Chapitre 4
Je flottais dans les ténèbres. De douces ténèbres qui avaient succédées aux Rêves. Je me sentais bien dans ces ténèbres. Entourées par leur chaude et tendre étreinte, j'étais en sécurité. A l'abri des Rêves. A l'abri des Souvenirs. A l'abri du Monde Extérieur. J'aurai voulu rester éternellement dans ces ténèbres. Rester en sécurité, à l'abri, loin de tout cela... Mais déjà une lumière tranchante, pointait de plus en plus forte... et je me réveillais.
Peu à peu, je pris conscience de mon environnement tout en gardant les yeux fermés. J'étais allongée sur un matelas moelleux sous un drap doux et qui me gardait bien au chaud. J'étais comme dans un cocon qui me rappelait les Ténèbres. Mon corps me faisait toujours mal mais la douleur était moindre qu'avant mon sommeil.
Ouvrant les yeux, je papillonnais des paupières pour m'accoutumer à la luminosité. Je me rappelais alors où je me trouvais. L'infirmerie. Le Professeur Rogue m'y avait emmené à cause de l'explosion de mon chaudron. J'eus une pointe aigüe de panique. Mes Charmes!
Je me redressais vivement dans mon lit. Essayais de me redresser. Je retombais sur l'oreiller, la tête me tournant. Je restais haletante quelques secondes, les yeux fermés, attendant que le vertige passe. Quand se fut fait, j'extirpais un bras de dessous le drap et le ramenais dans mon champ de vision.
J'étais toujours vêtue de ma chemise boutonnée aux manches. Mes mains étaient bandées de blanc ce qui était normal vu que c'était quasiment elles qui avaient tout pris. J'essayais de faire bouger mes doigts et m'arrêtais très vite en grimaçant. Elles étaient douloureuses. J'allai avoir du mal durant les prochains jours.
Je retroussais légèrement ma manche gauche pour voir mon poignet et poussais un soupir de soulagement. Mes Charmes étaient toujours posés. Mon Secret était sauf. Je fermais les yeux et restais ainsi de longues secondes afin de faire redescendre l'angoisse qui m'avait prise. Heureusement je n'avais pas eu de Crise...
Rouvrant les yeux, à nouveau calme, je me redressais dans mon lit, lentement cette fois. Pas même un léger vertige. Bien. Je cherchais mes affaires du regard. Mon pull, ma cravate, ma robe, mes ballerines et mon sac de cours étaient soigneusement posés sur une chaise à ma gauche avec ma baguette.
Je saisis cette dernière aussitôt que je la vis. La sensation du bois doux sous mes doigts me fit énormément de bien et je sentis comme une onde de chaleur me parcourir, chassant un peu de fatigue et de lassitude. Je la regardais avec attention comme à chaque fois que je le pouvais.
Mesurant centimètres, elle était en bois d'Accacia et était de couleur ambre parcourues de nuances en arabesques de marron. 27,5 centimètres selon Ollivander et excellente pour les sortilèges et la Défense contre les Forces du Mal. Toujours selon lui, elle avait un "coeur étrange" selon les mots du vieil homme.
Il s'agissait d'un de ses projets de baguette de jeunesse et qu'il avait rangé au fond de sa réserve, personne n'étant choisie par elle depuis plus de 65 ans. Jusqu'à ce que j'arrive dans sa boutique pour acheter ma baguette. J'y étais allée seule, Père étant à Gringotts pour affaires et, Draco et Mère chez Mme Guipure.
Je revoyais précisément les yeux marrons pétillants de M. Ollivander et ses paroles me revinrent:
" 27,5 centimètres. Bois d'Accacia . Relativement souple. Excellente pour les sortilèges et la défense contre les forces du mal. Et un coeur étrange, très étrange..."
J'avais alors demandé en quoi il était étrange.
" Un crin d'un Sombral allié à celui d'une licorne noire enlaçant une plume de phénix et agrémentée d'une écailles de Magyard à pointes.
A la fois extrêmement fragile et solitaire, avec une méfiance farouche à l'égard de tous hormis son porteur et pourtant la présence d'une force, d'un courage et d'une volonté de protection ainsi qu'un désir d'aider.
Un coeur tout en contradiction. Si contradictoire que son existence même est un mystère. Ce sera une baguette difficile mais plus loyale que tout."
Je revis ses derniers mots avant que je ne quitte secouée la boutique.
" Ne révélez à personne le coeur de votre baguette. Cela vous mettrait en grand danger. Cette baguette n'a choisi personne durant 65 ans et elle a refusé des sorciers parmi les plus grands. Elle ne devrait même pas pouvoir exister. Vous devez garder le secret. S'il est révélé vous en êtes en un danger des plus grands..."
Les paroles d'Ollivander me hantaient depuis ce jour et j'avais suivi son conseil ne donnant qu'une part de la vérité à mes parents, en leur disant juste que ma baguette contenait un crin de licorne (sans mentionner que c'était une licorne noire).
Je savais, je l'avais compris que si quelqu'un apprenait la particularité de ma baguette, je serai traquée sans pitié. Mais depuis ce jour, ma peur était plus grande que jamais.
Je caressais une dernière fois ma baguette, puis relevant ma tête, repoussais mes draps et sortant de mon lit, me mis debout. Je m'habillais soigneusement et le plus silencieusement possible, jetant de fréquents coups d'oeil au bureau de l'infirmière qui était allumé.
Un coup d'oeil à ma montre me renseigna sur l'heure. 21h15 . Cela expliquait qu'il fasse déjà nuit. J'avais dormi environ 11 heures et raté le déjeuner et le diner. Il me restait 45 minutes avant le couvre-feu. Heureusement pour moi il n'y avait personne dans l'infirmerie.
Je griffonnais rapidement un "merci" sur un bout de parchemin que je laissais sur la table de chevet et allais sur la pointe des pieds à la porte de l'infirmerie. Fermée. Je fouillais dans ma mémoire puis pointant ma baguette sur la serrure, inspirais profondément et me concentrais avant de murmurer:
-" Alohomora."
Mon premier sort. Etrange et ironique que ce soit le sort permettant de déverouiller une serrure et de se libérer.
La porte se déverouilla avec un léger cliquetis. Je ne pus empêcher une bouffée de joie, de m'envahir. J'avais réussi! J'avais réalisé mon premier sort du premier coup! J'en aurais dansé de joie si cela ne m'avait fait repérée.
Je tournais doucement la poignée de la porte que j'ouvris tout aussi doucement pour éviter le moindre grincement qui m'aurait fait repérer. Heureusement et je bénissais celui qui avait entretenu les gonds, elle pivota sans un bruir et je pus sortir et fermer la porte derrière moi. Pointant à nouveau ma baguette sur la serrure, j'articulais:
-"Collaporta "
Le sort pour fermer une porte. Cela me fit mal, un peu stupidement, d'utiliser ce sort. Un sort pour fermer une porte. Tout un symbole. Je me faisais pitié.
Rangeant ma baguette dans ma manche de chemise, là où je pouvais la sentir et la sortir en cas de besoin, je me mis en route vers la Tour des Gryffondors, essayant de me souvenir comment y aller.
Au détour d'un couloir près d'un escalier, je m'assis un instant par terre, la tête me tournant. Celle-ci renversée en arrière contre le mur, les yeux clos, je tâchais de calmer ma respiration.
Soudain je sentis quelque chose de doux, soyeux et chaud, venir frôler ma main gauche et un petit museau humide se coller à ma paume. Ouvrant les yeux, je vis une chatte marron rayé de noir et de gris aux poils mi-longs avec de grands yeux rouges, qui me fixait. Je lui souris:
-" Bonsoir, toi..."
Elle miaula comme un bonsoir et je souris plus encore avant de la caresser. Elle se colla à moi en ronronnant et je la caressais de plus belle. Elle finit par sauter sur mes jambes et se rouler en boule sur mes cuisses pour mieux s'offrir aux caresses et aux gratouilles que je lui offrais bien volontairement.
J'avais toujours adoré les animaux. Ils n'avaient pas la cruauté des hommes et étaient bien moins compliqués. Et surtout on pouvait leur faire confiance.
Je ne sais combien de temps, je restais à la câliner ainsi. Jusqu'à sentir une autre présence dans le couloir. Levant la tête, je vis à trois mètres, un homme vêtu de vêtements marrons de qualité moyenne, aux longs cheveux châtains filasses, aux petits yeux ternes et au visage d'une année sans doute. Il n'était pas beau mais n'était pas non plus laid. Il était marqué par le labeur et le travail.
J'aurais dû m'en méfier. D'ailleurs il y avait de la méfiance en moi. Cependant elle était moindre que ce qu'elle aurait dû être.
Je lui souris timidement:
-"Bonsoir Monsieur."
Cela sembla le choquer que je l'appelle Monsieur. Ou peut-être, était-ce juste, que ce n'était pas tous les jours que l'on trouvait une élève de première année de Gryffondor assise dans un couloir par terre à quelques minutes du couvre-feu, entrain de caresser une chatte aux yeux rouges sur les genoux, qui vous salue d'un "Bonsoir Monsieur". Oui cela devait sans doute être ça.
Il finit par dire:
-"Bonsoir Mademoiselle. Vous savez que le couvre-feu va commencer dans une demi-heure?"
Je hochais la tête:
-"Oui Monsieur. Je suis désolée, mais j'ai eu besoin de m'asseoir, j'ai raté le diner puisque j'étais à l'infirmerie et du coup j'ai eu un petit vertige. Et puis il y a cette magnifique chatte qui est arrivée et je n'ai pu m'empêcher de la caresser, je suis vraiment désolée, si je vous ai causé le moindre désagrément..."
J'avais débité tout cela à un rythme extrêmement soutenu, en bégayant de gêne, profondément désolée d'avoir causé quelque chose de négatif à quelqu'un. Il lâcha bourru:
-" Ce n'est rien. Vous ne m'avez pas causé de désagrément. J'étais juste surpris que vous caressiez Mistaigne..."
Je souris en entendant le nom de la chatte:
"- Alors elle s'appelle Mistaigne... C'est un nom qui lui va bien."
Mistaigne ronronna de plus belle sur mes cuisses. Je demandais après coup en fronçant les sourcils:
-"Je suis désolée si j'ai enfreint une règle, je n'avais pas pensé à mal en la caressant, je vous le jure!"
Il s'approcha de quelques pas et dit:
-" Ce n'est pas ça. C'est juste que les élèves ne l'aiment pas parce qu'elle les repère quand ils enfreignent le règlement."
Je baissais les yeux sur Mistaigne et je dis ébouriffée:
-" Alors tu es une Gardienne de Poudlard, ma belle? Si j'avais su que j'étais en compagnie d'une telle Dame..."
J'étais en présence de quelqu'un de si important. Un des Gardiens empreints du pouvoir de Poudlard afin d'aider à sa régie et à sa protection. Au nombre de , se renouvelant parfois, ils étaient porteurs du Pouvoir des Fondateurs. C'était un immense honneur que d'être en présence de l'un d'entre eux...
Relevant la tête vers l'homme, je le vis entrain de me regarder insondable. Il finit par dire:
-" Venez avec moi."
Je me relevais en m'appuyant contre le mur, Mistaigne dans mes bras et suivis l'homme, un peu inquiète. Avais-je donc fait quelque chose de mal?
Nous parcourîmes ainsi plusieurs couloirs avant qu'il ne s'arrête devant une petite porte marron. Ouvrant la porte il me fit entrer. Il s'agissait d'un bureau ensevelis sous des cartons et des objets en tout sens mais qui restait pour moi, accueillant bien que chaotique.
L'homme me fit m'asseoir dans un canapé près de la cheminée où flambait un bon feu dans lequel il rajouta quelques bûches. Il me dit avant de se diriger vers la sortie:
-" Je reviens."
Je lui demandais le faisant s'arrêter avant qu'il ne sorte:
-" Excusez-moi, je ne vous ais pas demandé votre nom..."
Il se retourna vers moi et me dit toujours bourru:
-"Argus Rusard. Concierge de Poudlard."
Je lui souris:
-" Enchantée. Adal. Elève de Première année à Gryffondor."
Il répondit:
-"De même."
Et il sortit. Je restais à regarder la porte quelques secondes puis avec un soupir, enlevais mes ballerines et m'allongeais sur le canapé sur le côté. Ma tête me lançais et j'avais encore quelques vertiges. Je savais que ce n'était pas poli d'agir ainsi chez quelqu'un, encore plus chez un inconnu, mais j'étais tellement mal...
Sans m'en rendre compte, Mistaigne pelotée contre moi, bercée par ses ronronnements et enveloppée dans sa chaleur et celle du feu, je me sentis glisser dans le sommeil...
POV RUSARD:
Rusard marchait dans les couloirs, sans sa fidèle compagne pour une fois. Il pensait à l'étrange petite fille qu'il avait laissé dans son bureau avec Mistaigne. Il la revisualisa.
Vêtue d'un uniforme de Gryffondor froissé. Ses très longs cheveux noirs bouclés, en désordre et emmêlés. Son teint très pâle avec des cernes violets sombres. Trop fine, trop maigre, elle donnait l'impression de pouvoir s'envoler au moindre coup de vent.
Elle était belle cependant malgré la souffrance qui marquait son corps. Car il en était sûr. Elle cachait d'autres blessure que celles qu'elle avait à ses mains bandées. Et son attitude craintive le lui confirmait.
Et pourtant... Elle avait été polie avec lui. L'avait appelé Monsieur. C'était excusé pour lui avoir causé des désagréments. Avait dit être enchantée de le rencontrer. Avait caressé Mistaigne. Et tout cela avec une honnêteté qu'elle transpirait littéralement. A aucun moment elle n'avait feint. Même si elle devait cacher des choses il en était sûr.
En tant que lié de Mistaigne qui était son Familier, à lui le Cracmol, il partageait certaines caractéristiques avec sa Compagne que celle-ci tenait de son statut de Gardienne de Poudlard. Et l'une d'elle était de voir à travers les Charmes.
Aussi il avait pu voir que le jeune Draco Malfoy avait du sang de Veela dans les veines même si peu actif, et que Steve Brooks un cinquième année de Poufouffle avait essayé de faire rentrer un , illégalement dans le château.
Aussi il avait tout de suite perçu qu'Adal Malfoy portait un Charme. Il dissimulait sans aucun doute, sa pâleur, ses cernes et sa maigreur, et il s'ajoutait à son sang Veela plus fort en elle que chez son frère, mais il sentait qu'elle dissimulait autre chose qui avait un lien avec la peur, la douleur et la méfiance dans ses yeux. La question était: Quoi?
FIN POV RUSARD
" Du sang. Du sang partout poisseux et collant, sombre couleur rubis sur le sol et les miens. Une couteau goûtant de ce même sang dans ma main crispée. Et une voix qui susurre à mon oreille:
-" Tu es à moi ."
Je croise mon regard fou dans le miroir et je hurle..."
Je me réveille en sursaut et croise le regard marron inquiet de M. Rusard. Il me demanda doucement:
-" Est-ce que ça va aller?"
Je me contentais de hocher la tête. Je ne faisais pas confiance à ma voix. Je me redressais assise sur le canapé. Mistaigne se frotta contre moi en miaulant pour me réconforter. M. Rusard dit:
-"Elle est venue me chercher en courant. Je suis désolé, j'ai eu à m'occuper d'élèves qui ont essayé de pénétrer dans l'infirmerie et je suis revenu en retard."
Je dis d'une voix rauque:
-" Ce n'est pas grave, je vous assure. Et puis ne vous inquiétez pas pour moi. Ce n'est rien d'autre qu'un mauvais rêve..."
Je lui souris en essayant d'être rassurante. Cela dût plus ressembler à une grimace car il ne sembla pas convaincu. Cependant il ne dit rien dessus et se contenta de dire:
-" Le couvre-feu est déjà passé depuis une heure et demie. Il est 23h36. Je vais vous raccompagner à votre dortoir."
Je lui souris franchement cette fois:
-" Merci beaucoup Monsieur."
Je me redressais et réenfilais mes ballerines avant de prendre ma sacoche et ,après une dernière caresse et un bisous sur la tête de Mistaigne qui miaula de contentement, me levais.
M. Rusard me raccompagna au dortoir au silence. Durant le trajet, je me questionnais. Pourquoi M. Rusard m'avait-il invité dans son bureau? Il ne m'avait retiré aucun point, mis aucune retenue. C'était comme si...
Comme si il m'avait laissé le temps de me reposer avant de reprendre mon chemin vers le dortoir. Comme si il avait vu à travers mon Charme. Mais ce n'était pas possible n'est-ce pas?
Nous arrivâmes devant le portrait de la Dame de Gryffondor. Me tournant vers lui je lui souris timide et lui dis:
-" Merci pour tout M. Rusard. Et bonne nuit."
Je fis volte-face et entrais dans le passage, le tableau refermant celui-ci derrière moi. Il n'y avait personne dans la salle commune et je montais directement dans mon dortoir où j'entrais le plus silencieusement possible. Les filles dormaient déjà ce qui n'était guère étonnant.
Me servant de la faible luminosité du feu de cheminée et des rayons de la lune, je rejoins mon lit aux rideaux ouverts. Là je trouvais à mon grand étonnement, deux liasses de papiers, un morceau de parchemin enroulé, une pomme et un sandwich. Il y avait aussi une carafe de jus de citrouille avec un gobelet sur la table de nuit.
Qu'est-ce que...? Qui avait pu déposer cela? Allumant une chandelle, je déroulais le parchemin et lus les mots qui y étaient écrits:
" Adal (je me permets de t'appeler ainsi).
Je t'ai pris les cours, ton emploi du temps et les autres papiers que le Professeur McGonagall a donné pour toi, comme tu étais à l'infirmerie.
Je t'ai aussi laissé de quoi manger et boire vu que tu as raté le déjeuner et le diner. Je ne sais pas si tu rentreras ce soir mais si tu rentres cela te fera du bien.
Remets toi bien.
Bien à toi.
Hermione Granger"
Je restais figée sur place, assise sur mon lit, le parchemin entre mes doigts. Si les papiers comme l'emploi du temps avaient pu lui être donnés par le Professeur McGonagall avec l'ordre de me les remettre, rien ne l'obligeait à me prendre les cours et de quoi me substanter.
Je posais le parchemin et pris une liasse de papier. Au fur et à mesure que je la feuilletais, je ne pouvais que m'ébahir. Tout y était. Notes, schémas, explications, annotations etc... L'ensemble d'une écriture déliée et élégante certes un peu resserrée par l'ardeur mise à écrire mais le tout clair, lisible et agréable à lire. Potions, métamorphose, sortilèges etc... Il y avait même un parchemin avec la liste des devoirs à faire.
Non rien, ne l'avait obligé à faire tout cela. Alors pourquoi? Elle ne me connaissait pas, ne m'avait jamais adressé la parole... Et ma réputation sinistre que je doutais pas d'avoir au sein de Gryffondor, ne devait pas aider. Alors, pourquoi avoir passé autant de temps à prendre les cours pour moi, avoir fait cela avec tant de soin et d'application, pourquoi avoir laissé à manger et à boire? Ces questions tournaient en boucle dans ma tête.
Mon regard se porta vers son lit ( indiqué grâce à une plaque dorée sur le bas en bois du lit qui était apparue quand nous avions choisi nos lits) aux rideaux fermés. C'était une Née-Moldue. Donc ignorant tout ou presque du monde magique. Elle ne pouvait avoir déjà l'idée de manipuler et de tisser des alliances. D'autant plus que c'était une Gryffondor et par définition pas une Serpentarde.
Je fouillais dans ma mémoire et finit par la retrouver. Une fille aux très longs cheveux châtains broussailleux, aux yeux marrons et aux dents de devant légèrement trop longues, excitée qui avait courru pour mettre le Choixpeaux et qui n'arrêtait pas de parler de ce qu'elle avait lu dans des livres. Elle était dans la barque voisine de la mienne quand nous avions traversé le lac et qui n'était pas loin quand j'étais assise lors du Banquet. Je ne saurais m'en souvenir de plus mais à en voir la copie des cours, elle était extrêmement conscencieuse et appliquée. Et à regarder le fait qu'elle m'ait pris les cours et à manger, elle semblait... gentille?
Je frémis à ce mot et secouant la tête, déposais les cours sur sa table de nuit, avant de manger pomme et sandwich et de boire deux verres de jus de citrouille. Cela me fit du bien. Je consultais brièvement les autres papiers qu'elle m'avait laissés dont l'emploi du temps avant de déposer le tout avec le reste sur la table de nuit et saisissant pyjama, serviette et trousse de toilette, allais faire ma toilette dans la salle de bain.
Au vu de mes bandages, et du fait que les filles dormaient, je renonçais à la douche et me contentais de me laver avec une bassine et un gant, puis je me lavais les dents et démêlais sommairement mes cheveux que j'attachais en un chignon souple et bas. Sortant de la salle de bain, je rangeais mes affaires dans mon armoire, éteignais la chandelle, et me glissais dans mon lit, où les rideaux fermés, je laissais tomber mes Charmes avec un soupir.
Allongée sous les draps, j'essayais durant plusieurs minutes de trouver le sommeil. En vain. Je cogitais bien trop de choses. Agacée, je repoussais mes draps, remis mes Charmes et sortais de mon lit, pour descendre, seulement en pyjama un châle en laine que j'avais coloré en rouge sur les épaules, dans la salle commune.
Là je rajoutais deux bûches dans le feu, de manière maladroite et allais m'asseoir dans un fauteuil rouge un peu usé, ramenant mes genoux au plus près de moi, me roulant en boule quasiment comme un chat.
Hypnotisée par le ballet des flammes et bercée par le craquement des bûches, malgré mes pensées tourbillonnantes, je glissais pour la 3éme fois de la journée dans le sommeil.
POV PROFESSEUR MCGONAGALL
Il était 6h30 , précisément quand le Professeur McGonagall arriva dans le couloir menant à l'entrée de la Salle Commune des Gryffondors, après avoir gravi les escaliers de la Tour. Elle avait affaire auprès de ses Gryffons. Parler aux Préfets, voir si tout allait bien, tirer l'oreille aux Jumeaux Weasley, faire un tour des premières années... et parmi ces derniers s'occuper d'un cas particulier.
Adal Malfoy. Première Malfoy à aller à Gryffondor...eh bien depuis la fondation de Poudlard selon les Registres. Mais pas la première de sang Black ce qu'elle était de par sa mère. Et elle ressemblait à une Black, plus particulièrement au dernier Black à avoir été à Gryffondor, il y a de cela 20 ans.
Elle ne put s'empêcher d'avoir un tressautement triste et douloureux au coeur, alors qu'elle revoyait un visage encadré par des cheveux d'un même noir, des traits similaires bien que plus masculins et des yeux d'un même bleus, qui riait à gorge déployé et qui souriait charmeur et insolent avec quatre autres élèves de Gryffondor.
Elle chassa rapidement cette pensée. Adal Malfoy n'était pas LUI. Même si elle avait commencé son premier jour à Poudlard de manière magistrale.
Séchage de la première heure de cours, retard à la seconde, ayant coûté 20 points dont 10 pour insolence envers un professeur, fait exploser un chaudron l'envoyant à l'infirmerie... et s'étant "enfuis" de la dite infirmerie en laissant juste un "merci" sur un parchemin.
Bon pour les 20 points, c'était Severus qui les avait enlevé, et elle connaissait le fait qu'il détestait Gryffondor et elle ne pouvait que supposer que la ressemblance de la fille avec LUI, n'avait fait qu'aggraver les choses. Mais cela restait quant même un très mauvais départ pour la rentrée.
Le Professeur entra dans la Salle Commune, vide encore à cette heure...ou non. Arrêtée au milieu de la salle, elle regardait stupéfaite la scène qu'elle découvrait devant elle.
Une petite fille de 11 ans, vêtu d'un pyjama bleu roi en coton, pieds nus, un châle en laine rouge sur les épaules, roulée en boule dans un fauteuil devant la cheminée, la tête appuyée contre le dossier de profil, ses cheveux noirs bouclés échappés d'un semblant de chignon... Endormie. Adal Malfoy.
Elle semblait si jeune, si vulnérable ainsi... Pâle et fatiguée, elle suintait la tristesse et la douleur. De ses mains en poings serrés, à son visage plissé en passant par son corps recroquevillé.
Et le Professeur McGonagall se souvint alors qu'en choisissant d'aller à Gryffondor, cette enfant avait en quelque sorte "tourné" le dos à sa famille. A son frère jumeau, allé à Serpentard et qui à ce qu'on lui avait raconté l'avait agressé verbalement hier au petit-déjeuner. Et elle revit encore l'Autre. Et elle se promit en regardant cette enfant, d'être un peu plus indulgente avec elle. Et de tout faire pour qu'avec elle se soit différent.
