Chapitre 7 :
En entendant la porte s'ouvrir, Yann se retint de bondir du canapé ou il était resté avachi depuis son dernier coup de fil. Il fallait qu'il reste calme, qu'il se contrôle. Mais contrôler son inquiétude était quelque chose que, s'il savait parfaitement faire dans son boulot, lui était totalement étranger au niveau personnel. C'était la première fois que Kévin claquait la porte, et les scénarios qui avaient pris possession de son imagination avaient été tous plus catastrophique les uns que les autres.
Il tenta de se focaliser de nouveau sur la télévision, ne pouvant s'empêcher de regarder l'heure une fois de plus. Combien de temps avait-il passé à fixer la pendule depuis le départ de son époux ? Mais il était rentré. Il était rentré ! Il se repassait cette phrase comme le chant d'une victoire, certes faible, mais d'une victoire.
Il ne put s'empêcher de regarder du coin de l'œil son mari se diriger vers la cuisine, se servir un café avant de le boire cul-sec, puis poser la tasse dans l'évier, avant de devenir de nouveau immobile.
L'inquiétude passée, la colère fit de nouveau place ; et Yann se garda une nouvelle fois de rejoindre son mari pour le secouer. Il inspira profondément, essayant de calmer ce tourbillon incessant qui mettait le feu à son être. Rester calme !
Il se recourba un peu plus dans le canapé, avant d'entamer le dialogue d'une voix qu'il se voulait nonchalante et détachée.
Yann : Ça va ?
Devant la non réponse de son mari, il ferma les yeux et se mordit l'intérieur de la joue ; ce qui le fit sursauter. Il valait mieux la douleur pour canaliser ses émotions que partir dans une énième dispute qui ne mènerait à rien. Approche psychologique uniquement, pas de rentre dedans ! Alors qu'il rêvait de le prendre par les bras et de le secouer de tout son saoul.
Yann : Je me suis inquiété.
Le silence continua de perdurer quelques minutes, ce qui énerva Yann d'autant plus.
Les secondes continuèrent de défiler avant que la voix fébrile de son mari se fasse entendre.
Kévin : Je suis désolé.
N'en pouvant plus, désireux de serrer le corps de celui qui lui avait manqué, il se leva et se posta derrière son mari, enserrant sa taille, lui déposant un baiser dans le cou, s'enivrant une fois de plus de cette odeur si familière qui le rendait dingue.
Yann : C'est pas grave. T'es rentré, c'est ce qui compte.
Kévin : Non, je suis désolé pour ma réaction de tout à l'heure. J'aurai… Je n'aurai pas dû m'emporter.
Il se retourna dans les bras de Yann et fixa son regard dans le sien.
Kévin : J'aurai pas dû te traiter de menteur, je suis désolé. Je le pensais pas. Je… Je sais à quel point tu veux, toi aussi, avoir un enfant. Je sais pas ce qui m'a pris, je me suis attaché à Antonin en si peu de temps… je ne comprends pas ce qui m'arrive. Je m'excuse.
Bien que légèrement dérouté par l'aveu de Kévin, alors qu'il se préparait à une nouvelle crise, Yann se sentit d'un coup plus léger. Et heureux. Heureux que pour la première fois en deux jours, ils soient sur la même longueur d'onde.
Yann : C'est rien, c'est pas grave. On oublie.
Il saisit le menton de Kévin, qui avait baissé la tête, afin de rencontrer les prunelles azures qui le faisait tant chavirer.
Yann : J'ai dit : On oublie.
Kévin : Je te mérite vraiment pas.
Yann eut un petit sourire en coin.
Yann : Disons que ça change. D'habitude c'est moi qui m'énerve et qui claque la porte. Maintenant je sais ce que tu ressens.
Kévin : Tu t'es vraiment inquiété alors ?
Yann : Si je me suis inquiété ? J'ai bien dû appeler la moitié de la capitale, et j'ai même envoyé des gars sur le terrain pour te chercher.
Kévin le regarda, étonné.
Kévin : A ce point-là ?
Yann : J'ai appelé tous les gars du boulot, y compris tes collègues. Même Duval, c'est pour te dire. 2 minutes de plus et j'appelais le G.I.G.N.
Kévin ne sut quoi dire. Yann passa ses mains sur les bras de son mari pour le réconforter.
Yann : Quand il s'agit de toi, je ne fais jamais les choses à moitié. Je ne te le dis peut-être pas assez souvent, mais je t'aime.
Il s'avança et s'empara de ses lèvres avec toute la douceur et l'amour qu'il pouvait ressentir pour Kévin. D'abord doux et suave, le baiser se transforma en une demande intense ; sa langue se mêlant à celle de son mari, savourant, explorant, redécouvrant, comme si c'était leur première fois. Il se détacha à regret de ces lèvres délicieuses.
Yann : T'es gelé. Je vais te faire couler un bon bain chaud ! Je ne voudrais pas que mon merveilleux époux tombe malade.
Il l'embrassa rapidement avant de se détacher, mais Kévin le retint par la main.
Kévin : Yann ? Merci.
Et c'est dans un sourire mutuel, main dans la main, leur cœur battant à l'unisson, qu'ils se dirigèrent vers la salle de bain, heureux de se retrouver enfin.
