N/A : Voilà l'avant-dernier chapitre.


La patience :

Blackie / Harry Potter

Des couinements.

Un grattement persistant et étrangement sinistre.

Lily fronça les sourcil : ça ne présageait rien de bon.

"James?"

Elle posa les courses sur la table de la cuisine et progressa lentement jusqu'au salon, sortant sa baguette de sa ceinture.

"James ? Blackie ?"

Elle avala sa salive et resserra l'étreinte de ses doigts sur le bois lisse, ne pouvant empêcher la panique d'envahir son esprit en un bourdonnement indistinct.

Un gémissement misérable s'éleva dans le silence, faisant baisser sa baguette à Lily alors qu'elle s'approchait précautionneusement du recoin dans lequel un bac en plastique avait été installé pour Blackie.

Elle y trouva effectivement le chiot, et lui sourit, rassérénée. À son entrée, celui-ci dressa les oreilles, puis releva la tête, couinant pathétiquement au milieu du journal en lambeaux qui avait tapissé le fond de la caisse et d'une flaque de ce qui était vraisemblablement de l'urine. Lily retroussa son nez avec dégoût.

"Blackie ? Mais qu'est-ce que tu fais ?"

Le chiot pencha la tête de côté et racla le fond de sa caisse d'un coup de patte comme pour lui montrer quelque chose (Lily insistait toujours sur le fait qu'il était particulièrement intelligent, même si James refusait de le reconnaître).

Il ne fallut pas longtemps à Lily pour comprendre quel était le problème. Elle sentit une chaude bouffée de colère enflammer son visage alors qu'elle pointait sa baguette vers le chien :

"Finite incantatem".

Le chiot bondit hors du bac comme s'il avait été électrocuté et se rua de l'autre côté du salon, éparpillant dans son sillage morceaux de papier et éclaboussures.

Lily grimaça.

"Scourgify !

- Oh, Lily, tu es rentrée..."

La voix de James se perdit dans un murmure alors que Lily tournait un regard incendiaire vers son fiancé. Celui-ci, bien qu'appuyé contre le chambranle de la porte dans une position relaxée lança un coup d'œil nerveux vers le chien, puis vers Remus, qui se tenait derrière lui, une bière à la main et une expression amusée sur le visage. Ce dernier leva la bouteille en une salutation silencieuse vers Lily avant de s'adosser au mur, se préparant visiblement à assister à une scène divertissante.

Lily grinça des dents mais fixa de nouveau son regard sur James, sachant qu'il sauterait sur n'importe quel prétexte pour détourner son attention.

"James, gronda-t-elle. Est-ce que tu as jeté un sort au chien ?

- Oh, tu ne m'avais pas dit que vous aviez un chien, remarqua Remus, comme s'il n'avait pas remarqué la rage qui émanait de Lily par vagues.

- De façon temporaire, dit James. Extrêmement temporaire."

Lily lui lança un regard noir.

"Tu as dis que tu étais d'accord pour que je le garde ! s'écria-t-elle.

- Seulement parce que tu m'as forcé la main !"

Lily haussa un sourcil et croisa les bras.

"Ça ne justifie pas d'avoir jeté un maléfice sur un animal sans défense.

- Il l'a mérité : il a encore mangé mon "Quidditch mag", ajouta-t-il, fixant le chiot des yeux d'un air accusateur.

- Mérité ? C'est un chien, James, pas Sirius.

- Justement ! Quel besoin on a d'un chien alors qu'on a Padfoot ? Qui est déjà incroyablement pénible, ajouta-t-il entre ses dents.

- Qu'est-ce qui serait arrivé si je ne l'avais pas trouvé ? poursuivit Lily, ignorant son interruption. Combien de temps tu l'aurais laissé dans ses propres excréments et sans nourriture avant de le libérer ?"

James grimaça. Apparemment, il n'avait pas pensé à ça. Lily réprima un reniflement : typique James Potter de faire une chose pareille sans réfléchir une seule seconde aux conséquences. Il carra les épaules, soupira et se dirigea dans la cuisine. Il revint quelques instants plus tard avec une gamelle pleine et la posa devant Blackie en signe de contrition.

"Désolé", marmonna-t-il.

Lily sourit malgré elle. James avait nombre de défauts, mais contrairement à ce qu'elle avait pu croire lors de leurs jeunes années, la cruauté n'en faisait pas partie.

Remus eut un sourire narquois et avala une longue gorgée de bière.


"Lily...

- Mm ?"

Lily se tourna sur sa chaise pour observer James, déjà affalé contre la tête du lit. Sentant que la discussion ne serait pas plaisante, elle reposa sa brosse à cheveux sur la coiffeuse et lui fit complètement face.

"Je suis désolé, Lily, mais tu sais que je n'ai aucune patience. Je ne supporte pas les animaux et les enfants... Je t'avais prévenue", précisa-t-il d'un seul trait comme si le dire rapidement rendrait l'idée plus facile à accepter.

Lily se tendit.

"Qu'est-ce que tu essayes de dire ?

- Blackie retourne chez tes parents, annonça-t-il.

- Mais...

- Demain, affirma-t-il, et son ton n'admettait aucune discussion.

- James...

- Demain."

Lily soupira et baissa la tête, sachant que c'était perdu d'avance : il était inutile d'insister, James détestait tout ce qui réclamait de la patience ou de l'attention.

Elle espérait seulement qu'il changerait d'avis sur la position des enfants relativement à cette catégorie.

Rapidement.


Lily enfonça ses dents dans sa lèvre inférieure, si brusquement qu'il lui sembla entendre la peau craquer.

La douleur n'arrangea rien, cependant.

"Lily. Lily ? Lily !"

Elle sursauta et jeta un coup d'œil contrit en direction de Sirius. Après avoir forcé un sourire qui ressemblait davantage à un spasme musculaire sur son visage, elle recommença à fixer le vide de son regard brouillé par des larmes qui refusaient de couler.

Harry s'était mis à pleurer.

Encore.

"J'y vais", annonça Remus, faisant tressaillir Lily de nouveau parce qu'elle avait oublié jusqu'à sa présence.

Il s'extirpa calmement du vieux fauteuil gris qui s'affaissait davantage à chaque visiteur et répandait des dépôts pelucheux dans tout le salon mais qui était juste si familier que Lily n'aurait jamais eu le cœur de s'en débarrasser. Lily pressa les paumes de ses mains contre ses yeux secs, frustrée et rongée par la culpabilité. Elle était une mauvaise mère, tellement submergée par l'angoisse et la pure terreur évoquée en elle par un simple nombre qu'elle parvenait à peine à respirer, sans parler de s'occuper d'un bébé.

Trente-sept.

James aurait dû rentrer trente-sept heures plus tôt. Dumbledore avait suggéré qu'elle parte se cacher avec Harry au cas où. Et elle n'avait jamais haï quelqu'un autant qu'elle avait haï son vieux professeur à ce moment-là.

Elle avait refusé, bien sûr. Elle savait que c'était la solution la plus raisonnable mais elle s'était révélée incapable d'ignorer la petite voix qui criait :

James ne peut pas être mort !

Ne l'écoute pas, ne l'écoute pas, ne l'écoute pas !

Parce que juste envisager cette possibilité déchirait son estomac en deux.

"Ça va aller, Lily. Je suis sûr qu'il va bien", l'assura Sirius, ne sachant visiblement pas comment réagir.

Et Lily avait envie de lui crier que ce n'était pas vrai, qu'elle pouvait voir cette lueur de terreur au fond de ses yeux ; elle voulait défouler toute cette frustration, cette horrible colère et ce désespoir sur lui, mais elle garda la bouche fermée parce que Sirius n'avait rien fait de mal, qu'il essayait seulement d'aider. Après tout, ce n'était pas lui qui avait fait partir James en mission au milieu de Mange-morts : il était là pour Harry et elle comme elle savait que James le lui avait fait promettre un soir où il pensait qu'elle était déjà partie se coucher.

Quand Dumbledore lui avait dit qu'elle ne pouvait rien faire d'autre qu'attendre, avec son fichu visage inexpressif alors qu'il la regardait tomber en morceaux, elle aurait pu le tuer de ses mains. Mais bien sûr, Remus l'avait calmée et gentiment poussée vers la porte en murmurant quelque chose à propos d'Harry. Elle commençait à regretter de l'avoir laissé faire parce qu'à présent, elle était là dans l'appartement et il n'y avait rien d'autre à faire qu'attendre et penser à la possibilité que James ne reviendrait pas.

Remus retourna dans le salon avec le bébé dans les bras. Si James... Non, il ne pouvait pas ne pas revenir, rater les premiers pas d'Harry, les nuits où il pleurait à cause de ses dents et où James tenait à se relever malgré les moquerie de sa femme qui lui rappelait qu'il avait toujours prétendu ne pas avoir de patience avec les enfants et qui lui demandait si elle devait faire revenir le chien dont il l'avait obligé à se séparer. Ce à quoi il répondait qu'il n'avait pas changé d'avis, que les enfants et les animaux étaient toujours insupportables, mais que c'était Harry et qu'il avait hérité de son irrésistible charme naturel.

Lily laissa échapper un rire qui ressemblait à un sanglot à ce souvenir.

"Il va rentrer", dit Sirius, posant une main réconfortante sur son épaule.

Lily prit Harry à Remus avec des mains qui tremblaient tant qu'elle crut un instant qu'elle allait le lâcher.

"Je ne peux pas... Il a promis qu'il reviendrait, Sirius - je ne peux pas faire ça sans James", dit-elle enfin, ayant l'impression de s'étrangler avec chaque syllabe.

C'étaient les premiers mots qu'elle prononçait depuis des heures, et sa voix était aussi rauque que celle de James le lendemain des matchs de Quidditch auxquels il assistait du temps où ils pouvaient sortir en public sans craindre de se faire attaquer par des silhouettes masquées.

Du temps où elle ne se demandait pas s'il allait rentrer à chaque fois qu'il passait le seuil de la porte.

Bientôt, Sirius se mit à s'agiter inconfortablement sur son siège alors que Remus était déjà parti pour une raison qu'elle n'avait même pas cherché à comprendre.

"Lily...Je suis de garde ce soir, marmonna-t-il.

- Vas-y. Je vais m'en sortir toute seule, ne t'en fais pas.

- Bien... Bien, dans ce cas, je reviens demain ?"

Ça sonnait davantage comme une question qu'il ne s'y attendait, et il s'éclaircit la gorge, mal à l'aise. Lily pouvait voir sur son visage qu'il brûlait d'impatience de sortir d'ici pour pouvoir boire sa propre inquiétude loin de ses yeux, là où il pourrait cesser de prétendre que tout allait pour le mieux.

Lily hocha la tête et lui adressa un dernier sourire forcé. L'air hésitant, Sirius recula vers la cheminée.

"Tout ira bien, Lily, il va rentrer."

Elle ne peut que continuer à le dévisager en silence, comme si elle n'était pas tellement certaine de qui il était ou de ce qu'il faisait ici, alors qu'il disparaissait dans un nuage de fumée vers une destination dont elle n'avait pas saisi le nom.

Lily demeura immobile, à regarder Harry qui dormait sur le canapé en se disant qu'elle devrait le mettre dans son berceau sans réussir à rassembler l'énergie de se lever (à attendre, attendre, attendre que quelqu'un vienne lui remettre une de ces enveloppes à cachet noir ou qu'un ami la prenne dans ses bras en murmurant à quel point il était désolé...).

Il y eut un bruit dans la cuisine, derrière elle. Un craquement.

Apparition.

Lily sentit la panique l'envahir : elle ne voulait pas entendre les mots. Contre toute raison, elle ferma les yeux et pressa ses mains contre ses oreilles, posant ses pieds sur le canapé pour se rouler en boule. Parce que tant que personne ne lui dirait rien ça n'existerait pas et elle pourrait continuer d'attendre que James rentre.

Si pour ça elle devait rester cachée sur le canapé, elle était prête à le faire.

Des pas. Elle songea vaguement qu'elle ne serait pas capable de défendre Harry si elle restait dans cette position mais resta figée, déchirée entre le besoin de protéger son fils d'un potentiel danger et la certitude que si James était mort, elle n'y survivrait pas.

Une main se posa sur son épaule. Elle se tendit mais ne bougea pas. Il lui sembla entendre son nom alors que la personne essayait vainement d'écarter ses mains de ses oreilles. Elle se débattit un peu, cependant attentive à ne pas blesser Harry. Ce n'était pas un ennemi, sinon elle serait déjà morte et l'idée la faisait se sentir stupide, mais dans ce cas, ça signifiait que c'était un membre de l'Ordre et...

"Allez-vous en ! Je ne veux rien savoir ! cria-t-elle finalement, la voix étouffée par l'étoffe de sa jupe contre laquelle son visage était pressé. Je vous en prie, ne me le dites pas", gémit-elle, ayant conscience de se comporter avec l'immaturité d'une enfant huit ans.

Mais à la seconde où elle saurait, elle serait irrémédiablement brisée et alors quel genre de mère serait-elle pour Harry ? Pauvre petit vulnérable Harry qui ressemblait tant à James.

Un sanglot secoua ses épaules.

La voix répétait son nom comme une litanie et l'inconnu (qui était sans aucun doute mâle) abandonna l'idée de la faire sortir de sa prostration : il la prit dans ses bras et souleva du canapé. Par réflexe, Lily releva la tête, poussant un cri étranglé.

Harry se réveilla instantanément et ses propres cris y firent échos.

Mais Lily s'en moquait. Parce que deux yeux noisettes la dévisageaient avec inquiétude derrière des lunettes à monture métallique qu'elle avait aidé à choisir deux ans et demi auparavant. Elle leva une main pour l'enfoncer dans les cheveux noirs les plus indomptables de toute la Grande-Bretagne et peu importait qu'ils soient sales et emmêlés ou que le tee-shirt contre lequel elle était pressée empestât la sueur et le sang.

"James..." murmura-t-elle, sachant que c'était probablement quasi inaudible avec les cris du bébé dont elle aurait vraiment dû s'occuper - mais elle était incapable de relâcher James, comme si cesser le contact allait le faire disparaître.

Le regard de James se posa momentanément sur Harry avant de revenir sur elle.

"Tu es rentré, dit-elle dans un souffle.

- J'avais promis... Je suis désolé de t'avoir inquiétée.

Et elle resserra son étreinte sur ses épaules, laissant les larmes finalement couler sur ses joues alors qu'elle était secouée d'un rire qui sonnait presque hystérique.

"Lily... Lily, il faut donner son biberon à Harry, et le coucher, dit-il doucement. Reste là, je vais m'en occuper, ajouta-t-il, essayant de la reposer sur le canapé.

- Tu veux t'occuper d'Harry ?"

Ça fit redoubler son rire, de penser qu'à présent ce soit sa première préoccupation après toutes les années où il avait crié haut et fort que jamais on ne le verrait à moins de dix mètres d'une couche-culotte.

"Oui... Je m'occupe de tout, ne t'inquiète pas. Je suis là, maintenant", murmura-t-il d'un ton rassurant.

Il desserra précautionneusement son étreinte et se redressa, prenant Harry dans ses bras. Le bébé continua de hurler de toutes ses forces, et James sourit, l'air aussi heureux que si on venait de lui annoncer qu'il était devenu millionnaire.

Plus tard, après qu'Harry eût été calmé et endormi par des heures de va-et-vient sur la moquette de sa chambre, James retourna dans le salon pour trouver sa femme prostrée exactement au même endroit où il l'avait laissée. Elle lui dit sans relever la tête qu'il fallait prévenir Sirius et Remus, qui étaient probablement ivres morts à ce stade. James hocha la tête, s'assura patiemment qu'elle mange quelque chose, puis la mit au lit en lui répétant continuellement que tout allait bien et qu'il ne l'aurait jamais (jamais, jamais) laissée seule. Quand elle fut endormie, il entreprit de retrouver ses deux amis de toujours, de les tirer de la situation potentiellement dommageable dans laquelle ils s'étaient mises dans un bar moldu, puis de les faire dessoûler avant de rentrer prendre un repos bien mérité.

Le lendemain, même Remus était d'accord pour dire que James faisait une mère merveilleuse et Sirius lui ramena un chaton perdu en lui annonçant qu'il aurait eu horreur de voir ses nouveaux instincts s'émousser. James s'énerva, s'apprêta à mettre à ses deux prétendus amis la raclée de leur vie, mais Harry se réveilla et il dut ajourner la réaffirmation de sa masculinité pour aller lui donner son bain avant de préparer le petit-déjeuner.


N/A : voilà, j'espère qu'il n'y a pas trop de fautes parce que je viens d'arriver dans un endroit dans lequel je n'ai pas internet, et je me suis dépêchée de terminer ce chapitre pour pouvoir le poster pendant que j'en avais l'occasion. Plus qu'un à faire, et je promets que l'attente ne sera pas trop longue (parce que je suis finalement en vacances danse de joie devant son ordinateur)...