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~ Playlist ~
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Fuck With Myself x BANKS
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Sea Castle x Purity Ring
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Innocence x Flume ft. Aluna George
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Minimal Sentimental x Orties
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CHAPITRE 7
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S'il fallait décrire la manière dont Draco embrassait, « doux » n'était pas l'adjectif à employer.
La pression de ses lèvres était ferme. Solide. Il vous laissait vous pencher vers lui, effleurer sa bouche et initier l'étreinte mais aussitôt après, il prenait la relève. Sa technique était maîtrisée. Son souffle l'était aussi. Sa langue maintenait une cadence calme mais soutenue. Ses doigts capturaient l'arrière de votre nuque avec assurance. Il savait ce qu'il voulait et, surtout, il savait comment il le voulait.
« Impérieux » était loin d'être le terme adéquat, cependant.
Les baisers de Draco tenaient plus de la collaboration intuitive que de l'acte de domination pur et dur. S'il vous laissait faire le premier pas, ce n'était que pour mieux calquer votre rythme et l'intensifier progressivement par la suite. Rien n'était forcé, rien n'était brusqué. Tout se déroulait dans la suite logique et instinctive des événements. S'il fallait décrire la chose en image, Draco ne se contentait que de baliser – consolider – un chemin qu'il vous laissait ensuite pratiquer librement.
Et en toute honnêteté, Hermione ne savait comment assimiler cette donnée nouvelle. Un tel tact, surtout venant d'un specimen comme lui, était assez surprenant. Voire totalement renversant. Elle ne savait comment interpréter un tel comportement – habitude ? Maturité ? Respect ? Pouvait-on même écrire « Draco » et « respect » dans une seule et même phrase ? Était-ce considéré comme grammaticalement correct ? – et elle ne savait comment interpréter ce qui se déroulait en ce moment même et elle ne comprenait pas comment ils avaient pu passer d'un simple débat au sujet de la discographie de Placebo à une collision labiale des plus impulsives et elle ne comprenait pas, elle ne comprenait plus. Toute cette soirée avait été un gigantesque et absurde point d'interrogation. De bout en bout.
Lorsque leurs deux figures s'éloignèrent, la jeune fille se donna une bonne minute afin de réguler sa respiration erratique dans l'obscurité. Inspiration, expiration. Inspiration, expiration.
« Alors ? » finit par briser le silence Draco. « Comment est-ce qu'elle se porte ? »
Hermione releva la tête, leurs deux nez s'effleurant. Elle recula légèrement. Derrière eux, l'un des néons vert du distributeur endommagé vacilla une dernière fois avant de rendre l'âme dans un râle électrique.
« Qui ça ? »
« Ta dignité. » précisa-t-il alors.
Huit longues secondes furent nécessaire pour que le cerveau embrumé d'Hermione se remémore la conversation à laquelle Draco faisait référence. Pour qu'elle se souvienne que, oh ! Ainsi donc, il existait un fil d'événements antérieurs à ce baiser. Une vie toute entière, même – qui l'eut cru ? Tout, dans son esprit, s'était figé et cristallisé autour de ce minuscule cataclysme. La bouche de Draco contre la sienne.
« Bien. » réagit-elle avec une considérable mesure de retard. « Je ne donnerai pas cher pour la tienne, cependant. »
« La mienne se porte comme un charme, c'est très gentil de t'en préoccuper. » répondit Malfoy qui enroulait et déroulait patiemment l'une de ses boucles mouillées sur toute la longueur de son index.
« Après avoir posé ta bouche sur celle d'Hermione Granger ? Je suis surprise que tu ne sois pas déjà en train de te frictionner nerveusement les lèvres à l'aide d'un disque de coton imbibé de Javel pure. » répliqua Hermione et si sa voix se faisait aussi dégoulinante de sarcasme, ce n'était que pour masquer ses légers tremolos de panique.
Parce qu'ils venaient tout juste de s'embrasser. S'em-bras-ser. Verbe du premier groupe désignant l'acte de rapprochement conscient – ça commeçait mal – de deux cavités buccales – ça continuait très mal – accompagné d'un échange actif de salive – doux Jésus. Plus la nouvelle descendait en elle, moins Hermione parvenait à la digérer.
« Je crois que, si on remonte fidèlement la chronologie des récents événements – et corrige-moi si je me trompe, Granger – c'est plutôt ta bouche qui s'est posée sur la mienne. » analysa Draco sans cesser de jouer avec sa chevelure – trois de ses boucles étaient nouées autour de trois différentes phalanges, à présent.
« Ce qui revient exactement au même. » siffla sa voisine.
« Pas tellement, non. Tu m'as embrassé. » appuya-t-il encore d'une petite voix chantante – il s'amusait, visiblement.
Quel incroyable enfoiré.
« C'est toi qui m'y a encouragé. » se défendit Hermione.
« Et depuis quand m'obéis-tu à la lettre ? »
« Depuis que l'alcool circule librement dans mon organisme. » répliqua-t-elle, ce à quoi Malfoy répondit par un négligeant dodelinement de la tête, moyennement convaincu. « Et puis ni toi ni moi n'avons quelque chose à perdre. C'est sorti de ta propre bouche. »
« Ah, ça, je l'ai dit. » consentit cette fois-ci à acquiescer Draco et à l'instant où il releva les yeux, ceux-ci se stabilisèrent droit sur ses lèvres. Aussitôt. Le cœur d'Hermione subit un énième raté. « Je l'ai dit... »
Son regard finit par trouver celui de la brune et le garder captif tandis qu'il rapprochait sa figure de la sienne d'une lenteur prudente. La lycéenne l'observait se pencher petit à petit vers elle, ancrée sur place. Dans sa cage thoracique, son cœur en perdait son tempo. À mesure que sa figure envahissait son champs de vision, elle se sentait prise au piège et elle voulait fuir. Mais elle voulait aussi rester. Un rush d'adrénalines contraires.
Draco s'arrêta juste devant elle. Levant sa main, il lui maintint ensuite la mâchoire d'une légère pression du pouce et de l'index, son regard plus statique que jamais. Un « tu as le choix » muet. Fuir ou rester. Et comme Hermione avait le choix, elle prit la simple décision de fermer les yeux. D'attendre l'impact.
Ce baiser-là fut le plus tendre qu'elle n'ait jamais reçu.
« Ok. » murmura-t-elle, les lèvres brûlantes et l'esprit groggy.
Elle sentit Draco rigoler dans sa nuque, son souffle tiède volant à sa peau humide un frisson électrisant.
« Ok. » répéta-t-il et la brune ne savait pas si c'était la moquerie ou de l'attendrissement.
Elle ne savait plus rien, à ce stade. Tout était flou et imprévisible. Tout fonctionnait à l'envers.
La Terre devait être plate.
« Je ne pige plus rien à cette soirée. » confessa-t-elle, larguée.
Hermione le sentit hausser à nouveau des épaules dans son cou puis faire voyager le bout de ses doigts le long de sa colonne vertébrale. En haut, en bas, en cercle, en arc. Son toucher était d'une telle délicatesse qu'elle sentit son corps tout entier rendre les armes, son front venant prendre appui contre l'épaule du blond. Sa tête tournait encore et elle ne savait plus si l'alcool en était l'unique raison.
Elle ne savait plus rien.
« Il n'y a pas grand chose à comprendre. » répondit Draco.
« Si. » articula mollement Hermione, par pur réflexe de contradiction.
« Non. »
« Si. »
« On peut continuer comme ça jusqu'à l'aube, si ça te tente. »
« Pourquoi n'es-tu pas en train de vomir l'intégralité de tes tripes sur le sol ? » l'interrogea-t-elle avec lenteur, ses paupières de plus en plus lourdes.
La main de Draco s'immobilisa un instant dans son dos avant de reprendre petit à petit sa progression.
« ...vomir mes tripes sur le sol ? »
« Tu viens de m'embrasser. » élabora-t-elle.
« Exact. » acquiesça-t-il sans mal.
« Deux fois. » ajouta-t-elle.
« Yep. »
« Et ça ne te fait rien ? »
« Pourquoi ? Ca te fait quelque chose, à toi ? » lui renvoya-t-il habilement la question.
Oui, voulut répondre Hermione, ses yeux s'entrouvrant soudain. Oui, ça me fait quelque chose, et c'est ce qui me fout littéralement les jetons. Ce n'était pas censé se produire. Rien de tout ceci n'était censé se produire. Toute cette soirée est anormale. Absurde. Je n'étais même pas supposée être bloquée dans cette fichue piscine, et surtout pas avec toi. Je n'étais pas supposée connaître la texture de tes lèvres, les différentes façons dont tu embrasses. Je n'étais pas censée connaître toutes ces choses. Il n'était même pas prévu que je t'adresse encore une fois la parole jusqu'à la fin de l'année.
« Il n'y a rien à comprendre ou à analyser, Granger. » reprit Draco, interrompant son fil de pensées. « Pour une fois, apprends à lâcher prise et… »
Hermione se redressa net pour le fixer droit dans les yeux, les sourcils légèrement froncés. Un fragment d'elle réclama la caresse relaxante de Malfoy à la seconde où sa peau en fut privée. Plainte mentale que la jeune fille s'empressa d'étouffer.
« Et quoi ? » exigea-t-elle de savoir.
« Et, je sais pas. Laisser simplement les choses se faire ? J'en sais rien. » hasarda Malfoy.
« Laisser quelles choses se faire ? »
Draco laissa échapper un bruyant gémissement, mélange de frustration et d'agacement.
« Tu vois ? Tu recommences. Tu réfléchis trop. Arrête. »
« C'est juste que... cette soirée entière est extrêmement bizarre. » souffla Hermione en se passant la main sur le front, désorientée.
« Tout est bizarre en ce bas monde lorsque tu prends le temps d'observer. » roula des yeux son voisin. « Même le mot "bizarre" en lui-même est étrange si tu t'assois une seconde pour y réfl... »
Hermione écrasa sa bouche contre la sienne. Littéralement. Sans cérémonie, ni warning, ni « attention : à la une, à la deux, eeet... ». D'un seul coup.
Les yeux de Draco en restèrent écarquillés pendant trois glorieuses secondes – et si le contexte avait été différent, Hermione aurait commémoré ce jour jusqu'à ses trente-cinq ans tant le prendre au dépourvu relevait de l'exploit – avant de se refermer rapidement et accuser l'assaut d'un soupir agréablement surpris. Sa paume vint reprendre ses droits à l'arrière de son cou, son emprise plus possessive que les deux précédentes fois, mais Hermione l'y délogea immédiatement. Ce n'était pas ce qu'elle voulait. Elle ignorait la nature exacte de ses intentions, pour être toute à fait honnête, ayant plus agit sur la spontanéité du moment qu'autre chose. Peut-être voulait-elle se prouver que tout ceci n'était qu'un mirage foireux, une mauvaise blague que lui faisait endurer son cerveau alcoolisé. Peut-être que si elle l'embrassait avec suffisamment de force, l'illusion finirait par se dissiper d'elle-même. Logique implacable.
Ni une ni deux, elle grimpa sur ses genoux et emprisonna fermement sa figure entre ses paumes, redoublant d'énergie. Draco accueillit son changement de position impromptu par un long « mmmh » et souda aussitôt ses mains à sa cambrure pour la stabiliser au-dessus de lui. Hermione les y chassa à nouveau d'une gestuelle presque violente. Ce n'était pas ce qu'elle voulait. Tournant sa tête de côté, elle pourchassa sa langue, aspira sa lèvre inférieure entre les siennes, approfondit d'un nouveau degré encore leur baiser, empoigna une poignée de mèches dorées à l'orée de son cou, captura sa lèvre supérieure, la mordit.
Et il y avait quelque chose d'infiniment désespéré derrière toute cette fièvre. Sa hâte d'être tirée de ce mauvais rêve la rendait déchaînée. Et moins cette tactique fonctionnait, plus elle se montrait agressive, son irritation comme seule boussole.
Lorsqu'elle admit enfin sa défaite, ce fut la respiration courte et le cou de Draco fermement enserré entre ses doigts. Sous elle, Malfoy la contemplait comme la troisième merveille du monde.
« Wow. » souffla-t-il, absolument stupéfait. « Wow. »
Hermione ouvrit la bouche pour répondre mais des réponses, elle n'en avait pas en cet instant précis. Plus la nuit avançait, moins elle ne comprenait ce qui se passait ni ne se reconnaissait. Et elle se trouvait actuellement perchée sur ses genoux – mon Dieu. Amorçant un mouvement rapide pour de se remettre sur pieds, les mains de Draco la retinrent au dernier moment par les hanches.
« Non, non, non, non. Non. » l'arrêta-t-il avant de plonger sa figure dans sa nuque et murmurer, encore essoufflé : « Reste. »
Hermione se mordit l'intérieur de la joue jusqu'à ne plus en sentir la douleur. Elle ne comprenait plus rien. La Terre tournait à l'envers.
« Mais qu'est-ce qui ne tourne pas rond chez toi ? » gémit-elle, ne sachant pas à qui exactement s'adressait cette question.
Draco la ramena un peu plus contre lui et Hermione se laissa faire. Il posa ses lèvres sur la peau chlorée de son cou et elle se laissa faire. Bascula même inconsciemment sa tête vers l'arrière pour lui en laisser le libre accès. Son propre corps la trahissait, à présent. Magnifique.
« Reste. » répéta-t-il.
Les paupières fermement closes, Hermione secoua la tête.
« Tu es censé me détester. » souffla-t-elle, comme pour elle-même.
Elle était perdue, perdue, perdue. Le brouillard total.
« Chhh. »
« Je ne comprends plus rien. »
Dans son dos, les doigts de Draco reprenait leur lente danse. L'épiderme d'Hermione aurait pu en pleurer de joie.
« Il n'y a rien à comprendre. » lui assura-t-il.
« Tu me détestes. » insista-t-elle.
« Et ? »
« Tu me laisses t'embrasser. Ce qui n'a aucun sens. » soutint Hermione, la voix cassée, un goût salé dans la bouche. « Aucun. »
Draco dessina un cercle dans le creux de ses hanches et le barra d'un trait.
« J'espère ne rien t'apprendre en te disant que tout n'est pas totalement blanc ou totalement noir dans la vie, Granger. »
« Qu'est-ce que... quel est le rapport avec... de quoi est-ce que tu... quel est le sens ? Qu'est-ce qui... » s'interrompit Hermione avant de se surprendre elle-même en fondant brusquement en sanglots.
Elle sentit Draco se redresser en sursaut et distingua malgré le voile flou de ses larmes son regard bleu écarquillé se braquer sur elle.
« Granger ? » l'interpela-t-il, légèrement affolé.
« Rien n'a de sens ! » s'entendit haleter Hermione, extérieure à son propre corps. « C'est... Qu'est-ce que... »
Draco la maintint fermement par les bras, une main lui enserrant chaque biceps.
« Granger ? Oh-oh ! Qu'est-ce qu'il t'arrive ? »
Les pleurs d'Hermione ne tarissaient pas, la larme solitaire de sa joue gauche se muant en un véritable torrent lacrymal en une fraction de seconde, et elle secouait la tête à l'infini.
« ...je ne comprends plus rien, plus rien du tout... » murmurait-elle en litanie.
« Granger. Hey. Qu'est-ce qu'il se passe ? » demanda-t-il alors d'une intonation un peu plus maîtrisée. Puis, n'obtenant pas de réponse immédiate : « Tout doux, tout doux. Allez, respire. »
Il fit remonter ses paumes de ses bras à ses épaules, appuyant circulairement ses pouces contre ses muscles pour les détendre, et merde. Même pour un simple fichu massage, cet homme savait exactement comment s'y prendre. La tête d'Hermione bascula vers la gauche et elle laissa les paroles constantes de Draco couler sur elle, lavant temporairement son angoisse.
« Voilà, juste comme ça. On se calme. On respire. Tout doucement. Tout est bon. Tout va bien... »
« Non. » ne put-elle s'empêcher de le contredire.
« ...non ? »
Hermione déglutit, sentant ses derniers pleurs tarir. Ne restait plus qu'un bloc solide et compact de fureur, à présent. Les larmes n'avaient servi que d'emballage.
« Tout ne va pas bien. » soutint-elle.
Les doigts de Draco ralentirent considérablement leur action sur ses épaules.
« Et quelle en est la raison ? »
« Tu me hais et tu m'embrasses ; la voici, ta raison. » siffla la brune en se redressant complètement pour le crucifier des yeux. « Tu m'as tapée sur le système pendant quatre années. Quatre années. Tu m'as humiliée, maltraitée, harcelée, diminuée, terrorisée et foulée du pied de la Sixième à la Troisième. Et... et maintenant, tu tolères ma présence ? Maintenant, tu veux me toucher ? M'embrasser ? Mais dans quel monde parallèle vis-tu ? ! Tu m'as gâchée la vie, Malfoy ! » hurlait-elle à présent, sa voix se répercutant en écho d'un bout à l'autre du corridor obscur. Peut-être devait-elle même s'entendre depuis la piscine. « Tu... c'est... est-ce que tu te rends bien compte... est-ce que tu réalises le genre de monstre que tu as été avec moi pendant toute la durée du collège ? Est-ce que tu te rends compte de toutes les crasses que tu m'as fait subir ? Toutes les horreurs que tu m'as jeté au visage ? Est-ce que tu... peux-tu même concevoir l'étendue des dégâts que tu as provoqué en moi ? Toute la frustration, toute la colère, toute l'anxiété, toutes les crises de larmes et les crises de nerfs…. c'est... tu as ruiné quatre foutues années de ma vie, Malfoy ! Es-tu même dans la capacité de me les rendre ? ! » cracha-t-elle, les mains tremblantes de rage.
Dans ses yeux grondait un ouragan duquel Draco ne se cacha. Il la fixait droit dans les yeux, les traits sérieux, la figure un brin stoïque. La machine défectueuse renversée à leurs pieds illuminait tantôt son profil d'un bleu cru irrégulier, tantôt d'un frénétique rouge écarlate, mais jamais il ne la perdait de vue. Jamais il ne la quittait des yeux.
« Non. » finit-il par répondre. « Non, je ne peux pas te les rendre. Mais je peux te fournir une explication. » Il s'humecta les lèvres et Hermione se fustigea d'être distraite. « Libre à toi de l'accepter ou non. »
Trois secondes furent nécessaires pour que les paroles de Draco percutent réellement dans son crâne mais la moitié d'une seule fut suffisante pour que la lycéenne parte dans un rire incrédule.
« Absolument. Incroyable. » souffla-t-elle, hallucinée. « Alors je te tanne pendant toute la soirée pour connaître les raisons de ton comportement minable et ce n'est qu'après t'avoir fichu aux pieds du mur que tu daignes enfin te décider à parler ? »
Draco pencha légèrement sa tête de côté, nullement troublé.
« C'est à prendre ou à laisser, Granger. »
Hermione se laissa quatre secondes pour paraître blasée mais craqua au bout de la cinquième. Beaucoup trop de réponses capitales se trouvaient à portée de main pour qu'elle joue la carte du désintéressement.
« Parle. » l'invectiva-t-elle d'un mouvement sec du menton.
Draco se redressa alors, ce qui rappela soudain à son interlocutrice que 1) elle se trouvait encore perchée sur ses genoux, donc 2) lorsqu'il bougeait, elle bougeait aussi. Et comme pour s'assurer qu'elle ne tenterait pas une nouvelle fois de détaler, Malfoy remonta légèrement ses jambes derrière elle, la faisant ainsi basculer presque à hauteur de son bassin.
« Tout d'abord, je ne te hais pas. Je ne t'ai même jamais haïe de ma vie. » commença-t-il et pour un début d'explication, ça démarrait tout de même assez fort.
Pour preuve, Hermione manqua de s'étouffer avec sa propre salive.
« Tu... quoi ? »
« Je ne te hais pas. » répéta calmement Draco, son demi-sourire sûrement dû au fait que sa voisine le dévisageait à présent comme s'il était un alien du troisième type.
Hermione cligna huit fois de suite des yeux avant qu'ils ne s'écarquillent au ralentis, son fil de réflexion aboutissant à une compréhension toute nouvelle. Et extrêmement horrifiante.
« Alors... alors tu es... » bredouilla-t-elle, la figure blanche.
« Non plus. » la coupa froidement Draco. « Je ne te hais pas et je ne suis pas non plus secrètement dingue de toi. On oublie ces deux idées reçues. »
« Alors quoi ? » embraya impatiemment Hermione. « Tu m'as martyrisée pendant quatre années d'affilée par pur et simple ennui ? Je n'étais qu'un passe-temps sadique de la Sixième à la Troisième ? Perdre ta peluche le tout premier jour de cours à POUDLARD t'a donné envie de massacrer la première âme venue en rétribution ? Mon seul crime n'aura-t-il donc été que de s'être trouvée dans ton champs de vision au mauvais moment ? »
« Par contre, il va sincèrement falloir que tu te taises et que tu me laisses parler à un moment donné. »
Hermione pinça des lèvres mais obtempéra à contrecoeur. Lorsqu'il rouvrit enfin la bouche pour poursuivre, elle eut l'impression qu'un quart d'éternité s'était déjà écoulé.
« Le psy que mon père nourrit de liasses de billets verts par intraveineuse m'a pronostiqué comme étant une véritable nuisance pour la société car incapable de gérer mes situations de crises et frustrations autrement qu'en traitant le monde extérieur comme mon punching-ball personnel. Ce à quoi j'ai répondu : pas faux. » S'intéressant à nouveau à la chevelure d'Hermione, il se remit à jouer avec ses boucles. « Il a également ajouté que je ne savais pas canaliser mes émotions comme un être humain normalement constitué et que le fait que je ne parvienne jamais à mettre un mot exact sur mes sentiments à l'instant même où je les ressens engendre en moi un concentré élevé d'énergie négative à revendre qui, à la longue, me transforme en bombe à retardement humaine. Ce à quoi j'ai répondu : pas faux du tout. »
Il enroula une boucle fine à son annulaire à la manière d'une alliance et l'observa se défaire puis s'échapper d'entre ses doigts.
« Il y a quelque chose chez toi qui calme automatiquement et qui rend serein. » admit-il en articulant chacun de ses mots et Hermione ignorait s'il fixait encore sa chevelure ou bien la Lune brillant au loin dans le ciel d'encre. « Même lorsque tu gueules à plein poumon au beau milieu du couloir principal, ce qui est quand même putain d'étrange. Je sais pas comment l'expliquer. Peut-être même qu'il n'y a aucune explication à trouver. Depuis la première altercation que l'on a eu, ça a toujours été comme ça. Je l'ai toujours ressenti. Et j'ai tout essayé : le jogging jusqu'à l'épuisement, les sports de combat, les baignades de minuit dans le Lac glacial, dévaliser l'alcool des bars les plus foireux de Pré-au-Lard, m'essayer à la clope – rien ne me calmait autant qu'après une bonne dispute avec toi. C'est comme si le fait de se hurler mutuellement dessus parvenait à épuiser tout le stock insupportable d'électricité que j'avais dans le corps pour la journée entière. Le soir, je me couchais totalement vidé mais c'était de la bonne fatigue. Exactement ce qu'il me fallait. »
« J'en déduis donc que c'était moi, ton punching-ball personnel attitré ? » ne put s'empêcher d'intervenir Hermione d'un ton particulièrement piquant. « Suis-je censée me sentir honorée ? Flattée, peut-être ? »
« Dans un monde idéal, Granger, tu me laisserais terminer calmement de parler avant de commenter à tord et à travers le moindre de mes propos. »
Cette fois-ci, la brune dû se mordre littéralement la langue pour freiner sa repartie automatique. Elle voulait des réponses, Dieu seul savait qu'elle en voulait, mais chaque mot sortant de la bouche de cet homme faisait bouillonner son sang à 90°.
« Ok. » reprit Draco après s'être assuré d'un long regard appuyé qu'il ne serait plus interrompu.
Depuis la piscine résonnait la mélodie aquatique des Purity Ring, la voix de poupée de la chanteuse s'élevant en un murmure étouffé jusqu'à eux. Et quelque chose dans le regard de Malfoy changea drastiquement.
« Ma... hum. » s'arrêta-t-il de lui-même, la voix instable.
L'oeil instable. Tiraillé. Sa gestuelle s'était faite brusquement frénétique. Ses yeux se posaient partout sauf sur la personne à qui il s'adressait. Hermione avait l'impression d'être en face d'un gosse qui tenterait tant bien que mal de dissimuler une bêtise à ses parents. Sans succès.
« Ma mère est – était – malade depuis mes douze ans. Leucémie. Et... ok. » s'arrêta-t-il à nouveau et cette fois-ci, il ferma complètement les yeux.
Être en présence d'un Draco Lucius Malfoy vulnérable était si inédit pour Hermione qu'elle en oublia momentanément sa colère. Les sourcils haussés avec stupéfaction, elle le regardait se débattre avec lui-même pour regagner coûte que coûte un semblant de contenance. C'était un spectacle des plus fascinants.
« La mort a toujours été... c'est un truc que j'ai eu beaucoup de mal à concevoir dans sa totalité. A mes yeux, ce n'était qu'un concept abstrait réservé pour les autres, toujours pour les autres, jamais pour moi, et bam. En plein dans ma gueule. » narra-t-il, son rire éteint plus incisif qu'une opération à coeur ouvert. « J'allais mal. Je pense qu'avec le recul, je peux l'admettre ; j'allais putain de mal durant cette période. Et il m'arrive encore d'avoir mal maintenant parce que ces douleurs là sont éternelles, je pense, mais le degré n'est pas le même qu'avant. C'est un peu plus atténué. » Il fit une pause puis rouvrit les yeux. « A l'époque, mon hyperactivité avait pris une tournure malsaine et pour m'en soulager, tu étais ma cible favorite. J'en allais à errer dans les couloirs du château rien que pour te coincer dans un détour et décharger toute ma frustration sur toi. Et quand ça ne suffisait plus à me calmer, je réitérais une fois, deux fois, quatre fois, dix fois dans une même journée. C'en était arrivé à un niveau où seul te voir partir en chialant toutes les larmes de ton corps parvenait à m'apaiser. Ce n'était que de cette façon que je parvenais à trouver le sommeil, certains soirs. »
Dire qu'Hermione avait la mâchoire décrochée par ce qui parvenait à ses oreilles en cet instant même aurait été le plus beau des euphémismes. Son menton en touchait presque le sol, à ce stade. Elle réceptionnait chacune de ses paroles comme une gifle cinglante.
« Et pourquoi t'être arrêté en si bon chemin, dans ce cas ? » répondit-elle une fois sûre d'avoir complètement retrouvé son souffle. « Le lycée était un terrain un peu trop ambitieux pour toi ? Tes gants de boxe se sont un peu trop usés à force de s'être défoulé sur ma dignité durant tout le collège ? »
« Ma mère est morte fin Troisième. » déclara Draco avant de hausser des épaules. « Ca calme, que veux-tu que je te dise. »
Ca calme, en effet. Hermione sentit le reste de ses répliques sanguinaires mourir dans sa gorge.
« Et c'est peut-être cruel à dire mais une partie de moi est… soulagée que tout soit terminé ? » exprima Draco. « Je l'ai vu sombrer pendant trois années et plus son état s'aggravait, plus mon attitude empirait. Et déjà que je me trouvais à la limite du précipice, un pas de plus aurait suffit pour que je devienne un véritable monstre. Mon psy en aurait sabré le champagne en voyant ses prédictions devenir réalité. Mais elle est morte, ce qui est venu légèrement niquer ses calculs. Et depuis, je me sens totalement, entièrement, stupidement vide. Ce qui n'est pas plus mal..? Peut-être. Je sais pas, en fait. Une partie de moi a sans doute dû mourir avec elle. »
Un bref sursaut et il sortit de ses pensées, ses yeux quittant le vide pour se stabiliser sur sa voisine, comme s'il réalisait tout juste que ses pensées venaient d'être prononcées à voix haute. Et Hermione lui rendit son regard.
Dieu seul sut combien de temps dura leur échange visuel mais il fut le plus long qu'ils n'aient jamais échangé.
« Pourquoi est-ce que tu ne m'as jamais dit tout cela ? » finit-elle par lui demander.
A cela, Draco émit un second rire amer.
« Pourquoi me serais-je même embêté à le faire ? »
« Pour que je puisse comprendre ! » s'exclama la lycéenne, stupéfaite. « Pour que je puisse te comprendre. Savoir exactement ce que tu traverses nous aurais évité des années et des années de haine mutuelle. J'aurais même pu t'apporter mon aide, qui sait. »
« Je ne t'ai jamais haïe. » s'entêta Draco.
« Mais moi, si ! Toujours ! Et à un degré inimaginable. Jusqu'à ce soir, je t'exécrais du plus profond de mon être. »
Malfoy l'observa très prudemment.
« Et maintenant ? »
« Maintenant ? » répéta Hermione, se donnant ainsi du temps pour formuler une réponse. Mais à dire vrai, elle ne savait même pas quoi dire. « Maintenant, je n'en sais strictement rien. Je ne t'apprécie pas totalement mais je ne te déteste pas non plus. » Elle secoua soudainement la tête, les yeux plissés, comme pour en chasser une mauvaise pensée. « ...bon sang mais pourquoi ne m'as-tu jamais dit tout ce que tu viens de me dire ? »
« Tout d'abord : quand et comment voulais-tu que je te confie tout cela ? Réfléchis trois secondes, Granger. Nous ne pouvions même pas respirer six secondes le même oxygène sans se prendre la tête. Si j'étais venu vers toi, aurais-tu même pris la peine de m'écouter ? » Il fit une brève pause dans l'attente d'une réponse éventuelle et laissa le silence d'Hermione valider son argument. « Secundo : c'est toi qui a voulu des explications. C'est toi qui les a demandé. Je ne t'en ai fourni que pour cette simple et unique raison. »
Hermione se redressa sur ses genoux, les sourcils froncés.
« Donc si nous ne nous étions pas retrouvés enfermés dans cette piscine ce soir et que le sujet n'avait pas été abordé, tu ne m'aurais jamais exposé les raisons de ton harcèlement quotidien ? » déduisit-elle.
« Très certainement. » admit Malfoy.
Hermione se redressa plus abruptement encore.
« Et pour des excuses, je peux toujours aller me faire foutre ? »
« Oh, tu veux des excuses ? Ok. » céda-t-il avant de prendre une inspiration théâtrale et déclamer : « Hermione Granger, je vous demande solennelement pardon der m'être comporté envers vous comme le PDG du club internationnal des Connards. »
Cette fois-ci, Hermione se leva d'un seul coup. La vivacité de son bond la fit vaciller un instant sur ses pieds engourdis et Malfoy tendit instinctivement son bras vers elle dans le risque d'une chute. Hermione esquiva son toucher comme la peste.
« Rajoute une pincée de conviction avec un petit zeste de citron et peut-être qu'après cela, je parviendrais enfin à te croire. »
Et sur ce, elle tourna des talons, le laissant affalé sur le sol mouillé. Seul.
« Granger ? Eh ? Où est-ce que tu vas encore ? »
Hermione longea le couloir en direction de la porte d'une cadence rapide et déterminée. La Lune projetait ses rayons argentés sur chacun de ses pas, comme l'encourageant silencieusement à détaler le plus loin possible d'ici.
« Ok, tu veux m'entendre te le dire ? Je vais te le dire alors : tu es la seule et unique raison pour laquelle je ne me suis pas foutu en l'air pendant le collège ! » résonnait dans son dos la voix de Malfoy. « La logique voudrait plutôt que je te remercie ! Pourquoi voudrais-tu que je m'excuse ? »
Atteignant le bout du corridor, Hermione tendit le bras vers la poignée de la porte battante pour la pousser de toutes ses forces.
« Tu aurais préféré que j'implose, c'est ça ? » l'interpella-t-il une dernière fois juste avant que la porte ne se referme et ne les sépare.
Lorsqu'elle était petite, Hermione avait l'habitude de passer un mois par été chez ses grands-parents.
Ils possédaient une grande maison en brique orangées sur les hauteurs rocheuse de la Côte d'Azur ainsi qu'un jardin en pente dans lequel poussaient une large variété de légumes. Tout là-bas sentait le miel frais des ruches, les bâtonnets d'encens, l'odeur vanillée de la crème solaire et le vent salé de l'océan. Les grands-parents d'Hermione possédaient également une piscine extérieure que son grand-père avait fait construire juste pour le plaisir de voir sa petite-fille courir depuis la voiture de ses parents jusqu'à l'intérieur de la parcelle, ses vêtements abandonnés au fur et à mesure sur son chemin pour ne plus se retrouver qu'en maillot de bain Mulan, et sauter à pieds joints dans le bassin en éclaboussant copieusement le sol dallé. Elle pouvait y rester pendant des heures, brassant inlassablement l'eau chlorée de long en large, tapant dans le petit ballon gonflable, jouant avec le chien lorsqu'il la rejoignait, testant ses capacités d'apnée.
Faire la planche restait cependant son activité favorite.
Après avoir dépensé toute l'énergie enthousiaste des premières heures de piscine, elle aimait s'allonger sur la surface transparente, placer ses bras en croix et laisser l'eau la guider aveuglément. La campagne dans laquelle se situait la maison des Granger était d'un calme olympien et, les yeux clos, Hermione se laissait bercer par le bruit de la radio que laissait constamment allumée son grand-père lorsqu'il jardinait, ses coups de bêches noyés par le grésillement de jazz qui s'en échappait, par le chant constant des criquets cachés dans les herbes hautes ainsi que par le cliquetement du plateau de rafraîchissements que leur apportait sa grand-mère toutes les quarante-cinq minutes exactement, montre en main.
« Hydratez-vous, pour l'amour du ciel. Vous allez terminer desséchés sur l'herbe, à ce rythme. » bougonnait-elle tandis que son mari lui chipait des mains le verre de jus d'orange qu'elle venait à peine de remplir. « Le soleil aurait déjà eu raison de vos pauvre os, si je n'étais pas là. »
« Heureusement que tu es là, alors, Mamie ! » s'exclamait toujours Hermione en détachant sa bouche du morceau de pastèque qu'elle dévorait pour lui coller un bisou sucré sur la joue.
Puis, dès qu'elle terminait de digérer la dizaine de fruits de saison que sa grand-mère lui servait généreusement, elle se hâtait de reprendre place sur l'eau et contempler l'étendue azur céleste pour une poignée d'heures encore.
Hermione ouvrit les yeux. Le ciel bleu du Sud de la France avait été remplacé par un dôme vitré extrêmement lointain, le son régulier des criquets par le clapotis relaxant de l'eau et le jazz des années 30 par la voix d'Aluna George. Un peu plus d'une heure avait dû s'écouler depuis qu'elle était descendue pour se jeter à corps perdu dans le grand bassin du complexe nautique et, perdue dans ses souvenirs d'enfance, elle n'avait même pas sentit les minutes s'écouler. Lorsqu'elle emprunta l'échelle de sortie de la piscine et qu'un petit « clink » aigu lui parvint à l'oreille, la jeune fille se retourna, s'attendant presque à apercevoir la silhouette courbée de sa grand-mère surgir de nulle part, un plateau fourni encombrant ses bras, une réprimande affectueuse sur les lèvres. A la place, elle aperçut celle de Draco.
Agenouillé à quelques pas de là, il plaçait quatre paquets de smarties en ligne verticale, ses sourcils froncés avec un sérieux que la brune trouva plutôt comique pour ce qu'il tenait dans ses mains. Elle croisa des bras et l'observa poser un paquet devant l'autre, vérifier le résultat puis secouer la tête et intervertir leurs places et secouer la tête une seconde fois, insatisfait du rendu.
« Qu'est-ce que tu fais ? » lui demanda Hermione, assez surprise par le manque total d'agressivité dans son intonation.
C'était comme si faire la planche dans la piscine comme au bon vieux temps était parvenu à purger sa colère. A chacun son punching-ball personnel.
Au son de sa voix Draco sursauta légèrement mais n'amorça aucun mouvement pour se retourner dans sa direction.
« Ça. » se contenta-t-il simplement de répondre.
Hermione tourna alors la tête pour constater par elle-même. A sa gauche et sur toute la largeur du bassin se trouvaient à même le sol une multitude de barres chocolatées, canettes de jus, confiseries et autres terreurs diabétiques tout droit venues du distributeur cassé de l'étage supérieur, et tous étaient disposés stratégiquement de sorte à former les lettres « LO SIENTO VERY BEAUCOUP ». Hermione relut l'inscription sept fois de suite, les yeux écarquillés.
« Je n'ai pas de zeste de citron sur moi donc j'espère que ça fera l'affaire. » intervînt Draco à côté d'elle.
Lorsque la brune dirigea son regard vers lui, ce fut pour le dévisager comme si elle ne l'avait jamais rencontré de sa vie toute entière.
« C'est toi qui a fait tout ça ? » hallucina-t-elle, bien que la réponse soit assez évidente.
« Qui d'autre ? »
Hermione hocha très lentement la tête, les sourcils haussés, ses yeux détaillant une nouvelle fois le parterre de confiseries au sol. Elle hocha encore une fois la tête en se tournant à nouveau vers Malfoy. Toujours accroupi, ce-dernier la fixait avec une certaine tension dans le regard, comme appréhendant sa reaction finale.
Et, juste comme ça, Hermione décida d'en jouer.
La figure impassible et les bras croisés, elle avança vers lui et observa ses sourcils se hausser au fur et à mesure de sa progression. Elle marcha jusqu'à se tenir debout juste devant lui et le dominer de toute sa hauteur, Draco suspendu à ses moindres gestes à ses pieds, et l'intense sentiment de puissance que lui procura ce simple instant lui donna envie de sourire joyeusement. Pour une fois, elle avait l'avantage.
Le pied contre son épaule, elle le poussa sans remords dans le bassin.
« Là, je te pardonne. » s'exclama-t-elle, extrêmement satisfaite, lorsqu'il émergea en toussotant quelques secondes plus tard. « A 25%. »
Draco secoua vigoureusement la tête puis se frotta les yeux et toussa une dernère fois.
« C'est déjà un quart de gagné. » conclut-il, la voix enrouée.
« Quel vibrant optimisme. » commenta Hermione tout en l'observant rejoindre la rive bétonnée du bassin.
« N'est-ce pas ? » répliqua Draco avant de percher ses deux bras sur le rebord où se trouvait Hermione et relever la tête vers elle. Ses cheveux étaient plaqués vers l'arrière à l'exception de deux ou trois épis et dans ses yeux brillaient une étincelle d'amusement, pas rancunier pour un sou. Hermione se sentit doucement perdre l'avantage. « Qu'est-ce qu'il faut faire pour obtenir les trois-quarts restants ? »
« Disparaître. » répondit-elle.
Draco haussa facilement des épaules.
« Ok. »
Et il disparut sous l'eau.
Les yeux d'Hermione s'agrandirent de trois fois leur volume et, en entrevoyant la silhouette de Draco se laisser docilement entraîner vers le fond du bassin, elle secoua frénétiquement la tête.
« Non, non, non ! Tu ne me refais pas ce coup ! Pas encore ! » paniqua-t-elle.
Elle sauta également dans la piscine mais garda le haut du corp émergé pour crier, ses paumes en coupe autour de sa bouche :
« Malfoy ! Reviens à la surface ! Malfoy ? » Elle prit une grande inspiration puis hurla littéralement :« Draco ! »
Trois secondes plus tard, une tête blonde jaillissait à sa gauche, lui volant un cri de surprise. Et il riait, cet inconscient. Il s'esclaffait comme si son fou rire avait déjà commencé sous l'eau.
« Il faut vraiment que tu arrêtes de faire cela, pour l'amour du Ciel. Sérieusement. Ce n'est pas drôle une seule seconde. » siffla Hermione d'un ton polaire, son coeur battant la chamade.
« Tu m'as pourtant dit de disparaître.. ? » joua à l'innocent Draco.
« Ce n'est pas drôle. J'insiste et je surligne. »
Remontée, elle lui tourna le dos pour regagner la terre ferme et ce fut cet exact instant que son voisin choisit pour percher son menton sur son épaule et lui encercler la taille.
« Le jour où Granger trouvera quoi que ce soit de drôle en ce bas monde sera le jour où nous sortirons enfin de cette piscine. » se moqua-t-il.
Et la brune voulut lui servir sur un plateau une réplique bien sentie mais avec la bouche de Malfoy entrouverte contre sa nuque et sa langue lapant patiemment l'emplacement son pouls, comment le pouvait-elle ? Ses yeux finirent par se fermer d'eux-mêmes tandis que sa bouche s'entrouvrait.
« 27%. » murmura-t-elle au bout de trois minutes, les lèvres de Draco cajolant à présent la partie gauche de son cou.
« On ne stoppe pas le progrès. » constata-t-il.
Et, avant même qu'Hermione ne réalise pleinement la situation, ils s'embrassaient. Elle ignorait lequel des deux s'était penché vers l'autre et peut-être avait-elle été celle qui s'était retournée en premier mais ils s'embrassaient, à présent, et même en y mettant la conviction nécessaire, elle aurait été incapable d'y mettre un terme.
Hermione n'était ni stupide, ni aveugle. Elle connaissait la réputation de Malfoy à POUDLARD. Elle savait quel type de réaction il provoquait continuellement auprès des gentes féminine et masculine de l'établissement. Elle entendait les rumeurs qui volaient de couloirs en dortoirs, elle écoutait les témoignages exagérément graphiques qui se chuchotaient dans les allées de la bibliothèque, elle constatait les drastiques changement d'attitudes dès qu'il entrait dans une pièce, les longs regards, suçotement de stylos et écarts de jambes. Elle n'était pas bête ; elle savait. Et maintenant, elle expérimentait.
Le Draco de la vie de tous les jours et le Draco contre ses lèvres resteraient à tout jamais pour Hermione deux facettes diamétralement opposées et inconciliables. Hermione le connaissait brusque, froid, sarcastique et blessant. Et comme elle le connaissait de cette façon, elle savait aussi comment se comporter avec lui de cette façon. Mais sensuel ? Délicat ? Désirable ? Tels étaient des adjectifs qu'elle ne se serait jamais imaginée un jour lui attribuer. La Terre venait tout juste de changer d'orbite.
« Attends. Draco. Draco. » interrompit-elle temporairement leur baiser.
Les paupières du blond s'entrouvrirent, ses cils dorés effleurant ses tempes, et ses iris étaient d'un bleu si pur et inaltéré que l'on aurait pu les confondre avec l'eau claire de la piscine. Hermione cligna des yeux, son fil de pensées momentanément perdu. Observer les yeux de Draco de près était une réelle expérience.
« Pourquoi te comportes-tu de cette manière avec moi ? » l'interrogea-t-elle.
« De quelle manière ? » voulut-il savoir tout en parcourant de ses lèvres l'ossature de son menton.
Il mordilla l'angle de jonction entre sa mâchoire et son oreille et Hermione en perdit cette fois-ci l'usage de la parole.
« Tu sais exactement de quoi je parle. » parvint-elle finalement à répondre.
Et sans doute fut-ce un rire que la lycéenne sentit vibrer contre sa peau juste avant que la bouche de Draco ne s'y appose.
« Est-ce que c'est par simple acquit de conscience ? » persévéra Hermione, à demi pantelante.
Les lèvres de Malfoy remontèrent de son cou à son lobe et se promenèrent tout autour du cartilage pour lui répondre ensuite dans le creux de l'oreille :
« Pas que. »
Il laissa sa langue serpenter sur la partie la plus tendre de son oreille, l'emprisonnant occasionnellement entre ses lèvres, laissant ses dents jouer, et les doigts d'Hermione agrippèrent instinctivement sa chevelure et non, non. S'il empruntait cette voie, elle n'en retrouverait plus le chemin de sortie. Du temps où ils sortaient ensemble, Ron employait toujours cette tactique lorsqu'il voulait éviter une discussion séri… une petite seconde ; pourquoi pensait-elle même à Ronald Weasley ?
« Pour quelle autre raison, alors ? » souffla-t-elle lorsqu'elle eut réuni la détermination nécessaire pour se redresser et le dévisager.
Détermination qui fondit comme neige au soleil à l'instant même où Draco captura ses lèvres. Il l'embrassa, et l'embrassa, et l'embrassa, et cette fois-ci, l'adjectif « impérieux » n'aurait pas pu être plus justement utilisé. Il l'avait fait reculer contre le mur en mosaïque du bassin et le dos d'Hermione était à présent plaqué juste à côté de l'échelle, ses pieds hissé en pointe pour atteindre sa bouche, ses bras verrouillé autour de sa nuque.
« Si je te refais la proposition de laisser les questions de côté pour simplement laisser les choses se faire, tu m'envoies encore balader ? » réitéra Malfoy en la fixant droit dans les yeux, ce qui n'était ni juste, ni légal.
Comment pouvait-elle même essayer de lui non s'il la dévisageait de la sorte ? Comment était-ce même scientifiquement possible ? La bouche gonflée et partiellement entrouverte, Hermione secoua la tête à la négative. Et lorsque Draco la hissa par les hanches pour la faire asseoir en bordure de la piscine, ce fut comme si l'action n'avait duré qu'une seule nanoseconde. Elle eut à peine le temps d'être désorientée.
« Ok. » dit-elle, sans raison aucune, ne sachant que déclarer d'autre.
Elle le regarda écarter lentement ses jambes pour se placer entre. Elle sentit ses mains prendre possession de ses hanches et vit son propre corps se cambrer instinctivement contre lui dans un ondulement lascif, son bassin rencontrant son thorax bétonné.
« Ok. » répéta Draco, amusé.
L'effet de sa bouche brûlante sur la peau tiède de la lycéenne fut semblable à celui d'une morsure. Et une morsure délicieuse. Il la faisait parcourir sur son ventre avec la langueur désinvolte d'un homme qui sait exactement ce qu'il fait, son regard azur taquin ne quittant jamais celui étrangement fasciné d'Hermione, et dans la sono résonnaient sur un fond d'électro : « ...un rêve, un instant T, suspendu dans le temps comme on traverse l'été… ». Ses paroles firent écho dans son esprit. Tournèrent en boucle et en boucle et en boucle. Car elle ne savait toujours pas si ce qu'elle vivait en ce moment même était un rêve éveillé, une illusion mentale, un mirage. Tout ce qu'elle savait, c'était que ses doigts venaient de retrouver instinctivement leurs chemins dans la chevelure mouillée de Draco et que les lèvres de ce-dernier se rapprochaient doucement de leur but.
Et lorsque Hermione renversa enfin sa tête en arrière, la Lune la gratifia d'un clin d'oeil complice.
* une Nina Hazel sauvage vêtu d'un poncho vert apparaît soudainement sur vos écrans *
Revenue d'entre les morts juste pour vous pondre ce chapitre, ne suis-je pas trop gentille ? J'espère sincèrement qu'il vous a plus, en tout cas. Je l'ai écrit avec amour sur le clavier minuscule de mon portable, mon PC n'étant plus de ce monde depuis un bon bout de temps. Donc s'il y a des fautes, et je ne doute pas qu'il y en a, blamez le T9 catastrophique de cet appareil. J'avoue avoir coupé ce qui devait être un lemon juste à la fin mais étant donné que ce chapitre est assez chargé en émotion et aborde des sujets un peu plus lourds que les six parties précédentes, je me suis dit qu'on allait revenir sur quelque chose de plus léger vers la fin. Et puis aussi : grosse flemme (et c'est la raison principale, haha). Il ne nous reste plus qu'un seul chapitre et ceci qui m'attriste un peu mais toute bonne chose à une fin, c'est Nelly Furtado qui l'a dit. Et puis vous pourrez ensuite relire toute cette histoire sans subir la frustration de mes interminables attentes, n'est pas merveilleux ?
Concernant Le Contrat (aaah, je vois comme vos yeux BRILLENT d'un seul coup), j'avance petit à petit, les trois-quarts étant à peu rédigés, maintenant. J'admets qu'il aurait pu être posté depuis juillet mais beaucoup de situations extérieures à l'univers de la fanfiction me retardent et réduisent considérablement mon temps d'écriture, ces derniers mois. Je pense en expliquer les raisons sur le groupe IACB d'ici quelques jours mais dans tous les cas, sachez que je n'abandonne pas l'histoire. Vous pouvez donc tous respirer.
N'ayant rien avalé d'autre que de l'air depuis environ douze heures et désirant absolument poster ce chapitre avant de réduire mon frigo à l'état de poussière, je ne répondrai exceptionnellement pas aux reviews du chapitre précédent. Je sais que ce n'est pas réglo de ma part et je me sens un peu mal de faire ça mais ayez pitié de mon estomac ; il crie actuellement en La mineur. Alors je remercie toutes les jolies âmes qui ont pris le temps de me laisser leurs impressions, à savoir : Mayoune - Swangranger - Charliee 3216 - Sangelyjeen - Erza Robin - Lyly Ford - Anne Merteuil - Eliana Debrey - Diane De Carvalho - Audrey 917000 - Liag Kab - Pouleau Potter - The Twincess - The Blonde With Curly Hair - Milou - Temy 89 - Emma - Someone - Invaders Sud - Oraliexo - Jade - Mwaara - Miss Draymione - Anonymous - Wizzy 8 - Love The Original Family - Carboplatine - Smile-Nine - Tulusito - Dramionne - Miss Lyly Black - Acide'nette - Bavator 2000 - Clamaraa - Lily - Anonyme H - Lily-Sisi - Eiko-Nee - A Sunflower - L - Xeres Malfoy - Nesple - Leolili - Lili-Lovegood - Beth - EliH - Wangou - Poppy-Cherry - NadyCS1109. Vos reviews m'ont fait extrêmement plaisir. :)
Pour terminer cette note comme dans les tutos beauté sur YouTube : vous pouvez me retrouver sur Twitter, sur le groupe facebook IACB ainsi que sur Tumblr ; tous les liens se trouvent sur ma page de profil d'auteur. Sentez-vous également libres de m'envoyer un email. Je suis triplement nulle lorsqu'il s'agit d'y répondre dans des délais raisonnables, la procrastination faisant partie intégrante de mon ADN, mais je les lis tous, sans exceptions. Et il y en a même certains que je relis plusieurs fois tant ils débordent de gentillesses.
Until next time, portez vous bien, profitez pleinement de vos vacances et restez en vie.
xo,
IACB.
