Chapitre 7 : Monday night fever

Point de vue de Zinnia Sullivan, Gryffondor

-Néfertiti ! Tu peux me passer mon chemisier rouge, s'il te plait ?

-Lequel ?

-Tu sais bien, celui en coton avec des manches courtes bouffantes !

-Tes désirs sont des ordres, Zin' !

Elle me lance ledit chemisier alors que je suis en train de me maquiller devant le miroir de notre petite salle d'eau. Je me suis fait belle avec modération : en effet, je ne sors qu'avec Nath et son copain Michael dont je ne préfère pas éveiller les instincts intimes.

-Je mets la bleue ou la verte ?

-Hum…la verte. Elle va mieux avec tes cheveux.

En effet, les cheveux lisses de Cléo sont châtains avec de jolis reflets roux. Elle est un peu plus grande que moi, aussi svelte, avec de grands yeux noisette et de fins sourcils. Elle est jolie, et je ne dis pas ça parce qu'elle est ma meilleure amie.Je vous passerai la description détaillée de la forme de son nez et la taille de ses doigts de pied, mais vous savez au moins à quoi ressemble la détentrice de tous les secrets les plus infâmes sur moi. C'est à ça que sert une meilleure amie, rien de moins.

-Il est beau au moins, le Michael ?

-Si on peut trouver beau quelqu'un qui fréquente mon frère, alors il est pas mal…Mais…

-Mais personne n'égale Sirius Black, le charmant jeune homme qui a voulu te faire brûler les cheveux.

-Pourquoi est-ce que tu devines tout ce à quoi je pense ?!

Habillée d'une jupe courte en tweed noir et du fameux chemisier rouge, affublée d'un bracelet en argent qui représente un serpent (Serpentarde et fière de l'être) et d'une chaîne également en argent avec au bout un petit diamant brillant, je sors du dortoir vers huit heures moins cinq accompagnée d'une Néfertiti qui porte une robe vert bouteille que je lui ai toujours enviée.

Nous sortons de la salle commune et avançons vers l'entrée des cachots.Un instant plus tard, Nathaniel nous rejoint avec son ami Michael.

C'est vrai qu'il est plutôt agréable à regarder. Cléo dirait qu'il est « joli ».Il est grand, brun et a de beaux yeux bleus. Mais il me salue avec un sourire un peu trop entendu à mon goût. Qu'est-ce qu'il a cru, celui-là ? Qu'on allait passer la soirée dans une chambre d'hôtel de Pré au Lard ?

Nath est malheureusement là. Dès que je peux l'éviter au sein de l'école, je le fais sans hésiter. Je suis sûre au fond de moi que Cléo le trouve mignon.Il a les cheveux aussi sombres que moi, ni courts ni longs, ondulés comme les miens, il n'est pas très grand mais il a une carrure sportive tout en restant mince.Ses yeux pourraient être profonds s'il ne passait pas son temps à sourire stupidement, ce qui les rend tout à coup beaucoup moins intéressants, voir pervers.Ne croyez pas que mon jugement sur Nathaniel soit entièrement faussé par le fait qu'il passe le plus clair de son temps en ma compagnie à se moquer de moi et à me traiter de « morue ». Mais c'est mon grand frère et je ne lui ferai pas de cadeaux.

-On y va, Zin' ?

-On te suit parce qu'on a aucune idée de la façon dont tu vas t'y prendre pour aller à Pré au Lard…

-Il n'y a pas que les Maraudeurs (ton clairement dépréciatif) qui connaissent les passages secrets de ce château…

Il a un sourire énigmatique alors qu'il nous conduit au troisième étage jusqu'à une statue de ce qui semble être un vampire, vu la longueur des dents de pierre et de la cape dont elle est affublée.

-Par ici, Mesdemoiselles.

-Mais c'est que tu deviendrais presque galant, dis –donc.

-Ça ne va pas durer si tu fais tes commentaires.

Il pousse la statue qui n'oppose aucune résistance, ce qui n'est pas si étonnant que ça. Nous tombons nez à nez avec un tunnel dont le sol est en terre. Il n'y a pas l'air d'y avoir énormément de lumière.

-Et comment on est censés voir là-dedans ?

-Michael connaît l'endroit. Tu n'as qu'à lui prendre la main.

Oh, je vois très clair dans ton jeu, Nath. Mais je ne marcherai pas dedans.Nous entrons à la suite des garçons dans le tunnel. Michael tient tout particulièrement à me tenir la main. Je sens que dans cinq minutes, elle sera moite et que je serais dégoûtée à vie de toutes les mains du monde. Nath prend celle de Cléo et nous commençons à avancer.

Dix minutes plus tard, nous sommes toujours courbés en deux dans le trou à rats que Nathaniel nous a présenté comme « le moyen de transport le plus confortable depuis l'apparition du tapis volant ». Quoiqu'il paraisse que le tapis volant n'est pas particulièrement recommandé lorsqu'on est sujet au mal des transports.

-C'est encore loin ?

-Zinnia, arrête de geindre.

-Elle a raison, ta sœur. Ça fait au moins un quart d'heure qu'on est là-dedans.

-Michael, ne rentre pas dans son jeu de licorne effarouchée. Elle n'avait qu'à pas mettre des talons aiguilles.

-Où est la sortie, nom d'un Pitiponk ?!

Néfertiti ne contrôle plus ses nerfs. Je vais tuer mon frère, je le sens. Malheureusement, je n'ai même pas la place de bouger le plus petit de mes doigts de pied donc je vois mal comment je pourrais sortir ma baguette et lui jeter l'avada kedavra. Voire même l'étrangler à mains nues.

-Ca y est, je vois le bout ! s'écrit Nathaniel cinq minutes plus tard.

-C'est pas trop tôt !

J'aperçois en effet un point lumineux devant moi, qui grossit au fur et à mesure que nous avançons dans l'obscurité. Non, je ne suis pas en train de mourir (enfin, du moins je ne crois pas) malgré le côté « avance vers la lumière » de la scène.

Nous arrivons devant ce qui semble être une vieille trappe délabrée. A travers les lézardes du bois, on peut voir une petite pièce encombrée, qui me fait plus penser à un grenier qu'à une salle de réception.Nathaniel ouvre la trappe et nous refaisons surface. J'ai l'impression de revivre.

L'espèce de cagibi est plein de sacs en toile au contenu indéfinissable, ses murs sont tapissés d'un papier jauni qui fut jadis en toile de jouis bleue et une forte odeur de renfermé empreigne la pièce.

-Où on est, Nathaniel ? chuchote Cléo.

-Dans la maison d'une vieille dame complètement sourde. Mrs Stevenson, je crois bien (et oui, j'ai peu d'inspiration pour les noms alors je les pique à la littérature !). Elle n'entend jamais rien donc tu n'es même pas obligée de chuchoter. Mais c'est une précaution à prendre, on ne sait jamais. Si elle reçoit de la visite.

Mais Mrs Stevenson n'a pas l'air d'être en compagnie puisque aucun bruit ne trouble le silence paisible mais quelque peu mortuaire de la maison. Nous descendons l'escalier jusqu'au rez-de-chaussée, en manquant de trébucher sur des charentaises à fleurs nunuches et de mourir dans d'atroces souffrances écrasés par le porte- manteau bancal de l'entrée, qui a une étrange forme de triton.Nathaniel nous ouvre la porte de la maison, cette fois-ci d'une manière nettement moins galante. J'évite de le lui faire remarquer pour ne pas attirer l'attention des rares passants sur nous.

La petite bâtisse de briques rouges dont nous venons de sortir est située dans une rue perpendiculaire à la grande artère commerçante de Pré au Lard.Nous marchons jusqu'à cette dernière sans rencontrer âme qui vive. Il fait nuit noire mais le village est éclairé par des lampadaires particulièrement agressifs. Un d'eux vient d'attaquer sauvagement Michael. Peut-être devrais-je préciser que c'est lui qui est rentré dedans…

Nous entrons dans le bar des Trois Balais où nous nous installons. Moi et Cléo commandons une bièreaubeurre et les hommes ordonnent presque à Mme Rosmerta de leur amener un Whisky Pur Feu. Typique du complexe de castration des deux spécimens.

Nous commençons à nous détendre. Mieux vaut tard que jamais.

-Tu viens souvent ici, Zinnia ?me demande Michael.

-Euh…oui, enfin quand je n'ai pas trop de travail.

Son mode séduction vient de se déclencher pour de bon et je m'attends à passer une soirée bien ennuyeuse. Cléo, elle, en est réduite à discuter avec mon frère. Cela me permet de relativiser sur mon malheur personnel.

-Tu es célibataire ?

-Ah, ah, les choses sérieuses commencent.

-Oui, euh, enfin, pas vraiment. C'est assez compliqué, en fait.

-Tu as déjà quelqu'un en vue ?

-Oui…enfin je ne sais pas.

Mieux vaut rester évasive. Mais ne croyez pas que j'envisage la possibilité de sortir avec Sirius Black.

-Zin' ? Tu veux pas qu'on s'éclipse ? me murmure Cléo alors que Nathaniel et Michael parlent Quidditch.

-Va aux toilettes. Pendant ce temps, je trouverai bien un prétexte pour sortir et tu me rejoindras discrètement.

-Ça marche.

Elle se lève et se dirige vers la porte des toilettes.

-Il fait une de ces chaleurs ici. Vous permettez que je sorte prendre l'air une seconde ?

-On peut t'accompagner, si tu veux…propose Michael.

-Non, ne t'inquiète pas pour moi, j'en ai pour deux minutes.

Je laisse en plan Nath et son copain qui affiche une mine déçue comme si je venais de le refuser en mariage et me faufile hors du bar.Quelques instants plus tard, Cléo me rejoint.

-J'ai cru que je n'allais jamais réussir. Ce Michael scrutait la porte avec une sorte d'avidité répugnante.

-Je crois que quelqu'un lui a fait boire un philtre d'amour. Il me dévorait littéralement des yeux.

-Ce n'est pas parce que Mossieur Black ne fait pas la même chose que tous les garçons qui s'intéressent à toi sont drogués.

-Cornedrue, passe moi le Whisky !

Quand on parle du loup…Je n'avais pas entendu la voix de Sirius ni vu son visage depuis environ une semaine, tant j'ai cherché à l'éviter. Je ne prends évidemment pas en compte les moments délicieux où il m'a caressé et embrassé à pleine bouche dans la bibliothèque. Et où je me suis réveillée en sursaut, de peur de trop en dire. Une fois m'a largement suffi.

-Zin'…Viens, on rentre.

-Non, je reste. Je ne vois pas pourquoi je me cacherai parce qu'un imbécile se retrouve malencontreusement au même endroit que moi et au même moment…

-L'imbécile arrive et il est dans un état critique.

Je me retourne et interprète la phrase de Cléo : ce qu'elle entend par « dans un état critique » est « complètement imbibé ».Il avance en titubant, accompagné de ses inévitables amis les Maraudeurs. Son regard est étrangement vitreux, sûrement à cause de la bouteille à moitié vide qu'il tient en main. Ses longs cheveux noirs sont un peu emmêlés et il a l'air de marmonner pour lui-même. Potter le suit, dans un état à peu près semblable, si ce n'est qu'il semble quant à lui muet et à la limite de l'autisme. Pettigrow halète derrière eux comme à son habitude et je serais prête à parier que lui aussi a abusé de la bouteille. Lupin le vertueux les suit mais il est le seul qui soit apparemment sobre. Là où ses petits camarades de beuverie tiennent de véritables réservoirs à Whisky Pur Feu, il tient une espèce de parchemin que je qualifierai d'MPNI (Morceau de Parchemin Non Identifié). Il faut de tout pour faire un monde. Sauf de ces quatre enquiquineurs de basse catégorie.

-Si j'étais toi, Zin', je me cacherai avant qu'ils ne me voient.

Mais je secoue nerveusement la tête sans réagir. Je ferais peut-être mieux de suivre son conseil… Qui sait ce dont sont capables quatre adolescents en cavale et nettement sous l'emprise de l'alcool ?Malheureusement pour ma santé physique et mentale, il est un peu trop tard pour faire quoi que ce soit. Black s'arrête devant nous, nous toise d'un regard goguenard inhabituellement euphorique et ouvre sa jolie bouche délicatement parfumée aux effluves de Whisky :

-Tiens donc…Sullivan…Tu sais que tu es très jolie, ce soir…

-Je ne te retourne pas le compliment.

-Oh oh, et susceptible en plus…J'adore les filles qui ont du caractère. Surtout quand elles sont sexy…

-T'as fumé Black ?!

Je me demande bien pourquoi, par la barbe de Merlin, il me parle comme ça. Même bourré, ça ne lui ressemble absolument pas. Il est si dédaigneux, d'habitude. Même pas dragueur. Juste indifférent de prétention.

-Je ne crois pas, Sullivan, c'est juste que tu me fais beaucoup d'effet ce soir, ça doit être la pleine lune qui approche, n'est ce pas…

Lupin lui fiche un bon coup de coude dans les côtes mais il n'est pas ébranlé par le choc. Au contraire.

-Oh la la, si on ne peut même plus plaisanter…Je disais donc que tu étais très mignonne, avec ce chemisier rouge. Même si tu n'aurais pas du attacher les boutons…

-Pour qui tu te prends Black ?! hurle Cléo. Bénie soit-elle.

-Pour le gars qui drague ta copine parce qu'elle a un charme fou et qu'elle me résiste malgré tout…

-Peut-être parce que toi tu n'as pas ce charme fou ?

-Fais attention à ce que tu racontes, Biggles.

-Ah oui ? Et qu'est-ce que tu vas me faire si je ne t'obéis pas, sale macho obsédé par son petit nombril imberbe ?

-Faire craquer ta copine.

-J'aimerais bien vous voir ça…

Non, Cléo, je t'en supplie, ne pars pas là-dedans…

-Mercredi soir, neuf heures, couloir du premier étage. Je trouverai bien un moyen de la faire succomber.

-C'est ce que tu crois. Je connais Zinnia et elle n'est pas du même genre que les filles que tu fréquentes. Elle ne te tombera pas dans les bras sous prétexte que tu serais un apollon. Et j'emploie bien le conditionnel.

Clé', par pitié, ce n'était pas le bon moment pour exprimer une loyauté envers moi que je ne te connaissais plus…

Sirius sourit bêtement. Potter ne participe pas au conflit et s'amuse à traîner des pieds sur les graviers. Pettigrow observe Black avec une admiration maladive et Lupin soupire en hochant la tête. Il me fixe un instant, ses yeux noisette se posent sur Sirius et une lueur passe dans son regard, comme s'il venait d'inventer un sortilège pour faire revivre les morts.

-Viens, Sirius, on rentre, suggère judicieusement Lupin.

-On te laisse décuver, Black, ajoute Cléo.

-Mercredi, neuf heures. N'oubliez pas.

-Je ne risque pas d'oublier…

Néfertiti me lance un coup d'œil embarrassé alors que les quatre zozos repartent dans la nuit, Potter jouant au football avec des cailloux.