La danse du renard

La danse du renard

L'accueil qui nous fur réservé à Shuuichi fut bien différent ce celui que nous aurions eu à Konoha. D'après les bourrades amicales et les regards chaleureux dont Naruto fut gratifié, je compris que les bienséances aristocratiques, et donc son statut de paria, n'avaient pas court dans cette partir reculée du Pays du Feu. Il connaissait manifestement bien les habitants du village, à qui il distribuait de pair colis et sourires. Ceux-ci m'étaient inconnus. Francs et ouverts, effilant ses yeux et découvrant ses dents claires, ils n'avaient rien à voir avec les rares que je l'avais vu afficher à Konoha, ressemblant davantage à un grimace retroussant une commissure ou à un rictus montrant ses canines aiguës. Ses yeux et ses cheveux éclaircis par le soleil, pourtant typiquement montagnards, ne semblaient pas déranger les villageoises, bien au contraire. Leurs yeux assoiffés le buvaient, mais il ne sembla pas s'apercevoir de l'invite contenue dans la plupart des propos des femmes, même lorsque celles-ci lui demandaient d'un air gourmand où nous logerions cette nuit. Être compris dans cet appel explicite me fit monter le rouge aux joues.

Enfin, la cohue se dispersa et, m'étant tenu à l'écart durant ce laps de temps, je pus enfin me rapprocher de lui. Bien que la foule eût disparu, son sourire restait accroché à ses lèvres.

« Tu aimes venir ici, n'est-ce pas ? » Il se tourna vers moi, se passa la main dans les cheveux, puis finit par dire : « Eh bien, il faut que les colis arrivent jusqu'ici, n'est-ce pas ? » Cessant de sourire, ses yeux soudain graves cherchèrent les miens. « Tu sais, ici, que j'aie les yeux bleus ne change rien. En ton absence, il ne restait plus qu'Iruka et Kakashi et je…Tu sais comment sont les aristocrates et leurs domestiques… » Il inspira un grand coup, et arrima son regard au mien. Il n'avait jamais évoqué ni mon départ, ni la période qui avait suivi. A ma grande honte, je m'aperçus que j'étais terrifié par ce qu'il allait me dire, et aurais tout donné pour qu'il se taise. J'avais tant évité de penser à ce qui pouvait lui arriver lorsque j'étais loin de lui que l'entendre de mes propres oreilles me paraissait insurmontable. Il finit par souffler, les yeux rivés sur le sol : « Je n'ai eu aucune nouvelle de toi pendant longtemps, même indirectement, et comme je n'arrivais à rien obtenir de Kakashi et Iruka, j'ai cru que tu ne reviendrais jamais. Je… ça a été une mauvaise période pour moi. C'est à ce moment que j'ai commencé à partir dans la montagne pendant plusieurs jours, parfois des semaines entières. Un jour, une lettre est enfin parvenue au manoir Uchiwa. J'ai réussi à faire avouer à Iruka que c'était quelque chose à ton sujet. Kakashi l'a ouverte, puis s'est effondré et s'est mis à pleurer, pleurer comme je ne l'en aurais jamais imaginé capable. J'ai essayé de savoir pourquoi, mais il n'a rien voulu me dire. Je l'ai frappé, mais rien ne semblait pouvoir le sortir du désespoir, il a continué à sangloter, me disant qu'il était désolé, tellement désolé. Il répétait ce mot encore, et encore. Il me demandait de la pardonner, puis te le demandait à toi, et pleurait de plus belle, disant que c'était de sa faute, qu'il aurait pu empêcher qu'une chose pareille n'arrive. Ses paroles avaient suffi à confirmer ma pire crainte : l'annonce de ta mort. » Il avala convulsivement sa salive, et ce fut d'une voix tremblante qu'il poursuivit : « Alors… alors je suis parti. Je n'avais ni vivres ni lainages, mais plus rien n'importait pour moi. Le manoir, les rues et la ville toute entière me ramenaient à toi. » Des larmes de la même clarté que ses yeux roulèrent sur ses joues. « J'ai fui ta mémoire. Je t'ai fui. Je suis allé dans les montagnes, mais même elles étaient emplies de toi. J'ai marché, marché et marché encore. Je ne sentais plus la faim, et lorsque la soif se faisait trop sentir, la neige me suffisait. Pendant la saison du blizzard, j'ai passé le col de Yuki à peine plus couvert que toi, après un jeûne de plusieurs jours. Je ne sais pas pourquoi j'ai survécu. A vrai dire, je l'ai regretté. Je n'avais rien mangé depuis plus de cinq jours et dormi sous des arbres ou dans des grottes, malgré le temps exécrable. J'ai donc passé le col, espérant en finir, mais je ne suis pas mort. »

Les larmes refusaient de couler, alors, je me contentai de soutenir son regard, c'était la seule chose dont je me sentais capable. « Un habitant de Shuuichi m'a trouvé à cent mètres du village, au milieu du chemin. Je ne sais pas comment je suis arrivé là. Je n'ai aucun souvenir après le passage du col, qui est pourtant à plusieurs jours de marche d'ici. Ils se sont occupés de moi et je me suis lentement rétabli. Kakashi et Iruka n'ont pu lancer aucune équipe de recherche après moi, la disparition d'un paria faisant peu de vagues. A Konoha, cela n'est pas si rare. Mais le plus étrange est que, lorsque je suis enfin sorti de mon inconscience, j'étais persuadé que tu étais vivant. Je n'ai jamais eu aucune information abondant dans ce sens jusqu'à ce jour, et pourtant, je t'attendais.

-Et je suis revenu. » Il me prit dans ses bras et nous restâmes quelques instants ainsi. J'avais le nez et la bouche dans ses cheveux adoucis par l'eau du torrent, et je sentais la chaleur de ses paumes sur ma taille. Soudain, il releva la tête, et comme il regardait par dessus mon épaule, son visage s'éclaira et il s'écria :

« Gaara !

- Naruto ! Ca fait longtemps que tu n'es pas passé nous voir, ingrat ! Tes colis et ta jolie frimousse me manquaient. Mais… » Il se figea, recula un peu et détailla Naruto de la tête aux pieds, une lueur gourmande dans le regard. Il eut une moue de reproche terriblement séductrice.

« Dis donc, tu aurais pu me devenir avant de devenir aussi mignon ! Déjà que j'avais du mal à te garder pour moi tout seul…

-Mmh, tu sais, il n'y a pas tant de bourgeoises attirés par les petits blonds en peu pervers à Konoha, contrairement à ce que certains peuvent en dire… » Il m'adressa un clin d'œil. Le dénommé Gaara glissa un regard curieux et appréciateur à la fois vers moi :

« Tu ne me présentes pas ton ami ?

-Si, bien sûr. Gaara, voici Sasuke Uchiwa, mon meilleur ami. »

A ces deux mentions, une étincelle d'intérêt s'alluma dans ses yeux. Alors que je m'avançais pour le saluer, il redevint très sérieux et me jaugea avec une gravité non feinte pendant que j'en faisais autant. Son apparence était étrange mais loin d'être désagréable. Il avait les cheveux roux sombres dont de petites mèches balayaient son front. Sa peau était presque aussi claire que la mienne, contrastant étonnamment avec ses grands yeux turquoise cernés de noir. Sans être aussi beaux que ceux de Naruto, ses traits étaient plus fins que la plupart des gens, et ses vêtements sombres et larges ne parvenaient pas à cacher une silhouette musclée et sans une once de graisse.

« Très heureux de te rencontrer » finit-il par lâcher. « J'espère que vous restez ce soir ? » ajouta-t-il en nous observant. Comme Naruto gardait une expression interdite, il soupira :

« Mon Dieu, il ne savent même plus quel jour nous sommes. » Il se tourna vers mon ami blond et lui déclara, un air de connivence sur le visage :

« C'est le jour de la danse du renard. » Et les yeux de Naruto s'éclairèrent.

Il partit avec Gaara, m'assurant qu'il me retrouverai le soir même, ce qui parut beaucoup l'amuser. On me conduisit à notre chambre, le fait que je sois noble et mon compagnon paria ne semblait pas affecter les mœurs de Shuuichi. J'avais cru comprendre qu'une fête se préparait, et je m'habillai en conséquence. J'achetai quelques vêtements que la minuscule place du village, puis rentrais au « Palais » où nous étions logés. Je me lavais les cheveux et le visage à l'eau froide en frissonnant, puis passai un kimono bleu à même ma peau, le laissant largement ouvert en raison de la chaleur étonnante qui régnait dans le bâtiment. Je me rendis au temple de Shuuichi où la cérémonie allait se dérouler. Une estrade de bois sombre avait été installée devant celui-ci, entouré par des cerisiers en fleurs dont des pétales mêlées à du riz parsemaient le plancher, conformément à la tradition. Je tentais de me dissimuler, mais un homme roux au visage couvert de motifs étranges me fis m'installer au premier rang, puis s'assit à mes côtés. Il me dit s'appeler Kankuro et être le frère de Gaara. Il lui ressemblait, mais n'avait pas été doté ni de sa beauté, ni de l'intensité de ses regards.

J'attendais toujours Naruto qui se faisait attendre. Kankuro, qui continuait à me faire la conversation, m'annonça d'un air empli de fierté :

« Gaara est Ôkami ce soir. Il est très bon. Cette place lui a été assignée il y a de cela plusieurs années, et il s'entraîne tant qu'il ne sera pas remplacé de sitôt ! » termina-t-il avec un grand sourire. Je n'étais pas étonné. Il avait l'étoffe pour ce rôle. Je le dis à Kankuro, qui approuva derechef d'un nouveau sourire qui plissa ses tatouages. Je m'apprêtais à lui demander s'il savait où se trouvait Naruto lorsque le silence m'interrompit. Sans un bruit, les danseurs étaient montés sur scène. Je tournai la tête, et le spectacle qui s'offrit à moi me pétrifia.

Jamais je n'avais vu chose si belle. Les danseurs se tenaient face à face, immobiles. Gaara avait été vêtu d'un kimono blanc, rutilant de fils d'argent, largement ouvert sur sa poitrine luisant de poudre du même métal. Des clochettes pendaient au bout de ses doigts, leur tintement restant inaudible. Les larmes rouges peintes sous ses yeux étaient de la même teinte que ses cheveux, contrastant avec ses yeux turquoise, fixés tout comme les miens sur le deuxième danseur. Lorsque je posai les yeux sur lui, je crus que mon cœur allait s'arrêter, là, maintenant, dans un spasme ultime et délicieux. Son vis-à-vis était tout simplement l'être le plus beau que j'eus jamais vu. Dans mon ébahissement, j'entendis le reste des spectateurs retenir son souffle.

Pieds nus sur le bois sombre, Naruto, dressé de toute sa taille, semblait toiser Gaara. Ses cheveux blonds ornés de perles d'or caressaient doucement ses épaules, mus par la légère brise levée avec le crépuscule. Je me rendis compte que je n'avais pas vu Naruto. Je n'avais fait que le regarder et, inexplicablement, j'étais resté aveugle. Il était vêtu d'un pantalon rouge cousu d'or, et son torse n'avait été habillé que de poudre ambrée qui ne parvenait pas à cacher sa chair de poule. Un frisson violent me parcourut lorsque mon regard erra sur ses mains fines, ses épaules musclées et sa poitrine nerveuse. Une étrange chaleur m'envahit alors que mes yeux s'accrochaient à sa bouche entrouverte, et, lorsque ses iris débordants de puissance contenue croisèrent les miens, une langue de feu me traversa et donna à mes pupilles cette expression d'intensité hébétée propre au désir. Mon regard parcourait toujours son visage, et lorsque je m'aperçus que son souffle semblait s'être accéléré et ses lèvres entrouvertes, je crus que le brasier qui m'habitait allait me jeter au sol, m'arrachant des larmes brûlantes.

Un bruit sourd, rythmé et étonnamment complexe retentit, accompagné d'un son étrange. Je baissai les yeux. Naruto martelait les planches méthodiquement, sans bouger, tissant un motif sonore. Continuant la trame de son pied, il commença à onduler de la tête et des épaules, faisant tinter les clochettes au son grave pendues à ses cheveux. L'auditoire et moi le premier étions hypnotisés. En face de lui, Gaara entreprit lui aussi de se déplacer, créant une mélodie plus rapide et saccadée, nettement provocante. Sans que je m'en aperçoive, les musiciens s'étaient mis à jouer, accompagnant le tintement des clochettes et le contrepoint formé par le martèlement de l'estrade du loup et du renard. La danse s'accéléra insensiblement. Les déplacements lents et les regards assassins se muèrent en un vrai combat. Selon la danse de Kyuubi et Ôkami, les danseurs doivent éviter de se toucher le plus longtemps possible. Les coups devinrent de plus en plus rapides et les esquives atteignirent un niveau rarement utilisé dans l'art du combat « réel », mais le plus étonnant était le silence. Leurs pieds ne claquaient pas inutilement sur le plancher, leurs souffles n'étaient pas rauques malgré la difficulté et la longueur de l'exercice. Naruto effectuait des mouvements que moi-même aurais peiné à réaliser, et malgré la cadence de plus en plus rapide, il sembla prendre l'avantage. Il enroulait ses gestes imperceptiblement autour de Gaara, sans jamais le toucher. Leurs peaux luisaient de sueur, mais ils continuaient, entraînés par la musique de plus en plus rapide qui faisait pulser mon cœur à mes oreilles.

Il coupait toute retraite à Gaara à l'aide de son corps, parfois à un cheveu de l'effleurer, mais l'esquivait toujours au dernier moment d'une parade impressionnante d'agilité et qui, pourtant, ne possédait pas la lourdeur souvent occasionnée par les muscles des acrobates. Ses mouvements félins m'électrisaient et ne paraissaient pas non plus laisser son adversaire indifférent. Ses yeux turquoise le dévoraient fiévreusement, et il ne cessait de le provoquer, augmentant encore le rythme et la précision de ses gestes. Alors, la danse se mua en véritable affrontement. Naruto ne suivait plus la ligne classique de la danse du renard, il était Kyuubi. Ses gestes fluides étaient fulgurants, et je sus alors pourquoi sa musculature était presque aussi développée que la mienne : il m'avait observé, de longues années auparavant, durant mes entraînements avec Jiraya. La plupart de ses gestes étaient indubitablement ceux des arts martiaux pratiqués par les ninjas, mais jamais l'art de la guerre ne m'avait paru si sensuel. Arrivant à son paroxysme, Gaara semblait ne plus suivre les mouvements du renard lorsqu'il se figea soudain, et baissa lentement les yeux vers sa poitrine.

Le bout des doigts tendus de Naruto s'était posé à l'endroit précis où le tissu s'écartait sur sa peau argentée. Il fit un grand sourire à Naruto qui le contourna, et, les doigts toujours en contact avec sa peau, vint se presser contre son dos avant de dénouer son kimono et de le retourner, faisant apparaître la face de soie noire de l'habit de cérémonie. Toujours collé contre lui, il le vêtit puis laissa ses bras pendre le long de ses flancs. Alors, Gaara se tourna vers lui, le tête légèrement inclinée pour pouvoir atteindre son regard, le danseur blond le dominant de quelques centimètres. Le loup ayant délaissé son pelage de neige pour revêtir celui de la nuit, Naruto prit une de ses mains entre les siennes et lui ôta les clochettes une à une, heurtant le parquet dans un bruit sourd, puis fit une chose qui me pétrifia.

S'approchant de Gaara, il baissa la tête sur son visage, restant un moment immobile, puis, d'un mouvement de menton, entreprit de lui lécher délicatement les joues. Les larmes de sang disparurent l'une après l'autre sous ses coups de langue. Alors, Gaara se hissa sur la pointe des pieds, et, lui posant les mains sur la nuque, posa ses lèvres sur celles de Naruto. Je suffoquai lorsque celles de mon ami lui répondirent, faisant exploser les applaudissements du public. Une envie de meurtre irrépressible me traversa tandis que je fixais sans pouvoir m'en empêcher les deux hommes sur scène qui approfondissaient lentement leur étreinte sous les ovations. Mes mâchoires me faisaient mal, mais je me forçais à les desserrer et à décrisper mon visage.

Ma douleur devait être visible, car Kankuro me demanda d'un air à la fois intrigué et inquiet si tout allait bien. Je ne répondis pas et détournai la tête en me mordant la lèvre pour ne pas crier. C'aurait dû être moi. Moi qui aurais dansé avec lui, me faisant submerger peu à peu par son talent, moi qui lui aurais pleuré des larmes de sang, moi qui aurais senti sur mon visage la moiteur chaude de sa langue et moi enfin qui l'aurais embrassé. Percevant mon trouble, Kankuro m'attira à l'écart et me dit :

« Tu ferais mieux de rentrer à la chambre. Après la cérémonie, il est d'usage que les danseurs passent la nuit…ensemble. » Alors, un gouffre s'ouvra sous mes pieds et un liquide poisseux coula de mes yeux, engluant mes joues.

Ne me tuez pas, ne me tuez pas ! C'est pas d'ma faute si Gaara est un pervers qui va pouvoir passer une nuit avec Naru-chan

Oulàlà ! Beaucoup de retard pour ce chapitre très ardu à écrire… J'ai eu énormément de mal à écrire la scène de danse, par je me suis éclatée sur les fringues de tout le monde , j'espère qu'elles ne sont pas trop kitsch…