Karakura Town, Urahara Shoten, sous-sols

Convaincre Urahara Kisuke de leur permettre d'emprunter la zone d'entrainement en dessous de son magasin fut une partie de plaisir pour Inoue. Y amener Tatsuki fut un poil plus difficile mais lorsqu'Ichigo accepta de l'accompagner et prétexta qu'il resterait en haut à faire ses devoirs au calme, pour une fois, la jeune karatéka accepta à son tour. Mais garder tout cela secret aux yeux de Yoruichi n'avait pas été possible et Inoue se retrouva donc en compagnie de Tatsuki et de l'ancienne capitaine de la 2nde Division en bas, 10 jours après la mémorable discussion et premier weekend d'entrainement réel pour découvrir les pouvoirs de la jeune femme.

- Humm, fit Yoruichi en faisant le tour de Tatsuki qui se tenait debout, en tenue de sport confortable.

Elle avait voulu mettre son uniforme de karaté mais Yoruichi lui avait alors platement dit qu'elle devait être prête à le voir déchirer en mille morceaux. Finalement, Tatsuki avait apporté pour s'entrainer des vêtements confortables mais vieux et peu onéreux. Les perdre dans l'entrainement ne la dérangerait pas le moins du monde, ça fera même de la place dans ses armoires.

- Tu as un physique remarquable pour une humaine, fit Yoruichi en prenant son bras pour le tâter.

Elle en fit de même pour ses cuisses, ses mollets, ses épaules et son dos. Lorsqu'elle passa sa main sur son ventre et ses seins, Tatsuki poussa un cri et frappa instinctivement devant elle. Yoruichi esquiva l'attaque sans même y porter la moindre attention et empoigna ses fessiers. Cette fois, ce fut un coup de pied qui fusa mais la Shinigami dévia le coup et porta sa main à l'entrejambe de la jeune fille. Ne sachant plus du tout où se mettre, Tatsuki bondit en arrière, hors de portée, rouge comme une pivoine.

- Non mais ça va pas ? Espèce de… de… PERVERSE !

Yoruichi cligna des yeux de surprise en se relevant, puis fit une énorme sourire.

- Hoho, presque aussi prude qu'Ichigo en son temps.

- Si vous avez osé le toucher de –

- Ichigo est un homme, et était un Shinigami. L'entrainement que je lui ai donné en son temps n'a rien à voir avec celui que tu vas accomplir. Es-tu encore vierge ?

- Co-Co-Comment osez-vous me poser une question pareille ?

- Hum, Yoruichi-san, Tatsuki-chan est une championne de karaté et une fille très active, précisa Inoue en levant une main apaisante vers Tatsuki.

- Ok, donc pas de risque de la voir hurler pour un peu de sang au mauvais endroit.

- Y'a des moyens plus corrects de poser ce genre de questions ! rugit la jeune femme.

- Certes, mais c'est tellement moins marrant, répondit Yoruichi avec un énorme sourire pervers.

- Vouuus… Gronda la karateka en tendant ses bras comme si elle voulait lui sauter dessus pour l'étrangler.

- Bien, voyons voir ce que ça donne au niveau reiatsu.

L'instant suivant, Tatsuki sentit une intense pression se poser sur elle et tituba d'un pas. Mais bandant sa volonté, elle redressa la tête et affronta le regard scrutateur de la femme noire.

- Pas mauvais du tout. Dis-moi, as-tu déjà ressenti cette sensation auparavant ?

- Deux fois seulement. La première le jour où Inoue a réveillé ses pouvoirs. La seconde lorsque je m'entrainais avec mon club il y a deux ans environ… mais là c'était beaucoup plus fort.

- Ho… Tu veux parler de l'incident avec les Arrancars ? Arrivais-tu à bouger ?

- Pour être franche, j'ai cru mourir écrasé. J'avais l'impression que quelque chose était en train de m'aspirer l'âme par le haut alors que mon corps était écrasé vers le bas.

- Le Gonzui. Les Shinigamis n'ont pas cette technique, elle est propre aux Hollows. La pression vers le bas que tu ressentais était-elle similaire à celle que tu ressens maintenant ?

- Non, désolé, vous êtes plus faibles qu'eux, nargua-t-elle avec un sourire.

Yoruichi éclata d'un bref éclat de rire et relâcha la pression de son reiatsu.

- Pour ta gouverne, j'ai appliqué une pression environ 2x supérieure à celle que tu as ressenti ce jour-là. Je ne peux pas dire avec précision si je suis plus faible ou plus forte qu'eux l'était à l'époque mais une chose est sure : toi, tu es devenue plus forte en terme de reiatsu, ça c'est une certitude.

Yoruichi décroisa ses bras et écarta les jambes à largeur d'épaule.

- Bien, voyons voir maintenant ce que tu vaux en combat, puisqu'Orihime-chan semble te tenir en grande estime de ce côté-là. Attaque-moi, et surtout n'hésite pas à y aller à fond. Attaque-moi comme si j'étais l'un de ces Arrancars et que je m'apprêtais à dévorer l'âme de tes amis.

Jamais jusqu'alors Tatsuki ne connut de pire défaite de toute sa vie.

***.***

Karakura Town, Urahara Shoten, Chambre d'invité

A environ une centaine de mètres de là, Ichigo faisait ses devoirs dans l'une des pièces qu'Urahara avait accepté de lui prêter et Ururu lui servait une tasse de thé avant de se retirer. La vérité, c'est qu'il mourrait d'envie de descendre à son tour pour voir comment Tatsuki se débrouillait mais il savait que sa présence ne ferait que la perturber alors il y résistait. Après s'être rendu compte qu'il lisait la même page de son livre de cours pour la quatrième fois, il abandonna toute prétention d'étudier et referma son livre. A peine deux secondes plus tard, la porte de la pièce glissa de nouveau et Kisuke entra, son sourire habituel aux lèvres.

- Ha, Kurosaki-kun, je me demandais si nous pouvions avoir une petite conversation si ça ne vous dérange pas.

- Ouais, tu parles, tu attendais que je referme mon livre pour entrer, je parie. Pas besoin de pouvoir sentir ton reiatsu pour le savoir.

- Hahaha, fit Kisuke en prenant place et Ururu fit de nouveau apparition avec une tasse prête pour lui qu'elle posa sur la table avant de se retirer.

- Là, c'est définitif, commenta l'ancien Shinigami remplaçant.

- Je plaide coupable, cela fait bien longtemps que j'attendais cette opportunité, confirma l'ancien capitaine en prenant la tasse pour en boire une petite gorgée.

Les deux hommes restèrent un moment à ne rien dire, se regardant dans les yeux, attendant chacun que l'un prenne la parole. Ichigo se rendit compte qu'en deux ans Urahara et lui avaient à peine échanger quelques phrases ensemble, et encore, juste de banales politesses. Depuis qu'il avait perdu ses pouvoirs et avait repris sa vie normale, croiser l'ancien capitaine était devenu presque un événement en soi dont il pouvait presque compter les occurrences sur les doigts d'une seule main.

- A ce que je vois, tu sembles bien te porter, Ichigo-kun.

Ichigo. Il l'avait appelé Ichigo-kun, et non Kurosaki-san comme à son habitude, preuve que la conversation allait être à la fois sérieuse mais aussi personnelle, probablement pour eux deux. Et donc Ichigo laissa tomber le tutoiement et reprit une expression plus polie, d'un jeune envers un aîné.

- Haa, comme vous le voyez.

- Je suis au courant pour tes cauchemars. Je n'ai malheureusement rien dans ma boutique qui puisse t'être d'une quelconque aide concernant ce problème.

- ça va mieux depuis quelque temps. J'ai toujours l'impression de faire des rêves bizarres mais je ne m'en souviens plus une fois réveillé donc ça ne me dérange pas. Et puis un bon somnifère règle le problème le reste du temps.

- Tant qu'on n'en abuse pas.

- Les rêves se sont calmés ces derniers temps. Je vous assure, je vais bien.

- Alors tant mieux.

Le silence revint et les deux hommes reprirent un peu de thé tranquillement.

- Y'a-t-il quelque chose que tu voudrais savoir sur tes amis, Ichigo ? Des nouvelles de la Soul Society ? Ou quelque chose que tu désires ?

- J'avoue que je me pose parfois quelques questions concernant les suites de la guerre… Après que votre sceau ait enfermé Aizen, et que je me sois évanoui, je sais qu'un mois c'est passé et je me suis réveillé dans ma chambre. Elle était encore là, et j'ai pu échanger quelques dernières paroles avec elle… avant que…

Il ne termina pas sa phrase et Kisuke le fit pour lui.

- Que les dernières traces de ton reiatsu disparaissent, et "elle" avec.

Ichigo resta silencieux, le regard baissé.

- Je peux te donner des nouvelles si –

- Non, fit le jeune homme sans hésitation. J'ai une autre vie désormais. Le passé est le passé, je ne veux pas qu'on me mente à son sujet et je sais que je ne peux plus rien faire pour elle désormais. Je suis un humain, et elle une Shinigami.

Il releva la tête et Kisuke vit que son regard était franc.

- Je l'aimerais toujours, je m'en rends compte maintenant, mais un monde nous sépare. Et puis j'aime aussi Tatsuki aujourd'hui. C'est un amour différent, mais il est là, je le sens, très distinctement, expliqua-t-il en posant sa main sur sa poitrine. Alors plutôt que d'être déchiré entre l'un que je ne peux pas vivre et l'autre qui est à côté de moi et à ma portée… J'ai fait mon choix.

Une fois encore, Urahara recula pour avoir plus de place et ce pencha le front jusqu'au sol devant Ichigo.

- Je sais que c'est la seconde fois mais je dois, une fois encore, te présenter mes excuses pour ce que mes erreurs t'ont fait subir il y a deux ans et aujourd'hui encore. Ma dette à ton égard est éternelle, Ichigo. Si j'avais su à l'avance ce que –

Avant qu'il ne puisse terminer sa phrase, Ichigo s'était levé et lui avait écrasé le visage contre le tatami avec son pied.

- Je me rappelle très clairement t'avoir dit de ne jamais recommencer avec ces excuses il y a deux ans, 'spèce de scientifique malade et dégénéré.

Kisuke se redressa, le nez douloureux mais constata qu'Ichigo avait repris sa posture de départ, juste la tête détournée et son visage encore un peu rouge. Mais son regard était toujours franc.

- Je m'en souviens aussi, maintenant, fit-il en se frottant le nez.

- Bien.

- Alors permets-moi néanmoins de te dire qu'elle va bien. Rukia va très bien même.

- Hmm.

Ichigo répondit rien d'autre mais une certaine tension dans son regard s'apaisa et Kisuke se dit qu'il avait fait le bon choix.

- Toujours à essayer de vendre tes confiseries gâtées aux enfants du quartier et tes inventions bidons auprès des Shinigamis de passage ?

Sentant que le moment était redevenu plus d'étendu, Kisuke reprit en un éclair sa posture habituel et sortit de sa poche intérieure son fan qu'il déploya. La tension étant dissipée, Ichigo était revenu au tutoiement habituel des jeunes de son époque et Urahara à son mode de dialogue courant.

- Ma, que vous êtes dur avec moi, Kurosaki-san, je ne suis qu'un honnête petit commerçant sans grand moyen ni prétention, à l'exception de pouvoir toujours satisfaire mes clients de mon mieux !

- Rien que ça, ça me donne envie de fuir…

- Permettez-moi de vous poser une question néanmoins, Kurosaki-san.

- De toute manière, tu la poseras, avec ou sans mon accord…

- J'ai du mal à me décider sur un échantillon de couleur pour les emballages de la gamme de mes prochains produits, tous de mon invention, cela va sans dire, il y a l'Anti-Spirit Pain Spray, "adieu-les-douleurs-de-dos" Theta, à la vitamine C, pour calmer les douleurs de dos provoquées par les esprits qui vous collent en permanence. Ensuite, le repousseur d'esprit, Spirit Be Gone X ! Fonctionne particulièrement bien dans les endroits clos, qui plus est… Et enfin lorsque des Hollows vous menacent et que la fuite est impossible, Electromagnetic Capture Ball ! Bien que Jinta l'ai renommé Zeta Ball… Mais elle fonctionne très bien… l'espace d'une dizaine de seconde… Si vous m'aidez, je vous offre un échantillon de chacun…

Durant tout son speech de vendeur, Kisuke sortit tour à tour une bouteille avec un tampon applicateur, puis une autre avec un pistolet à spray sur le dessus et enfin une boîte remplie de sorte de Pokeballs toute rouges avec des dents et des yeux complètement stupides dessus. Ichigo, pour qui ces produits n'avaient plus la moindre utilité – et n'en auraient même jamais eu s'il avait encore été capable de voir ou de sentir les esprits, s'énerva un peu plus à chaque gadget présenté. Apparemment, Kisuke ne se rendait même pas compte qu'il versait du sel sur ses plaies, pour ainsi dire. Furieux, il tendit la main et s'empara d'une boule avant de la jeter sur Kisuke.

- Vraiment ? Testons la marchandise alors…

Kisuke poussa un cri lorsque la boule le frappa en plein torse et cela libéra le petit Kidou contenu dedans. Effectivement, pendant 10 secondes environ, Kisuke se retrouva à se tordre dans tous les sens sur le sol, le corps parcouru par une sorte de filet électrique. Pas vraiment douloureux mais particulièrement dérangeant.

- Ho, ça m'a l'air de marcher très bien, fit Ichigo avec un énorme sourire sadique.

- Ha… Ha… Ha… Aïe… Ouille… Oui… je crois que c'est efficace… Ouille…

- Kisuke, je vois plus les esprits, et je les sens encore moins. Tu peux me dire à quoi ça me servirait d'avoir ces produits chez moi ?

- Hahaha, effectivement, fit le scientifique avec une mine désolée en repoussant les produits sur le côté.

Se faisant, il laissa malencontreusement tomber une Zeta Ball sur le sol qui roula sous la table en direction d'Ichigo. Pas fou, le jeune homme s'écarta à toute vitesse, évitant de se faire toucher.

- Hé ! Fais attention avec tes engins de mort ! Très peu pour moi, l'électrocution.

- Ho, gomen, gomen ! Fit Kisuke en se baissant pour ramasser la boule et la ranger.

- Bon, sérieusement, de quoi voulais-tu me parler ? fit Ichigo lorsqu'ils eurent tous les deux repris leur place.

- Hé bien… Pour être tout à fait franc avec toi… Je me demandais si tu n'avais pas encore des questions à me poser.

- Il me semble que vous m'avez déjà posé cette question il y a quelques minutes…

- Non, Ichigo, ce n'est pas la même question.

Le jeune homme resta silencieux, dévisageant Kisuke qui était redevenu sérieux.

- Peut-être devrais-je reformuler la question. Souhaites-tu en savoir un peu plus sur le vrai but d'Aizen dans cette guerre, le pourquoi de l'existence de la Soul Society et du Hueco Mundo et pour… pour le Roi, et l'Ouken ?

Ichigo sembla peser le pour et le contre.

- Connaître la vérité peut être un choc pour la plupart des gens, continua Urahara. Si je sors de mon magasin, que j'accoste un passant dans la rue et que je lui raconte toute l'histoire, il me prendrait pour un fou, et à juste raison. De même, la plupart des Shinigamis ne comprendrait pas la totalité de l'histoire… Mais tu es un cas spécial, Ichigo. Tu l'as été et, en conséquence et quels que soient les changements que tu as vécu ensuite, tu le resteras à jamais.

- Urahara-san. Si vous m'aviez posé la question il y a deux ans juste après… j'aurais dit que je voulais tourner la page et que je m'en moquais. Aujourd'hui, même si ces questions m'ont effectivement traversé l'esprit depuis, avec le recul, je ne me sens plus concerné. Je préfère que ces questions restent sans réponse, car certaines doivent le rester.

Urahara Kisuke hocha la tête avec un sourire, constatant la maturité d'Ichigo. Il songea à ce qu'il savait, ce que l'avenir pouvait réserver au jeune homme et à ce qu'il avait déjà vécu. Et il prit une décision.

- Très bien. Si tel est ton souhait, je laisserai ces réponses dans leur coffre… Mais sache qu'il te suffira d'un mot si tu le souhaites un jour. Tu mérites de connaître la vérité, celle pour laquelle tu t'es battu.

- Merci.

- Non, non, Kurosaki-san, c'est à moi de vous remercier, rétorqua Kisuke en redevenant normal. Et d'ailleurs j'aimerai vous offrir quelque chose en retour…

- Je n'accepte pas les cadeaux venant des hommes, rétorqua Ichigo en détournant la tête d'un signe catégorique.

- Haha, oui, bien sur, mais je pense qu'un petit souvenir vous fera quand même plaisir.

Kisuke sortit de sa poche intérieur un paquet enveloppé qu'il lui tendit en le glissant sur la table vers lui. Le jeune homme le regarda d'abord avec un air suspicieux puis déballa le présent pour découvrir son ancien badge de Shinigami. Aussitôt une petite tonne de souvenirs l'assaillir, alors qu'il se remémorait toutes les fois où il s'en était servi pour devenir Shinigami.

- Bien entendu, ce n'est qu'une réplique et non le badge officiel qu'Ukitake-san vous avait donné. Mais quand je vous ai revu dans mon magasin aujourd'hui, je me suis dit que quelque chose de ce genre vous ferait plaisir alors…

- Merci, Urahara-san. Exceptionnellement, je pense que je vais faire une exception et accepter ce cadeau.

- Excellent, vous m'en voyez ravi, Kurosaki-san. Puisque ce –

Urahara n'eut pas le temps de terminer sa phrase qu'il ressentit l'arrivée de visiteurs peu communs. Ichigo vit son interruption et lui fit un sourire.

- Des clients imprévus ?

- Je crois, oui, mais aucun de vos anciens amis. Souhaitez-vous… ?

- Na, je ne les verrai même pas de toute manière, je passerai même au travers d'eux sans les sentir.

Kisuke soupira devant son expression résigné et se leva, s'excusa et laissa le jeune homme seul, allant accueillir les nouveaux venus.

***.***

Karakura Town, Urahara Shoten

Lorsque Kisuke ouvrit la porte de son magasin, il se retrouva nez à nez avec une vision qui le terrifia : 3 capitaines – le massif Komamura, la mortelle Soi Fon et le glacial Hitsugaya – et une flopée de Shinigamis – tous avec un visage sombre et fermé, pas le genre d'expression pour une simple visite de courtoisie. Instantanément, l'ancien capitaine songea à son avenir et se vit le passer dans une petite cellule au Seireitei à attendre les 30 jours avant d'être carbonisé par le Soukyoku… Sinon pour quelle autre raison le Seireitei enverrait 3 capitaines sans même le prévenir à l'avance ? Ils avaient même très bien préparé leur coup, rien dans les sources de Kisuke ne l'avait prévenu de leur arrivée.

Il allait donc prendre la fuite lorsque Yoruichi arriva, un air particulièrement ravi au visage, lui bloquant sans le savoir le passage.

- Ha, Kisuke, justement je te cherchais, j'en ai fini pour aujourd'hui avec la –

- Plus tard, pour le moment, on décampe !

- Hein ?

- Je sais pas pourquoi mais il y a 3 capitaines là, dehors, et vu leur visage, moi, je ne reste pas !

- Tu n'as guère le choix, Urahara Kisuke, déclara une voix derrière lui tandis que la porte se rouvrit lentement, dévoilant la silhouette géante de Komamura Sajin. Mais rassure-toi, même si nous sommes bien là pour te ramener au Seireitei, ce n'est pas pour t'emprisonner. Tu as été amnistié.

Kisuke, qui était à deux doigt de prendre la fuite en levant une boîte remplie de Zeta Balls qui devaient lui servir de diversion, se figea et écarquilla les yeux sous le coup de la surprise.

- Heu… Pardon ?

Mais avant qu'il ne puisse entendre la réponse, les boules rouges roulèrent lentement hors de la boîte et lui tombèrent dessus les unes après les autres.

***.***

Dix minutes plus tard, toujours parcouru de temps à autre par une petite charge d'électricité statique, Kisuke se remettait de sa malchance et de ses émotions en sirotant une nouvelle tasse de thé apaisant et contemplait le message venu de la Chambre Centrale des 46. Les trois capitaines étaient assis en face d'eux, une tasse de thé à leur disposition, Komamura au centre, Soi Fon à sa droite et Hitsugaya à sa gauche. Yoruichi, assise à gauche de Kisuke – et Tessai à sa droite –, lisait le message en même temps car il la concernait également. Levant les yeux vers son ancienne protégée qui n'avait toujours pas dit un mot à part les salutations d'usage, elle vit que Soi Fon avait toujours le même visage fermé depuis son arrivée et semblait perturbée par quelque chose. Komamura et Hitsugaya aussi étaient incroyablement silencieux mais aucun des 3 capitaines n'étaient particulièrement connus pour être des bavards ou pour leurs qualités sociales. Elle nota également qu'aucun de leurs lieutenants ne les avaient accompagnés.

- Hum… Hé bien, je suis incroyablement ravi de voir mon nom – ainsi que celui de Yoruichi et de Tessai – innocenté des crimes dont nous avions été accusés à tort par le passé… Mais plusieurs questions me viennent à l'esprit : tout d'abord, pourquoi maintenant ? Et pourquoi envoyer 3 capitaines rien que pour m'apporter cette nouvelle ?

- Hé bien… allait commencer Komamura lorsque quelqu'un tapa délicatement à la porte.

- Pardon de vous déranger mais nous allons prendre congé, Urahara-san, fit Inoue Orihime en ouvrant la porte glissante.

Ce faisant, elle aperçut les trois capitaines qu'elle salua par politesse. Et lorsque son regard tomba sur Hitsugaya, elle s'exclama :

- Toshirou ? Hitsugaya Toshirou ? Incroooyaaaable ! Comme tu as grandi ?

Gêné, le capitaine de la 10ème Division détourna le visage, notant malgré lui qu'Inoue était devenue particulièrement belle elle aussi. Mais avant qu'elle ne puisse entrer d'avantage, Tatsuki fit son apparition derrière elle et la tira hors de vue.

- Voilà, tu as fait ce que tu avais à faire, maintenant on rentre.

Tatsuki adressa un signe de la main vers Yoruichi qui lui répondit de la même manière. Elle jeta un bref coup d'œil aux trois personnes assises de manière formelle en face et se pencha poliment en guise de salut avant de s'esquiver à son tour. Puis ce fut le tour d'Ichigo.

- Merci, Urahara-san, à la prochaine.

- Avec plaisir, Kurosaki-san. Arisawa-san, Orihime-san et toi serez toujours les bienvenus dans mon humble magasin.

Ichigo jeta un regard nerveux vers les trois capitaines et se pencha poliment pour les saluer, sachant intellectuellement qu'ils étaient là, mais incapables de les voir. D'après les paroles d'Inoue, il savait qu'au moins Hitsugaya était là, mais ne connaissait pas l'identité des deux autres. Tout ce qu'il avait sous les yeux, c'était trois coussins légèrement écartés les uns des autres et disposés en ligne face à Kisuke. Il savait que Yoruichi aussi était dans la pièce mais il ne la voyait pas.

- Ne fais… ou plutôt, dis à tes amies de ne pas faire attention à la foule dehors.

- Osu.

Il referma la porte et Hitsugaya fut le premier à briser le silence quelques instants plus tard.

- Il semble bien se porter.

- Il semble, en effet, répondit Kisuke doucement. Mais certaines choses me préoccupent ces derniers temps le concernant.

- De quelle sorte ?

Kisuke n'était pas surpris de la question de Toshirou. Ichigo et lui avaient combattu ensemble à plusieurs reprises, cela créait des liens plus solides que l'acier.

- Il est encore trop tôt pour le dire et je ne préfère pas m'avancer. C'est un cas très particulier, comme vous le savez.

- Et si vous en reveniez sur les raisons de votre visite, intervint Yoruichi, désireuse de changer de sujet.

Elle nota alors que le regard de Soi Fon n'avait pas quitté la porte, comme si elle avait été frappée par la foudre.

- Soi Fon ?

- Mes excuses, Yoruichi-sama, lâcha Soi Fon en sortant de sa torpeur. C'est juste que je ne m'attendais pas à le… à le… à le voir si…

Elle s'arrêta, ne sachant pas comment le décrire. Soi Fon n'avait eu en tout et pour tout que deux interactions avec Ichigo. La première fois lui avait laissé une très forte impression : Ichigo venait de stopper le Soukyoku avec son seul sabre surdimensionné. Pour sauver Rukia. La fois suivante fut lors de la guerre contre Aizen. A sa surprise, le très strict et sévère commandant Yamamoto avait ordonné qu'une confiance absolue soit portée sur Ichigo et que celui-ci allait être leurs yeux et leur espoir – leur Joker, selon l'expression de certains Shinigamis – dans la guerre contre Aizen. Lorsqu'il avait surgi d'un Gargantua et chargé Aizen au dessus de la fausse Karakura Town, elle l'avait vu auréolée d'une puissance sombre et incroyable. Un titan. Avec un reiatsu surpassant de loin le sien, même sans utiliser son horrible masque de Hollow. Mais aussi un adolescent pleins de doutes, de craintes et d'inquiétude. Ce jour-là fut aussi la seule et unique fois où elle put lui parler. Et elle se rendit compte qu'elle n'avait fait que lui donner un conseil et un encouragement, rien de plus. Pas même un bonjour, pas même un merci, pas même un au revoir. Juste deux inconnus sur un champs de bataille, que le hasard avait mis dans le même camp. Par la suite, durant les deux années suivantes, elle avait passé beaucoup de temps avec Rukia et immanquablement le nom d'Ichigo était souvent revenu dans la conversation… Constamment, même.

- Faible ? proposa Kisuke. Ou insignifiant ?

Le regard qu'elle renvoya à Kisuke en disant long sur ce qu'elle pensait de ses insinuations.

- Non, pas comme ça.

- C'est pourtant ce qu'il est devenu. Faible, insignifiant… mais libre.

Les trois capitaines en face de lui n'avaient pas aimé ses premières paroles concernant Ichigo mais ce dernier mot les prit par surprise et les força à réfléchir. Mais pas longtemps car aucun des hôtes ne désirait s'appesantir sur le sujet pour le moment.

- Mais nous discuterons de lui un autre jour, si vous le voulez bien, reprit donc Yoruichi.

Komamura toussa brièvement dans son poing.

- Pour expliquer les raisons de notre présence, il faut commencer par relater les faits remontant à il y a un mois et demi environ. Comme vous le savez peut-être, Kurotsuchi Mayuri continuait fréquemment à explorer Las Noches, dans l'espoir de découvrir les travaux de recherche d'Aizen.

- Je suppose que ces voyages et leurs buts étaient connus des autorités compétentes.

- Bien entendu. Nous savions que Mayuri convoitait les connaissances d'Aizen mais étions confiants, puisque nous savions ce qu'il cherchait et qu'il savait qu'il était observé, que celui-ci ne commettrait pas l'erreur de nous trahir. Peut-être nous trompions-nous, mais nous en doutons aujourd'hui, et cela n'a plus la moindre importance… Toujours est-il que la Chambre Centrale des 46 avait approuvé sa requête et il y a un mois et demie, Kurotsuchi-Taichou a mis à jour les quartiers et le laboratoire personnel d'Aizen. Aussitôt, le Seireitei a envoyé trois autres divisions pour soutenir, surveiller et protéger les travaux de recherche et détruire ensuite Las Noches jusqu'à ce qu'il n'en reste plus que des ruines. Kurotsuchi-Taichou avait estimé qu'il lui faudrait environ deux mois pour avancer ces recherches au point que sa présence ne soit plus indispensable au Hueco Mundo. Les 3 Divisions envoyées furent la 2nde, la 3ème et 11ème.

Le massif capitaine de la 7ème Division s'arrêta là et adressa un regard vers ses deux collègues tour à tour. Voyant qu'aucun des deux ne voulait prendre la parole – Soi Fon probablement par honte et Hitsugaya parce qu'il se complaisait pour le moment d'écouter –, il reprit.

- Il y a 10 jours, Las Noches fut attaqué par des Arrancars. 4 menèrent l'assaut mais nous savons que 4 autres étaient là en renfort.

- A voir vos expressions, il est clair que cela ne s'est pas passé comme vous l'espériez, déclara Kisuke. Quelles ont été les pertes ?

- Lourdes. 384 Shinigamis, officiers compris, 2 lieutenants – Izuru Kira et Oomaeda Marechiyo – et 1 capitaine, Kurotsuchi Mayuri. Les plus lourds dégâts ont été pour la 12ème Division. Entre l'assaut des Arrancars et les dommages collatéraux dus au Bankai de feu-Kurotsuchi-Taichou, toute la section envoyée a pratiquement été rasée. Il ne reste que les équipes de surveillance et de l'entretien du matériel, qui étaient restées au Seireitei, soit moins d'une cinquantaine de Shinigamis.

- Ouch, commenta Yoruichi en faisant une grimace.

- J'imagine que le commandant devait être livide, demanda Kisuke.

- C'est peu de le dire. Pour une raison inconnue, les Arrancars se sont retirés, les 4 en renfort ou en soutien utilisèrent des Négacion pour couvrir leur retraite si nécessaire. De leur côté, ils n'ont subis qu'une seule perte, à attribuer à la 11ème Division, et un blessé grave qui fut secouru avant que Kiritsugu-Taichou ne puisse l'achever.

- Kiritsugu-Taichou ?

- Haa, pardon, oui. Kiritsugu Haruka, anciennement 4ème Siège de la 1ère Division. Elle a récemment passé l'examen et a été promue capitaine de la 3ème Division. La perte de Kira si tôt après son entrée en poste est un coup dur pour elle, mais Soi Fon-Taichou et Kenpachi-Taichou lui ont fait un excellent rapport malgré l'échec de la mission et je pense qu'elle s'en remettra.

Il y eut un moment de silence le temps que les 3 anciens capitaines exilés assimilent ce qu'ils venaient d'apprendre.

- Je vois, reprit Kisuke rapidement. Et quelles seront les suites de cette affaire ? Je doute que le commandant…

- Justement, il n'y aura pas de suite, interrompit Komamura, faisant naître une expression de surprise sur leur visage. Une heure après la fin des combats, l'ordre fut donné par la Chambre Centrale des 46 que toute opération en cours au Hueco Mundo soit arrêtée. Las Noches fut rasé en utilisant le processus d'autodestruction mis en place par Aizen et que Kurotsuchi-Taichou avait désactivé. Puis toutes les données concernant cette mission furent classées et l'ordre fut donné d'en rester là. Yamamoto-Soutaichou lui-même se serait rendu à la Chambre Centrale en personne pour recevoir des explications mais il a été intransigeant à son retour. Selon ses propres termes, "cet incident sera traité par une autre Division", sans nous donner plus de détail.

Pour les trois anciens capitaines, qui s'échangèrent un regard entendu, la chose était claire : la Division 0 venait d'étouffer l'affaire.

- Je crois voir où cela nous mène. Yamamoto-Soutaichou souhaite que je reprenne du service, n'est-ce pas ?

- Haa. Le commandant avait fait la promesse que le prochain poste vacant de capitaine serait attribué à Abarai Renji, mais celui-ci déclina le poste. Selon mes informations, il se préparerait à prendre la relève d'Ukitake Jyûshiro à la 13ème Division. Il aurait même demandé un transfert provisoire vers la 13ème pour mieux la connaître. En conséquence, le poste de capitaine de la 12ème Division est vacant… et Yamamoto-Soutaichou souhaiterait vous y voir de retour.

- Tout cela me semble très bien pour moi mais qu'en est-il de mes… complices ?

- Hé bien…

- Personnellement, je souhaiterai rester ici, dans le monde des vivants, fit Tessai en levant doucement sa main pour prendre la parole. Je me suis attaché à cette échoppe et j'y vis maintenant depuis plus de 100 ans. De plus, Ururu et Jinta ne sont encore que des lycéens de première année, je ne peux décemment pas les laisser seuls.

- Quant à moi, si mon nom est lavé de mes crimes, alors je redevins d'office le Tenshi Heisouban de la Famille Shihouin, fit Yoruichi en portant son regard sur Soi Fon. Mais je n'ai aucune intention de reprendre mon ancien poste de capitaine de la 2nde Division, ni celui de commandant de l'Onmitsukidou.

Soi Fon relâcha un soupir intérieurement.

- Et puis redevenir un Shinigami me forcerait à ressortir cette vieille mégère du trou où je l'ai laissé, et ça, très peu pour moi.

Kisuke regarda Tessai puis Yoruichi avant de relâcher un long soupir.

- En clair, vous m'abandonnez tous les deux à mon propre sort, plaisanta-t-il à moitié.

- Bah, c'est vous qu'ils veulent, boss, pas nous, déclara stoïquement le géant moustachu.

Kisuke se gratta la tête, songeant aux avantages et aux inconvénients.

- Haalalala… Vous vous rendez compte du travail que je vais avoir si je reprends cette Division ? Je vais devoir repartir de 0, à commencer par former mon lieutenant et les trois quarts des Shinigamis sensés la composer, directement des bancs de l'académie… La Division des gamins, qu'on va nous surnommer, vous allez voir…

- En fait, votre lieutenant sera Kurotsuchi Nemu… enfin, si elle se réveille dans les prochains jours, annonça Komamura.

- Pour être exact, nous avons retrouvé le corps de cette fille intacte – et une tête coupée ressemblant à la sienne à quelques mètres de là –, mais lorsqu'elle a appris la mort de son créateur, elle est devenue… comme catatonique. Unohana-Taichou n'a pas été en mesure de comprendre ou d'expliquer son état, mais pense que cela est dû à sa condition. Après tout, cette fille n'est même pas vraiment…

- Je connais sa condition, fit Kisuke. J'ai après tout supervisé les premiers stades des recherches de Mayuri qui lui ont permis de la créer. D'une certaine manière, je suis moi aussi un peu responsable de son existence. Je ne l'ai pas créé, mais je n'ai rien fait pour empêcher Mayuri de le faire.

Il y eut un long moment de silence puis Kisuke prononça un long soupir, ayant pris sa décision.

- Bon, il semblerait que les vacances arrivent à leur fin pour moi.

Komamura souffla à son tour un soupir qu'il ne se rendit compte qu'il gardait depuis le début de cette rencontre.

- Merci, Urahara-Taichou, vous nous retirez une sérieuse aiguille du pied.

Kisuke leva la main pour faire taire les remerciements.

- J'ai dit que j'acceptais de reprendre mon ancien poste, toutefois il y a une condition… Mais je la présenterai moi-même à Yamamoto-Soutaichou.

- Pas de problème, nous nous attendions à ce que vous ne repreniez pas votre poste pour rien, avoua Toshirou.

- Et il y a une dernière chose… Je ne peux pas partir maintenant, enfin aujourd'hui, là, comme ça, du jour au lendemain. Nous sommes dans le monde des vivants et il va me falloir un peu de temps pour arranger mes affaires… et faire mes adieux à quelques connaissances.

- C'est bien naturel, commenta Komamura. Je vais retourner au Seireitei pour annoncer la bonne nouvelle. De combien de temps pensez-vous avoir besoin ?

- Ho, une petite semaine, 10 jours tout au plus. En revanche, je peux très bien rentrer avec vous de suite et je reviendrais ensuite régler mes affaires. J'en profiterais pour voir ce que je peux faire au sujet de ma future lieutenante.

- Excellent. Nous pouvons y aller quand vous voulez.

- Heu, je vais aller me changer alors, je crois qu'une tenue un peu plus officielle s'impose.

Puisque tout le monde se levait pour sortir, Toshirou se tourna vers Tessai.

- Pourrai-je emprunter l'un de vos gigais pour quelques jours ? Je ne souhaite pas retourner à la Soul Society pour le moment.

Entendant sa requête, Soi Fon sauta sur l'occasion sans même y réfléchir.

- De même. Depuis notre intervention il y a deux ans, je n'étais pas revenu dans le monde réel depuis bien longtemps et j'ai pu constater à quel point il a changé. Je pense qu'une petite exploration s'impose, dans un intérêt purement professionnel.

Tessai tourna un regard interrogateur vers Kisuke mais celui-ci haussa les épaules et sortit, suivi de Komamura.

- Par ici, je vous prie, fit le géant vers l'une des pièces servant d'entrepôt.