Aujourd'hui :

Je m'aventure en-dehors du dortoir, regardant des deux côtés avant de pénétrer dans le couloir mal éclairé. Personne en vue. Je me déplace sur la pointe de mes pieds pour faire le moins de bruit possible, tout en surveillant dans mon dos.

J'arrive rapidement au bout de ce corridor, terminé par un angle droit donnant naissance à un autre couloir tout aussi sinistre. Il faudrait que j'arrive à me trouver un objet pouvant me servir d'arme blanche. Se battre à mains nue est très difficile et risqué si la personne en face de vous possède une lame ou un quelconque objet contondant. Ceci dit, cet endroit est suffisamment vide et ruiné pour ne rien pouvoir y trouver. Utiliser un morceau de verre brisé est la pire idée. Les tendons de la main sont très vite coupés, la rendant totalement inutile et douloureuse.

Une bouffée de panique surgie de mon bas ventre lorsque je me rend compte que je marche sur un tesson de verre. Dans un mauvais film, le méchant aurait surgit dans mon dos à ce moment là, mais dans mon cas, je suis seule, et tant mieux.

Je continue. Je marche.

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Au détour d'un autre corridor, une ombre humanoïde se projette contre le mur. Trop tard pour fuir. Je sens mon cœur frapper dans ma poitrine. Mon ventre se désintègre de l'intérieur. L'ombre grandie et les contours de la silhouette de mon visiteur se dévoilent.

Je ne fais aucun bruit, me colle à l'angle du mur, attendant qu'il surgisse devant moi pour lui tomber dessus. Mon corps se prépare à fondre sur ma victime. Mes bras attendent son cou, pour lui briser les cervicales. Une main sur l'oreille, croisant la seconde qui tient le menton.

Inspirer. Expirer.

Je vois sa main.

Puis son bras,

son épaule

et son dos,

recouvert de peinture verte.

Moi je n'ai pas à le tuer, mais lui est-il celui qui à eu ma couleur désignée comme cible ? Le message me dit de survivre, et c'est ce que je ferais si il est mon chasseur.

Enfin il détecte ma présence, se retourne brusquement et paraît soulagé de me voir. Soulagement d'avoir trouvé sa proie ou d'éviter une confrontation ? L'espace d'un instant il ne se passe rien. On se regarde simplement dans les yeux, figés.

Il détourne le regard le premier, puis s'en va, visiblement, je n'étais pas sa cible. Cela veut dire que soit mon chasseur est la femme que je dois tuer, soit l'autre homme, celui qui a hérité de la peinture rouge. J'aurais de loin préféré avoir à tuer ce dernier, plutôt que cette femme qui m'a plus tôt offert sa barre énergétique. Je n'aime pas tuer pour rien. Ce n'est pas anodin.

Cela dit, je ne suis pas ici par hasard. Je l'ai voulu quelque part. Maintenant le travail doit être fini, et cette ruine est plus vaste que prévu. J'arpente toujours ces lieux délabrés et délabrant, sombres et sinistres, ternes et effrayants. Bref. Il y a un point sur lequel les mauvais films ont tous raison. C'est au moment où l'on s'y attend le moins qu'un monstre vous saute sur le dos. J'aurais aimé descendre au premier étage si une masse informe sortant d'une cavité sombre ne m'avais pas plaquée à terre avant que je rentre dans la cage d'escalier.

Je voit un pied arriver sur ma tête, et me roule sur le côté pour éviter un sérieux coup de pompe. Je vois le visage de mon agresseur, qui n'est personne d'autre que Rouge, le gars qui me semble louche. Je le voit armer une nouvelle attaque. Il faut que je me relève, c'est vital si son coup part et qu'il m'atteint, je suis morte. Dans ces cas là, une seule chose à faire : on gaine les abdos et on se sert de ses jambes, les bras ont une allonge bien trop courte et sont de toute manière bien plus faibles que des jambes, seules choses que l'on peux attraper depuis le sol.

J'arme donc mon pied droit et lui envoie un sérieux coup dans la partie basse de l'abdomen. Je rate ses partie génitales de peu, dommage, j'aurais eu un peu plus de répit, mais au moins j'ai un avantage indéniable désormais : il a la respiration coupée.

Je me relève rapidement et profites qu'il soit entrain hoqueter pour me coller à lui, afin de bloquer ses coups suivants.

Crochet du droit dans le ventre.

Une fois.

Deux fois.

Genou dans les parties.

Crochet du gauche dans la mâchoire.

Fracture, puis dislocation par retour du coude.

Ce n'est pas suffisant, l'adrénaline bloque la douleur, et ses membres sont intacts. La bête à encore de l'énergie pour une vicieuse qui m'arrive dans l'épaule.

Je la remboîte. Moi aussi je ne sens plus la douleur, mais j'ai toute ma respiration.

Mes poings visent la tête pour lui offrir une véritable avalanche de phalanges. Le pâté à bougé dans la boite. Parfais. Désorientation spatiale. Perte d'équilibre.

Je passe derrière lui, mais suis trop petite pour arriver à lui tordre le cou. Sans hésiter, profitant du déséquilibre passager de son corps, je le fais basculer à la renverse. Désormais c'est lui qui est au sol.

Je me place derrière lui, et enserre mes bras autour de son cou. Ainsi maintenu, c'est le poids de son propre corps qui l'empêche de se relever. Sa trachée est dans le creux de mon coude qui se replie.

Fracture de l'os hyoïde.

Ses jambes, pliées, retombent au sol. Moi je prend un instant pour retrouver ma respiration. Son pouls est inexistant. Je prend son portable.

Objectifs:

- Trouver et tuer BLEU.

- Survivre.

Je suis donc Bleu. Ah ! Mais Bleu a un gros problème :Vert, mon voisin de voyage, était le chasseur de Rouge, donc maintenant il est sur moi. Sauf si Rose, la femme qui était devant moi l'a déjà tué. Je dois donc potentiellement assassiner encore deux personnes. Deux êtres humains.

Je me sens sale, souillée. J'espère encore pouvoir un jour me regarder dans une glace. J'ai cependant toujours cette petite voix au fond moi, qui me dit qu'au final, j'œuvre pour la bonne cause. Ce que je fais à du sens. Ce que je fais à UN sens, UN but. C'est pour ça que j'ai signé.

Je ne suis pas normale. Non. Pour faire ce que je fais, il faut être coulé dans un toute autre matière que le plastique souple et mou qui fait le commun des mortels. On me fais confiance. On m'a confié une mission par ce que j'ai les capacités de l'accomplir.

Il y a une bête en chacun de nous. Mon regard se tourne vers ce que j'ai fait. Je vois ce corps sans vie. J'ai libéré la bête, et c'est l'heure de la chasse.

Il y a six mois :

Hidemi se promène dans le terminal faisant mine de chercher quelqu'un. Le parfais stéréotype de la touriste perdue. Un agent de voyage s'approche d'elle et lui demande dans un anglais relatif si elle a un problème. Ce à quoi elle répond avec un trémolo dans la gorge que son ami, parti aux toilettes, n'est toujours pas revenu. L'homme se désintéresse quasi immédiatement de son cas, faisant une grimace entre le désespoir et la pitié, pour aller s'occuper d'autres voyageurs qui ont réellement un problème.

Débarrassée de cet inopportun personnage, elle continue son enquête, qui consiste à discrètement rayer de la liste les familles et les personnes âgées. Elle arrive ainsi au bout d'une demie-heure à restreindre sa liste à cinquante personnes.

Cela n'est pas suffisant, mais en une heure elle a le temps d'enquêter de manière plus approfondie sur chacun de ses cas. En se connectant à la base de données du MI6 elle pourra avoir accès aux profils Facebook de ces personnes. Elle ouvre son sac pour sortir un PC portable crypté, outil toujours dans les affaires d'un agent en mission, mais rien de tel ne se trouve à l'intérieur.

« Faillait vraiment que tu m'envoie en 97 ? » marmonne t-elle pendant qu'elle se demande comment faisait les agents de cette époque. En ces années pré-2001, peu de mesures gouvernementales était prises contre ce fléau. C'était l'époque de l'Ordre Nouveau, de la paix mondiale.

Elle comprend très vite que sans Internet ni téléphone portable, arriver à obtenir des informations sur cinquante personnes en une heure est impossible. Hidemi va devoir procéder à l'ancienne, et utiliser ses sens pour détecter des anomalies.

« Jusqu'au bout tu me fera bosser l'observation la réflexion, hein ? » Lance-t-elle à un fantôme. La jeune femme repense alors plus en détail à son camarade, et quelque chose la chiffonne. Mike n'est pas comme les autres. Il a un comportement, une gestuelle, qui ne lui paraît pas franche. Non pas qu'il soit quelqu'un de mauvais, mais plutôt comme si il jouait un rôle, un personnage. Elle se surprend, en ce lieu si enivrant, à se sentir seule, sa présence ses deux dernières semaine ayant quelque peu égayée son existence, même si au fond d'elle réside le sentiment qu'il ne lui a pas véritablement donné ses véritables motivations quand à leur rencontre. Est-ce qu'il la trouvait simplement jolie ou une autre raison l'a t-il poussé à venir lui parler ce jour là ? « Sûrement les deux » s'amuse t-elle à penser, lorsqu'elle trouve un objet étrange au fond de ses affaires.

« C'est quoi ce truc ? »

« Only use in case of emergency ? »

« Pourquoi je devrais l'utiliser qu'en cas d'urgence ? C'est qu'un briquet. Ahhh, je vois ! » Finit-elle par lâcher, avec un sourire en coin, crispé. Elle range alors ce gros briquet métallique brillant avec attention au fond de son sac.

En regardant autour d'elle, l'espoir s'en va tant l'agitation est grande. Comme se concentrer et observer ? Comment reconnaître un terroriste ? C'est impossible en soit, de les détecter par un simple coup d'œil. C'est à cet instant qu'une idée lui vient en tête.

Hidemi se précipite à la recherche d'un carton blanc et d'un marqueur, dans la galerie marchande de l'aéroport. Dans une des boutiques, elle trouve un cahier de coloriage pour enfant - qui doit sûrement être prisé dans parents voulant passer un vol au calme sans les « mais quand on arrive ? » - dont elle arrache la couverture cartonnée pour avoir une surface blanche. Elle y inscrit très sobrement « Act for free Hong Kong ».

Ses capacités mémorielles lui ont permises de mémoriser la majorité des cinquante visages suspects de sa liste et se dirige vers eux avec une pétition à signer. Elle demande à chacun de très gentiment signer et observe leur réaction, même s'ils acceptent.

Hidemi regarde leurs yeux, afin de voir si leurs pupilles se dilatent ou non. Elle prête également attention à leur rythme respiratoire, autant de signes de mensonge ou de haine. La jeune femme prend également le temps de regarder leur bagage à main, qui peut apporter des informations supplémentaire.

Il ne lui reste plus beaucoup de temps avant le départ, le stress commence à apparaître. Hidemi cherche ses mots, regarde souvent sa montre, et son regard scrute continuellement la zone où elle est, mais très vite sa ruse porte ses fruits. Quatre suspects sortent de la listes. Elle les garde discrètement à l'œil.

Soudain l'un d'eux se lève. La jeune femme le suit à bonne distance, faisant mine de regarder la vitrine des magasins, pour en faite se servir de leurs reflets pour ne pas perdre sa cible de vue. Une méthode est de la devancer, pour ainsi ne pas attirer ses soupçons.

L'homme aux cheveux bruns, d'une vingtaines d'années se dirige dans les toilettes des hommes. Hidemi contre toutes attente entre dans un magasin, qu'elle bénit d'être là, offrant une ligne de vêtements. Elle y achète un jean au style délavé et trop large, ainsi qu'un sweat-shirt et une casquette noire des New-york Yankees. Elle se change entre deux rayons peu fréquentés du fond de la boutique et met ses anciens vêtements ainsi que son sac féminin dans le sac plastique de la boutique, tout en récupérant sont briquet qu'elle dépose dans la poche de son jean trop large. Elle dépose les billets sur le comptoir de la vendeuse, non présente à son poste, et en profite ainsi pour débarrasser le plancher, la boutique étant dépourvue de bandes antivol. « Comme quoi 1997 n'a pas que des mauvais côtés... » se dit-elle.

1 minute 31 secondes. C'est le temps que cela lui aura pris. Dans le milieu, cet exercice s'appelle le « Caméléon ». C'est une des premières choses qu'on lui a apprise quand elle s'est engagée. Maintenant elle comprend pourquoi.

Sans attendre un seconde de plus, elle retourne ainsi déguisée dans un style androgyne dans les toilettes des hommes et aborde l'homme qu'elle suit, en train de se laver les mains au lavabo. D'autres hommes sont à côtés. Il faut qu'elle retienne sa cible, le temps qu'ils s'en aillent tous.

« Alors vous aussi vous prenez le vol Air China qui part là ? Demande-t-elle en contrefaisant sa voix

- Oui. Lui répond-il agacé, et visiblement pressé de partir. »

Il secoue ses mains au dessus de la vasque, et s'apprête à partir, obligeant Hidemi à sortir les gros moyens.

« Votre nom est Parker Mattie, vous avez 27 ans et êtes né à Brighton. Je sais qui vous êtes et ce que vous voulez faire »

Il la regarde, surpris, et lui aussi se met à attendre que les deux autres hommes finissant de se laver les mains sortent.

L'homme met la poubelle sous la poignée de la porte des toilettes. Son visage exprime la folie. Ses traits sont saillants, et ses yeux sont grands ouverts. Il fixe Hidemi avec un sourire sadique et s'approche d'elle, de plus en plus.

Encore et encore plus près.

Elle sont souffle contre elle.

Il est plus fort,

plus grand,

et il veut la tuer.

La main de la jeune femme plonge dans la poche de son jean...

Only use in case of emergency.


Cette histoire a passée la barre symbolique des 10000 mots ( alors q'à l'origine elle ne devait pas avoir plus que 4 ou 5 chapitres ^^ ), mais quand s'arrêtera t-elle ?

En tout cas ce chapitre signe la fin des mes parutions pour fevrier-mars, il y en aura peut-être un ou deux avant avril, mais je ne garantit rien. Donc pour vous faire patienter, je poste un chapitre plus long, profitez-en ! N'hésitez à me dire ce que vous en pensez !

Merci à Tinalabombe !

À dans 10 ans !

Pyro