CHAPITRE 6
« Je proteste ! Vous n'avez pas le droit de m'arrêter ! Relâchez-moi tout de suite ! Vous ne savez pas à qui vous avez affaire !» hurlait un homme dans le hall d'accueil du poste de police.
« Monsieur, calmez-vous s'il vous plaît, il ne sert à rien de vous énerver ainsi. Vous allez pouvoir vous expliquer. Je vais de ce pas chercher l'inspecteur » répondit l'agent Crabtree le plus posément possible.
William surgit juste à cet instant.
-Que se passe-t-il Georges ? Qui est cet homme ?
-Ah, inspecteur ! J'allais justement vous chercher.
S'approchant de William, Georges expliqua :
« Nous étions à la résidence Garland pour recueillir d'autres indices et nous avons trouvé ce monsieur en train de fouiller dans les affaires du docteur. »
- Merci Georges, je m'en occupe. Emmenez ce monsieur en salle d'interrogatoire. J'irai le voir dans un instant.
Georges fit signe à Higgins et à Jackson qui conduisirent alors l'homme dans la pièce indiquée.
- Au fait monsieur, continua Georges en s'adressant à l'inspecteur, vous aviez raison. Nous avons effectivement trouvé les marques d'une échelle dehors. Elle devait être posée contre la fenêtre de l'une des chambres. L'ouverture de la fenêtre a d'ailleurs été fracturée. Voilà donc comment l'agresseur a pu s'enfuir !
- Merci Georges ! C'est du bon travail ! Continuez à rechercher d'autres indices !
William regagna ensuite son bureau pour voir Julia et la mettre au courant de ce qui se passait :
« Georges et Henri ont trouvé quelqu'un qui fouillait dans les affaires de Darcy. Je dois aller l'interroger. J'aimerais que tu viennes écouter, mais il vaudrait mieux que tu restes à l'extérieur : je ne sais pas quelles relations cet homme entretenait avec Darcy ».
Julia acquiesça et suivit William.
L'inspecteur entra dans la pièce d'interrogatoire et déclina son identité tout en montrant son badge: « inspecteur William Murdoch » « Monsieur… ? »
- docteur Presley Sullivan !
- Bien docteur Sullivan. Puis-je savoir où vous exercez ?
- Inspecteur, je suis médecin à l'hôpital pour enfants mais j'enseigne à l'université où je suis responsable d'un département de recherche.
- Un département de recherche ? répéta William en levant le sourcil. Et dans quel domaine, vos recherches, docteur?
-Monsieur, ce sont des informations confidentielles. Tout ce que je peux vous dire c'est que nous travaillons pour améliorer la santé de nos patients !
- Dans ce cas je vais préciser ma question : vos recherches ont-elles un rapport avec les sérums sanguins ?
- Comment diable êtes-vous au courant de cela ?
- Peu importe ! Que faisiez-vous au domicile du docteur Garland ?
- Je voulais y récupérer quelque chose qui m'appartenait.
- De quoi s'agit-il ?
Le docteur Sullivan poussa un soupir d'exaspération devant l'insistance de l'inspecteur. Finalement il se résolut à répondre :
- Le docteur Garland avait gardé une partie de mes travaux pour, disait-il, se rendre compte de nos progrès. J'avais en effet fait une demande pour une augmentation du budget afin de pouvoir continuer les recherches. Ces notes m'appartiennent ! Il est très important que je les récupère !
- En vous introduisant chez lui comme … un voleur ?
- Ecoutez, la porte était ouverte, j'y ai vu une opportunité et je suis entré. J'étais loin de me douter que la police était là !
- Avez-vous trouvé ce que vous cherchiez ?
-Malheureusement non ! Je n'étais là que depuis peu quand vos hommes se sont précipités sur moi et m'ont traîné jusqu' ici comme un vulgaire criminel !
- Docteur Sullivan, qui d'autre travaille avec vous sur ces recherches ?
- Je ne suis pas autorisé à vous le dire. Vous n'avez pas le droit non plus de me retenir ici. Je n'ai commis aucun délit !
- Soit ! soupira William, vous êtes libre docteur. Vous pouvez partir. Je vous demanderai cependant de rester à notre disposition car une enquête est en cours suite à un incident qui s'est produit à la résidence Garland.
Intéressé par cette dernière phrase, le docteur demanda : « ah ? Un incident ? Que s'est-il passé ? »
Ce fut au tour de l'inspecteur de dire en inclinant la tête : « désolé, je ne suis pas autorisé à vous répondre !»
« Pff ! » fit le docteur. Il se coiffa de son chapeau puis quitta les lieux.
William rejoignit ensuite Julia dans le couloir et lui demanda :
- Qu'est-ce que tu en penses? Est-ce que tu connais cet homme ?
-Je ne le connais pas personnellement mais je l'ai déjà rencontré à l'hôpital où travaillait Darcy dit-elle tout en réfléchissant.
Après une petite pause, elle reprit : « si j'ai bien compris, les notes que j'ai trouvées seraient en fait… les siennes ? »
- Peut-être, répondit William pensif. Tu sais, je crois que je devrais retourner à la résidence Garland. Je suis persuadé qu'il y a là d'autres indices que nous n'avons pas encore trouvés.
- NOUS devrions y aller ensemble ! s'exclama Julia avec vigueur. Je crois avoir fait mes preuves pour ce qui est de trouver des informations ? Qu'en penses-tu ?
Elle le fixait intensément, guettant sa réponse.
William se perdit un instant dans ce doux regard bleu puis il sourit à la perspective de passer encore du temps avec Julia !
-Entendu docteur, répondit-il, les yeux brillants.
Après avoir récupéré chapeaux et sac à main, William offrit son bras à Julia et ils sortirent du poste de police.
Une fois dans la cour ils virent Emilie qui venait à leur rencontre. Ils s'arrêtèrent donc pour l'attendre.
- Inspecteur, docteur, je reviens de l'hôpital pour enfants, dit-elle en premier.
- Ah oui, répondit William, avez –vous trouvé quelque chose docteur Grace?
Emilie poussa un soupir et poursuivit : « cette visite à l'hôpital ne fut pas facile. C'est plutôt poignant et douloureux de voir tous ces enfants souffrir à cause de la tuberculose, de la diphtérie et de bien d'autres maladies sans grand espoir de guérison… Mais j'ai pu rencontrer le docteur Molton. Nous avons fait nos études ensemble. Et j'ai appris… » Emilie baissa brusquement la voix et les entraîna un peu à l'écart. « J'ai appris » reprit-elle « qu'à l'hôpital ils essaient de nouveaux traitements mais pour l'instant les résultats ne sont pas très probants ».
- Et d'où viennent les médicaments ? demanda William
-Le docteur Molton n'a pas voulu me le dire mais j'ai remarqué que le document sur lequel il écrivait ses observations avait l'en-tête de l'université.
William et Julia se regardèrent : ils avaient bien sûr fait le lien entre la découverte d'Emilie et la récente « visite » du docteur Sullivan.
- Le docteur Molton est-il le seul à expérimenter ces traitements ? reprit William
- Je ne le lui ai pas demandé, répondit Emilie, il est fort possible que d'autres médecins s'y intéressent.
-Probablement ceux dont le nom était sur la liste ! dit Julia.
Emilie hocha la tête puis ajouta :
- Je dois vous laisser maintenant. Il faut que je reprenne mon service à la morgue.
- Oui, bien sûr, docteur Grace. Merci pour tout ! dit William.
- Merci Emilie ! renchérit Julia.
Le docteur Grace s'éloigna rapidement. William se tourna vers Julia :
« Es-tu sûr de vouloir m'accompagner ? On dirait que l'affaire se corse. Il semble ces travaux intéressent beaucoup de monde. Tu as déjà été agressée. Il serait peut-être plus prudent que tu ne viennes pas !
En réponse, elle s'accrocha à son bras et dit : « Allons-y William, je n'ai pas l'intention de t'abandonner ! Sans compter que je m'y retrouverai plus facilement que toi dans les affaires de Darcy ! »
William lui sourit : « je savais que tu répondrais cela ! Donne-moi une minute : j'ai quelque chose à récupérer d'abord».
Un court instant plus tard, William réapparut, une mallette à la main. Julia nota son air énigmatique.
-As-tu une idée précise de ce que nous devons rechercher ? lui demanda-t-elle.
- J'ai en effet une … petite idée derrière la tête.
-Ah ? Et c'est pour cela que je ne peux pas la voir ?
William éclata de rire à cette boutade inattendue.
« Tu ne m'en diras pas plus alors ? » reprit-elle.
- Hum… non : je préfère attendre un peu.
Julia fit une moue : « je dois te faire aveuglément confiance alors ? »
Comme il ne répondait pas, elle le bouscula un peu en le poussant doucement. Mais William ne céda pas : « un peu de patience, Julia chérie » murmura-t-il, se penchant vers son oreille.
Julia resta toute interdite à ces mots. Sans lui laisser le temps de répondre, William lui saisit le bras et l'entraîna rapidement vers la calèche de la police parquée à l'entrée de la cour.
