Chapitre 7 : L'arène de larme
Ayant droits : Le concept des chevaliers du zodiaque appartiennent à M. Kurumada. Les incarnations des différents chevaliers m'appartiennent. Athéna et le panthéon grec n'appartiennent qu'à eux-mêmes.
Relecture : Newgaïa et Yann
Résumé des chapitres précédents : Cassidy, descendante du peuple de Mü et originaire de l'Atlantide reçoit l'armure du Burin sous le nom d'Alastair, son frère disparu. Elle reprend alors la mission de son père, à savoir poser les fondations pour faire du Sanctuaire d'Athéna un refuge millénaire.
Elle est également chargée de trouver les derniers survivants de son peuple, pourchassés par les armées de Poséidon et Arès. Lors d'une de ses expéditions, Cassidy rencontre le général de Chrysaor qui n'est autre que son frère Alastair. Il la renvoie au Sanctuaire avec l'ordre d'éliminer Athéna et les derniers descendants de Mü.
Le chevalier du verseau Viris enferme Cassidy dans un cercueil de glace le temps qu'une mission de secours aille chercher les chaînes d'Andromède en Ethiopie. Le chevalier Persée est retardé dans sa mission par l'apparition du général de Chrysaor et l'éveil du général du Kraken. Aidé de la nouvelle Andromède, et sauvés par l'arrivée des chevaliers du loup et du scorpion, ils mettent en fuite les deux généraux et regagnent le Sanctuaire.
Viris plonge alors dans l'esprit de Cassidy pour réparer les dégâts provoqués par le Chrysaor.
Il l'avait fait. Il m'avait retrouvée dans les méandres de mon esprit malade. Viris, oh Viris. Pourquoi ne pouvais-tu pas ne serait-ce qu'une fois lâcher prise ?
Depuis combien de temps nous tenions nous là ? Toi inconscient contre mon cœur. Moi en larmes. Et nos compagnons nous entourant sans savoir que faire.
Enfin Sofiane agit.
« Séparez-les. Andromède, rattache-la. Persée, Loup, récupérez Viris. Il faut l'amener au guérisseur. »
Je resserrai mon étreinte sur Viris. Son corps était endormi. Il était épuisé. Qu'avais-je fait pour le mettre dans cet état… Les chaînes d'Andromède se mirent à bouger lentement. Félix s'agenouilla face à moi.
« Maître, s'il te plait… »
Mon regard quitta le visage de Viris pour se tourner vers celui de Félix. Mon disciple avait lui aussi les traits tirés. Il était inquiet. Alix posa la main sur mon épaule et frôla la peau de ma joue. En établissant le contact, il m'envoya des pensées rassurantes.
« Ne t'inquiète pas… »
Sofiane s'approcha à son tour. Je me levai, tremblante sur mes jambes, et soulevai le corps endormi de Viris. Je le déposai dans les bras de Félix. Mes doigts s'attardèrent sur son visage et les deux marques sur son front. Puis je me tournai vers Sofiane et lui tendis mes poignets.
Il n'y avait pas besoin de paroles. Je connaissais mes tords. Sofiane referma les bracelets des prisonniers, et m'enchaina à la cellule.
« Tu devrais dormir, Alastair du Burin. Les jours à venir ne vont pas être de tout repos. »
Il me lança un regard qui me glaça le sang. Mélange de pitié et de fureur vindicative, de toute cette tension qu'il y avait eu entre nous depuis que Viris m'avait pris sous son aile. Il se tourna alors vers Andromède.
« Tu veux bien prendre le premier quart Andromède ? J'aimerais que tu la maintiennes entravée jusqu'au réveil du Verseau. »
Je levai le regard vers la nouvelle Andromède. Mes yeux s'écarquillèrent, puis mes lèvres s'étirèrent en un sourire entendu. Même si j'avais baissé les bras, le problème des femmes chevaliers ne serait pas plus réglé. Elle hésitait à obéir.
« Chevalier, je ne lutterai pas. Tu peux m'enchaîner. »
Je ne savais pas encore lire sur son visage de métal. Et je n'aurais pas osé lire dans son esprit. Mais je m'imaginais bien les doutes qu'elle éprouvait. Elle n'avait pas vécu au Sanctuaire. Elle hésitait à obéir aveuglément.
Je lui souris timidement. Les chaînes se mirent lentement en mouvement et me rattachèrent dans la position de crucifixion. Alix s'approcha alors de moi.
« Repose-toi autant que tu le peux. Et ne désespère pas. Rien n'est encore joué. Ne baisse pas les bras.
- Alix…. » murmurai-je.
Puis nous fûmes seules, Andromède et moi. Elle fut plus prévenante que nos confrères masculins. Elle me laissa m'asseoir dos au mur. Nous nous faisions face. Elle hésita encore, puis s'assit et retira son masque.
« Je suppose qu'entre femmes chevaliers, on peut se montrer nos visages, » déclara-t-elle.
Elle était jolie, malgré le tatouage d'esclave sur sa joue.
« Il n'y a pas de règles tu sais. Tu es la seconde femme chevalier, répondis-je avec un sourire mélancolique.
- Est-ce dur?
- Pardon?
- Dur d'être la seule femme chevalier? » compléta-t-elle.
Je réfléchis. Etait-ce vraiment si dur que ça?
« Oui c'est difficile. Mais si tu es là, c'est que tu crois en toi et en Athéna.
- Je ne... comment peux-tu en être si sûre?
- Tu sais, il n'y a jamais de certitudes dans la vie. Je crois que la seule chose dont tu dois être vraiment sûre, c'est de toi. Pas du chevalier, pas de la femme, mais de ta conscience. »
Je parlais comme une grande sœur, et je fis la grimace en réécoutant mes propres paroles. Grimace que me renvoya Andromède.
« Tu crois vraiment à ce que tu viens de me dire? se moqua-t-elle.
- J'aimerais y croire. Mais je ne suis qu'une faible humaine. Je ne suis pas parfaite...
- Si les hommes étaient parfaits, ils n'auraient pas besoin de dieux, rétorqua Andromède.
- Ah enfin un peu de langues de vipère dans ma chevalerie! » s'exclama Athéna en pénétrant dans la cellule.
Andromède se releva brusquement et je tentai de l'imiter. Mais le poids des chaines manqua de me déséquilibrer.
« Athéna, déclara Andromède en posant la main sur son cœur.
- Athéna Pallas... » répondis-je.
Elle me sourit.
« Asseyez-vous, nous avons à parler toutes les trois. Puis j'aurai à m'entretenir avec toi, Cassidy. »
Athéna se laissa tomber négligemment sur les fesses et s'assit en tailleur. Son sceptre barrait ses genoux. Elle fit reposer ses coudes dessus.
« Que puis-je pour vous Athéna?
- Oh ne soit pas si formelle Kiera. Nous sommes entre nous ici.
- Bien ma dame.
- Arrête ou je vais me fâcher...
- Ne lui en veuillez pas Pallas, tout ceci est nouveau pour elle, déclarai-je en m'installant un peu mieux.
- Je sais Cassidy, soupira la déesse. Et tu ne me facilites pas la tâche en me vouvoyant. J'avais prévu de te confier la prochaine femme chevalier. Mais en l'état, il va falloir que je trouve quelqu'un d'autre pour l'intégrer au Sanctuaire.
- Me confier à quelqu'un? »
Le ton de Kiera était partagé entre les relents de sa peur d'esclave et la curiosité.
« Oui, repris-je. Quelqu'un qui discipline la puissance brute avec laquelle tu arrives au Sanctuaire.
- Et surtout t'enseigne les règles de la cour dans laquelle tu viens d'entrer, compléta Athéna. En parlant de règles, que vais-je faire de vous, mes chères compagnes... »
Je rougis furieusement et Kiera baissa les yeux.
« Je suppose que la vieille garde a ajouté Kiera à la liste des têtes à faire tomber... marmonnai-je. Mon cas doit déjà être réglé. Haute trahison et mise à mort.
- Ne parlons pas de ton cas pour le moment. Parlons de celui de toutes les femmes chevaliers présentes et à venir, me coupa Athéna.
- Il y'en aura d'autres? demanda Kiera avec un soupçon d'espoir et d'admiration dans la voix.
- Je ne les ai pas encore rapatriées au Sanctuaire, mais j'ai déjà deux candidates potentielles pour les armures du serpentaire et de l'aigle. »
Nous écarquillâmes les yeux. Deux de plus.
« Vous devez cependant comprendre que même parmi mes derniers adoubés, il y a des protestataires. Aldébaran forme actuellement son successeur et lui transmet sa haine pour les femmes combattantes par exemple, expliqua Athéna.
- Je ne comprends pas. Ils servent pourtant une femme. Pourquoi n'acceptent-ils pas que nous combattions à leurs côtés? s'interrogea Kiera.
- Vingt ans que je les côtoie, et je n'ai toujours pas compris pourquoi ils cherchent à toutes nous enfermer dans leurs gynécées. D'ailleurs cela n'aurait tenu qu'à moi, j'aurais supprimé ce bâtiment des plans du Sanctuaire...
- Cela changera, m'encouragea Athéna. Mais il va falloir quelques générations pour le faire rentrer dans leurs têtes dures. C'est pour ça que j'ai besoin de vous pour établir les règles qui permettront la transition vers un âge où il n'y aura pas de distinction entre homme et femme dans ma chevalerie. »
Elle nous dévisagea l'une après l'autre. Qu'est-ce que Kiera et moi partagions, qui nous avait permis de rejoindre la chevalerie et qui dérangeait à ce point nos confrères.
« Je pense... commença prudemment Kiera. Je pense qu'il faut regarder auprès des autres gardes divines.
- ça va très vite se résumer, répondis-je.
- Ce sont toutes des gardes unisexes. Dans le cas d'Arès, il a bien fait la distinction entre ses amazones et ses berserkers. Et puis il y a cette pratique des amazones, celle de se couper le sein, qui est souvent interprétée par les hommes comme une tentative de perte de leur féminité. Ce qui n'en est pas une, si tu discutes avec elles.
- Je refuse que vous soyez isolées dans un corps à part de ma chevalerie. Cela engendrerait des discussions interminables pour savoir quelle armure appartient à quel corps. Et je refuse que vous vous défiguriez pour pouvoir me servir, décréta Athéna.
- Et bien portons nos masques en permanence, proposa Kiera.
- Cela ne règlera pas le problème, expliquai-je. Il y aura toujours un petit malin pour vouloir voir ce qui se cache sous le masque.
- Ça sent le vécu, me taquina Kiera.
- J'avais oublié l'incident du Parthénon... soupira Athéna. Remarque, Viris avait eu une réaction très noble. »
Ma mâchoire se crispa. Mais elle n'y prêta aucune attention, se tapotant la lèvre de son index, absorbée par ses réflexions.
« Je pense qu'en mettant une règle punissant celui qui retirera le masque d'une femme chevalier, cela devrait faire son petit effet. La mise à mort par exemple? Lâcher de chevalier d'or sur le coupable? proposa Athéna.
- Et pourquoi ne laissez-vous pas la femme chevalier humiliée se venger elle même? marmonnai-je.
- Tu n'as pas peur d'une différence de puissance? s'étonna Athéna.
- Pardonne-moi si je me trompe Cassidy, me coupa Kiera. Mais je pense qu'une femme chevalier préférera mourir à essayer de se venger, que de laisser un autre défendre son honneur. A moins que l'impudent ne devienne son époux. »
J'éclatai de rire. Un fou-rire incontrôlable, entretenu par les visages surpris de mes compagnes. Je manquai de m'étouffer, ce qui me permit de reprendre la parole.
« Rien, j'imaginais le pauvre type qui découvre vraiment un visage défiguré et hideux, et qui se retrouve obligé de passer les vingt-cinq prochaines années de sa vie à se réveiller à côté de ce visage. »
Mon fou-rire reparti. Cette fois partagé par Kiera et Athéna.
« En fait j'aime beaucoup, déclara Athéna. Que la femme chevalier puisse pourchasser l'homme qui aurait vu son visage pour le tuer ou l'épouser.
- C'est rude, déclarai-je.
-Mais le choix appartiendra à la femme chevalier, reprit Kiera. Ça me plait.
- Nous sommes bien d'accord que même si une femme est mariée, son appartenance à la chevalerie ne sera pas remise en cause? » demandai-je flairant les contre arguments de mes confrères à des lieux.
Athéna prit quelques secondes pour réfléchir.
« Oui, il est vrai que lorsque vous devenez chevalier, je vous demande de prêter serment.
- Hey, je n'ai encore prêté aucun serment! s'insurgea Kiera.
- Ça va venir, grommelai-je.
- Et que lorsque vous vous marriez, vous prêtez des serments l'un envers l'autre, continua Athéna.
- Parce que ce n'est pas la même chose vous ne vous prêtez pas ce genre de serments quand vous vous mariez, vous les dieux ? s'étonna Kiera.
- Mmm... Disons que les unions sont plutôt... libres comparées aux mariages humains. Enfin c'est l'impression que j'en ai, pour le peu que ça me concerne. »
Le regard d'Athéna se troubla, avant qu'elle ne reprenne :
« Oui, il faudra adapter les vœux de mariage des couples dont au moins l'un est chevalier. Ou bien qu'ils choisissent de quitter la chevalerie si ces deux serments sont en contradiction et mettent en danger leur équilibre. »
Mon cœur se serra alors que les yeux pers de la déesse me transperçaient.
« Que faisons-nous pour les apprentis? Appliquons nous les mêmes règles? m'enquis-je pour dévier la conversation.
- Ce n'est pas possible. Elles ne pourront pas se défendre. Les hommes vont se faire un plaisir de les massacrer ou de les épouser avant qu'elles n'aient pu prêter leurs serments de chevalier.
- Elles auront un camp d'entrainement séparé. Et un maître qui devra les défendre tant qu'elles seront apprenties. Enfin chaque maître sera supervisé par un chevalier d'or, qui aura pour responsabilité de s'assurer que le maître n'abuse pas de sa disciple. En dernier recours, elles pourront en appeler à mon représentant au Sanctuaire, si je ne suis pas moi-même présente.
- Ça va demander beaucoup de travail et une petite modification au niveau des plans du Sanctuaire. Le plus gros des fondations a été posé. Viris devrait pouvoir inclure les nouveaux bâtiments dans la partie que nous n'avons pas encore attaquée. Et …
- Kiera, peux-tu … »
Athéna laissa sa phrase en suspens. Kiera était déjà sur pieds et quittait la cellule, son masque ayant recouvert son visage. Athéna attendit que Kiera soit à une bonne distance avant de reprendre la parole.
« Cassidy qu'allons-nous devenir? m'interrogea-t-elle en secouant la tête.
- J'ai l'impression que tout ne va pas si mal. J'ai transmis les plans à Viris, l'entrée des femmes dans la chevalerie se confirme, et les vieux grincheux vont avoir ma tête. La situation n'est pas si terrible.
- Cassidy un peu de sérieux!
- Je suis on ne peut plus sérieuse. Le fait que je vous ai attaqué a eu de nombreux témoins. Et la plongée de Viris dans mes souvenirs a prouvé que je me suis retournée contre vous de mon plein gré.
- Je ne peux pas le croire, souffla-t-elle.
- Vous ne trouverez aucune excuse qui les convaincra. Ô Pallas. D'autant plus que ce seront de véritables mensonges. »
Elle me fusilla du regard, puis soupira.
« Tu t'es réellement convaincue toute seule de ces bêtises... Tu t'es déjà mis en tête que tu devais mourir, et tu ne lutteras pas... Tu mérites bien le châtiment qu'Hermès m'a suggéré pour toi. »
Elle m'attrapa par le menton et me força à la regarder droit dans les yeux. Toute trace de bienveillance avait disparue de son regard. Le reflet que ses yeux pers me renvoyèrent n'était que celui de l'acceptation de ma culpabilité et l'attente du châtiment, et au final celui d'une femme pitoyable. Quelque chose dans mon cœur déjà malmené se fissura, et je me mis à pleurer.
L'aube arriva, et mes larmes n'avaient pas cessé de couler. Pallas était un être clément, mais sa clémence était cette fois emprunte de cruauté. Kiera recouvrit mon visage de mon masque. Je la remerciai, puis me mis péniblement sur pieds. Mon estomac se souleva, d'horreur? De dégoût de moi-même? Je ne savais plus. Le masque me permit de filtrer mes propres émotions de celle des habitants du sanctuaire. Si je ne l'avais pas eu, je pense que je me serais jetée par la première fenêtre ouverte des prisons d'Ouranos.
Sofiane, le chevalier du scorpion m'attendait devant ma cellule. C'était un de ces jeunes chevaliers d'or qui avait hérité de son armure trop tard pour faire ses preuves à Troie. Il avait cependant bien aidé Viris dans sa terrible mission de nettoyage du champ de bataille. Ils étaient très amis, mais Sofiane ne m'aimait pas. Pire, il m'en voulait de l'attention que Viris m'avait porté, mettant sa réputation en jeu pour me défendre moi, une simple femme.
Il libéra Kiera de ses devoirs de gardienne, et me saisit durement par le bras.
« Tu vas avoir ce que tu voulais Sofiane... déclarai-je avec amertume.
- Si j'avais eu ce que je voulais, tu serais sagement au temple des verseaux à préparer le repas pour je ne sais combien de vos gamins, tandis que je philosopherais avec Viris sur un superbe lever de soleil, répondit-il.
- Viris... comment va-t-il? Soufflai-je.
- Il est toujours inconscient et ne réagit pas à ce qui se passe autour de lui. Je ne sais pas si c'est à cause du plongeon ou parce qu'il est épuisé. Alix dit que son esprit est serein, et que ça va aller.
- Tant mieux, » répondis-je.
Il s'arrêta et me dévisagea. Mais il ne pouvait pas deviner ce qui se cachait derrière le masque de métal. Il secoua la tête.
« P'tain z'êtes chiantes avec vos masques... »
Je souris et repris la marche qui me menait à l'arène des larmes. A écouter la clameur, toute la population du Sanctuaire devait s'y trouver. Mes quatre-vingt sept pairs – moins les armures sans porteurs, les apprentis et la majorité des gardes. Ils avaient sans doute dû se battre pour désigner ceux qui seraient de service et manqueraient le spectacle.
Kiera nous avait précédés et se trouvait au centre de l'arène. Elle attendait en sifflotant que les choses se décident à bouger. Je suppose qu'Athéna allait nous régler notre compte à toutes les deux. Quelle mascarade...
J'avançais jusqu'à me retrouver au niveau de Kiera. Je ne remarquai pas sur le coup que Sofiane m'avait laissée avancer seule. Une marque de respect. La dernière sans doute que je recevrai de sa part. Mes yeux balayèrent l'assemblée. Les chevaliers s'étaient répartis par situation géographique de leurs constellations et non par affinité. Les réactions seraient sans doute plus mesurées. Je croisai le regard d'Aldébaran et mon cœur se serra. Il attendait clairement la curée, tout comme le cancer et le capricorne...
Le silence se fit et Athéna parut. Elle était accompagnée d'Héphaïstos le dieu des forges, et d'Hermès, le dieu voyageur. Pourquoi le boiteux et le sautillant étaient-ils là... mystère!
Elle guida ses deux frères vers son trône et les bancs adjacents où ils prirent place. Quelques murmures s'élevèrent dans l'arène. Personnellement, je n'attendais qu'une chose. Que cette mascarade s'achève. Athéna attendit que le silence retombe et prit la parole.
« Nous sommes aujourd'hui réunis pour écrire une page de l'histoire de notre ordre. Afin qu'aucune querelle interne ne vienne ternir cet événement, ou que d'autres gardes ne s'ingèrent dans un problème du Sanctuaire, je prends à témoin Héphaïstos, le dieu qui a créé vos armures aidé du peuple de Mü, et Hermès, le dieu messager, qui transmettra à qui le voudra ce qui nous allons proclamer en ce jour. »
A nouveau, les murmures agitèrent l'assemblée. Héphaïstos donna de la cane qui ne le quittait plus depuis qu'Héra l'avait précipité du Mont Olympe, et dit :
« J'sais pas c'que j'fous là, alors si vous pouviez cesser de jacter qu'la sœurette elle puisse balancer sa diatribe, ça m'convient. »
Hermès roula des yeux. Athéna sourit avec affection au boiteux. Puis elle retrouva son expression solennelle et poursuivit.
« Chevaliers, nous accueillons aujourd'hui le septième porteur de l'armure d'Andromède parmi nous. Vous l'appellerez Andromède, puisque tel est son souhait. »
Tous les regards se dirigèrent vers Kiera. Elle inclina légèrement la tête. Ses mains tremblantes se croisèrent dans son dos. Elle n'aimait manifestement pas se donner ainsi en spectacle.
« Andromède, reprit Athéna. Etant donné que l'armure t'a choisie avant que tu ne rejoignes le Sanctuaire, tu seras confiée au chevalier Persée. »
Félix qui écoutait jusqu'à présent les yeux fermés se redressa de stupeur.
« Tout comme toi, le chevalier Persée n'est pas né en Grèce. Il saura donc t'aider à trouver ta place parmi nous. Il s'occupera également d'affuter tes techniques de combat, notamment ta maîtrise du cosmos. As-tu des questions Andromède ? »
La jeune fille bouillait de colère, ce qui se voyait à la manière dont elle serrait et desserrait frénétiquement les poings cachés dans son dos. Elle pensait avoir acquis son indépendance et quitté son statut d'esclave en endossant l'armure. Elle supportait mal d'avoir à nouveau à obéir. La notion de maître avait une connotation trop douloureuse pour elle. Cependant, elle n'avait pas le choix et du accepter les ordres.
« Non Déesse, » répondit-elle simplement, posant sa main à plat sur son cœur en signe d'assentiment.
- Bien. A vous tous ici présents. Andromède est la seconde femme à rejoindre les rangs de ma garde. Et elle ne sera pas la dernière. Cette situation étant appelée à se répéter, voici les nouvelles lois qui garantiront la paix dans nos rangs. »
Et elle énuméra les règles dont nous avions parlé cette nuit. J'avoue que je l'écoutais d'une oreille distraite, mon regard parcourant l'assemblée. Je m'arrêtais longuement sur l'espace vide où j'aurais dû me trouver, et sur celui où Viris aurait dû se tenir. Mon cœur se serra et mon esprit se tendit vers lui. Mais je me rétractai vivement, apercevant le regard de reproche d'Alix.
« Il nous reste maintenant à rendre notre décision quant aux actes du chevalier Alastair du Burin. Veux-tu avant que je ne parle, nous dire quelques mots pour ta défense ? »
Elle m'avait prise de court. Mais cette chance qu'elle me donnait de parler était une arme à double tranchant. J'inspirai profondément, cherchant les mots qui me réconcilieraient au moins avec moi-même.
« Déesse, j'assume l'entière responsabilité de mes actes. Je ne plaiderai pas la folie passagère.
- Non ! » cria quelqu'un dans mon dos.
Je me tournai vivement pour faire face à mon contradicteur, et j'aperçus Viris. Il était livide et ne tenait debout que grâce à la colonne contre laquelle il était adossé. Il haletait et avait du mal à reprendre assez son souffle.
Kolonos, le chevalier de l'autel se précipita à ses côtés, mais Viris lui fit signe de reculer. L'homme au regard de glace se redressa et avança lentement. Il se tenait les côtes, là où je l'avais frappé il y a déjà une huitaine de jours. Il me dépassa et frôla la peau nue de mon bras du bout des doigts.
Comme je me haïssais en cet instant. Je ne méritais pas sa compassion. Pourtant, je bus les secondes infimes de ce contact comme une assoiffée dans le désert. Son touché d'un doux vert d'eau, au parfum de rosée portée par la brise au lever du soleil et qui me disait je suis là, tout ira bien.
Mais comment les choses pouvaient bien aller alors que tout ce que je méritais, c'était la mort, et que j'en étais moi-même convaincue ?
« Déesse Athéna, reprit-il d'une voix cette fois plus forte. Veuillez prendre en considération la circonstance atténuante de l'attaque qu'a subit le chevalier du Burin il y a plusieurs lunes. »
Hermès qui était d'un naturel souriant fronça les sourcils. A nouveau le public de chevaliers et d'apprentis s'agita.
« Comme vous le savez, nous sommes actuellement dans une période de trêve suite à la guerre de Troie. Cette trêve a été instaurée par le roi des cieux, Zeus. Or par deux fois, le général de Chrysaor a rompu cette trêve. La première en attaquant ma disciple et en lui faisant subir un lavage de cerveau. La seconde en s'attaquant au royaume d'Ethiopie où se trouvaient les chevaliers Persée et Andromède. »
La foule de l'arène éclata d'indignation. Ils étaient outrés par les révélations de Viris et curieux des détails. Aldébaran demanda la parole.
« Chevalier du Verseau, es-tu en train de nous dire que le chevalier du Burin ne peut pas être tenu pour responsable de ses actes lors de ton agression et de la tentative manquée d'assassinat contre notre Déesse ? »
Le taureau fulminait. Si la situation n'avait pas été aussi grave, j'aurais ri. D'ailleurs, Hermès ne cachait qu'à demi son sourire.
« Oui, la personne qui nous a attaqué n'était pas Alastair du Burin, mais une autre personne crée par les manipulations mentales du Chrysaor, expliqua Viris.
- Et qu'en est-il aujourd'hui ? Qui se trouve actuellement devant nous pour être jugé ? demanda Sofiane.
- J'ai pu restaurer la personnalité originelle du Burin. L'autre personnalité a disparue, » déclara Viris en mettant qui que ce soit au défi de le détromper.
Les Muviens ne mentent pas. Ou très mal. Or j'aurais presque pu me laisser convaincre par Viris si je n'avais été aux premières loges de ces événements.
« Puis-je parler ? » demandai-je en redressant le visage.
Sursauts et protestations me revinrent de la foule.
« Nous t'écoutons, » m'autorisa Athéna.
Je vis sa main se resserrer sur son sceptre, que craignait-elle de ce que je pouvais dire.
« Comme l'a dit le chevalier du Verseau, j'ai été victime de l'attaque du général Chrysaor. Vous devez savoir que son attaque n'est pas un lavage de cerveau, mais l'exacerbation de certains détails, de certaines pensées contrariées de notre conscient et subconscient. »
Certains apprentis se tournèrent vers leur maîtres. Mes mots n'étaient pas clairs pour ceux qui n'avaient pas eu à se méfier des pouvoirs de leurs esprits. Mais je poursuivis.
« Il faut que vous compreniez bien que cette attaque vous changera en faisant ressortir le plus mauvais côté de vous-même. Mais qu'au fond, toutes ces mauvaises pulsions viennent belle et bien de vous. C'est pour cela que je ne demande aucune clémence pour mon acte de haute trahison et accepterait la mise à mort.
Ma déclaration déchaina l'arène. Des cris de protestation, des insultes, quelques interrogations, tout cela fit vibrer l'arène d'une colère sourde dirigée contre moi.
« Chevalier du Burin, il est venu à nos oreilles le fait que ton disciple, le chevalier Persée avait résisté à l'attaque du Chrysaor. Peux-tu nous éclairer sur ce point ? me demanda le chevalier du Sagittaire.
- Sans vouloir jouer avec les mots, je dirais parce que mon disciple a une tête de pierre. »
Félix rougit. Puis il me tira ostensiblement la langue. Son geste détendit l'atmosphère et me tira un léger sourire.
« En réalité, je pense que j'étais beaucoup plus sensible à ce type d'attaque que mon disciple. Parce que je ne contrôle pas aussi bien que le chevalier du Verseau mes dons muviens. De plus, les liens du sang sont très puissants sur les psychés, et le général de Chrysaor est mon frère de sang. »
A nouveau les cris. Le Gémeau du empêcher Aldébaran de descendre dans l'arène. Héphaïstos se gratta la barbe, tandis qu'Hermès roulait des yeux. Tous les deux étaient agacés par la tournure des événements. Athéna ne bougea pas. Elle avait ce regard implacablement posé sur moi. Elle attendit quelques minutes, puis imposa le silence et se tourna vers Viris.
« Chevalier du Verseau, confirmes-tu ce que vient de nous expliquer le chevalier du Burin ? »
Viris me lança un regard désespéré. Il voulait mentir, me protéger. Mais je ne voulais pas qu'il se mette en danger pour moi. Aussi formulai-je l'unique pensée qui occupait tout mon esprit. Dis-lui. Il ne put parler, la gorge serrée. Aussi se contenta-t-il d'acquiescer avec lenteur à la question d'Athéna.
Athéna inspira profondément. Une lueur étrange brillait dans ses yeux. Tout ceci n'était que mascarade, et nous jouions pour ses deux frères nos rôles à la perfection. Toute l'arène était pendue à ses lèvres.
« Es-tu prête à entendre notre décision, Alastair du burin ? demanda-t-elle de sa voix puissante qui fit taire les quelques murmures qui agitaient encore la foule.
J'acquiesçai, souhaitant ardemment que tout s'achève ici et maintenant. Et que mes larmes cessent enfin de couler.
« Sache Alastair que tu as au cours des années qui ont précédé les événements d'aujourd'hui, été un chevalier exemplaire. Tu as repris la mission de ton père Illiane du Sculpteur et posé de solides fondations pour construire et protéger notre Sanctuaire. Tu as formé le chevalier Persée dont les premiers faits d'arme rapportés sont de très bons augures pour le futur. Tu as mené à terme la réflexion sur l'entrée des femmes dans la chevalerie. Enfin tu as secondé Viris dans la recherche des survivants des peuples de Mü avec passion et pour autant sans jamais oublié tes taches précédentes. Si chacun regarde tes actions sans laisser ses émotions voiler la vérité, il confirmera mes dires. Tous ici présents ne peuvent pas témoigner d'autant de dévotion à notre égard. »
Et son regard parcourut la foule. Certains des contestataires se recroquevillèrent sur leurs bancs. D'autres au contraire se redressèrent et me défièrent de tout leur être. Où donc voulait en venir Athéna ?
« Cependant, reprit-elle, les faits qui te sont aujourd'hui reprochés sont gravissimes. Tout comme ton attitude bornée à décréter que tu étais pleinement consciente de tes actes et à refuser toutes les aides qui t'ont été proposées. Aussi, voici ma sentence… »
Elle abaissa son sceptre vers moi et son cosmos s'enflamma.
« Pour une durée de seize années humaines, il te sera interdit de porter ton armure, et de revendiquer ton appartenance au Sanctuaire. »
A ces mots, l'armure du Burin qui m'avait fidèlement accompagnée toutes ces années quitta mon corps et retrouva sa forme de totem.
« Ton titre et ton armure te seront rendus dans seize ans, lorsque tu te présenteras de nouveau devant moi. »
Mon cœur manqua un battement. Elle ne m'exécutait pas. Elle me bannissait.
« Pendant ces seize révolutions, il te sera totalement interdit de t'approcher des océans. »
Je faillis éclater de rire. Comme si j'allais me précipiter auprès d'Alastair pour pleurer ou me venger.
« Enfin ta mission pour cette période est de retrouver les derniers représentants du peuple de Mü. Je veux que tu mettes à profit ce temps pour trouver les derniers vestiges laissés par ceux de ton peuple, et enfin créer un refuge. Ce lieu servira également de forge pour réparer les armures dont ton peuple a doté les gardiens du panthéon. »
Je la dévisageai durement sous mon masque. Mais qu'est-ce qui lui était passé par la tête ?
« Enfin, pour t'aider dans tes recherches, le chevalier du Verseau t'accompagnera pour une année. Après quoi, il reprendra ses fonctions au Sanctuaire. »
Ah nous y voilà. La garce… Mais c'est aussi pour cela que j'étais si fière d'appartenir à sa garde. Je n'aurais jamais cependant cru être un jour de ceux qui subissaient ses colères. Et la sentence d'Athéna venait de me briser le cœur. Non parce qu'elle était injuste, mais au contraire, parce qu'elle était clémente. Et parce que chacun des instants des années qu'il me restait à vivre, sera écrasé par ma culpabilité.
Malgré moi, les larmes qui n'avaient cessé de couler redoublèrent en intensité.
« As-tu bien compris, Alastair ? » me demanda-t-elle en descendant les marches qui menaient jusqu'à l'arène.
J'acquiesçais lentement.
« Veux-tu bien me rendre ce masque ? Tu n'as plus besoin de lui à présent. »
Je montai ma main tremblante vers le masque. Et le détachai de mon visage. Puis je le lui tendis et éclatai de rire. Un rire strident, un peu hystérique.
Elle me sourit, ce qui accentua ma réaction. Elle se pencha alors vers moi et me prit dans ses bras. Je me figeai à ce contact et cessai de rire puis je me recomposai un visage, au travers duquel continuai à transparaitre une infinie tristesse.
« Que tu peux être cruelle Pallas. Je ne sais pas si je survivrai pour revenir dans seize ans.
-Tu as intérêt à survivre Cassidy… » et son ton s'était fait aussi dur que le marbre.
Mes larmes se remirent à couler, mais la mascarade était terminée. Athéna retourna à ses frères sans un regard en arrière. J'étais à présent morte, pour les seize prochaines années.
Angharrad - première publication le 28.10.2010
