Titre : Ne t'oublie pas

Genre : UA, "drame", "romance", psychologique ( ça c'est sûr !) (j'arrive pas à trouver quel genre c'est, mdrrrrrrrrr !)

Rating : T (plus d'un point de vue "psychologique" qu'autre chose)

oOo

Salut tout le monde ! encore une fois, un chapitre qui arrive un jour en avance par rapport à la date prévue (samedi soir) mais on s'y habitue pas, hein ! -) (Mouhaha! ff . net croyait m'avoir! Il voulait pas accepter mon fichier dans mes documents ce screugneugneu! si ça vous arrive, faîtes comme moi, rusez et exportez un chapitre déjà publier pour le modifier avec "edit/preview" ff . net ne vaincra pas!)

Bonne lecture ! (ce chapitre est plutôt court par rapport aux précédents (il fait huit pages :-S) mais le 8 sera plus long, on va dire que ça compense… hem !)

Chapitre 7 : Crise

A cette heure de la journée, la librairie du Moulin n'accueillait que peu de clients entre les deux vieilles habituées qui papotaient devant les derniers recueils des enquêtes du commissaire Maigret et le gamin assis en tailleur devant la section des bandes dessinées. Remus marqua un arrêt à l'entrée de la boutique, appréciant l'ambiance particulière du lieu.

La librairie avait été construite dans un ancien moulin – d'où son nom – et les propriétaires en avaient gardé la structure tout en donnant à leur magasin un charme typiquement provençal entre les étagères en bois d'olivier et la dominance des couleurs chaudes. L'adolescent avait toujours aimé venir se réfugier ici lorsque, rarement, il se trouvait avoir du temps libre, n'ayant pas particulièrement les moyens d'acheter quoi que ce soit, mais c'était différent aujourd'hui.

Il commença par s'approcher du rayon jeunesse et ne mit pas longtemps à trouver le livre "Marlaguette" que sa sœur lui avait demandé, il prit également un recueil de contes orientaux après l'avoir feuilleté avant de se diriger vers la section consacrée à la culture. Remus adorait la lecture et tous les beaux livres qui traitaient de sciences ou d'histoire, mais surtout il désirait que sa sœur puisse avoir accès à une certaine source d'information comme ils ne possédaient pas de télévision. Il ne s'agissait certes pas de choses fondamentales mais il préférait que sa sœur en connaisse le plus possible de manière à ce qu'elle puisse choisir d'elle-même ses centres d'intérêt, et puis peut-être cela pouvait-il l'aider pour le dessin.

Il choisit une encyclopédie des animaux et un atlas, tous deux richement illustrés, puis monta à l'étage supérieur, où se trouvait tout ce qui était utile aux arts pratiques. Il ne s'agissait pas vraiment d'une papeterie mais on y trouvait du matériel et des ouvrages pour des prix abordables en considérant leur qualité indéniable.

Alors qu'il regardait les différents articles, Remus laissa son esprit partir vers les événements de ces derniers jours. Il lui semblait parfois encore sentir les lèvres de Léandre sur les siennes, cette chaleur qui s'était répandue et lui avait tout fait oublier l'espace de quelques secondes, et pour cela il savait que son attitude n'était pas du fait de la fatigue mais d'une nature plus profonde. Il avait plus ou moins évité son collègue ces derniers jours, sans pouvoir s'empêcher de l'observer à la dérobée, ce qui lui avait fait constater qu'il lui paraissait encore plus beau qu'avant.

Entre autres choses, c'était ce qui l'avait perturbé depuis cette soirée, son regard sur les autres hommes avait complètement changé. Il ne pouvait s'empêcher de se demander, en les regardant, ce que ça ferait de les embrasser, s'il aimerait se retrouver dans leurs bras, et il se sentait totalement stupide. Bien sûr, il n'était pas obsédé, du moins pas par les hommes mais indéniablement par ce qu'il avait découvert sur lui. Ses observations et introspections l'avaient rassuré autant que perturbé un peu plus, il s'était par exemple rendu compte que sa manière de voir Jay et Yoann n'avait pas changé et il savait que si ça avait été un d'eux qui était venu le voir à la place de Léandre, il l'aurait repoussé sans autre forme de procès, il était en revanche plus sensible aux charmes de Théo, bien qu'il se voit mal le considérer un jour autrement que comme un ami, mais également à certains garçons de son lycée.

C'était une expérience étrange parce que Remus avait toujours su dire s'il trouvait quelqu'un beau ou non, qu'il soit fille ou garçon, mais aujourd'hui, lorsque ces pensées lui venaient au sujet d'un homme, il ne savait plus comment l'interpréter, comment le gérer, toutes ses bases, ses convictions sur lui-même semblaient lui filer entre les doigts. Le pire avait sûrement été de voir arriver Sirius dans ces vêtements en cuir la veille. Le seul mot qui lui était venu à l'esprit n'avait pas été "sexy" – qui aurait encore pu passer –, non, il l'avait trouvé terriblement sensuel. Non pas que Remus allait se jeter sur lui, mais penser cela d'un garçon – Sirius ou un autre – était terriblement déroutant pour lui.

Heureusement qu'il y avait eu Severus. Il avait de nouveau croisé le garçon par trois fois et en si peu de temps, une étrange relation s'était nouée entre eux. Quand il était avec lui, Remus ne craignait pas d'avoir des pensées peu orthodoxes à son encontre, mais il n'aurait su en donner la raison. Severus n'était pas un garçon qu'on pouvait qualifier de beau mais il n'était pas laid non plus, c'était surtout son air revêche qui rendait les traits de son visage si désagréables, une physionomie qu'il lui avait vue tout en sachant qu'elle ne lui était pas adressée. Remus se disait qu'il serait sûrement agréable de se laisser aller dans les bras du garçon alors qu'il n'avait jamais été très tactile, ou du moins il ne l'était plus, sauf avec sa sœur. Durant ces quelques instants où ils s'étaient vus, ils n'avaient pas échangé beaucoup de mots mais c'était Severus qui l'avait abordé, l'air de rien, et ce seul fait avait rendu Remus plus serein, comme s'il avait désormais quelqu'un sur qui compter, ce qui semblait exagéré en considérant que lui et l'autre garçon ne se connaissaient pas en réalité.

Une migraine commença à poindre et le jeune homme frotta son front avec lassitude avant de se concentrer à nouveau sur ce qu'il était venu faire ici. Après quelques minutes, il trouva exactement ce qu'il cherchait. Il s'agissait d'une valisette en bois vert et aux attaches argent renfermant trois tiroirs en plastique transparent. Le premier contenait vingt-quatre crayons en bois, quatre feutres, ainsi que trois longues craies ; le second présentait douze godets de peinture, six tubes de gouache, une coupelle avec quatre compartiments qui devait servir aux mélanges, une petite éponge, quatre pinceaux et un crayon le dernier tiroir enfin comprenait un carnet de croquis, un petit paquet de feuilles à fort grammage, quatre crayons différents, trois fusains et enfin deux gommes qui ne devaient pas avoir la même utilité vu leurs apparences différentes. Ce n'était pas le genre de cadeau qu'on faisait à une enfant de six ans mais si Eline avait tout de son âge à l'habitude, la donne s'inversait totalement dès qu'on parlait de dessin.

Remus avait vu les œuvres – car c'en était – que sa sœur avait jusqu'alors caché, et il avait été soufflé par la limpidité du trait mais également par ce que Eline parvenait à faire passer dans ses dessins. Cependant, ce qui le surprenait le plus, c'était que sa sœur savait parfaitement ce qu'elle faisait quand elle prenait un crayon, elle savait pourquoi elle avait dessiné telle ou telle chose et si en temps normal elle avait tout d'une enfant, Remus avait presque été effrayé par la maturité qu'elle possédait dès qu'il s'agissait d'expliquer ses productions. Pour tout cela, il semblait important au garçon de prendre au sérieux le talent d'Eline, et cette mallette lui permettrait par ailleurs de s'essayer à différents types de dessin et peinture.

Il paya à la caisse puis rentra à l'appartement. C'était la première fois qu'il dépensait autant en une fois mais il ne le regrettait pas et ne considérait pas une seule seconde ses achats comme inutiles. Sans pour autant gâter sa sœur – il ne lui avait jamais offert ce genre de cadeau – il tenait à ce qu'elle ait autant qu'il pouvait lui offrir et, surtout, que son enfance ne se déroule pas dans la seule indifférence de son père.

On était mardi, ses cours avaient donc fini à quatorze heures et personne ne se trouvait chez lui à son retour. Il profitait de ce jour-là pour faire le ménage de fond en comble et l'absence de son père était une aubaine pour aller faire le genre de course dont il revenait sans se faire prendre.

Il dissimula soigneusement les différents paquets puis alla se servir un verre d'eau avant de se laisser tomber sur le vieux fauteuil du salon, frottant fortement la base de ses paumes contre ses yeux. Il était épuisé physiquement et psychiquement et il lui fallait rapidement trouver une solution pour y remédier s'il ne voulait pas que quelqu'un découvre la vérité sur sa famille.

Pour ce qui était de la fatigue physique, il considérait ne pas pouvoir faire grand-chose si ce n'était attendre de s'être habitué à ses horaires. Il se refusait à prendre un autre jour de congé et il avait fini par demander aux Pleox, les voisins du dessus, s'ils acceptaient de garder Eline le lundi soir, ainsi qu'à Mme Santère, la mère de Denis, pour le jeudi. Francis avait heureusement accepté de jouer le jeu et d'appuyer la demande, prétextant un travail de nuit et le besoin de concentration de Remus pour ses études, et les deux familles n'avaient pas trop posé de question, finalement ravies de s'occuper de la petite qui s'entendait très bien avec leurs propres enfants.

Le plus dur avait été de convaincre Eline qu'il n'y avait pas d'autre choix. L'enfant n'avait jamais été séparée de son frère, sauf pour aller à l'école. Au tout début de l'année, ça avait bien été son père qui était venue la chercher – pour donner le change principalement – mais elle avait vite retrouvé Remus. La conversation avait été d'autant plus dure que Remus lui-même se sentait mal de la laisser ainsi, lui donnant le sentiment pourtant faux de l'abandonner. Finalement, Eline avait compris qu'il avait besoin de repos et après lui avoir fait promettre une bonne dizaine de fois qu'il ne la laisserait que ces deux soirs, elle avait accepté de se rendre chez ses amis. Cela était d'autant plus arrangeant que la petite n'aurait plus à rester en garde à l'école à la fin des cours en attendant que son frère puisse venir la chercher. Cette semaine était la première où ils avaient exécuté ce système de garde et Remus espérait que sa sœur ne lui en voudrait pas trop lorsqu'il viendrait la chercher dans l'après-midi.

Il ne pouvait guère faire plus pour gagner du temps de repos dans la mesure où il voulait accorder le maximum d'attention à Eline, et si la crainte de se faire découvrir ou d'être trop fatigué pour s'occuper d'elle n'avait pas été là, il n'aurait certainement jamais demander ce service aux Pleox et aux Santère. Maintenant, ce qu'il craignait, c'était que les bouleversements qui lui arrivaient se répercutent sur sa sœur. Il n'avait pas le droit de flancher, seule Eline comptait, et pourtant il ne pouvait s'empêcher de se sentir mal, mais il fallait qu'il se ressaisisse… pour Eline.

Avec un soupir tremblant, il posa ses coudes sur ses genoux et sa tête dans ses mains, sa migraine revenant en force. Il n'avait pas vraiment le choix en réalité, il fallait à tout prix qu'il discute avec Léandre, loin des oreilles indiscrètes de la boîte. Le problème, c'était que son collègue lui-même semblait l'éviter, dans une moindre mesure, ou plutôt il faisait en sorte de ne jamais se retrouver seul avec lui. Cela non plus, Remus ne le comprenait pas, c'était lui qui l'avait embrassé et il ne l'avait fait que pour lui prouver qu'il était gay, n'est-ce pas ? Léandre ne pouvait pas…

Remus frissonna et effleura doucement ses lèvres, repensant à nouveau à ce baiser. Il s'était un instant demandé s'il était amoureux du grand noir mais… l'idée lui semblait étrange, bancale. Il sentait un besoin à combler au fond de lui, un besoin que l'homme avait fait naître, mais il ne s'agissait pas de tendresse ou d'amour, Remus en était quasiment certain, sans pour autant comprendre ce qui lui manquait.

Ses maux de tête empiraient à chaque minute et une nausée de plus en plus forte montait en lui alors que sa respiration se faisait saccadée. Il savait pourtant qu'il ne devait pas essayer de penser à ça, ça le mettait dans un étrange état, comme lorsqu'il pensait à sa…

Le garçon écarquilla brusquement les yeux et regarda sa main. Il venait de la voir toucher le bras du fauteuil mais il n'avait ressenti absolument aucune pression. Il joignit ses deux mains pour les frotter vigoureusement et réalisa avec effroi qu'il avait perdu toute sa sensibilité tactile. Son corps se mit à trembler violemment et il se redressa brusquement… pour tomber immédiatement à terre. Ses jambes non plus ne ressentaient plus aucune pression.

Une terreur sans nom l'envahit alors que ses tremblements se faisaient de plus en plus violents. Il porta une main insensible à sa bouche avant de vomir sur le sol sans pouvoir se retenir. Des larmes se mirent à couler de ses yeux et des sueurs froides dégoulinaient sur son visage, son dos et son torse. Il tenta de se relever mais il n'y parvint pas, l'absence de sensibilité étant trop insoutenable.

Son esprit semblait se vider peu à peu et il se traîna jusqu'à la salle de bain avec difficulté comme il ne sentait pas le sol sous ses mains et ses genoux. Arrivé là, il s'appuya au lavabo et s'y reprit à plusieurs reprises avant de parvenir à s'asseoir sur le rebord de la baignoire dans un équilibre incertain. Il voulut ouvrir le robinet mais n'y parvint pas non plus au premier essai, ses pleurs augmentant à chaque tentative ratée. Finalement, il parvint à faire couler de l'eau froide et plaça ses mains dessous, se fiant à sa vue pour s'assurer qu'il en prenait, pour s'en asperger le visage. La peau de celui-ci semblait également beaucoup moins sensible que d'ordinaire et l'eau fraîche n'arrangea rien au phénomène.

Il poussa un gémissement et se mit à gratter fortement la peau insensible de ses bras avec ses ongles, des plaies finissant par apparaître sans qu'aucune douleur ne lui vienne. Avec un cri de frustration et de terreur, il cessa et agrippa fortement le lavabo de ses doigts, gardant la tête baissée avant de la relever vers le miroir. Un moment, il ne vit que son image, le visage déformé par la peur et ses cheveux trempés autant de l'eau dont il s'était aspergé que de sueur, puis une autre personne prit place dans le miroir, un visage indistinct qui se précisait de plus en plus. Mais avant qu'il puisse reconnaître qui que ce soit, il leva son poing et le balança rageusement contre le miroir, le faisant voler en éclat alors que lui-même tombait à terre, la respiration sifflante et les yeux fermés.

Quand il les rouvrit, un morceau du miroir se trouvait juste devant ses yeux. Inconscient de son geste, il l'attrapa avec difficulté, ne réalisant pas qu'il s'était coupé, et rapprocha la pointe tranchante de son bras. Il la laissa en suspens un moment puis entailla légèrement sa peau avant d'écarquiller les yeux et de rejeter le morceau de miroir au loin tout en se repoussant contre le mur avec des mouvements désordonnés de ses jambes.

Un moment, il resta à regarder le bout coupant avec des yeux remplis d'effroi puis il secoua la tête et recommença à pleurer, la tête entre ses bras. Quelques minutes passèrent ainsi jusqu'à ce qu'il sursaute soudain en attrapant ses bras et en grimaçant de douleur. Sa sensibilité tactile était entièrement revenue et ses blessures le faisaient maintenant souffrir.

- J'deviens fou… souffla-t-il d'une voix tremblante en regardant ses plaies. C'est pas possible, je suis complètement…

Il poussa un gémissement et se recroquevilla sur lui-même en serrant fortement la mâchoire.

- T'as pas le droit, siffla-t-il entre ses dents. T'as pas le droit de faire ça. T'as pas le droit, Eline a besoin de toi. Eline…

Redressant la tête, il inspira profondément et se redressa prudemment, s'aidant du mur, les muscles affaiblis. Il resta un moment immobile à observer le miroir brisé avant de lever sa main devant ses yeux pour réaliser que des morceaux de verre s'y étaient plantés. Occultant l'étrange crise qu'il venait d'avoir, il entreprit de se soigner et de mettre de l'ordre dans la salle de bain ainsi que dans le salon, nettoyant ce qu'il avait rendu plus tôt. Il y arriva plutôt bien jusqu'à ce qu'il décide de ramasser les débris de verre et qu'il tombe sur celui avec lequel il avait failli…

Il tomba à genou devant, les mains crispées sur le sol. Qu'avait-il exactement voulu faire avec ça ? Heureusement qu'il avait eu conscience de son geste avant de rentrer plus profondément la "lame" dans son bras parce qu'il n'osait pas imaginer ce qu'il se serait passé sans ça. Mais s'il avait suspendu son geste, il n'en restait pas moins qu'il l'avait amorcé, et Remus ne comprenait pas pourquoi, du moins pas totalement.

Ses bras, ses jambes, totalement insensibles, l'espace d'un instant, bien qu'il les voyait et qu'il "savait" qu'ils lui appartenaient, lui avaient semblé totalement hors de son corps. Il avait eu beau s'en servir, ça avait été comme si quelqu'un d'autre les utilisait pour exécuter ses gestes. Il n'avait repris conscience de son corps qu'en voyant une goutte de sang perler de la petite entaille faite dans sa peau, il en aurait été incapable avant.

Fermant à nouveau les yeux, il inspira profondément pour se forcer au calme. S'il savait au moins pourquoi c'était arrivé…

Il finit de ranger puis dut ressortir pour aller acheter un miroir, ne désirant pas que son père et surtout sa sœur apprennent ce qu'il s'était passé aujourd'hui. Il espérait surtout que ses blessures cicatriseraient vite car s'il pouvait les cacher sous des pulls la journée, il ne pourrait pas les dissimuler avec son costume du Paradis Rouge.

Bizarrement, malgré la terreur qu'il avait ressenti sur le coup, Remus se sentait assez détaché de sa crise maintenant qu'elle était passée, un peu comme si elle était arrivée à quelqu'un d'autre, mais il la gardait en tête à cause d'Eline, ne voulant surtout pas lui faire de mal.

Lorsqu'il alla la chercher un peu plus tard dans la journée, sa sœur s'inquiéta évidement pour sa main bandée, mais il la rassura en prenant pour cause une chute à roller.

- Ça s'est bien passé chez les Pleox hier soir ? demanda-t-il.

- Oh oui ! On s'est bien amusées avec Maïka avec ses poupées. Tu sais, c'est des poupées que sa grand-mère fait elle-même, elle est très gentille sa grand-mère, elle était là hier et elle est très drôle, elle raconte plein d'histoires !

- Je ne savais pas qu'ils la recevaient hier, remarqua Remus, soudain gêné de leur avoir fait garder Eline avec cette visite et se promettant d'aller s'en excuser.

- Mais tu sais, Maïka, elle a plus que sa grand-mère paternelle, ça veut dire que c'est la maman de son papa ! dit-elle, fière de savoir cela. Dis, on a des grands-parents, nous ?

Remus fronça les sourcils, n'ayant jamais envisagé ce genre de question.

- Eh bien… Les parents de Francis sont tous les deux morts mais je ne sais pas pour ceux de maman, dit-il sincèrement.

- Ah bon ? Pourquoi ?

- Parce qu'ils ne s'entendaient pas avec maman.

- Mais maman était gentille ! Pourquoi ils l'aimaient pas ? s'étonna sa sœur. Ils étaient comme papa ?

- Non, c'est à cause de son mariage avec Francis, grogna Remus, plus pour lui que pour sa sœur. Mais n'y pense plus, même s'ils sont en vie, on ne les verra jamais de toute façon.

Eline hocha la tête sans insister.

- Tu sais, Maïka, elle a dit que tu étais un très joli garçon, annonça-t-elle soudain.

Remus eut un sourire amusé. Maïka Pleox avait seulement deux ans de plus que sa petite sœur, trop jeune, sans le moindre doute… et puis c'était une fille. L'adolescent retint un soupir fatigué, cela devait toujours revenir sur le tapis, décidément.

- Ça va pas Rem's ?

- J'ai encore besoin de me reposer un peu, ne t'en fais pas. Tiens, au fait, il y a une surprise pour toi à l'appartement.

- C'est quoi ? C'est quoi ? C'est quoi ? s'exclama Eline en battant des mains.

- Ouch ! Doucement Eline, tu vas tomber, la réprimanda-t-il doucement en l'aidant à se recaler dans son dos. Si je te le dis, ce ne sera plus une surprise, n'est-ce pas ?

- Oooh ! Dépêchons nous de renter alors, je veux savoir ! dit-elle avec un grand sourire.

- Vos désirs sont des ordres, madem…

- REMUS !

Le garçon faillit se ramasser sur le trottoir tellement le cri avait été fort. Il stoppa brutalement pour se retourner mais n'eut pas le temps de voir la personne que deux bras l'enlaçaient fortement. Il resta figé par la surprise, mais pas pour longtemps comme Eline se rappela à son souvenir.

- Hey ! Je suis là moi ! protesta-t-elle.

La personne ne l'avait apparemment pas remarquée comme elle sursauta et s'éloigna en s'excusant. Ce fut à ce moment-là que Remus la reconnut.

- L… Lily ? balbutia-t-il, totalement stupéfait. Mais… Tu…

Il ne trouvait pas ses mots et fit descendre Eline de son dos, qui se faisait lourde comme il ne bougeait pas.

- Je te cherche depuis deux semaines, dit-elle. Depuis que j'ai appris que tu étais au lycée Eluard, je suis venue tous les jours, mais je n'arrivai jamais à te voir comme je ne connaissais pas tes horaires. Alors j'ai commencé à chercher aux alentours, je me suis dit que tu ne devais pas habiter très loin, mais j'arrivai à rien. Et puis je me suis dit que ta sœur devait être dans cette école comme c'est la seule primaire des alentours, et c'était plus facile de venir voir sur leurs horaires comme ils ne changeaient pas, mais je ne…

- Chhht, calme-toi Lily, lui souffla-t-il en la prenant par les épaules, se rendant compte qu'elle commençait à s'énerver.

Elle leva vers lui des yeux brillants de larmes qu'elle retenait et un sentiment de culpabilité monta en lui.

- Pourquoi ? murmura-t-elle sans le quitter des yeux. Pourquoi tu… tu es parti comme ça ? Je suis passé chez toi quelques jours après… après l'accident. Tout était fermé et un voisin m'a dit qu'il avait vu un camion de déménagement, il ne savait pas où vous étiez partis mais il a supposé que vous aviez quitté la ville. Je… J'ai regardé chaque année dans le bottin si je vous trouvais, et même sur minitel mais…

- On ne pouvait pas rester dans l'autre appartement après la mort de ma mère, expliqua Remus sur un ton d'excuse. Je… Au départ je devais te le dire et puis je n'ai pas pu le faire, je ne voulais pas que… Désolé Lily mais je préférai être seul, avec ma sœur.

La jeune fille le regarda de ses grands yeux verts un instant puis hocha la tête avec un sourire.

- J'ai jamais réussi à t'en vouloir, de toute manière.

- Lily, pourquoi… Pourquoi tu me cherchais encore ? Ça fait quatre ans qu'on ne s'est plus vu.

- Qu'est-ce que tu crois, grand idiot ? Je t'aime, c'est une raison suffisante, non ? Et maintenant que je t'ai retrouvé, je ne te lâche plus, tu peux me croire !

- Écoute Lily, je…

- Non, toi écoute ! J'ai pensé à toi chaque jour depuis quatre ans, il ne s'est pas passé un jour sans que tu me manques. T'as toujours été bizarre, Remus, trop secret, trop calme, trop tout, en fait. Tu t'es fait beaucoup d'amis dans tes nouveaux établissements ?

Remus grimaça.

- Je n'en ai pas besoin.

- Mais moi si.

Elle se rapprocha pour prendre ses mains entre les siennes.

- J'ai besoin de toi, Remus, j'ai besoin de savoir que je peux te voir. Tu comptes énormément pour moi, tu croyais que j'allais effacer de ma vie une personne que je connais depuis le cours préparatoire aussi facilement ? Tu me manques trop. Nos discussions me manquent, ta seule absence m'a fait plus mal que n'importe quoi d'autre et…

Elle se tut et regarda les pieds du garçon.

- Ça aussi ça m'a manqué, souffla-t-elle en l'enlaçant à nouveau, mais je ne te demande rien. Si tu ne veux pas reprendre, je ne t'en voudrais pas, tu sais, c'est à toi de choisir, moi je veux juste… je veux juste que tu fasses à nouveau parti de ma vie.

Lily se recula et planta un regard déterminé dans celui de Remus qui eut du mal à détourner les yeux. Comment lui dire qu'il ne pouvait pas ? Qu'il n'avait tout simplement plus le temps de la voir ? Et puis… il devait avouer qu'elle lui avait manqué également. Il ne s'en était pas rendu compte jusqu'alors, ce n'était que maintenant, alors qu'il voyait quelle magnifique jeune fille elle était devenue qu'il le réalisait. Elle avait tant été pour lui, une simple amie puis…

Il tendit la main pour la glisser dans les longs cheveux auburn qu'elle portait détachés.

- Tu as sacrément changé, sourit-il avec douceur.

- Je sais… J'étais encore un vrai garçon manqué quand tu es parti, répondit-elle en grimaçant.

- Et tu es devenue une splendide jeune fille, ajouta-t-il.

L'adolescente rougit fortement du compliment mais garda ses yeux dans les siens. Elle devait le savoir, savoir qu'il allait lui céder et accepter que…

- Rem's !

Le garçon tourna un regard surpris vers sa sœur qui l'avait interpellé d'une voix furieuse qu'il ne lui connaissait pas.

- Qu'y a-t-il Eline ?

- Prends moi dans tes bras !

Remus haussa un sourcil étonné mais fit ce qu'elle lui demandait. Elle n'avait jamais exigé de cette manière quoi que ce soit auparavant.

- Eline, je te présente Lily.

- Bonjour Eline, sourit la jeune fille en serrant sa petite main. Tu étais toute petite quand je t'ai vu la dernière fois, tu n'avais que deux ans. Moi et Remus, on t'a souvent gardé ensemble, tu sais ?

- Ah…

- Tu es fatiguée, Eline ? demanda Remus, inquiet comme il remarqua la mine boudeuse de sa sœur.

- Oui ! Je veux rentrer ! s'exclama-t-elle en tournant un regard presque dur sur lui.

- Attends Remus ! intervint Lily avant qu'il puisse parler. Donne moi tes horaires de cours avant, s'il te plait.

- Lily… commença-t-il, gêné. Je suis très occupé après les cours et…

- Alors dis-moi les jours où je peux venir te voir à la sortie du lycée ! Je t'accompagnerai sur ton chemin et puis je te laisserai, on parlera à ce moment. De cette manière, tu ne perdras pas de temps. Ne ressors pas de ma vie alors que tu viens juste d'y revenir…

Elle avait prononcé sa dernière phrase d'une voix presque suppliante et Remus flancha. Il n'avait jamais vraiment voulu la perdre et lui non plus ne voulait pas que ça recommence, sans compter que la peine dans le regard de l'adolescente était trop forte pour qu'il en fasse fi. S'il n'avait pas eu Eline dans ses bras, il l'aurait sûrement serrée à nouveau contre lui.

- D'accord, je vais te donner mes horaires, mais ne viens que le mardi et le vendredi, d'accord ?

Il reposa sa sœur à terre et sortit de quoi écrire pour donner ses heures de sortie qu'elle regarda.

- Je finis à midi le mardi, ça ira, mais je termine à dix-sept heures, le vendredi, soupira la jeune fille en voyant qu'il terminait à seize heures. On pourra se voir le week-end, n'est-ce pas ?

- Parfois, oui…

- Tu as un portable, non ? Je pourrais te…

- Non, la coupa Remus plus brusquement qu'il n'aurait voulu. Excuse-moi… Je ne donne mon numéro à personne, il ne me sert que pour…

- Les cas d'urgence ? termina-t-elle d'une voix compréhensive bien que triste.

Le garçon hocha la tête.

- D'accord, je comprends, alors nous déciderons des week-ends le mardi, d'accord ? Ou je passerai juste le jeudi soir pour qu'on se donne rendez-vous, je ne te dérangerai pas plus à ce moment là, tu veux bien ?

- Bien sûr. Je suis désolé de ne pas pouvoir…

- Arrête de t'excuser, t'avoir retrouvé et garder contact avec toi, c'est plus que ce que j'avais espéré depuis longtemps. Au revoir.

Elle déposa un baiser sur sa joue, lui sourit, puis se retourna pour partir. Remus se baissait pour que sa sœur remonte sur son dos lorsqu'elle se retourna, à un angle de rue.

- A mardi prochain, partenaire ! cria-t-elle en mettant ses mains en porte voix.

Avec un dernier sourire et un clin d'œil, elle disparut en courant dans une rue.

- Je l'aime pas !

Remus, qui avait eu un sourire hésitant aux dernières paroles de Lily, tourna la tête vers sa sœur, les yeux écarquillés.

- Tu ne la connais même pas, elle est très gentille, tu sais ?

La petite se renfrogna et Remus la fit passer devant lui pour la caler entre ses bras.

- Qu'est-ce que tu as, mon cœur ?

- Rien, je veux rentrer, dit-elle en passant ses petits bras autour de la nuque de son frère et en enfouissant sa tête dans son cou.

- D'accord, et puis ta surprise t'attend toujours, ajouta-t-il pour lui faire retrouver le sourire.

Cela fonctionna et ils parlèrent un peu de tout sur le chemin du retour. D'ailleurs Remus se rappela soudain de quelque chose.

- Dis-moi Eline, tu aimerais aller à la fête foraine ? demanda-t-il d'un ton malicieux.

- On va y aller ? s'écria la petite, stupéfaite. Comment on peut y aller ? C'est fermé !

- Ils ouvrent pour Halloween. Et tu sais quoi ? Cette fois-ci, tu pourras faire autant de manèges que tu veux et prendre plein de trucs à manger !

- C'est vraiment vrai de vrai ? demanda Eline, les yeux brillants.

Remus l'avait déjà amenée au parc, mais il ne pouvait jamais la laisser faire autant de manèges qu'elle le désirait, partant toujours avec une somme précise d'argent afin de ne pas se laisser tenter par ses yeux d'enfants suppliant. Quand Sirius lui avait fait la proposition pour le parc, il avait d'abord pensé qu'il ne pourrait pas à cause de son travail, puis quand il avait su que ce serait mardi, après la seconde où il songea à son besoin de sommeil, il avait pensé à Eline et à la chance que cela représentait pour elle et il avait accepté.

- On sera avec des gens de ma classe, ils avaient des tickets gratuits en trop et ils vont nous les passer.

- Oh ! Chic alors ! Toi aussi tu vas pouvoir aller sur les manèges ! On pourra aussi faire les grands ?

- Tu es trop petite Eline, rigola son frère. Mais on va se manger plein de crêpes et de pommes d'api, ajouta-t-il avec un clin d'œil.

- Youpi ! C'est trop génial ! Oh… Mais c'est encore loin, soupira l'enfant en faisant une moue.

- C'est seulement dans deux semaines, remarqua son frère en roulant des yeux sans se départir de son sourire.

- Oui mais c'est loin quand même… Et puis le temps, c'est long quand t'es pas là, ajouta-t-elle d'une petite voix.

Remus sentit son cœur se serrer. Malgré tout, sa sœur lui en voulait un peu pour les soirées qu'elle ne passait pas à l'appartement.

- Je sais Eline, c'est très long sans toi aussi. Je te promets que dès que je me sentirai mieux, on recommencera comme avant. L'appartement est très triste sans toi.

Sa petite sœur sourit et posa sa tête sur l'épaule de Remus avec un soupir de satisfaction. Pour le moment ils étaient ensemble, c'était le plus important après tout.

(à suivre…)

NdA : J'ai hésité à mettre un avertissement par rapport au "malaise" de Remus dans ce chapitre, mais finalement, comme la fic est déjà en rating T (pour ça que j'ai rappelé les infos avant le chapitre), j'ai préféré ne rien révéler pour donner plus d'impact à la scène (qu'elle surprenne), je sais pas si j'y suis arrivée… :-S lol. Et désolée pour ceux qui espéraient le voir se triturer les méninges sur le "cas Sirius", je crains que pour le moment encore, il l'indiffère encore, mais au moins fait-il parti des garçons qu'il trouve "appréciable" -)

Chapitre 8 : Sirius et Remus commencent à travailler leur projet… chez les Lupin.

NdA (bis) : J'ai ENFIN rééditer les chapitres précédents pour les fautes d'ortho et autres (dans le dernier chapitre, j'avais fait passer Sirius du tutoiement au vouvoiement dans la même convers, j'suis forte, moi -.-) Faudrait que je fasse pareil avec 'Il y a un début à tout', depuis le temps que je le dis… :-S