Hello everyone ! Désolée pour mon retard sur toutes mes fics. J'ai subi pas mal de stress ces derniers temps dans ma vie professionnelle et personnelle, et je n'ai tout simplement eu ni le temps, ni la disponibilité, ni même la motivation pour écrire. Je suis en train de me remettre petit à petit à mes histoires, mais c'est assez lent. Voilà malgré tout la suite de ma traduction, et je me dois d'ajouter que si ce chapitre est lisible c'est grâce à OldGirl !

.

Chapitre 7 : Des sentiments susceptibles d'un senior civilisé

Sulu entendait son estomac gronder tant il avait faim, tandis qu'une vague de nausée le menaçait. Il grogna et se gratta la tête, mais même ce léger mouvement l'étourdit. Il poussa un soupir d'exaspération.

- Bon, dit-il à Chekov en s'appuyant de façon exagérée contre le panneau de commande pour faire sourire le pilote russe, il faut absolument que je mange. N'importe quoi fera l'affaire. (Il parvint à arracher un petit rire au jeune homme, qui acquiesça.) Vous voulez quelque chose ? Un whisky ? plaisanta-t-il.

- Je ne bois de whisky que lorsque je fais de l'exercice et que j'ai besoin de m'hydrater, répondit-il sur le ton de la plus profonde évidence.

L'humour de Chekov était généralement aussi aride que les sables du Sahara. Ce fut au tour de Sulu de sourire avant de faire un signe de tête et de s'éloigner. Au dernier moment, il se retourna :

- Oh, vous pouvez garder un œil sur la navigation pendant mon absence ? Apparemment, nous devons maintenir un angle de 20 degrés par rapport à ULAS J0015 en distorsion 6. »

Comme la créature l'avait annoncé, après avoir entièrement glacé Sulu par sa seule présence, l'ordinateur du vaisseau avait reçu les coordonnées de leur destination, mais c'était au pilote de les y emmener.

Avec un sourire, Chekov acquiesça. Sulu l'imita et monta dans l'ascenseur. Il aimait vraiment beaucoup Chekov, qui était un jeune homme adorable, et d'une intelligence renversante. Il avait parfois beaucoup de choses à dire, et alors il parlait, et parfois rien du tout, et alors il se savait se taire, ce que Sulu appréciait.

Son front se plissa à la pensée que Chekov n'atteindrait peut-être jamais le formidable potentiel qui était le sien. Si quelque chose venait à lui arriver, quelque chose qui l'empêche d'accéder au succès qu'il méritait cependant… quelque chose comme l'attaque d'une espèce extra-terrestre capable de le tuer d'une chiquenaude, par exemple. Sulu secoua la tête pour en chasser les mauvaises pensées avant que le contrôle de son imagination ne lui échappe totalement.

Quoi qu'il arrive, dans cet univers ou dans un autre, peu importe, Pavel Chekov vivrait éternellement. C'était une pensée stupide, évidemment, parce que personne ne pouvait vivre éternellement. Mais Sulu esquissa un sourire, seul dans l'ascenseur, en se disant que si quelqu'un le pouvait, c'était bien ce gamin. Du moins laisserait-il son empreinte dans l'univers.

Le pilote se dirigea à grands pas vers le réfectoire, prit un sandwich sans vraiment le regarder, et se laissa tomber sur la chaise la plus proche. Son estomac grondait avec colère. Alors qu'il portait la nourriture à sa bouche, il remarqua alors Scotty qui entrait dans la pièce. Reposant son sandwich, il fit un signe de la main pour attirer l'attention de l'ingénieur et lui proposer de venir manger avec lui.

- Bonjour, mon ami, s'écria Scotty en s'asseyant à côté de lui, les yeux brillants. Alors, comment ça va sur la passerelle ?

Scotty souriait. Il avait le don inestimable de détendre l'atmosphère autour de lui sa bonne humeur était contagieuse, même dans les pires moments de crise. Sulu ne put s'empêcher de lui rendre son sourire et, ce faisant, il sentit diminuer le poids qui lui oppressait la poitrine. Se trouver à côté de l'Ecossais ne vous débarrassait pas nécessairement des sentiments qui vous pesaient, mais les allégeait considérablement.

- On ne peut pas dire que ça soit la grande forme, mais on tient le coup, répondit-il en mordant dans son sandwich. Et vous, à l'Ingénierie ?

- Oh, tout va bien. Comment va le capitaine ?

La question était sincère. Il s'inquiétait pour Kirk, sachant à quel point ce dernier devait prendre sur lui dans ce genre de situations. Le capitaine et Scotty étaient amis. Quoique Kirk fût le seul homme à bord capable d'exercer la fonction de capitaine, il était proche de bien des membres de l'équipage, dont Scott, et ce dernier le lui rendait bien, notamment en s'inquiétant pour lui de façon systématique. Sulu eut un petit rire.

- Dieu seul le sait, Scotty. Quand il l'a décidé, il peut être aussi fermé qu'une huître. J'imagine qu'il est sous pression.

- Et le commandant ? demanda-t-il avec une pointe d'espoir.

Le poids qui avait momentanément quitté Sulu revint se poser sur sa poitrine et son sourire s'envola.

- Je ne sais pas, avoua-t-il avec un profond soupir. Je…

Un long silence suivit cette réponse, teintée d'un regret qui resta suspendu entre eux. Il voulait continuer sa phrase, expliquer ce qui était arrivé à Spock, mais il resta perdu dans le souvenir de ce qui s'était passé. Lorsqu'il cligna des yeux pour se composer un visage neutre, Scotty se raidit et s'agita sur sa chaise avant de plaquer à nouveau un sourire sur son visage et de se pencher vers son ami.

- Votre fleur de jade d'Anguria a éclos, non ? Quelqu'un m'en a parlé l'autre jour. Un des botanistes, un jeune, était complètement extatique à cette idée !

Sulu reporta son regard vers son interlocuteur et sentit son sourire revenir malgré lui. Il n'était pas stupide, il savait pertinemment ce que Scotty était en train de faire – et, en l'occurrence, ça marchait parfaitement. La pensée de ses plantes chéries lui remontait toujours le moral, même si ce n'était que légèrement. Sacré Ecossais !

- Oui, elle a éclos, répondit-il avec un petit clin d'œil. La première à fleurir loin de sa planète natale. Ce sont des végétaux incroyablement intéressants. Leur couleur provient non pas des nutriments qu'elles tirent dans le sol, mais dans l'air. Bien sûr, beaucoup de fleurs ont des épines, ou produisent une odeur qui repousse les prédateurs, mais les jades sont beaucoup plus intelligentes que ça ! D'après mes recherches, aucune créature d'Anguria ne se risquerait à les manger. Tous les animaux ont appris à les reconnaître et préfèrent tout simplement ne pas s'en approcher. Si vous n'êtes pas suicidaire, vous aussi, vous resterez à l'écart !

Scotty sourit à son tour en entendant la leçon de son ami. C'était un sujet sur lequel il était intarissable. Sulu était un homme très intelligent, un expert en arts martiaux, un escrimeur hors pair, un pilote remarquablement doué, et il pouvait mettre à terre un homme qui faisait le double de sa taille. Mais dès qu'il abordait les plantes et les fleurs, il devenait complètement sentimental.

- … d'ailleurs, j'ai envoyé un rapport officiel à Starfleet il n'y a pas longtemps, conclut-il avec la fierté du devoir accompli.

Puis son sourire s'effaça devant l'ironie amère de la situation. Il laissa échapper un rire sans joie et hocha la tête.

- Quelle ironie, hein, Scotty ? Un jour une fleur exotique attire toute l'attention, et le lendemain…

Il agita sa main en l'air avant de laisser retomber son bras sur la table et de s'enfoncer dans sa chaise. L'indignation qu'il éprouvait face à la situation se peignit sur ses traits. Scotty se pencha vers lui d'un air déterminé.

- On va s'en sortir. On s'en sort toujours.

Pour la millième fois, Sulu hocha la tête. Ce geste lui était presque devenu aussi naturel que de respirer.

- Je ne vois pas comment, Scotty. Je ne vois pas comment on pourrait jouer au plus fin avec cette créature. Juste pour le plaisir d'argumenter, admettons qu'on suive ses ordres, à savoir qu'on la libère, elle et tous les siens, et qu'on leur offre l'occasion de quitter leur planète et de faire tout ce qui leur chante avec leurs pouvoirs démentiels… Comment pouvons-nous être certains qu'ils nous laisseront partir après ? Et si vraiment on leur obéit, et qu'ils nous laissent vraiment partir… comment pourrons-nous vivre, jour après jour, avec cette question : « Mon Dieu, qu'avons-nous fait ? »

- Non, Sulu, ça ne va pas se passer comme ça. Le capitaine n'est pas du genre à abandonner. Il a une volonté de fer, il n'obéira pas comme ça.

Sulu se redressa avec un soupir de frustration, ruminant les conséquences d'une telle attitude de la part de Kirk, qui martelaient son esprit.

- Alors, Spock va y passer. On va tous y passer, conclut-il.

Scotty se pencha encore un peu vers lui, les coudes sur la table, le fixant avec intensité.

- Sauf s'ils bluffent, articula-t-il lentement.

La contrariété était nettement perceptible dans sa voix, irrité qu'il était par l'insolence de cet alien qui avait joué avec son vaisseau et avec ses amis.

- Quoi ?

- Si ça se trouve, ils bluffent, ils nous roulent dans la farine.

- Ils nous quoi ?

- Ils nous roulent dans… Oh, vous ne connaissez pas l'expression, fichu Nord-Américain ! Ça ne fait rien, laissez tomber. Peut-être que… Ecoutez, je remercie l'univers de ne pas avoir été témoin de ce qui est arrivé à ce pauvre Spock, mais même s'ils sont capables de trucs incroyables, qui nous dit qu'ils sont extensibles à l'infini ?

- Qui nous dit qu'ils ne le sont pas ? répondit Sulu, légèrement perplexe.

Où Scotty voulait-il en venir ? Quels rouages de son esprit s'étaient-ils mis en marche pour l'amener à de telles conclusions ? Peut-être était-ce simplement parce qu'il n'était pas sur la passerelle – mais Sulu, lui, y était. Les images s'étaient imprimées au fer rouge dans son esprit, et avec elles la certitude de ce que cette créature était capable de faire… L'idée qu'il puisse mentir au sujet de ses pouvoirs était inconcevable.

- Malgré tout ce que l'alien a fait sur la passerelle, il faut bien qu'il ait une limite, non ? (Sa voix était empreinte de conviction, tout son corps se tendait dans la volonté de persuader son interlocuteur.) Sinon, pourquoi auraient-ils besoin de l'aide de qui que ce soit, surtout d'une espèce « inférieure », pour quitter leur planète, s'ils sont vraiment capables de tout ? S'ils peuvent nous atteindre jusqu'à cette pouponnière d'étoiles, jusqu'à cette fameuse lune, comme ils le prétendent… dans ce cas, pourquoi ne pas juste se retrousser les manches et aller chercher leurs cristaux eux-mêmes ? Ou pourquoi ne pas s'emparer de notre vaisseau quand nous étions à leur merci, tous nous tuer, et piloter eux-mêmes ?

Ses mots devenaient de plus en plus véhéments et ses sourcils se soulevaient dans un effort pour convaincre son ami de ce qu'il voyait lui-même très clairement. Les lèvres de Sulu s'entrouvrirent légèrement, montrant son incrédulité face à la logique de l'ingénieur, comme s'il refusait de l'entendre. Les bras croisés, il secoua la tête. Merde. Mais oui, Scott avait raison. Sulu soupira et reposa ses mains sur ses genoux.

- D'accord, Scotty, où est-ce que vous voulez en venir ?


Debout devant le moniteur de Spock, Chapel en relevait les données sur un petit cahier. D'après le rapport de McCoy, les constantes du Vulcain avaient été irrégulières durant toute la nuit, et elles continuaient à fluctuer. Heureusement, il n'y avait rien de véritablement alarmant, mais ces brusques et fréquents changements étaient étranges. Les chiffres avaient commencé à se stabiliser vingt minutes auparavant seulement.

Les dossiers médicaux n'étaient pas censés être conservés sur papier, car ils étaient plus en sécurité et mieux organisés dans les banques de données du vaisseau. Pour Chapel, cependant, utiliser un stylo et écrire à la main l'aidait à penser différemment. C'était un petit truc qu'elle avait appris du médecin en chef. Elle ne l'utilisait pas souvent, mais elle espérait – de façon illogique, elle devait l'admettre – pouvoir ainsi comprendre ce qui arrivait à Spock.

En entendant une brusque inhalation sur sa droite, elle se tourna pour constater que Spock était en train d'ouvrir les yeux. Elle laissa sa main qui tenait le stylo retomber le long de son corps. Les yeux du Vulcain étaient voilés, son regard flou.

Il cligna des paupières pour dissiper les ténèbres des images de l'infirmerie et le bruit d'un membre du personnel médical à son côté parvinrent lentement à ses sens. Son esprit s'éveillait lentement, mais il se trouvait encore incapable de déterminer où il était précisément, et qui se trouvait à son côté.

- M. Spock ? demanda Chapel. Vous m'entendez ?

La voix lui parut immédiatement familière. Il inspira, expira. La lumière stroboscopique de l'électricité reflétée dans les yeux noirs de l'alien et l'horreur inscrite sur le visage du capitaine et sur tous ceux des officiers envahirent un instant son esprit, avant de disparaître puis de revenir. La sensation que son corps ne lui appartenait plus, qu'un autre que lui le contrôlait entièrement. Ce qu'il avait ressenti était particulièrement étrange – n'avoir plus aucun contrôle sur son propre corps, aucune inclination ni préférence pour ce qu'il expérimentait. Le ressenti. Il se souvenait de n'avoir éprouvé aucune peur, mais uniquement le désir logique d'en finir. Ç'avait été, en vérité, assez insoutenable.

L'infirmière répéta sa question, articulant nettement chaque mot. Spock avala sa salive et, ne faisant pas confiance à sa propre voix, acquiesça.

- Avez-vous mal quelque part ?

Il ne répondit pas immédiatement, peut-être pour tenter de fournir une réponse plus précise en descendant plus profondément en lui. Cependant, un humain risquait probablement de s'inquiéter de son silence. Bien qu'il n'eût curieusement pas envie de parler, il avait l'impression qu'il devait le faire.

- Non, répondit-il.

Sa propre voix lui sembla étrangère, mais elle était toujours stable et assurée. Chapel y vit un signe positif. Pessimiste, elle s'était imaginée que Spock aurait changé lorsqu'il se réveillerait. Mais Spock était toujours lui-même. Il était stupide d'imaginer que sa personnalité pouvait varier d'un iota.

Alors qu'il tournait la tête vers elle, il parvint enfin à identifier sa voix.

- Chapel, dit-il sur un ton indiquant qu'il la reconnaissait.

Elle acquiesça.

- C'est bien moi.

Bien. Ce bref moment de confusion s'était avéré légèrement gênant. Il sentait à présent le brouillard qui obscurcissait son esprit se dissiper enfin, et il réalisa en même temps qu'il n'avait rien à faire allongé à l'infirmerie alors qu'il devait parler au capitaine.

Il se redressa sur un coude avec l'intention évidente de se lever, mais Chapel leva une main en signe de protestation.

- C'est hors de question, commandant. Vous êtes encore très faible. Laissez-moi appeler le docteur McCoy.

Elle appuya doucement sur son épaule pour qu'il se rallonge, mais il résista, notant avec un silencieux mépris qu'elle avait raison et que ses muscles avaient en effet été très affaiblis.

- Je dois parler au capitaine, déclara-t-il sur ce ton neutre qui était le sien, mais sa voix était rauque et éraillée.

Il était évident qu'il ne réalisait pas la gravité de son état, et qu'il ne pouvait pas entendre sa propre voix. Christine ne bougea pas plus qu'une statue. Ses mots n'avaient aucun effet sur elle.

- Pas de problème, je vais l'appeler, mais vous devez absolument rester tranquille.

Elle parvint à empêcher le Vulcain de se redresser alors que sa tête retomba sur l'oreiller, elle s'empara de son communicateur. Spock commençait à trouver la situation extrêmement désagréable. La seule chose qu'il voulait bien concéder à sa moitié humaine était d'admettre que se retrouver à l'infirmerie était hautement déplaisant.

- Chapel à McCoy.

.

Dans ses quartiers, le médecin en chef avait abandonné l'idée d'essayer de dormir. Il avait réussi à se reposer quelques heures, ça suffisait bien. Le bruit de son communicateur lui parvint au moment où il finissait d'enfiler son t-shirt noir, et il parvint à l'extraire de la pile de vêtements qu'il avait laissée traîner par terre.

- J'écoute.

L'infirmière ne pouvait l'appeler que pour une seule raison – non, en fait, il y en avait une seconde, mais il ne l'aimait pas. Chapel l'appelait parce que le gobelin au sang vert était réveillé, c'était évident.

- Il est réveillé, docteur.

Il hocha la tête en l'entendant confirmer sa théorie.

- Et il veut voir le capitaine, ajouta l'infirmière.

McCoy ne put s'empêcher de ricaner en secouant la tête de droite à gauche. Evidemment, Spock voulait voir Jim.

- Je n'en doute pas. J'arrive tout de suite.

Il referma son communicateur et, de façon assez révélatrice sur ses habitudes de sommeil, il le remit dans la poche de son pantalon. Puis il soupira, poussa un juron, le ressortit et l'accrocha à sa place, sur sa ceinture. Avec une rapidité rarement égalée, il enfila sa tunique médicale bleue et sauta dans ses bottes. Il était peut-être fatigué, mais plus tôt il arriverait à l'infirmerie, mieux ça vaudrait. Spock était un patient pénible.

.

Le médecin jeta un coup d'œil à l'infirmerie avant d'entrer. Il s'était attendu à y trouver une agitation fébrile, en accord avec le désordre qui régnait dans son propre esprit, mais tout était étonnamment vide. Il pouvait entendre le bruit de ses pas alors qu'il traversait la pièce silencieuse pour se diriger vers la petite pièce du fond. Il déglutit péniblement en repensant à la façon dont ils avaient, peu de temps auparavant, traîné Spock sur le carrelage qu'il était en train de fouler.

La porte était ouverte pour permettre au médecin d'examiner le patient. Il franchit le seuil et laissa échapper un soupir de soulagement dont il n'eut même pas conscience en constatant que le Vulcain était réveillé. Les traits de Spock pouvaient lui révéler beaucoup : les yeux ouverts (Jupiter soit loué), la peau pâle (il s'y attendait), la crispation des mâchoires… Et voilà. Spock serrait les dents, comme à chaque fois qu'il pénétrait dans cette pièce, même pour un check-up de routine. Il acceptait toujours d'être examiné et traité, comme on pouvait s'y attendre de la part d'un Vulcain, mais avec une légère grimace de dégoût, dissimulée derrière ses dents serrées. McCoy sourit malgré lui.

- Spock, le salua-t-il.

- Docteur, il me semble que je suis prêt à reprendre du service dès à présent, répondit-il en se soulevant lentement pour s'asseoir contre le dossier du lit, alors que Chapel secouait la tête de façon clairement désapprobatrice. C'était… C'était seulement temporaire et je préférerais être autorisé à quitter l'infirmerie.

McCoy fit la moue en entendant cette phrase. Spock n'était pas du genre à se montrer peu précis, ou à utiliser un terme vague, et pourtant il n'avait pas spécifié ce qui, exactement, était « temporaire ». A cela s'ajoutaient le léger balbutiement, parfaitement inhabituel chez le Vulcain, et le son discordant de sa voix. McCoy offrit à Spock une grimace à la fois moqueuse et empathique.

- Entendu, mais vous semblez oublier que c'est à moi d'en juger. Si vous coopérez, je vous laisserai peut-être sortir. Peut-être.

C'était un mensonge flagrant. Spock aurait pu être au mieux de sa forme, respirer la santé, tout en lui aurait pu clamer qu'il vivrait vieux avec des cellules en parfaite santé, il aurait pu faire mille pompes à la suite et même soulever l'Enterprise à mains nues, après ce qui s'était passé la veille, après ce dont McCoy avait été témoin, le premier officier n'avait aucune chance d'aller nulle part.

Spock soupira et se redressa, comme pour signifier qu'il était prêt à subir l'interrogatoire du médecin.

- Je sais que Chapel vous l'a déjà demandé, mais avez-vous mal quelque part ?

- Non.

Sans ajouter un mot, McCoy tendit la main vers l'infirmière, qui déposa immédiatement le scanner médical dans sa paume. Il le passa devant la poitrine et regarda les résultats, dont un en particulier attira son attention. Il fit claquer sa langue pour signifier son agacement.

- Vous avez mal à la tête ? demanda-t-il.

Il attendit la réponse, incapable de dissimuler son énervement alors qu'il penchait la tête pour regarder le Vulcain, bras croisés. Lui aussi était parfaitement capable de jouer à ce petit jeu. Spock cligna des yeux en se demandant pour quelle raison génétique les humains étaient si facilement irritables. Puis il ouvrit la bouche pour répondre, mais le médecin le coupa.

- Vous savez, grommela-t-il en levant les mains au ciel en signe d'exaspération, c'est le genre de choses que j'attends que vous me disiez ! Je vous demande « hé, Spock, vous avez mal quelque part ? » et vous me dites « oui, docteur McCoy, j'ai mal à la tête ». Et ensuite, on peut continuer à discuter comme le font les gens civilisés dans un environnement médical, et peut-être même que je pourrais vous donner quelque chose contre votre migraine ! Parce que figurez-vous que je suis médecin !

Face au doigt menaçant de McCoy qui le pointait, Spock prit une profonde inspiration, quoique à peine perceptible, et regarda le plafond, comme il le faisait généralement lorsqu'il était placé dans une situation particulièrement humiliante. Puis ses yeux quittèrent les carreaux pour se poser sur le médecin.

- Je ne pensais pas que c'était imp…

- C'est à moi de penser si c'est important ou non, Spock. C'est moi le médecin ici !

McCoy était certes frustré face au comportement de cet idiot buté, mais le soulagement de constater que son cœur battait toujours l'emporta. Il inspira brusquement et se tourna vers l'infirmière. La fureur absolue qui l'avait submergé lorsque, la veille, il s'était penché vers Spock après la séance de torture qui l'avait fait s'évanouir, faisait toujours rage sous le calme qu'il avait regagné pendant la nuit. Mais il était injuste de l'exprimer maintenant, alors que Spock venait à peine de se réveiller. Même s'il était incroyablement pénible. Le médecin expira et se détendit.

- Soyez gentille, Christine, et allez me chercher le capitaine, demanda-t-il.

Elle acquiesça d'un air entendu et quitta la pièce.

- Les communications sont-elles toujours bloquées ?

- Non, non, tout est réparé.

McCoy tira sa chaise à côté du lit de Spock et s'assit malgré le regard quelque peu sceptique de son patient, puis il croisa les mains et les jambes.

- Vous vous souvenez de ce qui s'est passé ?

Spock leva un sourcil incrédule et fixa le mur – un masque efficace, qu'il utilisait souvent.

- Oui, je crois, répondit-il de son habituel ton neutre.

Puis son regard se posa de nouveau, indéchiffrable, sur McCoy. Ce dernier scanna le visage du Vulcain, essayant de lire entre les lignes – des lignes que Spock n'avait pas écrites. Il voulait lui demander s'il allait bien, comme il le faisait d'ordinaire avec ses patients, mais avec le premier officier, une telle question était inutile. Les yeux du médecin tombèrent sur un endroit pâli, légèrement violacé de sa peau, à la base de son cou, où les fils avaient mordu la chair. McCoy se frotta machinalement les mains, souhaitant stupidement pouvoir revenir quelques jours en arrière pour éviter à l'Enterprise d'emprunter le même chemin.

- D'accord. Alors, euh…

Il se gratta l'arrière de la tête en parcourant du regard les constantes de Spock sur son PADD. Elles n'étaient pas beaucoup plus compréhensibles qu'auparavant, mais apparaissaient à présent comme normales et stables. Merveilleux.

- Je ne sais pas comment ça se fait, mais il n'y a pas la moindre trace de ce qui vous est arrivé, à part votre mal de tête pas important. (Spock faillit lever les yeux au ciel.) Et que vous avez vraiment une sale gueule.

Le premier officier se pencha légèrement, ce qui signifiait qu'il trouvait l'observation curieuse. Il ouvrit la bouche, la referma, et McCoy haussa les sourcils à son tour. Il se demandait s'il avait enfin réussi à réduire le Vulcain au silence, mais ce n'était évidemment pas le cas.

- Dans ce cas, vous pouvez me renvoyer…

- Non, Spock, je ne vous renvoie nulle part pour le moment, dit franchement le médecin en chef avec un petit mouvement de la tête.

Cela, au moins, était très clair dans son esprit. Il vit Spock laisser échapper un léger soupir, ce qui, pour lui, était la plus haute manifestation d'agitation possible. Sans émotions, mon cul.

- Vous vous souvenez de ce qui vous est arrivé, évidemment. Mais est-ce que vous savez ce que ce put… (Il se mordit la langue)… ce que cet alien a dit pendant que vous étiez…

L'expression impassible de Spock s'adoucit alors que le souvenir lui revenait. Il se rappelait une aveuglante lumière blanche. Une douleur épouvantable, à la limite de l'insoutenable. Les mots qui l'avaient précédée, des mots prononcés entre la créature et le capitaine. Sa mémoire ne le trahissait pas. Mais tout ce que son esprit avait été capable d'enregistrer par la suite avait été l'intense violence qu'avait éprouvée chacune des fibres de son être. Alors qu'il était enchaîné, incapable d'échapper à ce qui le détruisait, le suffoquait, rien d'autre n'avait d'importance.

- Je ne sais pas.

McCoy avala avec difficulté. Le tour que prenait la conversation commençait à lui déplaire.

- Eh bien, nous… nous avons accepté sa requête. Il vous menaçait, il menaçait de détruire le vaisseau si nous ne lui obéissions pas.

Il vit enfin la première véritable émotion percer sous la façade vulcaine, sous la forme d'un froncement de sourcils au-dessus d'yeux écarquillés. Il soupira, devinant que l'opinion de Spock sur la question rejoignait probablement la sienne.

Moi non plus, je n'aime pas ça.

- On file comme un pet sur une toile cirée depuis près de quatorze heures. Il nous reste encore un jour avant d'arriver là-bas. Et ensuite, il faudra revenir.

Il scruta le visage du Vulcain, qui secouait la tête de droite à gauche.

- Qu'est-ce qui vous tracasse ?

- C'était une erreur.

McCoy n'eut pas l'opportunité d'exprimer son approbation, car le capitaine fit irruption dans la pièce, l'infirmière sur ses talons.

- Spock !

Kirk souriait alors qu'il s'avançait vers eux, les bras à demi levés en signe de joie. Ses yeux étincelèrent lorsqu'il vit que son ami était éveillé, mais il ne parvint pas à dissimuler totalement son inquiétude.

- Ça va ? demanda-t-il en s'arrêtant près de la chaise où s'était assis McCoy.

Spock acquiesça.

- Affirmatif, capitaine. C'est précisément ce que je m'efforçais de faire comprendre au docteur McCoy, en dépit de son obstination à m'ignorer.

Kirk, les mains sur les hanches, émit un petit rire. Lui aussi aurait ignoré les protestations du Vulcain. Le soulagement qu'éprouvait le capitaine était si intense qu'il avait du mal à y croire. Il avait cessé de compter le nombre de fois où Spock avait voulu quitter l'infirmerie et où McCoy avait refusé, et le caractère familier de la situation était réconfortant. Il baissa les yeux vers le visage empreint d'agacement du médecin et posa la main sur son épaule.

Merci.

- Spock, fit remarquer Kirk en le fixant, sans vouloir prendre parti, vous venez tout juste de vous réveiller.

- Les instruments infaillibles du docteur McCoy vous confirmeront qu'en effet, je « vais bien », capitaine.

Effectivement, il semblait en bien meilleure forme que ce à quoi Kirk se serait attendu. Sa voix était voilée, mais les mots qu'il prononçait lui rappelaient le Vulcain en parfaite santé qu'il avait vu la veille. Le capitaine secoua la tête face à l'entêtement de son premier officier. Comment pouvait-il vouloir ne serait-ce qu'être éveillé alors qu'il avait failli être tué ? Il jeta un coup d'œil à McCoy .

- Docteur ?

- Je n'ai pas très envie de le laisser sortir, Jim, répondit ce dernier en haussant les épaules.

Les constantes de Spock avaient beau être revenues à la normale – du moins autant que possible chez un hybride aussi pénible que lui – sa réponse était toujours non. Kirk interrogea Spock du regard, s'attendant à le voir s'incliner, mais sa bonne humeur fut secouée par ce qu'il lut dans les yeux du premier officier. Le regard du Vulcain était intense, brûlant d'une détermination inébranlable. Il était rare de voir une telle expression sur son visage, de sentir la tension de ses muscles – en bref, il était généralement indéchiffrable, à moins de bien le connaître. Actuellement, cependant, il fixait le capitaine d'une façon presque inquiétante et en totale contradiction avec la pâleur de sa peau et les cernes gris sous ses yeux. Kirk comprit immédiatement que Spock devait absolument lui parler, et qu'il ne prendrait aucun repos avant de lui avoir dit ce qu'il voulait lui dire. Maintenant.

- Vous êtes sûr que vous vous sentez assez bien ? demanda-t-il.

Il sembla à Kirk qu'ils avaient tenu une conversation entière, sans avoir eu besoin de la communication ordinaire, chacun comprenant les mots que l'autre ne prononçait pas. McCoy redressa la tête brusquement, les yeux écarquillés, totalement pris de court par la question du capitaine. Il leva les mains en l'air et regarda Christine en se demandant si elle était, avec lui, la seule personne sensée de l'assistance. Elle haussa les épaules.

- Vous n'avez pas entendu ce que je viens de dire, Jim ?!

Kirk l'ignora. Il n'avait pas quitté Spock des yeux, attendant sa réponse.

- Oui, Jim, déclara ce dernier.

Kirk le fixa encore quelques instants, incapable de déterminer si Spock était suffisamment remis pour savoir ce qui était bon pour lui. Le capitaine n'avait pas oublié ce que son ami venait de traverser. Finalement, il acquiesça et regarda McCoy qui, bouche ouverte, bras le long du corps, semblait totalement paralysé par le choc.

- Une heure à peine, Bones. Je vous le ramène après et vous pourrez faire tout ce que vous estimerez nécessaire. Il dit qu'il va bien, c'est l'occasion de vérifier. Nous resterons sur ce pont, nous n'irons pas loin. (Le coin de sa bouche se releva en signe de sympathie.) D'accord ?

McCoy ricana sèchement et fixa un point entre Kirk et Spock.

- Bon Dieu, ce n'est pas comme si vous me laissiez le choix. Allez, dehors, espèce de… de créature desséchée au sang vert !

Le médecin se leva avec brusquerie et ouvrit la porte du placard, désignant en un geste dramatique l'uniforme qui y était suspendu, puis il sortit en coup de vent.

- Vous êtes deux idiots bons à rien et totalement fous… S'IL TOMBE DANS LES POMMES ET QU'IL SE CASSE LE COU, CE SERA DE VOTRE FAUTE, JIM ! hurla-t-il par-dessus son épaule tandis qu'il sortait de l'infirmerie.

Devant une telle réaction, Chapel dissimula un sourire en regardant par terre et suivit son supérieur.

Kirk poussa un long soupir et se retourna vers Spock qui, sans surprise, était déjà en train d'essayer de se lever.

- Doucement, dit le capitaine en s'approchant du lit.

Il prit soin de garder ses distances pour ne pas heurter la susceptibilité de son ami, tout en restant prêt à intervenir si nécessaire.

Alors que Spock posait lentement ses pieds sur le sol, il éprouva dans tous ses muscles une faiblesse qu'il n'avait jamais ressentie auparavant. Une faiblesse particulièrement désagréable. En tant que Vulcain, mais également en raison de sa personnalité, il trouvait indésirable la nécessité d'être aidé. Les humains pouvaient partager cet étrange besoin romantique de codépendance, mais c'était une chose que Spock ne pourrait jamais comprendre. Pendant toute son enfance, son père s'était montré très logiquement distant, de la même façon que Spock l'avait été envers sa mère, et les autres Vulcains envers lui. Il dépendait de l'absence de dépendance, et se sentit humilié de voir que le capitaine suivait attentivement le moindre de ses mouvements. Cependant, conscient de l'épuisement de son propre corps, il lui en était également reconnaissant.

Ses pieds touchèrent le carrelage froid et il regarda la tenue qu'on lui avait fait enfiler : une ample tunique blanche et un pantalon noir. Sans savoir pourquoi, il se souvint brusquement d'un cours sur la civilisation terrienne, auquel il avait assisté plus jeune. Certains hôpitaux, des siècles auparavant, infligeaient aux patients d'étranges et déplaisantes chemises de nuit, qui fermées d'une ficelle dans le dos, et obligatoires. Il remercia intérieurement les progrès de la médecine. Aucune blessure, aucune maladie n'aurait pu l'obliger à porter une pareille chose.

- Ça va ? demanda une voix à ses côtés.

Spock sortit immédiatement de ses souvenirs et hocha la tête.

- Oui, capitaine.

Il appuya son bras contre le lit pour se lever, encore intrigué par l'intense fatigue qu'il éprouvait. Il se redressa en essayant de dissimuler sa faiblesse aux yeux de son interlocuteur.

- La salle de conférence, ça vous va ? proposa ce dernier.

- Cela m'ira très bien.

Kirk esquissa un sourire.

- Parfait. Je vais voir Bones deux minutes pendant que vous vous changez.

Il tourna le dos à Spock pour quitter la pièce, mais sa vision périphérique perçut le frisson qui parcourut le corps du premier officier. Sentant son estomac tomber à ses pieds, il pivota juste au moment où les genoux de Spock décidaient qu'ils ne pourraient plus le soutenir et où le Vulcain s'effondrait à terre. Kirk se précipita pour attraper les avant-bras de Spock, lui évitant ainsi de justesse d'entrer trop brutalement en contact avec le carrelage. Son cœur fit une embardée au souvenir du Vulcain s'écroulant au sol, sur la passerelle. Le froid glacial de la peau de son ami l'inquiétait presque autant que sa chute.

- Tout va bien ? dit-il, les yeux grands ouverts sous le coup de la surprise et de l'inquiétude.

Spock se tendit et se dégagea de la poigne de Kirk.

- Affirmatif. Je vous prie de m'excuser, capitaine, je ne m'attendait pas à…

Il s'interrompit. Kirk cligna rapidement des yeux, abasourdi de constater que Spock n'achèverait pas sa phrase. Il ne s'attendait pas à quoi ? à tomber ? à se sentir si faible ? Bien que le premier officier se fût dégagé, Kirk ne le relâcha pas avant d'être certain qu'il était parfaitement stable.

- Ne vous en faites pas, Spock, j'imagine qu'il fallait s'y attendre. Vous vous en êtes pris plein la figure. Seulement… Ne vous cassez pas le cou, ou je n'ai pas fini d'en entendre parler.

Kirk ponctua sa phrase d'un petit sourire, essayant d'atténuer l'événement et ainsi d'éviter à Spock de se sentir encore plus embarrassé. Le Vulcain se contenta d'acquiescer en silence.

Kirk s'éloigna sans le quitter des yeux. Il connaissait le périmètre minimal qui permettait à Spock de se sentir à l'aise, mais les cris de McCoy retentissaient encore dans son esprit. Il espérait avoir fait le bon choix. Décidant finalement que Spock était assez grand pour connaître ses propres limites, il quitta la pièce et referma la porte derrière lui. Une part de lui savait déjà ce que Spock voulait lui dire : il allait essayer de le convaincre de la stupidité et de l'inutilité de son plan, et de l'en détourner. Mais ce n'était pas aussi simple… Il n'allait certainement pas obéir aveuglément aux ordres de l'alien, mais il n'allait pas non plus risquer la vie de Spock une fois de plus. Et encore moins risquer son vaisseau tout entier. Il en était tout bonnement incapable.