Bonjour à tous !
Encore une fois, ça me fait immensément, infiniment plaisir de vous retrouver !
Et ça fait terriblement, honteusement longtemps je le sais. Certains d'entre vous ont peut-être même pensé que j'avais tout simplement abandonné l'écriture de cette fic. Et là je dois vous arrêter tout de suite : Cette hypothèse-là est tout simplement impossible ! Jamais, au grand jamais je n'abandonnerais cette histoire. Elle me tient trop à cœur, c'est aussi simple que cela. Mais parfois, il peut arriver que le laps de temps entre deux chapitres soit plus long que prévu… Bon, là c'était plus un laps mais carrément un gouffre, je vous l'accorde.
Pour ceux que ça intéresse, figurez-vous que j'ai passé ces deux derniers mois en stage, dans un cabinet d'avocat. Deux mois passés à assister à des audiences, à éplucher des dossiers pour préparer la défense d'individus et éviter qu'ils n'aillent en prison, ou régler les modalités de divorces pour que le moins de larmes possibles ne soient versées par les familles. Bref, une plongée très intense dans le monde réel. Je ne vous cache pas qu'à la fin de mes journées, il m'a été très dur de me replonger suffisamment dans l'univers de ma fic pour pouvoir rédiger des chapitres un tant soit peu potables. Et comme je vous l'ai déjà dit, hors de question pour moi de vous pondre un chapitre médiocre, dans le seul but de maintenir à tout prix une cadence d'écriture.
Voici donc le dernier arrivé de mes chapitres.
Je m'excuse très fort auprès de tous ceux qui ont trouvé – à raison – l'attente pour ce chapitre particulièrement longue et pénible. Pour tous ceux qui ne se souviennent plus très bien de la situation de notre Jacob, je vous invite à jeter un coup d'œil de rappel aux deux derniers chapitres, histoire de se remettre dans le feu de l'action, car celui-ci démarre sur les chapeaux de roue !
(Nom d'une pipe, qu'est-ce qu'elle est bavarde celle-là!)
Je sais. Mais ça fait tellement longtemps !
C'est un bonheur d'être à nouveau avec vous.
A Plume: Ma chère Plume, sache que j'aurais reconnu ton empreinte entre mille, avec ou sans signature ;) Je constate que tu es toujours aussi douée pour bâtir le suspense et que ton flair ne s'émousse pas.. En tout cas, il est certain qu'avec toi je suis obligée de penser à chaque détail car, rien ne t'échappe! Merci de m'empêcher de me reposer sur mes lauriers :D J'espère que ce nouveau chapitre ne te décevra pas! Au plaisir ;)
Bonne lecture à tous !
« Jacob, attends ! Ecoute-moi… » C'était Seth, à nouveau. Mais Jacob ne lui prêta pas la moindre attention, son esprit entièrement focalisé sur ce qu'il voyait à travers les yeux du jeune loup : Len. Allongée à même le sol. Elle ne bougeait pas. La panique se déversa en lui en torrents assourdissants, aveuglants. Elle n'était pas… Elle n'était quand même pas…
La voix de Seth résonna à nouveau dans son esprit, implorante.
« Jake, s'il te plaît, écoute-moi ! »
Jacob ne répondit rien, les sens tétanisés. Seules ses pattes fonctionnaient encore, mues par leur propre volonté, faisant fendre les bois à l'énorme corps du loup brun-roux. Pourquoi ne bougeait-elle pas ? Pourquoi…
« Ok Seth, je crois que tu vas t'arrêter là. Tu as fait suffisamment de dégâts, alors à moins que tu ne veuille battre un record, ferme-là. »
« Jacob, » reprit la voix, calmement, « Alendra va très bien. Tu entends ce que je dis ? Elle va bien. »
C'était Leah. Mais les mots qui sortaient de sa bouche n'étaient que pur mensonge. C'était faux, elle allait mal, elle allait mal ! Elle était allongée, immobile sur le sol, toute seule, parce que lui, Jacob, avait été suffisamment stupide pour la laisser s'en aller en larmes, à la nuit tombée. Sa faute, entièrement sa faute. Alors qu'elle avait été prête à jurer qu'elle serait en sécurité avec lui…
« Jacob, » répéta Leah toujours avec calme, « Concentre-toi. Je te dis qu'elle va bien.»
Encore ce mensonge. C'était faux, ça ne pouvait être que faux. Si elle allait bien, pourquoi était-elle…
« Elle s'est fait attaquer. Elle est simplement tombée, elle s'est cogné la tête et elle a perdu connaissance sous le choc. C'est tout ! Pas la peine de te mettre dans des états pareils. Tu vas te cimenter les pieds et te jeter du haut d'un pont parce qu'elle s'est fait une bosse ? »
Lentement, les paroles rassurantes de la louve firent leur chemin jusqu'à lui. Elle avait simplement perdu connaissance. Elle allait bien. Elle allait bien. Elle s'était fait… attaquer ?!
« Qui ? » gronda Jacob. La terreur, le désarroi le quittaient peu à peu et faisaient maintenant place à une rage noire, phénoménale. Meurtrière.
« Qui ? » répéta-t-il, « QUI LUI A FAIT ÇA, BORDEL ?! »
« Enfin une remarque pertinente, » répondit Leah, impassible. «Ils se sont enfuis dès que Seth et moi sommes arrivés. Deux enfoirés de suceurs de sang. »
Jacob poussa un grognement enragé, qui retentit autour de lui et résonna contre les troncs, dans une cacophonie furibonde. Ils l'avaient attaquée ? Deux saloperies de sangsues s'en étaient pris à elle ? La fureur faisait parcourir son corps entier de tremblements incontrôlables. Il allait les massacrer, il allait les massacrer !
« Justement, je suis ravie que tu abordes le sujet, » déclara Leah. « Jacob, écoutes-moi. Seth et moi sommes à quelques mètres d'Alendra, tu le vois bien. D'ici trente secondes on sera humains à nouveau et elle sera dans mes bras. Elle est en sécurité maintenant, tu sais que rien ne peut lui arriver si nous sommes là. Mais les deux vampires qui viennent de s'enfuir, eux par contre seront toujours un danger pour elle. Sauf si on les rattrape tout de suite. Tu comprends ce que je suis en train de te dire ? »
Jacob hésita. Oui, il comprenait parfaitement. Le seul moyen de s'assurer que les deux ordures ne reviennent jamais plus rôder dans les alentours était de les exterminer. Rapidement. Mais il était presque arrivé près d'eux, il était si proche d'Alendra…
« Réfléchis deux minutes, » insista la louve. « En cet instant précis, quelle est la chose la plus utile que tu puisse faire pour elle, pour sa sécurité ? »
Ces derniers mots achevèrent de le convaincre. Elle avait raison. Il devait d'abord retrouver les sangsues en cavale, et les réduire en pièces. Après quoi, il reviendrait à Len.
« Seth, Leah… » commença-t-il, mais elle l'interrompit immédiatement.
« On ne la quitte pas des yeux, c'est promis. Laisse-moi simplement aller chercher du renfort, ça ne prendra que… »
« NON ! » aboya Jacob, « Vous ne bougez pas de là. Aucun de vous ! »
Leah soupira mais ne protesta pas.
Dans un nouveau rugissement, Jacob bifurqua brusquement à gauche, dans la direction nord-ouest vers laquelle s'étaient dirigés les deux vampires. Il donna une nouvelle impulsion sur ses pattes arrière, accélérant encore son allure déjà transcendante. Sans s'arrêter une seconde, il leva la tête vers le ciel étoilé, et poussa un hululement profond, puissant, qui transperça les ténèbres à des kilomètres à la ronde. Cette nuit, les habitants de Forks se réveilleront en sursaut dans leur lit, toute conversation s'interrompra subitement, enfants, adultes et vieillards ouvriront de grands yeux affolés et tous se demanderont, ahuris, depuis quand leur petite ville si paisible abritait des loups sauvages. Mais Jacob s'en contrefichait. Son objectif avait été atteint. Car moins d'une minute plus tard, Sam, Quil, Embry, Paul et Jared couraient dans la même direction que lui, avalant les kilomètres à une vitesse affolante, fendant l'air autour de leurs énormes silhouettes à fourrure.
(***)
A contrecœur, Jacob fit demi-tour. Il était inutile d'aller plus loin. Pour la énième fois, il chercha de toutes ses forces la présence de Leah ou de Seth, en vain. Les deux jeunes gens avaient repris forme humaine depuis plus d'une heure maintenant, et Jacob était sans nouvelle depuis.
« Tout va bien Jake, » lui dit Quil, d'un ton rassurant. « Tu sais que tu peux avoir confiance en ces deux-là, elle est entre de bonnes mains. » Après quelques instants, il ajouta, doucement :
« Comment ça va, mon vieux ? »
Jacob lâcha un petit grognement de frustration.
« Voyons voir. Ma petite amie se fait attaquer par deux vampires alors que j'aurais dû être là pour la protéger, et je suis incapable de rattraper ces deux ordures pour leur faire payer. A ton avis, comment je me sens ? Je te laisse deviner. »
« Tu as fait tout ce que tu pouvais. Et nous aussi. Ils ont réussi à s'échapper ce soir, mais tôt ou tard on les aura. »
Jacob ne répondit rien. Aucune parole de réconfort n'aurait pu lui remonter le moral. La seule chose qui lui ferait du bien, en cet instant, serait de retrouver Len. Il avait besoin de la voir, et besoin, malgré les paroles rassurantes de Leah, de s'assurer qu'elle allait bien.
« Vas la voir, » lui intima Sam avec autorité. « Et ensuite rejoins-nous chez moi. Deux visites de vampires en une semaine, je pense qu'on a un putain de problème sur les bras. On doit faire le point ensemble, et décider de la marche à suivre. »
Les loups approuvèrent, l'air grave. Quelque chose ne tournait définitivement pas rond.
Jacob, quant à lui, avait l'esprit ailleurs. Il venait d'arriver à proximité du parc où il avait vu Alendra à travers les yeux des deux autres loups. Et à présent que son esprit n'était plus encombré par la rage ou la panique, il reconnaissait l'endroit. C'était le parc où Len et lui avaient pris l'habitude de se retrouver. Tout était plus clair à présent. Après leur dispute, elle avait dû reprendre sa voiture et rouler à toute allure. Ne sachant où aller, elle avait dû tenter de se réfugier dans un endroit qui leur était familier à tous les deux, le banc qui avait été témoin de tous leurs chuchotements, leurs baisers, leurs étreintes. Et c'était là que les deux vampires avaient dû la trouver, isolée, vulnérable. Jacob ne s'était jamais autant détesté qu'en cet instant.
Les cinq loups prirent la direction de la Réserve, et Jacob pénétra dans le parc, impatient.
Mais au lieu d'apercevoir les trois jeunes gens comme il s'y attendait, ce fut un Seth absolument seul qui l'attendait, assis à même le sol, les coudes sur les genoux. A la vue du loup qui approchait, il se releva aussitôt, et un grand sourire fendit son visage. Mais Jacob était loin d'avoir envie de rire. Il muta, et s'approcha de Seth à grandes foulés rapides, les poings serrés.
« Où est-elle, » siffla-t-il entre ses dents serrées, « Où est-elle, bon sang de bordel ?! Je vous avais dit de m'attendre ici ! »
« Je sais, et c'est ce qu'on a fait ! Mais son frère est arrivé, et il l'a emmenée avec lui. On n'a pas vraiment eu le choix, tu sais. »
Jacob laissa retomber ses bras, oubliant momentanément sa colère.
« Son frère est venu ici ? »
« Oui. Il est arrivé il y a une dizaine de minutes. Au moment où je te parle, Leah surveille les alentours de leur maison. J'ai voulu l'accompagner mais elle m'a demandé de t'attendre ici. »
Jacob fronça les sourcils.
« Pourquoi est-elle encore humaine, si elle surveille la maison ? »
Seth écarquilla les yeux, surpris.
« Elle ne s'est pas transformé ? Je… Je ne sais pas, elle m'a demandé de rester ici sous ma forme humaine et de la laisser s'occuper d'eux. »
« Ok, bizarre. Tout le monde est allé chez Emily et Sam, va les rejoindre. Passe d'abord chez toi vérifier que Leah n'est pas rentrée, et si tu la trouves allez-y ensemble. »
« Oui capitaine ! »
Seth commença aussitôt à se déshabiller, mais au lieu d'enrouler soigneusement ses vêtements, il jeta son tee-shirt aux pieds de Jacob, et son pantalon de survêtement suivi très rapidement. Jacob haussa un sourcil.
« Qu'est-ce que tu fous, Seth ? »
« Ben vois-tu, » expliqua le jeune garçon en délaçant ses chaussures, « Je ne pense pas que tu auras beaucoup de succès auprès du frère, si tu vas voir la sœur dans cette tenue. »
Jacob baissa les yeux sur ses jambes.
« Ah… Ouais. » Il se pencha en avant et ramassa le t-shirt à ses pieds.
En effet, il risquait de ne pas marquer beaucoup de points s'il allait rendre visite à Alendra… Entièrement nu.
(***)
Heureusement, Seth portait ce soir-là des survêtements confortables, bien trop larges pour lui. Et même si un bien-trop-large-pour-moi-Seth était tout de même un encore-trop-serré-à-mon-goût-Jacob, ce denier n'avait pas de quoi se plaindre. Les chaussures, par contre, c'était une autre histoire.
Jacob grimaça, tandis qu'il avançait jusqu'à la porte d'entrée du 189, Pacific Lane. Les tennis grises de Seth, trop petites de deux pointures (au moins), menaçaient d'exploser à chacun de ses pas. Mais il valait mieux ça plutôt que de se présenter pieds-nus.
Il prit une profonde inspiration, et cogna la porte de trois petits coups secs. Si Seth avait dit vrai, cela faisait moins de 20 minutes que le frère de Len l'avait retrouvée. Malgré l'heure tardive, il devait encore être réveillé. Et en effet, après quelques instants, la porte pivota sur ses gonds, et le frère de Len se trouvait face à lui, dardant sur lui un regard impénétrable.
Jacob prit aussitôt la parole, avant que le jeune homme en face de lui ne puisse dire quoi que ce soit.
« Je sais. Je sais ce que tu penses de moi et… Je sais. Mais j'ai besoin de la voir. S'il te plaît. Il ne me faudra que cinq minutes, pas plus… J'ai juste besoin de la voir, de savoir qu'elle va bien. Ensuite je m'en irais, je te jure que je m'en irais. »
La vérité était qu'en cet instant, rien, absolument rien en ce monde n'aurait pu l'empêcher de voir Alendra. Encore moins un simple humain, ou une porte en bois, aussi épaisse soit-elle. Une porte blindée ne l'aurait pas empêché de passer. Mais ça, bien entendu, Jacob se garda bien de le dire. Inutile d'aggraver son cas davantage.
Mais à son grand soulagement, le frère d'Alendra fit un pas en arrière, et ouvrit la porte plus largement, lui laissant le passage libre.
« Cinq minutes. Pas plus. »
Jacob hocha la tête.
« Tu as ma parole. »
Le jeune homme en face de lui hocha la tête à son tour et, d'un bref mouvement du menton, lui indiqua l'étage supérieur. Reconnaissant, Jacob franchit le seuil d'une enjambée, et dû faire un gros effort pour ne pas se précipiter dans les escaliers. Au premier étage, il n'hésita pas une seconde quant à la porte qu'il devait emprunter : il aurait reconnu le parfum de Len n'importe où.
Jacob posa la main sur la poignée, l'estomac noué. Il redoutait quelque peu ce qu'il découvrirait derrière la porte. Il appréhendait de retrouver la mince forme allongée sur le sol, pâle, inconsciente qu'il avait vue à travers les yeux des deux jeunes loups. Prenant une profonde inspiration, il actionna la poignée, et ouvrit la porte le plus silencieusement possible.
Elle était là. C'était bien elle. Lorsque les yeux de Jacob se posèrent sur elle, ce fut comme si les enclumes qu'il portait sur les épaules s'envolèrent soudain, deux enclumes dont il ne perçut le poids qu'à l'instant où il quitta ses épaules.
Elle était loin d'être petite, mais allongée dans cet immense lit, elle semblait minuscule. Son visage arborait plusieurs coupures superficielles, et seule une plaie au-dessus de son œil droit avait été soigneusement pansée. Elle avait les yeux fermés, mais au bruit de la porte qui pivotait sur ses gonds, les cils épais qui bordaient ses paupières encore fermées papillonnèrent. Lorsque ses iris sombres finirent par se poser sur le visage du jeune homme, un sourire étira ses lèvres.
Jacob déglutit. La vague d'émotion qui le submergea à cet instant le prit de court. Quand ? A quel moment, exactement, s'était-il autant attaché à cette fille ? Impossible pour lui de s'en souvenir.
Ses yeux se posèrent sur les coupures qu'arborait le visage de la jeune fille, et la culpabilité l'écrasa à nouveau.
« Hey, bébé… » murmura-t-il, la voix rauque. Il s'approcha de la jeune fille, et s'accroupit à son chevet jusqu'à ce que leurs visages soient à la même hauteur. Alendra lui tendit aussitôt la main, et ne répondit rien. Mais quand il prit sa main dans la sienne, son sourire devint radieux. Lentement, Jacob porta la main à ses lèvres, et y déposa un baiser.
« Comment tu te sens? »
Pendant quelques instants, Alendra ne lui répondit pas.
« Fatiguée, » finit-elle par souffler avec une petite grimace. « David m'a donné un truc… Pour le mal de tête… »
« Ok, chut. Repose-toi. Je repasserais te voir plus tard, d'accord ? »
La jeune fille hocha faiblement la tête.
« Promis ? Même si la batterie de ta voiture te lâche encore ? » Ses yeux se refermaient déjà.
Jacob esquissa un sourire.
« Ce ne serait pas un souci, tu m'as expliqué comment régler le problème, tu te souviens ? »
Il se pencha en avant, et embrassa son front.
« Et oui, princesse. C'est promis. »
Il se releva. Avant de quitter la chambre, il se retourna et lança un dernier regard vers le lit. Elle s'était déjà rendormie.
Lentement, Jacob redescendit les marches. Lorsqu'il arriva dans le hall d'entrée, il tomba sur le frère de Len, qui l'attendait, les bras croisés.
« Pocahontas et son frère, tu les connais bien ? »
Jacob le fixa, perplexe pendant une seconde. Pocahon… Ah.
« Oui, » répondit-il, « Ce sont mes amis. »
David le regarda durant quelques secondes en silence, semblant l'étudier du regard.
« Le garçon, il m'a dit que c'est toi qui leur avait demandé de surveiller ma sœur pendant que tu essayais de retrouver les enfoirés qui l'ont agressée. »
Voyant que Jacob ne répondait pas, il insista :
« C'est vrai ou pas ? »
Jacob serra les dents.
« Je ne lui ai jamais demandé de te dire ça. »
« Mais c'est la vérité ? »
Le jeune homme ne répondit pas. Si Len s'était fait attaquer, c'était avant tout autre chose, sa faute. Et il n'avait même pas été foutu de rattraper les deux enflures responsables. Alors à quoi bon se faire passer pour un héros en armure dorée ?
David n'insista plus. Jacob le salua d'un petit signe de la tête puis tourna les talons, prêt à repartir. Il avait déjà un pied dehors lorsque la voix du jeune homme retentit derrière lui.
« Hé, Black ! »
Il se retourna vers lui, l'interrogeant du regard.
David enfonça la main droite dans sa poche et en ressortit un petit objet, qu'il lança dans la direction de Jacob. Celui-ci leva la main, et l'objet atterrit au creux de sa paume avec un petit bruit métallique. Ses clefs de voiture.
Il darda ensuite sur Jacob un regard froid, indéchiffrable.
« Entends bien ce que je vais te dire, » finit-il par lâcher. « Je sais où tu habites. Si tu t'avises de mettre ma sœur en danger encore une fois, je saurais te retrouver. Et je te le ferais payer cher, crois-moi. »
Jacob le considéra en silence. Bien entendu, il aurait fallu que la vengeance du jeune homme inclue au moins une demi-douzaine de chars d'assaut et autant de bulldozers, s'il espérait lui infliger le moindre mal. Mais il se contenta de hocher la tête.
« Tu sais, » répondit-il enfin, « Si un jour il m'arrive de la mettre à nouveau en danger, j'aurais bien mérité que quelqu'un me le fasse payer cher. »
Sur ces derniers mots, il tourna définitivement les talons, et quitta la maison.
(***)
Lorsqu'il arriva chez Sam, tout le monde était déjà parti, à l'exception de Seth qui l'attendait, affalé dans le canapé, et dont les paupières semblaient peiner à lutter contre les forces de la gravité.
A l'arrivée de Jacob, il se redressa à moitié, et se frotta les yeux.
« Ah, déjà là ? Tu as fait super vite ! »
« Vous aussi, apparemment. Le conseil de guerre du siècle est déjà fini ? »
« Ouais. Ça a été plutôt rapide en fait, on était tous d'accord sur la marche à suivre. »
« C'est-à-dire ? Quelle marche à suivre ? »
Seth sembla soudain mal à l'aise. Il se redressa complètement et se massa la nuque de la main gauche, l'air gêné.
« Ben en fait… Je ne suis pas vraiment autorisé à te l'expliquer. Sam a dit que ce serait lui qui te le dirait, et personne d'autre. »
Cette dernière remarque piqua l'intérêt de Jacob.
« Un petit secret hein ? Allez raconte-moi, je ne dirais rien à Sam tu as ma parole ! »
« Ben c'est que… Je ne pourrais pas, même si je le voulais. Commandement de leader Alpha, tu comprends. »
« C'est quoi encore cette histoire ? » Il était sincèrement surpris. « Depuis quand Sam vous donne des ordres d'Alpha pour me tenir à l'écart d'un plan de la meute? »
Seth haussa les épaules, embarrassé.
« Je ne peux rien te dire, désolé mon vieux. »
Jacob se tourna vers la porte derrière laquelle Sam se trouvait avec Emily, probablement endormie. Il siffla un « Bravo pour le commandement du siècle, capitaine Nullos! » exaspéré, trop bas pour qu'Emily entende mais il savait que Sam perçut chaque mot très clairement. Il tendit l'oreille dans l'attente d'une réplique, mais Sam ne prit apparemment pas cette peine.
« Bon, peu importe, » soupira-t-il en se retournant vers le plus jeune garçon. « Des nouvelles de Leah ? »
Le visage de Seth s'assombrit aussitôt.
« Non. »
Jacob fronça les sourcils. Disparaître juste après une attaque de vampire alors qu'elle était censée protéger la cible de cette attaque, voilà qui ne ressemblait pas du tout à la jeune fille.
« Rentre chez toi, » ordonna-t-il. « Pas la peine de laisser deux lits vides dans la maison de ta maman. Si Leah n'est pas rentrée cette nuit, viens chez moi demain matin et on règlera ça. Ok ?
« Ok, » acquiesa Seth, l'air sombre. « Et toi? Tu vas rentrer te coucher aussi ? »
Jacob jeta un œil à la petite horloge murale en face de lui. Presque deux heures du matin.
« Ça m'étonnerait que j'arrive à fermer l'œil. Je pense que je ferais mieux de retourner près de Len, je serais plus tranquille si c'est moi qui surveille la maison.»
« Je comprends. J'en connais un qui va être soulagé! Kim n'était pas particulièrement ravie à l'idée de passer la nuit sans Jared. Et ça reste entre nous, mais je crois que Jared préférerait affronter une centaine de vampires à lui tout seul plutôt que d'être confronté à Kim quand elle est contrariée. »
(***)
A quatre heures du matin, la nuit avait déversé dans l'air son encre la plus sombre. Dans le silence environnant, la pénombre elle-même semblait retenir son souffle.
Le jeune loup se figea, et découvrit ses crocs, dans un grognement furieux. Le mouvement avait été très léger, presque imperceptible, mais il était incontestable. Quelqu'un, ou quelque chose, rodait à proximité du numéro 189.
Jacob grogna avec une intensité décuplée. Peu lui importait l'identité de l'intrus : s'il effectuait un pas de plus en direction de la maison de Len, ce serait la dernière chose qu'il ferait, jamais.
Comme s'il l'avait entendu, l'intrus sembla soudain s'immobiliser. Mais son odeur, portée par les bourrasques automnales continua sa course, dansant un instant dans la brise avant de venir mourir sous le museau de Jacob.
Celui-ci se raidit aussitôt, et, campant plus fermement sur ses pattes, prépara son corps entier à l'assaut.
Enfin. Enfin !
Nouveau tressaillement dans les buissons. Jacob retint son souffle. Lentement, avec précaution, une silhouette émergea nonchalamment de la pénombre. Une silhouette que Jacob était convaincu de n'avoir jamais vue auparavant.
Mais son odeur par contre…
Aucun doute possible.
