Chapitre 7 : Des voix dans la Mort
Il n'a pas fallut longtemps aux médecins pour prononcer leur verdict. Comme l'a dit Crepsley, je n'ai pas subis d'autopsie. Pas de souffle, pas de battements de cœur, pas de réactions de mes muscles, mon cou brisé, l'affaire est bouclée. Ma famille est dans le couloir. Leurs hurlements face aux paroles du médecin font tremblés les murs. Ils entrent, mes parents en pleures, Annie s'accrochant désespérément à mon cadavre, me suppliant de revenir, de ne pas la laisser. Annie... Ma petite sœur chérie... Sois forte... Je t'aime... Je t'aime de tout mon cœur... J'aurais voulus ne pas avoir à subir toute leur tristesse... Pourquoi ce maudit vampire ne m'a-t-il pas au moins donné une potion qui m'endort tout simplement ? Des membres de ma famille ont été prévenu ainsi que des amis et tous se sont précipités à l'hôpital pour pleurer ma mort si soudaine. Toute cette tristesse, toutes ses lamentations, ses supplices... J'aurais voulus m'enfuir avec Crepsley et tout bonnement disparaître.
Si tu disparais, m'a-t-il dit. Ils te chercheront sans relâche. Il y aura des affiches de toi partout, la police te suivra sans arrêts. Nous ne connaîtrons jamais la paix...
Autrement dit, feindre ma mort était plus facile, voir, le seul moyen...
Il n'y a que les morts que l'on ne vient pas chercher... Tu pourras ainsi te déplacer plus librement...
Pourquoi ça doit finir comme ça ? Ils n'ont pas à subir ça. Ce n'est pas comme ça que ça aurait dû se terminer. Surtout avec Steve...
Le croque-mort entre avec une infirmière et fais sortir tout le monde de la salle. Ils me déshabillent et examinent mon corps. Je constate, terrifiée, que certains de mes sens sont revenus, tandis que les mains froides de l'homme explorent ma peau.
- Elle est en excellent état, murmure-t-il doucement à l'infirmière. J'aurais très peu à faire avec celle-ci. Un peu de rouge sur les lèvres, une petite toilette et elle sera parfaite.
Ils se mettent au travail, lavent mon corps. Quand le croque-mort m'ouvre la paupière, je redoute qu'il ne découvre un signe de vie dans mes yeux, mais heureusement non. C'est un homme grassouillet, avec des cheveux roux. Il me fait rouler la tête, et mes os craquent de nouveau.
- Si fragile qu'est la créature de l'Homme, soupire-t-il tristement.
Lorsqu'ils terminent leur tâche, on me transporte à la maison où on m'installe sur un autel recouvert d'une toile dans le salon. Le lendemain, plusieurs dizaines de personnes viennent se recueillir sur mon corps. Tommy, Pierre, et toute ma classe sont venus. Tous pleurent, m'implorent de revenir. Tommy... Pierre... Vous allez me manquer, les mecs... Je n'entends pas la voix de Steve. Est-il là, dans un coin, à regarder les autres se recueillir ? Ou n'est-il pas venu, incapable de supporter la vue de mon corps sans vie ? Pourtant, c'est sa voix dont j'ai le plus besoin d'entendre. La seule chose qui me permettrai de savoir que je ne fais pas tout ça pour rien ! Que mon sacrifice n'aurait pas été vain ! Steve... Où es-tu ? J'ai besoin de toi...
Le temps passe, et plus les minutes s'écoulent, plus je renonce à cette idée qu'il va venir. Les démangeaisons sont terribles. Comme des araignées qui montent et descendent à l'intérieur de ma chair. Crepsley m'a bien mise en garde que j'aurais la capacité à recouvrir mes sens avant qu'il n'est le temps de me rejoindre. Je ne dois surtout pas forcée ou notre plan tombe à l'eau. Donc pour me distraire j'écoute les conversations. S'aurait été marrant que tout à coup je me redresse et je leur fasse à tous : Bouh ! La tête qu'ils auraient eu ! S'aurait été trop drôle.
Qu'il est étrange d'entendre les autres parler de moi comme si je ne suis pas là, de dire quel adorable bout j'étais étant petite, quelle belle jeune fille j'étais et quelle brillante jeune femme j'aurais été si j'avais vécu. C'est alors qu'une discussion tic à mon oreille :
- Quand je pense que vous ne lui avez même pas dit !
C'est tante Simone, la sœur de Maman. Elle parle de moi, ça j'en suis sûre, mais à propos de quoi ? Elle semble en colère. Que ce passe-t-il ?
- On comptait le lui dire, dit alors Papa, lointain. On a jamais trouvé le temps.
- Mouais. Bah maintenant, c'est un peu tard ! l'apostrophe Simone.
Mais de quoi parlent-ils à la fin ?
- Maman... De quoi Tata parle-t-elle ?
Merci, Annie. Si je pouvais, je t'aurais embrassé. Maman soupire, et à ce moment, le silence règne dans la pièce. Tout le monde se tait, curieux de savoir quelle est cette fameuse chose que mes parents auraient dû me dire.
- Annie..., inspire ma mère. Ce que je vais dire est difficile à entendre...
Quoi ? Qu'est-ce qui est difficile à entendre ? Mon cœur s'affole, mais cela reste des battements faibles, discrets.
- Lily...n'était pas ta sœur...
Hein ?
- Quoi ? soufflent tout le monde dans la salle, choqués par cette révélation.
- Lily était notre fille adoptive, explique Papa.
HEEEEEEEEIN ?! C'EST QUOI CE DELIRE ?! Heureusement que je n'ai pas recouvré tous mes sens parce que là je me serais relevée direct. Non, sérieusement ! C'est une blague ! Je dois m'être endormie ! Oui, c'est ça ! Je me suis endormie et je suis entrain de divaguer ! C'est les effets de la potion ! Oui, c'est ça ! Ça ne peut que être ça !
- Mais expliquez-vous mieux que cela, M. Shan ! s'indigne M. Raymond. Comment cela Lily était votre fille adoptive ?
Maman sanglote et s'approche doucement de moi, m'embrasser sur la joue.
- Pardonne-nous, Lily... On a été lâche. On n'arrivait pas à te le dire. Mais maintenant..., elle s'arrête, de nouveau secouée par un violent sanglot. C'est trop tard...
- Maman... Je ne comprends pas, gémit Annie. Lily...n'était pas ma sœur ?
Un long silence plane sur nous tous. Finalement, mes parents se décident à parler.
- Cela c'est passé il y a douze ans..., commence ma mère. Dermot et moi venions d'emménager dans cette maison. On venait de se marier et on comptait avoir des enfants.
Elle s'interrompe, reprenant son souffle. Papa prend le relais :
- Le soir du 24 octobre, alors qu'un violent orage grondait dehors, quelqu'un a frappé à la porte. Nous étions intrigués mais nous sommes allez ouvrir, naturellement. C'est là que nous avons trouvé sur le palier de l'entrée une femme grièvement blessée, enceinte jusqu'au cou, sur le point d'accoucher. Nous n'avions pas le temps de l'emmener à l'hôpital, alors nous l'avons installé dans le salon puis nous avons appeler les urgences. Elle avait déjà perdu les eaux et elle saignait abondamment. Sa blessure à la poitrine était profonde. Nous savons d'avance qu'elle n'allait pas survivre. Elle aussi, elle le savait.
Un autre silence.
- Même aujourd'hui encore, il m'arrive de rêver de cette femme, reprend ma mère, sa voix lointaine. Je revois son regard, triste, suppliant. Quand elle a accouché de l'enfant, j'ai pris ce tout petit bébé criant, gesticulant dans mes bras. Et cette femme, dans son agonie a réussi à prononcer le prénom de son enfant. Elle était si faible qu'elle arrivait à peine à porter sa main sur le front de sa fille pour le caresser.
Je n'en reviens pas. C'est tellement... Incroyable ! Comment ont-ils pu me cacher la vérité pendant tout ce temps ? Et étrangement tout prenait du sens maintenant... Le si peu de ressemblance que j'ai avec les membres de ma famille. Bien sûr ! Aucun d'entre eux n'est roux comme je le suis ! Cette femme, l'était-elle ? Des milliers de questions se bousculent dans mon esprit. Qui est-elle ? Comment s'appelait-elle ? Pourquoi était-elle blessée ? Qui est mon véritable père ? Est-il toujours en vie ? Pourquoi n'était-il pas au près d'elle ? Et d'autres encore toutes plus avides de savoir les unes que les autres. Comme si elle a entendu mes pensées, ma mère (adoptive je dois dire maintenant) répond :
- Pourtant elle a usé de ses dernières forces pour m'agripper l'épaule. Elle a planté son regard dans le mien. Elle avait des yeux noisettes... Comme sa fille... Vous savez ce qu'elle m'a dit ? Elle m'a dit : "C'est vous sa mère, désormais... Ce sera votre fille... S'il vous plaît... Veiller sur ma fille... Sur notre fille..."
Elle s'interrompt, coupée par de nouveaux sanglots. J'entends Papa l'embrasser, lui murmurer des mots réconfortants à l'oreille. Reprenant son souffle, ma mère tente de termine tout de même son récit :
- La minute d'après, elle a rendu l'âme. Les urgences et la police sont arrivés. Après, il n'a pas été difficile pour Dermot et moi d'adopter cette petite.
- Mme Shan, intervient alors M. Raymond. Je sais que la situation est assez mal choisie pour vous demander cela, mais Lily était une de les élèves, alors je me permets... Pourquoi vous ne lui avez jamais dit ? Je veux dire... C'était une jeune fille intelligente. Elle était assez mâture pour comprendre... Alors pourquoi ?
Ma mère hésite, puis cède :
- Parce que quand la police a reconnut le corps de cette femme, il nous ont dit que c'était une criminelle échappée de prison. Ils ont prétendu avec les magistrats, que pour protéger Lily, il valait mieux pour elle qu'elle ne connaisse pas l'identité de ses parents. C'était apparemment deux complices avec de lourds casiers judiciaire. Ils avaient commis beaucoup de délits et de nombreux crimes. Lily a été conçue en prison. Non, elle n'aurait pas supporté... Je voulais la protéger... Je devais la protéger... Quel fierté tire-t-on de savoir ses parents, vos géniteurs, être des criminels ? Rien ! Je ne connaissais pas cette femme, je ne sais pas quels sont les atrocités qu'elle a commise, mais je lui ai promis de veiller sur sa fille...notre fille... Mais j'ai échoué... Nous avons échoué...
Maintenant, ma mère est déchirée de douleur. Les pleurs d'Annie accompagne sa souffrance. Quelqu'un se déplace. Le bruit d'un briqué claque, suivit d'une odeur de tabac et de la voix enroulée de Simone s'adressant à ma petite sœur :
- Aller, pleure pas, chérie. Des frères et sœurs tu peux en avoir encore.
- Simone, l'avertit Papa, menaçant.
- Vous pouvez encore avoir d'autres enfants et donner une vraie petite sœur à Annie...
Le bruit d'une gifle résonne. Pas de doutes que c'est Maman. Ce serait mentir que de dire que ces révélations ne m'ont pas bouleversées. Mais une chose est sûre. Peu importe s'ils m'ont mentit, je ne leur en veux pas. Comment le pourrais-je ? Je suis moi-même malhonnête. Je les aime, et qu'importe ce que dit l'ADN, ils sont et ils restent mes parents à jamais pour toujours.
- Peut-être que Lily n'était pas ma sœur de sang, mais jamais, pour rien au monde je ne la remplacerai ! hurle Annie, en colère.
Et sur ce, elle s'enfuie, claquant la porte.
Les heures passent et enfin la salle se vide, me laissant seule, couchée, immobile, avec mes réflexions. Ainsi je suis orpheline... Mes parents biologiques étaient des meurtriers... C'est clair que ça fait un choc. Je sûre que j'aurais fait la même chose que Maman si j'avais été à sa place. Je me souviens une fois ou j'ai demandée à ma mère pourquoi je ne ressemblais ni à elle, ni à Papa. Elle m'a sourit, mais ses yeux trahissaient une certaine gêne. Je me rends compte de beaucoup de choses, dorénavant. Mais brusquement, mes pensées sont interrompues.
C'est alors que j'entends.
La porte qui s'ouvre très, très lentement. Je réprime un frisson. Des pas traversent la salle et s'arrêtent face à moi. Punaise de punaise, qui donc cela peut bien être ?! ? Non. C'est encore trop tôt, il a dit qu'il viendrait me chercher plus tard... Mais alors qui d'autre peu bien venir à cette heure-ci tard dans la nuit (oui parce que j'ai entendu ma famille aller se coucher) ?
Oh, punaise...
Je sens des mains sur mon visage.
Elles sont rudes et fortes, mais trop petites pour appartenir à un homme. Donc il doit certainement s'agir d'une femme ou d'un adolescent. Cependant, la personne est délicate dans ses mouvements. Elle m'ouvre les paupières et pointe une lampe de torche sur mes pupilles. Il fait sombre, et la lumière en plein dans la vue, je ne parviens pas à distinguer le visage de l'inconnu. Il les referme, puis me met un truc, comme un bout de papier dans la bouche. C'est très amère. Décidément, j'aurais testé tous les goûts. Il me le retire. De plus en plus bizarre. Il me prend une main et l'observe. A-t-il vu les dix petites cicatrices sur mes doigts ? Sait-il ce que cela signifie ? Que va-t-il faire ? Est-ce un chasseur de vampire ? M. Crepsley m'en a touché mot. Le bruit d'un flash d'appareil photo se fait entendre. C'est bien ce que je dis, de plus en plus bizarre tout ça ! Enfin, il me pique avec une aiguille au bras et le presse comme pour me faire saigner. Puis il replace mes mains sur mon abdomen avant de s'éloigner. Je l'entends s'arrêter un instant avant de repartir. Ainsi disparaît le mystérieux visiteur, me laissant pour le moins perplexe, voir mal à l'aise.
Le lendemain matin, très tôt, Papa vient me voir. Il me parler beaucoup, il me dit à quel point il m'aime bien que je ne sois pas de son sang. Il me dit que dés qu'il m'a vu, il a désiré être mon papa et qu'il m'aime comme si j'étais sa propre fille. Il évoque des souvenirs heureux qu'on a passé ensemble, mes premiers pas, mon premier vélo, la fois où j'ai voulus jouée au foot avec lui, les fois où il me faisait planer au-dessus de lui comme si j'étais un ange... Il pleure beaucoup. Moi aussi je veux pleurer, mais je ne peux pas. Puis il me dit ce qu'il avait prévu pour moi., l'université où il aurait voulu que j'aille, le travail qui aurait correspondu à ce que je voulais faire. Il me confie même la blague que lui et Maman on eut l'autre soir à propos de Steve et moi. Pourquoi faut-il que tout le monde souffrent à cause de ma stupide erreur ? Ma mère le rejoint, s'installe à ses côté et pleure avec lui, partageant leur chagrin inconsolable. Ils tentent de se réconforter, malgré tout, disent qu'ils ont toujours Annie et qu'ils ont toujours des photos, des vidéos et des souvenirs de moi. Jamais ils ne m'oublieront. Je serais dans leur cœur pour toujours.
Et on fait venir le cercueil, celui-ci se refermant sur moi. À sa texture de soi sur laquelle je suis couchée, je devine sans peine qu'il doit être bien cher, qu'on a voulu me présenter plus belle que jamais pour mon dernier voyage. On me transporte à l'église, où j'y entends les prières du prêtre et les discours de deuil de chacun. Mes parents, me présentant comme l'une des plus belles choses qui leur soit arrivée dans la vie. Ma petite sœur, pleurant, me suppliant d'arrêter et de revenir, qu'elle m'aime plus que tout, que je suis la meilleure des grandes sœurs. Tommy, qui m'a toujours considérée comme sa propre petite sœur, qui m'admirait pour mon cran au foot (tiens, je l'entends rire au souvenir que j'étais une buttée pour ce qui était de marquer des points). Pierre qui m'adorait parce que jamais je ne le laissais tomber et je l'écoutais quand il en avait besoin et que si aujourd'hui il avait retrouvé confiance en lui, c'est avant tout grâce à moi. Dans ma boîte sombre, auditrice silencieuse, je pleure doucement. Non, je ne mérite rien de tous ces honneurs. L'envers du décor est tout, tout sauf glorieux. Je ne suis qu'une misérable idiote qui se fait passer pour morte. Odieux mensonge que celui-là ! Je n'ai rien à me féliciter. Je ne suis qu'une fille de meurtriers, après tout... Je déteste être la cause de tant de souffrance et de misère, même c'est un mal nécessaire. Je donnerais tout, même mon âme pour leur éviter cela. Je me condamnerais moi-même à une éternité en Enfer si jamais j'avais tué l'un d'entre eux sous l'insatisfaction de la soif qui m'étanche. À la fin de la cérémonie, on m'emporte au cimetière. Rien n'échappe à mes oreilles. Les paroles du prêtre, les pleurs de tous, les lamentations.
C'est avec ça qu'ils m'enterrent.
