Déserteur

Déserteur

Partie 7

Hakkai n'avait pratiquement pas bougé de son canapé depuis une semaine.

Il avait tenté d'aller voir Gojyo au commissariat, mais on lui avait dit que c'était impossible. Alors il était rentré et s'était prostré contre le dossier du canapé du salon et n'en avait pas décollé, à part pour grignoter un peu de pain de temps en temps ou aller au toilette.

Ses larmes s'étaient asséché depuis longtemps et tout ce qu'il pouvait faire à présent, c'était ruminer les jours passés. Il aurait dû s'interposer. Il aurait dû tenter quelque chose. Mais à présent, c'était trop tard, et il avait perdu Gojyo au moment même où ses sentiments se renforçaient pour lui.

Ce jour-là, il faisait gris et le brun savait que c'était le jour de transfert du roux. Il aurait pu aller à l'entrée du commissariat, et il aurait pu le voir une dernière fois, mais il n'en avait pas eu le courage. Il savait que ça n'aurait fait qu'empirer les choses. Et il n'était pas sûr de pouvoir endurer ça.

Le jeune homme regarda par la fenêtre et vit que le soleil commençait à descendre. Gojyo devait déjà être à l'aéroport, voire dans l'avion pour DC. Hakkai soupira et ravala ses larmes. Il pensait pourtant ne plus en avoir.

Il se leva et s'essuya les yeux, resserra son châle autour de ses épaules. Rien ne servait de se lamenter. Il n'était pas une fille. Il pourrait sûrement rendre visite à Gojyo, voire même aller s'installer dans la ville la plus proche de sa prison afin de le voir le plus souvent possible.

Ces aspects optimistes firent un peu plus briller la situation du brun. Il sourit tristement pour lui-même et se dirigea vers la cuisine, bien décidé à manger correctement ce soir. Gojyo lui disait toujours qu'il était trop maigre.

Tes côtes et tes hanches me rentrent dans la peau quand je te fais l'amour. Hé, c'est douloureux !

Hakkai se mordit la lèvre inférieure. Puis il se secoua et entama une marche décidée vers la cuisine.

Quand on frappa à la porte. Hakkai sursauta violemment, et un flot de panique mélangé à de l'espoir le submergea. Il lui fallut quelques secondes pour se calmer et aller à l'entrée. Il hésita avant d'ouvrir, puis tourna la poignée et ouvrit en grand d'un seul coup.

Gojyo était épuisé. Il avait couru pendant deux kilomètres sans s'arrêter, il avait faim, il avait soif, et son estomac se tordait à chaque fois qu'il pensait à Gokû (donc à chaque pas qu'il faisait). Mais la perspective de revoir Hakkai, et de pouvoir vivre avec lui, lui donnait des ailes.

Il était enfin arrivé devant la maison, cette petite maison chaleureuse et accueillante, peinte en blanc et bleu. Il resta un moment debout immobile à deux mètre du perron, reprenant son souffle tant bien que mal.

Puis il sauta les marches de la véranda d'un bond et alla frapper à la porte.

Il y eu d'abords un silence dans la maison, et Gojyo eut une brusque montée d'inquiétude. Comme le temps s'éternisait, il alla frapper une deuxième fois, lorsque la porte s'ouvrit.

Il était là. Très pâle, et ressemblant à un fantôme.

Il avait encore maigri. Ses côtes étaient visibles sous sa chemise. Cela fit froncer les sourcils Gojyo qui ne cessait pourtant de lui dire de bien se nourrir. Mais très vite, son esprit se concentra sur autre chose.

Hakkai le regardait avec d'immenses yeux, ses iris entourés d'un fin cercle blanc. Sa main droite était crispée sur sa poitrine, tordant le tissu du châle au creux de sa main blanchie.

-Go…Gojyo ?!

Et le roux l'embrassa soudainement, fermant la porte derrière lui. Il le pressa violement contre lui et introduit presque de force sa langue dans la bouche du brun qui poussa une sorte de sanglot.

Finalement, ils se desserrèrent, et Gojyo appuya son front contre celui de son amant, haletant. Hakkai n'était pas dans un meilleur état que lui et sa respiration était laborieuse. Gojyo l'embrassa encore.

Jamais les lèvres d'Hakkai n'étaient aussi agréables et n'avait aussi bon goût. Ses bras se resserrèrent autour de la taille trop mince du brun et il se décolla de nouveau, souriant au jeune homme.

-Gojyo…Gojyo comment… Souffla Hakkai. Il n'eut pas le temps d'achever sa phrase. Gojyo l'avait fait taire de ses doigts.

-Compliqué. Disons que tous les flics ne sont pas des ordures indécrottables.

-Que… ?

-Laisse. Ordonna Gojyo en l'embrassant une troisième fois, passant sa jambe gauche entre les cuisses d'Hakkai. Les genoux de ce dernier se plièrent soudainement, et le déserteur dû retenir le brun contre lui pour qu'il s'effondre pas au sol.

-Gojyo, gémit Hakkai, oh, Gojyo… !

Le roux le souleva d'un geste ample, et le porta jusqu'au canapé, où il l'allongea en travers des coussins. Il s'allongea sur lui et l'embrassa encore une fois, plus tendrement. Les bras et les jambes du brun s'enroulèrent autour du corps de l'autre homme et ce dernier sentit douloureusement les os saillants de son amant s'enfoncer dans sa chair. Il se décolla d'Hakkai et commença à déboutonner sa chemise, après avoir repoussé les lourds pans du châle des deux côtés.

Une fois le vêtement ouvert, il l'écarta et observa le torse du brun.

Il avait beaucoup trop maigri. S'il ne se nourrissait pas mieux à partir de ce jour, il allait y rester dans peu de temps. Gojyo grogna et enfonça son visage contre la cage thoracique d'Hakkai.

-Tu dois manger correctement. Souffla-t-il sur la peau trop blanche à son goût, la faisait frissonner. Il leva les yeux vers Hakkai et lui fit un demi-sourire qui lui fut rendu. Le brun avait des larmes dans les yeux.

-Oh, Hakkai… Murmura-t-il. Ne pleure pas. Ce n'est pas la peine…

-Mais… J'étais…J'étais si…

-Je sais. Mais je suis là. Inutile de pleurer. Allez.

Il tendit le bras et essuya les larmes du brun. Il l'embrassa tendrement sur la mâchoire, son pouce caressant distraitement la joue de son amant. Celui-ci se calma peu à peu et se cala dans les bras du roux, soupirant.

Gojyo lui caressa doucement les cheveux. Il avait envie de lui faire l'amour, mais encore plus de le serrer contre lui pour l'instant. Il ferma les yeux, et pressa le corps fragile du brun contre le sien. Il entendit un deuxième soupir.

Puis finalement :

-Qu'allons-nous faire maintenant ?…

Gojyo baissa mes yeux sur l'autre homme, et un silence presque pesant s'installa.

-Si tu n'y vois pas d'inconvénient, je reste. Chuchota-t-il si bas qu'il se demanda si Hakkai l'avait entendu.

Deux yeux verts se levèrent pour rencontrer les siens. Ils brillaient.

-Bien sûr. Reste. Répondit-il sur le même ton. Gojyo hocha la tête, et Hakkai reposa la sienne contre son épaule, refermant les yeux. Le roux fit de même et passa ses bras étroitement autour des épaules frêles.

Ils s'endormirent dans cette position un peu bancale sur le canapé.

Il était près de minuit lorsque Gojyo se réveilla. Hakkai était enroulé à ses côtés, sa poitrine se soulevant régulièrement. Le roux écarta quelques cheveux de son front blanc et soupira.

Ils n'avaient pas fait l'amour. Seule une étreinte l'avait consolé et réconforté. Il serra le brun contre lui et inspira dans ses cheveux foncés.

Mais à présent, il n'aurait rien eu contre une étreinte plus prononcée. Il sourit dans la masse souple brune et glissa ses mains contre la peau de son amant, sous sa chemise. Il grimaça d'abords en sentant le relief des côtes et des hanches, mais bientôt, la peau lisse du ventre le réconforta. Il enfouit son visage dans le creux du cou d'Hakkai et chuchota son prénom. Ce dernier bougea légèrement et papillonna des paupières avant d'ouvrir entièrement les yeux.

-Mmh… Gojyo ? Oh… Il avait dit ça comme s'il réalisait que ce n'était pas un rêve. Gojyo lui sourit et l'embrassa sur la bouche, plus passionné et plus enfiévré que quand ils s'étaient retrouvés. Les mains du brun se posèrent délicatement sur ses épaules et il se laissa fondre dans le baiser, soupirant et gémissant doucement contre le roux.

Même si le canapé n'offrait pas une surface honorable pour faire l'amour, pour rien au monde ils n'auraient bougé. Gojyo fut un peu plus rude que d'habitude, haletant derrière Hakkai qu'il avait pris en cuillère. Le brun crispait ses mains squelettiques contre les hanches de son amant, les suivant dans leur mouvement. Gojyo avait finalement posé ses propres mains sur celles de l'autre homme et avait joui comme ça, presque immobile, plaqué au dos du brun et respirant avec difficulté. Hakkai n'avait pas tardé à le rejoindre lorsque la main basanée du roux exerça un mouvement habile sur son sexe.

Lorsque l'aube pointa, Gojyo se retrouva seul sur le canapé. Il se redressa, le châle d'Hakkai qui avait servi à les recouvrir pendant la nuit tomba sur le parquet. Le roux se leva, inquiet de ne rien entendre dans la maison. Il enfila son caleçon et alla se planter en bas des escaliers, l'oreille tendue.

Son sang se glaça lorsqu'il entendit le son de quelqu'un qui vomissait.

En trois bonds, il était en haut des marches et courait à la salle de bain. Il était là, nu contre la cuvette, crachant à la fois de la bile et du sang. Son corps n'avait pas supporté le régime alimentaire imposé de la semaine passée et le faisait bien comprendre.

Gojyo fut près de lui en une seconde, retenant les mèches brunes humides de sueur en arrière. Il passa son autre bras autour des épaules de son amant et appuya son front contre sa tempe.

Hakkai repris sa respiration laborieusement, avant de se pencher encore une fois en avant et de vomir de nouveau.

Cette fois, il y avait beaucoup plus de sang que la fois précédente. Le roux resserra son emprise sur les épaules osseuses du brun et chuchota :

-Tu vois, tu vois… Je t'avais dit que te nourrir correctement.

-Gojyo… Je suis désolé… Sanglota Hakkai avec cette voix particulière qu'ont ceux qui sont malades.

Le déserteur secoua la tête et frotta distraitement le bras du brun tandis que celui-ci se penchait de nouveau.

Lorsque la crise fut passée, Hakkai se redressa, la souffle court. Gojyo le lâcha et se leva, rempli un verre d'eau du robinet et le tendit à son amant. Celui-ci l'accepta avec joie et le vida d'un trait.

-Maintenant, commença Gojyo d'un ton autoritaire, je vais appeler le médecin, il va te dire quoi faire pour te remettre sur pied, et je m'assurerais personnellement que tu le feras, c'est compris ?

Hakkai leva deux yeux verts humides vers lui et hocha doucement la tête, s'essuyant la bouche avec une serviette. Il se leva lentement, et Gojyo l'aida à aller à la chambre pour se vêtir. Il fit de même et ils redescendirent.

Gojyo appela le médecin tandis que Hakkai se reposait dans un fauteuil.

-…Et n'y allez pas trop fort. Acheva le médecin, un homme aigri aux cheveux noirs. Il tendit une ordonnance à Gojyo et le regarda longuement avant de lâcher le papier. Assez longtemps pour que le roux ne se sente mal à l'aise.

Hakkai les regardait avec anxiété. Puis le docteur lâcha l'ordonnance et rangea ses affaires. Il se leva, et Gojyo le reconduisit à la porte en le payant et le remerciant. Le médecin hocha la tête et repartit dans une Ford blanche.

Gojyo retourna auprès d'Hakkai et lui caressa la joue.

-Je vais te préparer ton petit-déjeuner, et interdiction d'en laisser une miette, tu m'entends ? Grogna-t-il en se dirigeant vers la cuisine. Le brun sourit et se leva à son tour, suivant son amant dans la pièce à vivre. Il s'arrêta sur le seuil, l'épaule contre le chambranle. Il regarda la haute silhouette de la personne qu'il chérissait le plus s'activer devant le plan de travail et il se mordit les lèvres.

Soudain, il tendit les bras, le châle glissa de ses épaules sur le carrelage et il entoura la taille du plus grand en enfonçant son visage dans son dos. Ce dernier se figea et tourna à demi la tête vers le brun, le regardant par-dessus son épaule.

-Hakkai ?...

-J'ai voulu mourir. Fit la voix étouffée du brun depuis les plis de la chemise que portait Gojyo. Celui-ci, en entendant ces mots, se tourna complètement et entoura lui aussi de ses bras le corps de son amant.

-De quoi tu parles ?

-De mon état. Comme je savais que je n'allais jamais te revoir, j'ai voulu mourir. C'est pour ça que j'ai négligé de manger sainement. Oh, Gojyo. Pardon. Je suis désolé.

Gojyo secoua la tête et embrassa le haut de la tête du brun.

-Je ne suis pas colère. Murmura-t-il en lui levant le menton. Il lui caressa une deuxième fois la joue et ajouta, sur le même ton : mais ne me refais plus jamais de coups pareils, tu m'entends ?

Hakkai hocha la tête.

-Je te le promet. »

À suivre…

YAY, L'INSPI REVIIIEEEENT ! ah, il traînait dans mes dossiers, ce pauvre chapitre !

Le prochain sera le dernier !