les deux.
Monty accepta le plan.
Le soir, alors que ses parents dormaient, il se leva. Il vida son sac de tous ses livres et cahiers et à pas de loup alla dans la cuisine. Il monta sur le meuble de la cuisine et ouvrit le placard. Il savait que ses parents cachaient une boite avec de l'argent dedans. Ils économisaient pour se payer un voyage un jour. Monty vida la boite dans son sac et la remis à sa place. Puis il fila dans sa chambre, aussi doucement que possible. Il prit des vêtements qu'il roula en boule dans son sac, il y ajouta un tournevis (parce que ça pouvait servir) et tira sur la fermeture éclair pour le refermer. Il planqua ses affaires sous son lit et remit son sac au pied de son lit, en espérant que ses parents ne remarqueraient pas la supercherie, ni la disparition de l'argent. Pas tout de suite du moins.
De son côté, Jasper fit la même chose. Pour l'argent, il vola directement dans les portefeuilles de ses parents et renversa sa propre tirelire et il fouilla dans le portable de sa mère pour récupérer le numéro de téléphone de sa tante.
Plus tôt dans la soirée, ses parents n'avaient pas été heureux du coup de fil du directeur. Ils lui avaient reproché d'être retourné avec Monty, de recommencer ses bêtises. Jasper les avait ignorés.
La mère de Monty, de son côté, avait crié sur son fils et il avait à peine compris ce qu'elle lui disait, incapable d'effacer le sourire peint sur son visage. Il avait récupéré Jasper, rien d'autre ne comptait.
Tous les deux dormirent comme des bébés, pensant l'un à l'autre, se raccrochant à l'idée qu'ils allaient fuir ensemble et que plus personne ne les séparerait jamais.
Le lendemain, Monty se sentait à la fois fébrile et stressé. Il avait peur que sa mère découvre le pot aux roses, ouvre son sac et comprenne ce qu'il avait prévu de faire. Ses parents l'empêcheraient de partir, ils le surveilleraient, ils le fouilleraient, ils le conduiraient jusque dans le collège, Monty serait prisonnier à jamais. Mais ni sa mère, ni son père, ne se doutèrent de rien. Ils ne virent pas que son sac était plus gonflé que d'habitude, et aucun de ses parents ne vérifia dans la boîte dans le placard si l'argent était toujours là. La seule chose qui se passa ce matin-là, ce fut le harcèlement de Hannah pour qu'il lâche Jasper :
- Tu étais redevenu sérieux Monty.
- J'ai eu zéro sur vingt en maths, lui rappela son fils.
- Je parlais de cette relation malsaine avec Jasper.
- Ne t'inquiète pas pour ça, sourit Monty, on va tout arranger.
Hannah leva un sourcil :
- Ah bon ?
- Ouais, fit Monty.
Il savait qu'il prenait des risques, mais sa mère eut l'air satisfaite. Elle ne comprenait pas ce qu'il lui disait :
- Je vois, c'est bien, tu as décidé d'être raisonnable.
Monty hocha la tête en souriant, puis posa son sac sur son dos :
- On y va ?
Hannah l'emmena à l'école.
Devant le collège, il attendit Jasper. Celui-ci avait eu une matinée normale. Sa mère lui avait juste dit qu'elle allait rappeler le thérapeute, monsieur Jaha, pour l'aider. Jasper avait docilement hoché la tête, sachant qu'il ne serait plus là pour aller le voir. Son père l'avait conduit au collège, où Jasper rejoignit Monty. Ils se sourirent. Attendirent que la voiture s'éloigne et se serrèrent dans les bras l'un de l'autre :
- Tu as ce qu'il faut ? Chuchota Jasper à l'oreille de Monty.
- Oui.
- Génial, moi aussi.
Ils comptèrent jusqu'à cinquante. Le temps que le père de Jasper soit loin. Jasper attrapa la main de Monty :
- On y va ? Demanda-t-il.
Monty acquiesça :
- On y va.
Et ils n'entrèrent pas dans le collège, mais prirent la direction opposée.
- Il faut qu'on aille à la gare, dit Jasper.
Monty hocha la tête. Ils marchèrent un moment puis Jasper avoua :
- Je sais pas où c'est.
Monty y était déjà allé avec ses parents pour accueillir de la famille. Il guida Jasper, l'emmena jusqu'au métro. Jasper avait déjà pris le métro avec ses parents. Ils payèrent un billet et montèrent dans la rame. Il y avait beaucoup de monde et Jasper et Monty se retrouvèrent collés l'un contre l'autre. Cela les fit rire. Eux que tout le monde essayait de séparer, se retrouvaient forcés de se faire un câlin. Tout en se tenant à la barre d'une main, ils se serrèrent l'un contre l'autre jusqu'à la bonne station.
- Tu n'as pas peur ? Souffla Jasper à l'oreille de Monty.
- Non, et toi ?
- Non.
Au contraire. Ils se sentaient bien, libres. Ils étaient en train de faire la plus grosse bêtise possible et c'était enivrant. Ne plus avoir leurs parents sur le dos. Le pion. Le directeur. Ici, s'ils voulaient, ils pouvaient s'embrasser, personne ne les remarquerait. Ils disparaissaient dans la foule. Monty embrassa la joue de Jasper.
- Je suis content, murmura-t-il. D'être avec toi.
- Moi aussi.
Le voyage dura un moment et quand ils arrivèrent à destination, Monty entraîna Jasper avec lui.
- La gare n'est pas loin.
Et en effet, ils ne mirent pas longtemps à y arriver. Là-bas, ils achetèrent un billet chacun, qui partait aujourd'hui. La femme qui vendait les tickets les regarda avec suspicion :
- Vous avez quel âge ?
- Onze ans, répondit Jasper avec assurance.
- On va rejoindre notre grand-mère, ajouta Monty sûr de lui.
- Le voyage dure cinq heures, expliqua la femme, vous y allez seuls ?
Jasper pointa un adulte au hasard dans la foule et dit :
- Mon papa est là-bas, mais il nous laisse acheter des billets.
La femme leur fit un sourire :
- Je comprends.
- On est grand maintenant, on peut acheter un billet tout seul ! Ajouta Monty.
- Bien sûr, bien sûr, dit-elle en imprimant leurs billets et en les laissant payer.
Quand ils s'éloignèrent, ils tapèrent dans leurs mains en même temps. Ils étaient plus malins que les adultes et maintenant ils avaient des billets pour la capitale. Ils les compostèrent immédiatement, pour ne pas oublier ensuite. Comme ils leur restaient de l'argent, ils s'achetèrent des bonbons, et attendirent leur train, assis dans la gare. Personne ne fit attention à eux et ils inventèrent des jeux pour passer le temps.
- Tu crois que nos parents savent qu'on n'est pas au collège ? Demanda Monty.
- J'espère que non, j'espère qu'ils appelleront le plus tard possible. Maman va être morte d'inquiétude.
- Et moi, elle va être super en colère.
- Ils vont peut-être appeler la police, dit Jasper.
- Mais ils nous trouveront jamais.
Jasper enroula ses doigts autour de ceux de Monty :
- Ouais, jamais.
Leur train fut finalement annoncé et ils rejoignirent le bon quai pour monter dedans. Ils s'assirent à la place marquée sur leur billet, Jasper à côté de la fenêtre, Monty près de lui. Quand le train démarra, ils s'esclaffèrent. Ils avaient réussi, ils partaient, maintenant, plus personne ne pouvait les retenir.
Ils regardèrent le paysage défilé, le train quittait leur ville pour une autre destination, une destination qu'ils espéraient meilleurs. Un endroit où on les laisserait s'aimer librement.
Monty posa sa joue contre l'épaule de Jasper :
- Tu es fatigué ? Demanda Jasper.
- Un peu, répondit son amoureux. J'ai mal dormi ces derniers temps.
- C'est ma faute, pardon.
Monty secoua doucement la tête :
- Maintenant tu es là.
Jasper se pencha vers lui pour embrasser son front.
- Je ne te laisse plus, assura-t-il.
Monty lui sourit et Jasper l'embrassa encore.
- Dors, dit-il.
Monty ferma les yeux et Jasper posa sa joue contre son crâne. Monty ne mit pas longtemps à s'endormir, le corps collé contre celui de Jasper.
Jasper regarda un moment par la vitre, le paysage défilait, le train s'éloignait. Il s'arrêta à une gare, mais Monty ne se réveilla pas. Jasper cligna des yeux après un peu plus d'une heure de trajet, il commençait à être fatigué lui aussi. Les roulements du train le berçaient, et il ne tarda pas à fermer les yeux, s'affalant à son tour contre Monty. Ils dormirent ainsi l'un contre l'autre, jusqu'à ce que quelqu'un les réveille en posant une main sur leur épaule. Les deux enfants se réveillèrent en sursaut, sur le qui vive. Mais il ne s'agissait que d'un contrôleur qui voulait voir leurs billets.
- Vous voyagez seul ? Demanda gentiment le contrôleur.
- Oui, on va rejoindre ma grand-mère, répondit Jasper.
L'homme hocha la tête et leur rendit leurs billets.
- Bon voyage les enfants.
- Merci, dirent-ils en cœur.
Maintenant qu'ils étaient réveillés, Jasper et Monty profitèrent ensemble du paysage, puis discutèrent et jouèrent. Faisant une bataille de pouce, une courte bataille de chatouilles, et même une bataille de bisous. Ils essayaient de rire doucement, se cachant derrière leurs mains pour faire le moins de bruit possible. Le contrôleur vint les voir plusieurs fois pour être sûr que tout allait bien pour eux. Ils mangèrent leurs bonbons et se battirent pour avoir le dernier.
- Je le suce d'abord, et ensuite toi, décida finalement Jasper.
- Okay, répondit Monty, mais tu triches pas, tu le croques pas.
- Promis juré craché.
Jasper déballa le bonbon, le suça un moment jusqu'à ce que Monty le réclame. Il le recracha et lui donna. Monty pas dégoûté du tout le mit dans sa bouche.
Ils rattrapèrent le temps perdu et même s'ils n'avaient pas de jouets avec eux, ils parlèrent tellement qu'ils ne virent pas le temps passer.
- À quoi elle ressemble ta tante ?
- C'est une dame super frisée, répondit Jasper.
- Elle est gentille ?
- Ben je me souviens qu'elle était gentille ouais. Mais elle se disputait tout le temps avec maman.
- J'espère qu'elle va pas nous détester elle aussi.
- On verra, répondit Jasper. Mais sinon tant pis, on ira ailleurs.
- On ira où ?
- Je sais pas, répondit Jasper. Dans la tour Eiffel ?
- Oh oui ! S'extasia Monty. Ce serait trop drôle de dormir dans la tour Eiffel, tu imagines ?
- Oui, s'amusa Jasper. On dormira peut-être au dernier étage et on verra super loin pendant la nuit.
- On sera super haut, sourit Monty.
Aucun des deux n'étaient jamais allés dans la tour Eiffel et s'imaginait quelque chose d'absolument génial.
- Il y a l'Arc de Triomphe aussi, dit Monty.
- Oui.
- On pourrait changer d'endroit à chaque fois et comme ça on aurait une maison différente tous les jours.
Jasper hocha la tête.
- Ce serait comme si on avait pleins de maisons juste pour nous, dit-il.
- Ouais.
- Et on sera toujours ensemble !
- Oui !
Jasper posa son front contre celui de Monty pour le regarder de plus près :
- Tout va bien se passer, dit-il.
- Je sais, murmura Monty.
Ils fermèrent leurs yeux et s'embrassèrent. Se picorant les lèvres, happant doucement la bouche de l'autre. Jasper posa sa main sur la nuque de Monty. Le baiser dura mille ans et personne ne vint les séparer, personne ne les insulta, personne ne fit attention à eux.
- Je t'aime, souffla Monty contre la bouche de Jasper.
- Je t'aime aussi.
Ils se prirent dans les bras l'un de l'autre :
- Maintenant tout va bien aller, chuchota Jasper comme une promesse.
- Oui.
Après plusieurs minutes à se serrer fort, ils se séparèrent, mais leurs doigts se nouèrent pour ne plus se lâcher.
Le train ne tarda pas à arriver en gare. Leur gentil contrôleur voulut les accompagner jusqu'à ce qu'ils trouvent leur grand-mère, mais ils réussirent à échapper à son attention lorsqu'une dame l'arrêta pour lui poser une question. Jasper et Monty coururent le plus vite possible, et allèrent se cacher à l'intérieur de l'immense gare.
- Comment on fait maintenant ? Demanda Monty.
- On appelle ma tante, dit Jasper, j'ai son numéro.
- Avec quel téléphone ?
Jasper regarda autour d'eux, puis lui sourit :
- J'ai une idée. Viens.
Jasper entraîna Monty avec lui, devant un groupe de gens, Jasper commença à pleurer très fort. Il faisait semblant, et Monty le comprit tout de suite et le regarda bizarrement. Les adultes, eux, crurent à son cinéma, et l'un d'entre eux s'approcha pour savoir ce qu'il se passait.
- J'ai perdu mon téléphone, pleura Jasper, je devais appeler ma tata mais maintenant je peux pluuuuuus.
Monty comprit le plan de Jasper, et commença à se mettre à chouiner aussi :
- Si on peut pas l'appeler, elle peut pas venir nous chercher, pleurnicha-t-il à son tour.
L'adulte désemparé sortit son portable de sa poche et demanda gentiment :
- C'est quoi le numéro de ta tata, on va l'appeler.
- C'est vrai ? Demanda Jasper entre ses fausses larmes.
- Oui.
Il sortit le papier de sa poche avec le numéro, arrêtant aussitôt de pleurer.
- Voilà, dit-il.
L'adulte composa le numéro sur son clavier et passa l'appareil à Jasper.
- Allô tata, c'est Jasper. Dit-il quand elle décrocha.
- Salut Jasper, ça fait vraiment longtemps que j'ai pas de nouvelle, pourquoi donc est-ce que tu m'appelle maintenant ?
- On est à Paris, à la gare Montparnasse, faut que tu viennes nous chercher.
- Tes parents et toi ?
- Non, Monty et moi.
Sa tante avait déjà entendu parler de Monty. Tout le monde avait déjà entendu parler de Monty.
- Tout seul ?
- Ouais, tu peux venir nous chercher.
- Oh mes chéris, mais qu'est-ce que vous faites tout seul à Paris ?
- C'est une longue histoire qu'on te racontera si tu viens.
- Bien sûr que je viens, attendez-moi à l'entrée, je viens le plus vite possible, faites attention à vous et ne suivez pas d'inconnus, d'accord ?
- D'accord.
- À tout de suite.
- À tout de suite tata.
Jasper raccrocha et rendit son téléphone à l'inconnu :
- Merci monsieur.
L'homme leur sourit et demanda :
- Ça va mieux maintenant ?
- Oui, répondirent les deux enfants. Merci.
Puis Jasper entraîna Monty avec lui à l'entrée de la gare, où ils attendirent la tata de Jasper.
- Quand elle arrive, on s'embrasse sur la bouche, okay ? Fit Jasper.
- Pourquoi ?
- Pour voir si elle va être méchante avec nous ou non. Si elle est méchante, on se met à courir !
Monty acquiesça, acceptant de faire ça. À dire vrai, il n'avait pas trop confiance en cette tante, pourquoi serait-elle différente des autres ? Pourquoi les accepterait-elle alors qu'aucun adulte autour d'eux ne les comprenait ?
La tante mit longtemps à arriver mais quand il l'aperçu, Jasper la reconnu tout de suite. Comme il l'avait dit, elle était toute frisée.
- C'est elle, là-bas, souffla-t-il à Monty. Embrasse-moi.
Monty ne se fit pas prier et posa sa bouche sur celle de Jasper. Même si c'était pour tester la tante de Jasper, le baiser qu'ils échangèrent était tout aussi vrai que les autres.
- Oh mes chéries, entendirent-ils au-dessus d'eux.
Ils se séparèrent, prêt à courir si elle leur disait quelque chose de méchant. Mais la tante, qui s'appelait Maria, s'agenouilla devant eux, écarta ses bras et les serra tous les deux contre elle.
- J'étais si inquiète de vous savoir tout seul ici.
Jasper et Monty se regardèrent alors que la tante les relâchait et prenait leur main :
- Venez, on va rentrer chez moi et vous allez tout m'expliquer, d'accord ?
Jasper refusa d'avancer, et sa tante se pencha vers lui :
- Qu'est-ce qu'il y'a Jasper ?
- Monty est mon amoureux, dit-il.
Elle hocha la tête :
- J'avais bien compris quand je vous ai vu vous embrasser.
- Tu vas pas essayer de nous séparer ? Demanda-t-il.
- Pourquoi je ferais ça ? Interrogea-t-elle sincèrement surprise.
Jasper écarquilla les yeux de surprise :
- Ben parce que nos parents, y veulent nous séparer.
La tante fronça les sourcils et se tourna vers Monty :
- Vraiment ? Demanda-t-elle.
Monty hocha la tête. Maria leva les yeux au ciel :
- Et pourquoi donc ?
- Parce qu'on est trop petit, répondit Jasper.
- Et surtout parce qu'on est deux garçons, rajouta Monty.
La tante poussa un énorme soupir :
- Pff des conneries tout ça. L'amour n'a pas d'âge et pas de sexe. Allez venez, je vous ramène chez moi, on va discuter de tout ça.
Monty et Jasper acceptèrent de la suivre.
À suivre.
L'autatrice : ne pas faire ça chez soi.
