Chapitre 7 : Unis

Le premier réflexe de Dean, en ouvrant les yeux et en se découvrant dans le Bunker fut de chercher Castiel. Le premier réflexe de Castiel fut de chercher sa fille. Jude pleurait dans son berceau à quelques pas d'eux. Ils ignoraient depuis combien de temps ils gisaient inconscients dans le salon.

Charlie se releva en grognant.

Sam se redressa sur un coude en prenant une longue inspiration comme s'il avait plongé pendant trop longtemps. Il cligna des yeux deux ou trois fois avant de retrouver une vision claire. Il n'avait pas du rester inconscient plus de quelques minutes. Du coin de l'œil il voyait Castiel, Jude dans les bras. Lady vint enfouir son museau dans sa main en gémissant.

« Ca va... tout va bien... » Dit il à l'animal pour la rassurer en la caressant. Elle se tortilla pour rester dans ses bras tandis qu'il se relevait mais il la repoussa à terre.

Plus loin, dans le salon, Andy s'était assise, le regard vide.

« Sam... » Dit elle d'une petite voix en le voyant. « Qu'est ce qu'il s'est passé ? »

Il serra les dents, tentant de ne pas se laisser dépasser par les événements, tentant de ne pas projeter sur elle sa colère ni sa peur. Il échoua. Avant qu'elle ait pu réagir, il l'avait saisie par le bras, remise debout violemment et la poussait vers la porte.

« Sam... Sam qu'est ce qu'il se passe ? » Bégaya-t-elle tandis qu'il la traînait littéralement vers la sortie.

Il n'avait pas de réponse, la colère et la douleur l'aveuglaient et elle était là et il fallait bien qu'il s'en prenne à quelqu'un ou quelque chose et...

« Sam ! » Cria Dean en se redressant, Charlie sur les talons. « Ce n'est pas sa faute. » Dit son frère en le saisissant par sa veste au moment ou il mettait la main sur la poignée de la porte. Sam grinça des dents en regardant son frère, l'air perdu et choqué. Charlie posa la main sur la sienne là où il serrait si fort le bras d'Andy qu'il y laisserait des marques malgré sa veste.

« Elle n'est pas responsable. » Dit Charlie doucement en repoussant sa main.

« Qu'est ce qu'il s'est passé ? » Demanda encore Andy, cette fois en regardant Dean. « Je ne me souviens pas de... »

Le chasseur secoua la tête. « Crois moi tu ne veux pas le savoir. » Répondit il.

« Sam... »

« Va -t-en. » dit Sam entre ses dents. Il les serrait si fort qu'il avait l'impression de sentir l'émail commencer à se fendre. Il ne la regardait pas, Cherchait des yeux Castiel qui s'approchait d'eux, sa fille calmée dans les bras.

« Sam... » Répéta Andy doucement et il sentit sa main lui effleurer la joue. Il la saisit violemment et serra ses doigts autour du poignet de la jeune femme qui se mit à grogner de douleur. « Va -t-en » Répéta-t-il plus fort, plus dangereusement. Il la regarda pour la première fois et elle avait l'air... il s'attendait à de la colère ou de la peur, il ne vit que de la stupeur et un peu d'inquiétude. Elle ne bougea pas quand il lâcha son poignet.

« MAINTENANT ! » Cria-t-il, la faisant sursauter. Dean avait ouvert la porte et lui fit un signe de tête. Elle baissa les yeux, serra sa veste autour d'elle et sortit la tête basse.

Ils se regardèrent tout les quatre un instant avant que Castiel mette Jude dans les bras de Dean.

« Je vais faire du thé » Dit il.

Pour la toute première fois de leur vie, ils n'eurent pas besoin d'attendre des mois, des années, pour parler. Pour la toute première fois, ils s'assirent tout les quatre autour de la table de la cuisine décidés à jouer cartes sur table. Charlie avait les mains serrées autour de sa tasse de thé, Sam caressait Lady endormie sur ses genoux. Castiel avait installé Jude dans sa chaise haute, l'enfant répandait sur sa gigoteuse des miettes d'un gâteau qu'elle mâchonnait sans réellement le manger. Dean les rejoignait avec un verre de whisky et en tendit un à Sam.

« Ça va ? » Demanda-t-il à son frère avec un regard gentil que Sam ne lui avait plus vu depuis très longtemps. Il hocha la tête.

« Ça va. »

Il but une gorgée de son whisky, l'alcool s'évapora à moitié dans sa bouche avant qu'il ait le temps de l'avaler.

« Tu mens. » Dit Dean calmement. « Je sais toujours quand tu mens Sam. »

« Qu'est ce que tu veux que je dise ? » Répondit le cadet en reposant son verre. « Même pour moi ça fait un peu beaucoup »

« Par quoi on commence ? » Demanda Charlie en ramenant ses pieds sur sa chaise, calant ses genoux contre le bord de la table, son thé serré contre elle.

« Par le début. » Dit Castiel lentement. «Les Dévoreurs d'âme nous ont envoyés dans les Limbes après avoir détruit le Lien entre Dean et chacun de nous trois. »

Ils hochèrent la tête. Ça c'était la partie facile de l'histoire.

« C'est quoi les Limbes ? » Demanda Charlie. « Je veux dire, j'en viens je sais ce que c'est naturellement mais... c'est quoi un genre d'enfer pour les monstres ? »

« Non » dit Castiel. « C'est plus une oubliette pour tout ceux qui n'ont pas d'âme à envoyer en Enfer ou au Paradis. »

« Alors ça veut dire que papa n'a plus d'âme ? » Demanda Sam. « Qu'est ce qu'il est alors ? »

« De la volonté. De la pure volonté. » Répondit Castiel « C'est comme ça qu'il a résisté aux tortures de l'enfer, c'est comme ça qu'il s'en est échappé ben que totalement brisé, et c'est pour ça qu'il n'a jamais pu rejoindre le paradis. Ce que nous avons vu est très très rare, c'est l'essence d'un humain qui survit sans son âme et sans vie, par sa pure volonté. »

« ouais... ça ressemble bien à papa ça... » Marmonna Dean en vidant son whisky d'un trait. Il avait envie d'être saoul pour ne pas penser à ça. Il avait envie d'oublier. Mais ce n'était pas à l'ordre du jour, ni des jours suivants, et pour l'instant il avait besoin d'être sobre. Dommage.

« J'ai faim. » Dit il au bout d'un moment. «Venez, on sort. »

Ils se levèrent tout les trois sans protester, comme si la moindre impulsion vallait mieux que de rester autour de cette table dans la lumière déclinante tombant des grandes vitres du Bunker. Sam prit Jude dans ses bras et elle se mit à babiller tandis qu'il se débattait pour lui enfiler son petit manteau. Il l'installa sur ses épaules le temps d'enfiler sa veste, une main toujours autour d'elle pour s'assurer qu'elle ne tombe pas. Curieusement la présence du bébé le rassurait, l'ancrait dans la réalité, lui rappelait qu'il était sorti des limbes. Mais il sentait encore le poids du vide et du rien qui l'avait environné peu de temps auparavant. Il sentait à travers le Lien que cela se manifestait par de la colère chez Dean, Charlie était gelée,et Castiel, extraordinairement fatigué.

Ils s'entassèrent dans l'Impala et Dean les conduisit à un diner presque vide à l'extérieur de la ville. C'était un lieu neutre qui sentait la graisse et le désodorisant bon marché. Ils s'installèrent sur les banquettes, lurent le menu sans le voir.

« Pas de salade ? » Demanda Dean en entendant Sam commander le même cheeseburger que lui et Castiel.

Sam secoua la tête.

« Pareil pour moi. » Dit Charlie en tendant leurs menus à la serveuse avec un sourire crispé. Lady se hissa sur ses genoux en jappant et elle enfouit ses doigts dans la fourrure chaude de la chienne. Elle osait à peine cligner des yeux, l'image de Dieu s'y imposait dès qu'elle était plongée dans le noir. Et elle avait froid.

« Ça va ? » demanda Dean à coté d'elle en la poussant légèrement d'un coup d'épaule. Elle hocha la tête.

« Si tout ça c'est trop pour Sam... imagine pour moi... Bon sang on était dans les Limbes... un truc dont j'ignorais l'existence jusqu'à hier ! Et pas un truc fun non ! »

Dean passa son bras autour des épaules de son ami et la serra brièvement.

« On s'y fait. » Dit il. Elle secoua la tête.

« Vous deux vous avez grandit dans les trucs bizarres... J'ai grandit chez des gens normaux moi... »

La serveuse revint avec leurs boissons, Charlie continuait de caresser Lady qui grognait de contentement.

« Et j'ai peur... j'ai tellement peur maintenant... Qu'est ce qu'on va faire ? » Poursuivit elle les yeux rivés sur le museau du chien. « On a Dieu aux fesses... et votre père... et je sais pas lequel des deux me fait le plus peur... »

Sam sourit en prenant une gorgée de sa bière. « Tu n'avais pas l'air d'avoir peur... la bas.» Dean et Castiel hochèrent la tête. Charlie baissa encore les yeux ce que Sam n'aurait pas cru possible, son front touchait presque la table.

« J'imagine que là bas, c'était moins terrifiant d'être en colère que … que tout le reste... » Dit elle doucement. Dean passa une main sous son front pour l'obliger à se redresser et à le regarder.

« Tu as été grandiose là bas. » Dit il. «Avoir la trouille c'est normal, se battre quand même, c'est grandiose. Tu es grandiose »

Elle sourit.

« Et d'ailleurs... » continua Dean en s'écartant d'elle pour atteindre le revolver passé dans la ceinture de son jean dans son dos.« Je t'en dois deux. » Dit il en déposant le Glock sur la table du diner. La serveuse qui arrivait avec leurs plats ouvrit des yeux ronds et battit en retraite derrière le comptoir après avoir déposé les assiettes sans un mot. Dean l'ignora et se tordit sur le siège pour attraper le couteau glissé dans sa botte et le déposer à coté du revolver.

Charlie observa les armes un instant sans comprendre. «Pour les deux fois ou je t'ai fait croire que je n'aurais pas préféré m'arracher la gorge de mes propres mains plutôt que de te faire du mal. » Clarifia le chasseur. « Je t'en dois deux. »

Castiel et Sam ne disaient rien, regardant Dean comme Charlie le regardait. Avec une intensité qui le mettait mal à l'aise. Il n'osait pas cligner des yeux de peur qu'elle prenne ça comme le signe d'un manque de sincérité. Il avait la gorge sèche et était à deux doigts de réclamer que quelqu'un dise quelque chose parce qu'il n'aimait pas être observé ainsi, comme un insecte sous la lentille d'un microscope.

Charlie sourit et repoussa les armes vers lui. « Pour les deux fois ou j'ai été assez idiote pour penser que tu lèverais la main sur moi. » Répondit elle. « Mais la prochaine fois, je te refais le portrait. »

« Quand tu veux gamine. » sourit Dean avec soulagement. Elle le poussa de l'épaule et mordit dans son burger. Il semblait à Dean qu'un grands poids venait de s'évaporer de ses épaules. Mais pas encore tout le poids. Il mangea quelques frites sans y prêter attention et chercha le regard de son frère.

« Tu sais, ce que je t'ai dit... » Commença-t-il. Sam fit un geste de la main , agitant un frite dans sa direction.

« Laisse tomber. » Dit il. « Ce n'était pas toi. »

« Si, c'était moi... c'était intégralement moi j'en pensais chaque mot. » Avoua Dean.

« Je sais. »

Il leva les yeux vers son frère qui souriait d'un air fatigué. « Je sais. » répéta Sam. « Et ça m'est égal... tu es toujours mon grand frère... Jerk ! »

« Bitch » répondit automatiquement Dean. Ils sourirent et mordirent dans leurs burgers avec une belle synchronisation pendant que Charlie réclamait un surnom à elle.

« Insupportable petite sœur ça ne te suffit plus ? » Se moqua Sam.

« Trop long ! » protesta Charlie en donnant une frite à Lady. Mais elle souriait parce que même flanqué de l'adjectif insupportable, c'était bon de savoir qu'ils la considéraient quand même de la famille. Elle n'en doutait pas, mais en des moments comme celui là, c'était bon à entendre.

Castiel glissa un regard vers le couffin de Jude sur la banquette à coté de lui. Elle dormait à poings fermés.

« Cas... »

L'ange releva la tête vers Dean sachant que les deux autres les observaient. « On en parlera plus tard. » Dit il. Le visage de Dean se ferma un peu mais Castiel avait d'autres préoccupations que les état d'âmes du chasseur.

« Allons nous parler de ce que nous avons vu là bas ? »

« Tu parles de Dieu ou de John ? » Demanda Charlie la bouche pleine. Dean lui tendit une serviette pour qu'elle arrête de baver des miettes sur la table. « Merchi ».

« Des deux mais à deux niveaux différents. Que votre père soit là en bas est important pour vous. » Dit il en regardant les frères Winchester. « Qu'il se soit allié à mon père est terrifiant pour toute l'humanité. »

« Pourquoi terrifiant ? » Demanda Charlie. « Il nous a créés... est ce qu'il ferait tout ça pour faire du mal aux humains ? »

« T'es sérieuse là ? » Grogna Dean. « Il s'est allié à notre père dans l'unique but de détruire quatre personnes qui pourraient menacer son projet de reprendre sa place sur le Saint Siège... qu'est ce que tu crois qu'il serait capable de faire avec tout son pouvoir ? »

« Le Saint siège c'est pour le Pape, Dean... » Corrigea Sam.

« Peu importe ! »

« Mais vous croyez vraiment qu'il aurait de mauvaises intentions pour l'humanité ? » Insista Charlie incrédule.

« Dieu n'est ni infiniment juste, ni infiniment bon. » Dit Castiel sombrement. « Les châtiments qu'il réserve à ceux qui le trahissent sont difficilement imaginables... Lucifer lui a désobéi une seule fois et vois où ça l'a mené ! »

« Oui mais nous... je veux dire les humains... »

« L'ont laissé pourrir dans les Limbes pendant deux millénaires. Que crois tu qu'il ait prévu pour nous au bout de deux mille ans à ruminer sa vengeance ? »

Charlie se tut, très pâle. « Et nous... en nous séparant de Dean nous... »

« Nous lui avons donné assez de pouvoir pour sortir des Limbes... » Confirma Castiel. « Mais sans doute pas assez encore pour reprendre sa place dans les Cieux. »

« Alors qu'est ce qu'il va faire ? » Demanda Sam après avoir avalé sa dernière bouchée. Il s'essuya les mains sur son jean et Dean lui tendit une serviette avec un regard exaspéré et un soupir qui disaient « Qu'est ce que j'ai loupé avec toi ? T'es vraiment insortable ! » Sam sourit et prit la serviette.

Castiel secoua la tête . « Je n'en ai aucune idée. Mais je crains que ce ne soit pas plaisant. » Dit il.

Ils partageaient cette crainte.

« Est ce qu'on va continuer à ne pas parler du fait que votre père est impliqué là dedans ? » Demanda Charlie en regardant Dean et Sam alternativement. Ils se turent tandis que la serveuse venait débarrasser en gardant un œil sur le Glock et le couteau toujours posés sur la table.

« Je vais les ranger mon cœur. » Promit Dean sans faire mine d'y toucher. Elle hocha la tête nerveusement et prit leurs commandes de desserts. Dean attendit qu'elle ait tourné les talons pour remettre les armes à leurs places.

« Il doit avoir ses raisons. » Dit Sam en vidant sa bière.

« Ses raisons ? Oh oui il a forcément une très bonne excuse pour vouloir faire vivre l'enfer à ses fils... vraiment je vois pas pourquoi il s'en priverait ! » Grinça Dean. Sam haussa les sourcils.

« Ça ne t'a pas dérangé pendant qu'il nous faisait grandir sur le siège arrière d'une vieille bagnole... »

« N'insulte pas Baby ! » Prévint Dean en pointant un index accusateur sur son frère.

Sam sourit. « Ce que je veux dire c'est qu'il n'a jamais été un père modèle... mourir ne l'a pas changé manifestement. »

Dean serra les dents. « Il s'est servi de nous. » Grogna-t-il.

« Il s'est toujours servi de nous, Dean. » Dit Sam doucement en se penchant sur la table pour s'approcher de son frère. «Et toujours pour poursuivre ses objectifs personnels... Je n'approuve pas la méthode mais peut être qu'il a de bonnes raisons... »

« Lesquelles ? Il doit y avoir un Dieu au Paradis et un Diable en enfer ? Pour l'équilibre des choses ? » Grogna Dean pas décidé à se laisser dicter raison par son petit frère.

« Si tu y réfléchis, ça semble assez logique... les choses tendent vers un équilibre... et il n'avait pas d'autre moyen pour y parvenir que de rompre les liens de notre Alphadécagramme. »

« Alors il a appuyé sur toutes les faiblesses de Dean pour nous faire subir à tout les quatre de grandes souffrances dans le but d'assouvir ses ambitions personnelles ... » Grogna Charlie d'un ton sarcastique. «Ça ne me le rend pas sympathique et je n'ai pas confiance en lui non plus. » Castiel acquiesça gravement tandis que la serveuse apportait leurs commandes.

Il leur semblait que des mois, des années avaient passé depuis la dernière fois qu'ils avaient partagé un dessert. Ils se regardèrent chacun une seconde avant de pousser les quatre coupes de glace au centre de la table, sur le plateau tournant débarrassé des menus et des bouteilles de moutarde et de ketchup. Ils piochèrent chacun dans le dessert le plus près d'eux, firent tourner le plateau, prirent une bouchée du suivant et ainsi de suite jusqu'à ce qu'aucun des quatre ne se souvienne qui avait commandé quoi. Quoique le nappage au caramel venait forcément de Castiel. Le chocolat venait forcément de Charlie. La glace aux framboises c'était Sam, et aucun d'eux ne toucha aux petits quart de cercle en gaufre qui ornaient la dernière glace. Ils les laissaient à Dean. Tout comme ils laissaient les petits parasols multicolores à Castiel.

C'était une habitude, c'était confortable. C'était se connaître sans avoir besoin de se parler.

« Je suis désolé. » Dit Dean quand ils eurent à moitié vidé les coupes. Ils levèrent les yeux vers lui. « Pour... la façon dont je me suis comporté... je sais que ce n'étais pas intégralement ma faute, mais j'ai tenté de vous avertir que quelque chose n'allait pas et … et j'ai merdé. Je suis désolé... Maintenant ils ont du pouvoir à cause de moi.. parce que je n'ai pas su vous faire assez confiance pour l'éviter... alors que je l'avais vu venir et ... »

Charlie le fit taire en poussant une cuillère pleine de glace au chocolat dans sa bouche. Il fronça les sourcils comme si elle venait de le frapper.

« La culpabilité ne te mènera à rien Winchester. » Décréta-t-elle. «Tu nous as trouvés dans les Limbes alors que tu n'avais aucune chance de le faire sans le Lien, tu nous aimes assez pour ça... et nous t'aimons assez pour te pardonner tout le reste... Arrête de te flageller, c'est une mauvaise habitude. »

Sam hocha la tête. «Pense à ça la prochaine fois que tu voudras te conduire comme un connard. » Dit il en souriant. Il tendit le bras pour pêcher des petites billes de sucre multicolore qui fondaient en formant un arc en ciel dans la chantilly d'une des glaces.

Dean regarda Castiel qui sourit. « Demander de l'aide n'est pas une faiblesse, Dean. » Dit il « C'est toi qui m'a appris ça... ». Dean hocha la tête, et, juste comme ça, dans l'ambiance graisseuse d'un diner, autour de desserts, il se sentit de nouveau moins seul. De nouveau connecté aux êtres qu'il aimait le plus. Ses pieds coincés sous la table entre ceux de Castiel, comme lorsqu'ils mangeaient ensemble à la ferme. Lady couinait à coté de lui en léchant les doigts pleins de glace de Charlie pendant que Sam grognait que c'était pas étonnant que cet animal soit si mal élevée vu comment la jeune femme la gâtait.

Il fit tourner le plateau pour s'accaparer une des gaufres et se mit à la grignoter pensivement. Charlie avait raison. Se flageller ne servait à rien. Castiel avait raison, essayer de tous les protéger sans rien dire, sans rien demander était idiot. Ils étaient plus forts ensemble, plus forts que tout, probablement encore plus forts que Dieu. Et Dean n'avait pas à gérer ça seul. Ils étaient quatre, quelles que soient les décisions, les erreurs qu'ils feraient, il faudrait désormais les faire ensemble. Et cela supposait de la confiance et de l'honnêteté de la part de chacun d'eux.

Sam le regardait pensivement. « Ça fait du bien hein ? » Dit il doucement. A cet instant, Dean revit son Sammy, celui qui se trimbalait un sourire de gamin alors même que Dean avait été incapable de le garder dans l'enfance aussi longtemps qu'il l'aurait du. Celui qui avait la foi. Pas en un dieu quelconque, juste un espoir indestructible que les choses finiraient bien quoi qu'il arrive. Celui qui le faisait avancer, un pas après l'autre, jour après jour depuis des années. C'était Sammy, avec son bagage émotionnel tellement pesant qu'il en devenait une force et une faiblesse. C'était son petit frère.

« Quoi donc ? » Demanda Castiel en prenant dans ses bras Jude qui commençait à se réveiller.

« D'avoir une famille. » Dit Dean en cherchant l'approbation dans les yeux de Sam celui ci hocha la tête. « Oui … Ça fait du bien » Confirma le chasseur en avalant le reste de son biscuit.

Et Dieu et John et toute la création pouvaient bien aller se faire foutre. Ensemble, ils étaient indestructibles.

Il les reconduisit tous au Bunker et, en descendant de la voiture, Charlie prit le couffin de Jude sans leur laisser le temps de protester.

«Je m'occupe d'elle. » Dit elle. « Vous deux, allez vous battre ou vous envoyer en l'air, ou ce que vous voulez mais je veux vous voir réconciliés quand vous viendrez la chercher ! » Elle se pencha pour embrasser Castiel sur la joue à travers la vitre baissée. «Nous allons devoir prendre soin les uns des autres maintenant. »

« C'était déjà ce que nous faisions. » Fit observer l'ange en lui retournant son baiser.

« Maintenant, encore plus. » Dit elle. Elle fit un signe de tête à Dean et s'éloigna en serrant le couffin contre elle. Sam leur fit un signe de la main et referma la porte du Bunker derrière eux.

« Il n'y a plus que toi et moi. » Dit Dean doucement en redémarrant. Castiel hocha la tête. « Il faut qu'on parle. » reprit le chasseur.

L'ange sourit doucement. «Je ne t'ai jamais entendu réclamer des discussions aussi volontairement. » Fit il remarquer en laissant ses yeux errer sur les rues mal éclairées. Il y avait des nuages, la nuit était sombre et brumeuse.

« Je n'ai jamais autant merdé à force de ne pas discuter... j'essaie d'apprendre de mes erreurs. » Se justifia le chasseur.

« J'approuve ça. » Dit Castiel. «Mais je ne veux pas discuter dans cette voiture... je ne voudrais pas y faire entrer trop de mauvais souvenirs. ». Il effleura le tableau de bord du bout des doigts comme s'il cherchait à réconforter l'objet. Dean sourit. « Je ne veux pas non plus ramener ça chez nous... »

« Alors où ? » Demanda le chasseur.

Castiel ne répondit pas tout de suite. Ils eurent le temps de quitter tout à fait la ville, les lampadaires s'espaçaient et n'éclairaient que vaguement la route. Ils savaient tout deux qu'ils traversaient des champs mais il faisait trop noir pour voir plus loin que les phares sur et autour de l'asphalte.

« Arrête toi là. »

Dean s'exécuta, éteignit le moteur en garant l'Impala sur le bas coté. Les phares éclairaient les premiers mètres d'une prairie. Castiel sortit de la voiture et s'étira en faisant quelques pas dans le champ, suivit par son amant. Il faisait frais, Castiel leva le nez en l'air pour emplir ses poumons de l'air humide et sourit.

« Est ce que tu te sens vivant, Dean ? » Demanda-t-il en écartant les bras pour dégager ses poumons. Dean haussa les épaules en refermant sa veste, les mains dans les poches de son jean. Il avait l'habitude des questions presque philosophiques et toujours hors de propos de l'ange.

« Je ne suis pas mort. » Répondit il.

Castiel soupira et s'assit en tailleur dans l'herbe humide en tirant sur sa manche pour qu'il en fasse autant. Dean cligna plusieurs fois des yeux pour s'habituer au manque de lumière et pouvoir le regarder quand même. Dans la faible lueur des phares qui n'éclairaient qu'un coté de son visage, les yeux de Castiel luisaient curieusement et paraissaient noirs. Ils étaient si proches que Dean pouvait voir les repousses de la barbe de son amant qui affleuraient à la surface de sa peau comme autant de grains de sable. L'ange leva une main vers le visage du chasseur et, instinctivement, Dean ferma les yeux en soupirant, pressant sa joue râpeuse contre la paume de son amant. Il aimait être touché, caressé. Et Castiel le faisait toujours avec une tendresse et une dévotion que personne d'autre ne montrait à Dean. Personne d'autre ne laissait ainsi ses ongles crisser sur sa joue, caressant le menton, remontant derrière l'oreille pour se glisser doucement dans ses cheveux tandis que l'ange le regardait comme s'il ne connaissait pas son visage par cœur. Dean tenta de détourner le regard, presque honteux qu'on lui porte tant d'attention. La chaleur de la main de l'ange était un contraste bienvenu avec l'air frais.

« Ne me regarde pas comme ça... » Son souffle commençait à former de petits nuages devant sa bouche.

« Comment penses tu que je te regarde ? »

« Comme si tu ne m'avais jamais vu. »

Castiel posa son autre main sur le flacon pendant autour de son cou, activa sa grâce qui se mit à les éclairer par en dessous, avant de partir à la recherche de la main de Dean, quelque part dans l'herbe.

« Parfois, c'est une bonne chose de regarder ce que l'on aime comme si on ne l'avait jamais vu. » Dit il en portant la main de Dean à ses lèvres. « De redécouvrir toutes ces choses que l'on croit acquises, si bien qu'on ne les voit plus... » Un nouveau baiser sur ses phalanges et Dean sentit la main de l'ange se crisper un peu dans ses cheveux, approchant leurs visages au dessus de leurs mains jointes. Il pouvait sentir la chaleur de Castiel près de lui, sentir son odeur. Il sentait comme le soleil, et un peu le cuir aussi, comme si Dean avait déteint sur lui peu à peu. « Si bien qu'on oublie pourquoi on les aimait au début. »

Dean ferma les yeux tandis que Castiel s'agenouillait, prenant son visage entre ses mains pour le lever vers la lumière. « C'est bon parfois... » Continua l'ange doucement, « De te regarder comme si je ne t'avais jamais vu et de me souvenir de ce que j'aime en toi. » Il se pencha pour l'embrasser doucement, très doucement, posant à peine ses lèvres sur celles du chasseur. Dean sentait à peine l'effleurement de Castiel, trop préoccupé par ce qu'il ressentait. Trop pris par la sensation des mains aimantes caressant son visage. Trop perdu dans la sensation délicieuse qu'il ressentait et qu'il avait oubliée depuis le temps. Cette chaleur au creux de son ventre, cette impression qu'il allait se mettre à rire ou à pleurer ou les deux à la fois. La sensation délicieuse d'avoir envie de sourire et juste de murmurer « encore encore » à l'infini. Ses mains s'agrippaient à la veste de l'ange comme pour l'empêcher de s'envoler.

Quand Castiel s'écarta de lui, Dean sourit en se léchant les lèvres. « Et qu'est ce que ça te rappelle ? » Demanda-t-il. Castiel passa une main dans ses cheveux pour pencher sa tête de coté, les phares quelques mètres plus loin éblouirent Dean.

« Tes yeux. » répondit Castiel pensivement. « Je me souviens de la première fois que je les ai vus... ils pleuraient des larmes de sang. » Dean déglutit difficilement et leva les mains vers les poignets de l'ange en dégageant sa tête, écartant les phares de son champ de vision tandis que Castiel continuait de parler doucement en lui caressant le visage. « Je ne les aime pas parce qu'ils sont beaux. J'aime tes yeux parce qu'ils ont vu des choses horribles, et qu'ils regardent encore vers l'avenir. »

L'ange glissa ses mains dans les siennes, et les leva jusqu'à pouvoir les observer dans la lumière des phares. « J'aime tes mains » Dit il. « Parce que je sais qu'elles peuvent tuer et caresser... ». Il caressait les jointures du bout du pouce. C'était le contact le plus doux et le plus intime qu'ils avaient eut depuis des semaines et juste la caresse du souffle de Castiel sur lui suffisait à muer le constant désir de Dean en quelque chose de plus proche du besoin.

« Cas... » Murmura-t-il d'une voix rauque. Il parlait si bas qu'il lui semblait que les battements de son cœur faisaient plus de bruit que lui, que le frottement de leurs vêtements quand Castiel se rapprocha pour l'embrasser encore devint un vacarme assourdissant. Il pouvait presque entendre le sang pulser dans ses veines à une vitesse folle.

«J'aime tout de toi Dean Winchester, même cette insupportable volonté de ne jamais rien demander. » Le baiser était doux et volontaire. Castiel pressait ses lèvres contre les siennes, réclamant sans mot un accès au chasseur, comme toujours quand ils s'embrassaient. Dean entrouvrit les lèvres en prenant une légère inspiration. Il ne respirait jamais quand ils s'embrassaient, comme s'il craignait de perdre du temps à reprendre son souffle.

« Je devrais peut être te forcer à réclamer... » Dit Castiel pensivement en rompant le baiser.

« Je n'ai rien à réclamer. »

« Tu te trompes. » L'ange s'écarta doucement de lui, juste assez pour reposer pensivement ses lèvres sur le front du chasseur. Il le tenait serré contre lui comme s'il voulait l'empêcher de s'enfuir. Comme s'il pouvait exister un endroit au monde ou Dean aurait préféré être plutôt qu'entre ses bras ! «Si tu demandais de l'aide... Juste une fois, une seule fois Dean... Elle te serait accordée. »

« Je n'ai pas besoin d'aide. » Dit Dean en se redressant un peu pour poser sa joue contre celle de son amant.

« Tu en as eut besoin... et tu n'as rien dit... Et vois ou ça nous a menés... »

Cette fois ce fut Dean qui le repoussa doucement et tourna le visage de Castiel vers les phares, il voulait voir ses traits. « Ça nous a menés ici, exactement ici, au seul endroit ou nous devons être. » Répondit il.

Castiel fronça les sourcils puis hocha la tête. «L'important ce n'est peut être pas l'endroit mais les personnes que nous sommes quand nous arrivons à l'endroit ou nous sommes supposés être... je voudrais tellement être la personne en qui tu aies assez confiance pour reconnaître qu'il te faut de l'aide avant qu'il ne soit trop tard... »

« J'ai confiance en toi. »

Castiel sourit encore, juste un léger étirement du coin de ses lèvres ou Dean eut automatiquement envie de déposer un nouveau baiser. « Pas encore assez. » Dit l'ange d'un ton grave. « Peut être que je devrais t'entraîner... » Murmura-t-il en se penchant sur lui. Ses lèvres tout près de l'oreille de Dean, ses mains abandonnant leurs places sur son visage pour caresser son torse en ouvrant sa veste à mesure qu'il descendait vers les hanches du chasseur. « Peut être que je devrais te pencher sur le capot de cette voiture que tu aimes tant, et te toucher... » Sa voix était rauque, il passa ses mains froides sous la ceinture de Dean qui ferma les yeux en soupirant. « Te caresser jusqu'à te faire gémir et crier, jusqu'à ce que tu me supplies de te laisser jouir... »

« Cas... »

« Et peut être que je devrais me rendre à toutes tes requêtes, t'accorder tout ce que tu veux... mais à la seule condition que tu le réclames... »

Dean ravala un gémissement en sentant la main de Castiel se refermer sur son sexe et commencer à le masser doucement. Il n'avait même pas besoin d'imaginer le visage de l'ange pour le voir derrière ses yeux clos, il le connaissait, connaissait son expression grave, concentrée et le demi sourire de prédateur de son amant dans ces moments là.

« Et comme ça, peut être que tu comprendras ... » Castiel s'interrompit en sentant les mains de Dean passer sous son jean, agripper ses fesses et le rapprocher de lui pour écraser ses lèvres contre les siennes. Il pouvait sentir Dean sourire, sentir leurs poitrines pressées l'une contre l'autre se soulever et s'abaisser à contre rythme. « Tu comprendras que de moi tu peux tout obtenir... » Réussit il à articuler malgré la langue de Dean pressée avec insistance contre ses lèvres. Il perdait le fil de sa pensée et de ses mouvements maintenant que les mains de son amant se promenaient sur sa peau. Il se dit vaguement que ces mains ne devraient jamais quitter son corps. « Aie confiance en moi Dean... Repose toi sur moi... » pria-t- il en serrant un peu le poing, luttant contre son propre désir pour former des phrases cohérentes, pour faire aller et venir sa main juste un peu plus vite, un peu plus fort. Dean lui mordit la lèvre et il n'en sentit pas la douleur. Il sentait sa peau sous ses doigts, sa propre peau sous les doigts de son amant au travers du Lien. Il sentait le brouillard de désir et d'amour dans lequel ils flottaient tout deux et la montée du plaisir de son amant juste avant que Dean gémisse contre sa bouche, ses mains crispées sur les hanches de l'ange tandis que tout son corps était secoué de plusieurs spasmes violents.

La toute petite partie rationnelle de Castiel se rappelait qu'il aurait du obliger Dean à réclamer le plaisir qu'il venait de lui donner, mais la majorité de lui même s'en moquait. Il avait le corps de Dean pressé contre le sien, son souffle sur sa peau et c'était la seule et unique chose qui lui importait. La seule et unique chose sans laquelle il ne pourrait vivre. Il lui semblait qu'il aurait plus de facilité à cesser de respirer pour toujours qu'à s'écarter de Dean. Il aurait plus de facilité à s'arracher les yeux qu'à voir son amant s'éloigner de lui encore une fois.

« Je t'aime. »Murmura Dean, et même dans le calme qui les entourait, Castiel l'entendit à peine. « Ramène nous chez nous. »

Castiel sourit : « Et après ? »

Après … » Dean avait du mal à parler, perdu dans un brouillard de plaisir et de bonheur. Il sentait Castiel par tout ses sens et par le Lien, il était de nouveau là, pas juste physiquement. Sa grâce les enveloppait doucement, un rappel constant qu'ils s'appartenaient corps et âme. «Après... Laisse moi me reposer sur toi... je ne sais pas comment faire mais... S'il te plaît... »

Ça aurait du lui sembler idiot, ridicule. Dean Winchester ne se reposait sur personne parce qu'il devait protéger ceux qu'il aimait. Il ne réclamait rien car qui était il pour réclamer quoi que ce soit ? Il ne demandait pas d'aide parce qu'après tout, s'il ne pouvait pas s'aider lui même, pourquoi infliger ce fardeau à quelqu'un d'autre ?

Et pourtant, en cet instant précis, cela lui sembla seulement difficile. C'était comme utiliser un muscle engourdi depuis longtemps... Mais ce n'était ni ridicule ni idiot, juste inhabituel de lâcher prise, juste une fois et de s'en remettre totalement à son amant. A travers le Lien renoué il sentait Castiel, son amour et sa bienveillance.

« Je t'aime. » dit il tout bas en se levant, l'ange toujours serré dans ses bras. Castiel ne répondit pas, passa juste ses bras autour de son cou et l'embrassa encore. C'était de loin comme ça qu'ils communiquaient le mieux.

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Étrangement, Charlie ne poussa pas Sam à aller parler à Andy, pas plus que Dean. Ce fut Castiel qui le fit, un soir, ou ils étaient tous réunis à la ferme. L'ange avait son perroquet sur l'épaule en cuisinant. Il y avait un grand bouquet de fleurs oranges sur le plan de travail et tout le bâtiment sentait la soupe.

« Tu arrives à lui faire manger de la soupe ? » S'étonna le chasseur

« A Dean ? »

Sam hocha la tête et Castiel sourit. « J'ai instauré une nouvelle règle, celui qui cuisine choisit le menu. Passe moi le poivre. »

Ils entendaient les exclamations de Dean et Charlie qui, dans le salon acclamaient un exploit de Jude. C'était une scène paisible, un peu étrange dans ce qu'était devenu leurs vies depuis quelques semaines.

« Il faut que tu lui parles... A Andy je veux dire...» dit Castiel en regardant la soupe comme si c'était à elle qu'il parlait.

Du coin de l'œil il vit le visage de Sam se fermer. « Cas... »

« Tu l'as traînée la dedans Sam … je sais que tu ne lui as rien caché, je sais qu'elle savait à quoi elle s'exposait... Mais je sais aussi que tu ne lui as donné aucune nouvelle depuis notre retour des limbes... »

« J'ai besoin de temps Cas, d'accord ... ce qu'elle a fait... »

« Ce n'était pas sa faute Sam... Et ce n'est pas une excuse pour te comporter comme tu le fais avec elle. C'est mal. »

Sam eut un reniflement sarcastique. « Je sais ce que je dis Sam... Ce n'est pas une façon de traiter les gens qu'on aime. »

Le chasseur ne répondit pas et Castiel n'aborda plus le sujet.

Il lui fallut deux jours de plus avant de toquer à la porte d'Andy. Elle eut l'air heureuse et surprise en lui ouvrant.

« Je ne pensais pas que tu reviendrais. » Dit elle

« Je ne pensais pas revenir. » Répondit Sam. Il était inconfortablement grand dans son appartement et promenait son regard sur les rayonnages ou tout les ouvrages avaient retrouvé leur place. C'était étrange, inhabituel et en quelque sorte mal... Andy portait des vêtements à sa taille et ça aussi c'était mal. Elle était aussi mal à l'aise que lui et n'osait pas bouger de la porte contre laquelle elle s'était appuyée, les mains dans le dos pour ne pas se faire mal avec la poignée.

« Alors pourquoi tu es là ? » Demanda-t-elle doucement.

Il haussa les épaules et soupira, regardant partout sauf en sa direction. « Je ne sais pas... Pour m'excuser... pour t'expliquer... je ne sais pas... »

Elle s'assit sur le canapé et y posa la main pour l'inviter à faire de même.

« Est ce que tu crois que ça peut s'expliquer ? Ce qu'il s'est passé ? »

Il secoua la tête. « Difficilement... et … ce ne serait pas plaisant. Et ce n'est pas ton combat... »

Elle fronça les sourcils, prête à dire quelque chose mais ravala ses paroles.

« Alors tu es en guerre. »

Il la regarda pour la première fois, intrigué par son ton ferme et hocha lentement la tête. « on peut dire ça oui... »

« Contre quoi ? »

« Je ne sais pas... contre... Non... avec... c'est pas une question de qui contre qui mais de qui avec qui. »Dit il. « Et je ne suis même pas sur de me battre avec les gentils de l'histoire. »

Elle sourit doucement et leva la main pour lui caresser la joue. Il ferma les yeux, s'abandonnant une seconde au toucher, au léger parfum de vanille qui se dégageait du poignet d'Andy.

« Est ce que tu aurais envie de te battre avec l'autre parti ? Et non pas contre eux ? »

Sam secoua la tête, ses cheveux effleurant les phalanges de la jeune femme. « Non. Ils essayent de me détruire... je voudrais juste... je sais pas... je crois que j'essaye de survivre. Et de ne pas tout perdre... »

« Alors tu te bats du bon coté je suppose. » Elle retira sa main et Sam se rendit compte qu'il aurait voulut qu'elle ne cesse pas de le toucher. « L'art de perdre n'est pas difficile à maîtriser. » Dit encore Andy les yeux perdus entre les rayonnages comme si elle cherchait quelque chose.

Il sourit. « Est ce que tu cites Bishop quand on est censés se disputer... ou se réconcilier... je ne sais pas... »

« Il y a beaucoup de choses que tu ne sais pas. » Se moqua-t-elle en se levant pour chercher dans les rayonnages le recueil qu'elle cherchait. Elle revint s'asseoir, un peu plus près de lui cette fois en cherchant le poème entre les pages. « Entre autres qu'on trouve plus de sagesse dans les livres que partout ailleurs. »

« ça je le sais. »

« Non... tu cherches des informations dans les livres, jamais autre chose. Tais toi et écoute. »

Sam ferma les yeux une nouvelle fois comme s'il était de nouveau tout petit et que sa mère s'apprêtait à lui lire une histoire bien que Mary ne lui ait sans doute jamais lu d'histoire de sa vie.

« L'art de perdre n'est pas difficile à maîtriser. » Commença Andy. « Tant de choses semblent pleines de l'envie d'être égarées que leur perte n'est nullement un désastre... »

Elle laissa les mots pénétrer Sam lentement, attendit un changement dans son expression. Elle ne connaissait pas grand chose de cet homme mais elle pouvait au moins deviner... Deviner la vie qu'il avait du mener pour parler si simplement d'être en guerre. Deviner la souffrance derrière sa gentillesse. Deviner le vide derrière son incapacité à juste la quitter. Et pourtant il l'avait voulut. Elle l'avait vu dans ses yeux quand il l'avait jetée hors du bunker, à cet instant il avait l'intention de la jeter aussi hors de sa vie.

« J'ai perdu la montre de ma mère... » Continua-t-elle. « Et les trois dernières maisons que j'ai aimées... L'art de perdre n'est pas difficile à maîtriser. »

Sam l'écoutait, essayait de ne pas penser, juste d'écouter, de chercher la sagesse derrière les mots. Mais il n'y avait pas à chercher, juste à attendre qu'il s'imprègne peu à peu du poème, qu'il réveille en lui des blessures cicatrisées depuis longtemps, et, juste derrière les relents de souffrance, il y avait comme une sorte de paix induite par la voix d'Andy et sa conviction que le poème pouvait l'aider.

« J'ai perdu deux villes charmantes, et quelque royaume que je possédais... Deux rivières, un continent. Ils me manquent, mais cela n'était pas un désastre... »

Sam avait tellement perdu toute sa vie... Plus que des royaumes ou des continents, choses auxquelles il aurait attaché peu d'importance. Il avait perdu tant de gens, tant d'espoirs. Tant de rêves constamment brisés, torturés, noyés sous le flot d'horreurs qu'était sa vie... Il serra les poings et faillit lui demander d'arrêter, mais elle avait la main sur son poignet, ses ongles qui tentaient de se glisser dans sa paume et après un instant, il la laissa faire. Il avait une cicatrice dans la main toujours sensible plus d'un an après et que les petits doigts d'Andy apaisait autant qu'ils le démangeaient.

« Même te perdre toi, cette voix facétieuse, ces gestes que j'aime... je n'aurais pas du mentir mais il est évident que l'art de perdre n'est pas si difficile à maîtriser... »

Sam ouvrit lentement les yeux, Andy ne lisait plus, elle récitait, son pouce faisait de petits cercles sur le dos de sa main.

« Bien qu'il puisse paraître comme un désastre. »

Alors Sam l'embrassa, doucement et gentiment. Elle lui rendit son baiser du bout des lèvres.

« Je ne sais pas dans quoi tu t'es engagé Sam, et je sais que tu ne voudrais pas m'y voir. Mais je suis de ton coté quel qu'il soit. Et tu ne me perdras pas... ça me dégoûte tu sais, et je donnerais n'importe quoi pour changer ça, pour ne pas être ce genre de fille. Mais si tu t'en vas, si tu me quittes maintenant... je serai probablement encore là quand tu reviendras.Même dans très longtemps... »

« Je ne vais pas te quitter... » Répondit il en passant une main dans ses cheveux.

« Pourquoi ? »

Sam lui prit le recueil des mains, le posa par terre pour pouvoir s'approcher un peu plus d'elle et la serrer contre lui. « Parce que te perdre serait un désastre. »