Chapitre 6
Bangkok était l'endroit le plus incroyable que Naruto ait pu voir de sa vie. Cette ville grouillait. Les visages ne se ressemblaient jamais. Les sons, les couleurs et les senteurs variaient et changeaient à chaque coin de rue. La langue coulait à ses oreilles et les sourires des passants étaient parfois si éclatants qu'il se sentit coupable d'être venu jusqu'ici pour accomplir une vengeance. Ce sentiment fut de courte durée lorsqu'il reçut un premier appel de son employeur. Il s'arrêta devant un restaurant.
-Allô.
-Tu es à Bangkok, alors ?
-Oui.
-Il doit faire très chaud, non ?
-Une fournaise.
-Tu as du angoisser toute la nuit, dit-il d'une voix amusée, de ne pas savoir quoi faire en arrivant sur place !
Naruto était agacé. Orochimaru avait toujours raison, toujours le don pour mettre chaque mot, chaque terme sur les situations ou émotions qu'il vivait. Il poussa un bref soupir.
-Je suis surtout agacé.
-On prend ses aises, Naruto ! N'oublie pas que c'est moi qui détiens les cartes du jeu. Je suis ton arme, et tu es la mienne. Si ce n'est pas beau, ça ?...
Naruto ne préféra pas répondre.
-Et Itachi ?
L'évocation de son nom avait suffi à Naruto pour se sentir aussitôt oppressé. L'avoir laissé à Tokyo l'avait anéanti. Sa présence et sa voix. Son visage et ses cheveux…
-Il est à Tokyo.
-J'espère pour lui. Tu m'écoutes bien ? Je vais te mettre en garde sur certaines choses, premièrement.
Naruto hocha la tête bien qu'Orochimaru ne puisse le voir
-Tu n'es pas en sécurité à Bangkok. L'Akatsuki est loin d'être anéantie. La mort de trois de ses membres n'a en rien affaibli leurs ressources. Ils sont peu, certes mais ont un contrôle effrayant sur cette ville. Tu es dans la gueule du loup.
Naruto écoutait attentivement.
-Il en reste encore deux, si l'on ne compte pas Madara. Et ce serait une erreur de ne pas le compter… Les larbins de l'Akatsuki sont partout. Ils cachent Madara. Et tu serais bien naïf de croire que le scandale d'Uchiwa Cie n'a traversé que le Japon… Le monde entier connaît ton visage, Naruto.
-D'où votre idée lumineuse de m'envoyer dans la ville du Diable… !
-Tais-toi Naruto. Je sais ce que je fais, ok ?... Si tu n'es pas Naruto, tu ne peux que t'en sortir.
Un silence court mais pesant s'installa. Naruto ne comprenait pas. Tout était si grotesque…
-Si je ne suis pas Naruto ? répéta-t-il, incrédule.
-Déguises-toi.
Naruto se retint de rire. Il jeta un regard aux passants, subitement paranoïaque. Et si un membre de l'Akatsuki était dans les parages ? Il frémit, puis se mit à marcher dans la rue, la tête baissée.
-Me déguiser ?
-Va à l'hôtel. Celui que je t'ai réservé. Tu as vu le petit papier avec ton billet d'avion ?
-Oui.
-Un joli déguisement t'attend. Ça devrait t'éclairer un peu plus sur l'endroit que fréquente Madara. Ne traîne pas, chaque seconde passée à Bangkok est un pas de plus vers ta vengeance, et vers mon dû.
La connexion fut stoppée. Orochimaru avait raccroché. Naruto jeta un regard haineux à son portable. Orochimaru l'exaspérait, il avait cette nette impression d'être sa marionnette. Et il détestait ça. Pourtant, il devait lui faire confiance. Il savait l'importance inestimable qu'il représentait pour lui. Il était une clef vers la paix. Une paix intérieure, oui. Mais surtout un juste retour des choses.
Naruto leva les yeux vers l'hôtel indiqué par Orochimaru en payant le taxi. Il fut époustouflé par le luxe et le cachet des lieux. Itachi était le genre d'hommes à venir dans de tels hôtels, oui. Il s'approcha, déterminé. Une fois qu'il eût la clef de sa chambre, il se dirigea vers l'ascenseur. Les miroirs étaient omniprésents. Les caméras de surveillance. L'or. Et les écrans incrustés dans les murs. Naruto pénétra sa chambre et fut interloqué, une fois de plus par sa vastitude et ses merveilles. Il entra, honteux d'être ainsi « gâté » par Orochimaru. Naruto songea à la quantité d'argent sali qu'il avait dû amasser pour payer une telle suite. Il remarqua immédiatement un carton posé sur le lit, et une note de l'hôtel qui indiquait qu'il s'agissait d'un coli.
Naruto fut surpris, qu'une fois de plus son prénom avait été écorché. « Naruko Uzumaki. »
Naruto pensait qu'il s'agissait d'un pseudonyme afin de protéger sa véritable identité, orchestré par Orochimaru. Mais… C'était un prénom féminin. Naruto ouvrit le carton, sans attendre et poussa un cri de stupeur. Les basses techno du festival musical en bas résonnèrent, lorsqu'il porta une longue perruque sous ses yeux.
-C'est une blague…
La qualité était très impressionnante. Naruto aurait pu s'y méprendre qu'il s'agissait d'une vraie chevelure. Mais, la question n'était pas là. Peu à peu, Naruto comprenait quelque chose…Qu'il espérait fausse. Une trousse de maquillage contenait des faux-cils, un kit de manucure, et quelques rouges à lèvres. Naruto faillit s'évanouir lorsqu'il retira la quelque dizaine de robes que contenait le carton.
-Je rêve. Ce n'est pas possible ? Je ne…
Il saisit son portable, puis poussa une expression frustrée. C'est vrai, Orochimaru lui avait dit. Il ne pouvait l'appeler lui. Seul Orochimaru pouvait entrer en contact avec lui. Sauf urgence. Naruto jeta le portable sur le lit avec rage.
-Naruko ? Bougonna-t-il, non mais… Qu'est-ce que c'est que cette idée de pervers… Il se fout de moi, cet homme me dégoûte !
Naruto jeta les robes dans le carton. Elles devaient coûter une fortune, mais il n'y fit absolument pas attention, les considérant en véritables immondices. Il sursauta lorsque le téléphone sonna.
-Ah ! dit-il, il va falloir que vous m'expliquiez, pourquoi est-ce que je me retrouve avec un carton plein de robes, de mascaras, et de … soutien-gorge ?
-Ne crie pas aussi fort, idiot ! C'est un déguisement. Il va falloir que tu sois crédible.
-Crédible ? Je ne suis pas une demoiselle, au risque de vous décevoir, Orochimaru.
Naruto serra les poings en entendant le rire amusé d'Orochimaru.
-Un si joli jeune homme mérite d'exprimer sa féminité !
-Je suis votre tête chercheuse, Orochimaru. Je dois accomplir une mission, pas faire le trottoir.
-Dans notre cas, ça va se valoir.
Naruto s'assied sur le lit, et s'allongea déjà extenué par le manège d'Orochimaru.
-Comment ça ?
-Madara est dans un bordel, à Bangkok. Je le connais bien cet endroit. Si tu veux pouvoir approcher Madara sans te faire tout de suite repérer, il va falloir être rusé. A partir de maintenant, tu es Naruko.
Naruto scruta le plafond stérile de la chambre parfaite. Il leva le bras dans l'air, un sourire nerveux aux lèvres.
-Vous voulez que je me fasse passer pour un travesti ?
-Non. A partir de maintenant, tu es une femme.
Naruto se redressa.
-Vous oubliez un détail majeur, mais…
-Tu es un homme ? Effectivement, ce n'est qu'un détail !
Naruto poussa un soupir exaspéré, se redressa et fouilla lentement dans le carton dépité.
-Je suis obligé ?
-Tu travailles pour moi ?
Silence.
-L'adresse est au fond du carton. Sous cette tonne de jolies robes…
Naruto frémit. Il retira la dernière robe de la grande boîte et amena la feuille sous ses yeux.
-C'est quand tu veux. Je te conseille d'attendre la tombée de la nuit.
-Aujourd'hui-même ? S'étonna Naruto.
-T'es en vacances ou en mission ?
Naruto hocha la tête seul dans la grande pièce. Il irait demander un plan de Bangkok à la réception après sa conversation avec Orochimaru. De plus, l'adresse n'étant pas retranscrite en thaï, Naruto voyait mal la présenter ainsi à un natif. Sans doute était-ce un de ces « fameux coins que l'on avait honte de connaître ».
-Allô ?
Naruto haussa les sourcils.
-Orochimaru ?...
Il avait raccroché. Naruto éloigna le téléphone de son oreille, le contempla abasourdi puis s'approcha du grand miroir contre le mur de la chambre. Il saisit une robe, la déposa contre son corps. Il poussa un grognement agacé.
-Ce cirque… J'ai l'impression d'être un pantin.
Et pourtant. Il s'agissait d'une étape cruciale. Il utilisait Orochimaru autant qu'il l'utilisait lui. Ils le savaient tous les deux. L'un avait besoin de l'autre. Naruto jeta un regard par la fenêtre, puis à l'horloge dorée au-dessus de l'écran plat. Il était dix-sept heures.
Itachi observa le cadran qu'il avait devant les yeux. Il était dix-sept heures et son vol avait pris du retard. Il retint de pousser un soupir, le visage impassible. Il jeta un regard à son billet d'avion une fois de plus, comme pour vérifier qu'il arriverait bien à destination.
-Mesdames, messieurs. Le vol A320 en provenance de Hong-Kong, et à destination de Bangkok est entré en aérogare. Nous nous excusons du retard, et vous invitons à procéder à l'embarquement.
« Je suis désolé, Naruto-kun. »
Itachi présenta son passeport.
« J'ignore si ma décision est juste ou non. Je n'ai pas cherché à le savoir. La seule chose que je sais, c'est que je l'ai prise et que rien ne pourra y changer quoi que ce soit. »
Itachi avança dans le long couloir qui menait à l'avion. Il salua les hôtesses de l'air qui s'inclinèrent avec entrain à son passage.
« Parfois, je me souviens. »
Itachi s'assied.
« Parfois, je vois. »
Il ferma les yeux.
« Je sais qu'avant de m'endormir profondément, ce jour où j'ai failli t'abandonner malgré moi… »
Il songeait à son visage.
« La peur. »
Itachi tourna la tête vers le hublot.
« L'angoisse de te perdre, Naruto-kun. »
Il ouvrit les yeux.
« Tu me demandes ta confiance. Tu l'as. »
« Mesdames et messieurs, bienvenue à bord du vol A320 à destination de l'aéroport de Bangkok (…) Décollage imminent (…)»
« Mais je refuse de passer une seconde de plus sans toi. Je pars à ta recherche dans une forêt immense.»
