Auteur : Glassamilk

Traductrice : Prusse

Disclaimer : voir chapitre(s) précédent(s).

Note de la traductrice super méga fatiguée et au bord de la crise nerveuse :

Yo everyone !

Je viens de récupérer mon ordi, vide de tous dossiers, donc de toutes traductions, donc de tout updates… Je suis tellement heureuse de devoir recommencer à traduire les chapitres d'avance que j'avais ! (va chercher une corde pour se pendre. Bien rêche, la corde.)

Non, plus sérieusement, j'ai passé ma semaine donc à tenter tout d'abord de récupérer mes dossiers, dans le mince espoir de retrouver au moins deux, trois chapitres de Gutters… mais je n'ai pas eu cette chance… Du coup, j'ai passé le reste de la semaine à traduire le chapitre qui est donc sous vos yeux. Ça n'a pas été une mince affaire, vu que je me souviens avoir traduit ce chapitre en Septembre dernier… Donc ouais, ça date, et ouais, la traduction est forcément différente, et ouais, je suis désespérée parce que j'ai peur d'être passée à côté de ce que j'avais fait au début, et du coup, j'ai peur d'avoir fait une grosse merde.

Donc voilà pour le gros bloc de lamentations, mais bon, j'éprouvais le besoin de chialer quelque part et je profite de cet instant pour le faire u_u

J'espère juste que le chapitre vous plaira, sincèrement.

Je risque de revenir dessus dans quelques temps, histoire de retoucher la traduction car j'ai vraiment l'impression d'avoir tout foiré et je n'aime pas fournir du travail tout moche aux lecteurs… (je suis admirable, je sais !) Donc, j'ai terminé de traduire ce chap pile poil fin Janvier, mais je ne m'étais pas encore relu… Du coup, si mes calculs sont bons, ça fait deux mois de retard et j'en suis affreusement désolée !

Je ne vais pas dire « mais pas de soucis, j'ai des chapitres sous le coude et hop là ! j'vous en poste trois d'un coup ni vu ni connu pour rattraper le retard ! » parce que c'est FAUUUUX ! Je n'ai malheureusement plus d'avance sur vous, chers lecteurs, alors ça prendra beaucoup, beaucoup de temps entre chaque update…

DESOLEEEEE !

Je ne peux donc plus promettre un chapitre par mois… Erf, je me sens minable, d'un coup…

PS : j'ai galéré à trouver la devise du chapitre… je me demande si vous y faites attention au moins XD pour ceux qui se poseraient des questions, j'ai choisi cette devise par rapport à ce que dit/pense Sealand.

Bref, ces explications mises à part…

Bonne Lecture !


Les réponses aux reviews anonymes sont sur mon blog dont l'adresse est sur mon profil !


Gutters — Chapitre 7 sur 20

Belize : « Je fleuris à l'ombre »

Peu de choses rendent Sealand plus nerveux qu'il ne l'est à la vue du sang. Les araignées sont classées haut dans sa liste, tout comme la cuisine d'Arthur et les moments de colère de Berwald, et encore ce n'était que s'il avait fait une bêtise et qu'il était dans de beaux draps. Il se moque de se faire gronder, après tout, les mots ne sont que des mots et sont sans menace et puis, franchement, ses figures parentales ont des punitions bien à eux. A bien des égards, il n'a aucune raison de se plaindre. Lettonie a dû en voir bien plus si on se fit à ses tremblements et il sait que Wy est connue pour avoir passé des heures debout dans un coin après chaque mauvaise conduite. Alors, vraiment, sa liste ne se réduit en fait qu'aux araignées et au sang.

Le sang ne le rend pas juste nerveux. En grandissant, il en est arrivé au point où sa simple vue lui confine la poitrine et ses muscles se tendent jusqu'à ce qu'il soit nettoyé on qu'on le tienne assez loin pour qu'il ne puisse plus le voir ou le sentir. Il en déteste la couleur. Et son odeur chargée de cuivre, aussi. Même les petites coupures faites par le papier le mettent dans un état pitoyable, surtout si des petites gouttes de sang se mettent à perler, et il fait toujours attention à garder sur lui des pansements juste au cas où une telle chose lui arriverait lorsqu'il joue ou qu'il se faufile dans les salles de réunions. C'est juste qu'il n'aime pas ça; ce n'est rien de plus qu'un rappel de la guerre pour lui, et même s'il n'a jamais vraiment été sur le front, le souvenir fantôme d'Angleterre dans son uniforme bien repassé lui revient, semblant meurtri et endolori alors qu'il tentait de cacher ses blessures.

Il n'aime pas le sang car il lui rappelle à quel point ils sont en réalité vulnérables.

Cette fois-ci n'est pas différente. La première toux est assez violente pour qu'il n'ait même pas le temps de voir la façon dont le sang éclabousse en une fine ligne de pointillés à ses pieds, formant un contraste soudain et importun avec ce qui les entoure. C'est une strie hargneuse d'un rouge criard et mouillé dans leur petit monde gris et poussiéreux, faisant s'arrêter d'un coup Peter devant Danemark, les yeux grands ouverts et les mains crispées sur le devant de son manteau alors qu'il le regarde presque perdre son équilibre dans une nouvelle violente secousse. Il veut bouger. Il veut enjamber la ligne écarlate et toucher Danemark, mais ses pieds sont enracinés fermement au sol, et il ne fait que regarder Danemark plaquer une main devant sa bouche, toujours appuyé sur ses coudes et ses genoux, essayant de reprendre son souffle mais ne faisant que tousser plus fort jusqu'à ce que du rouge teinte la paume de sa main, coulant entre ses doigts; gouttant sur le béton en de parfaits petits cercles, d'une manière plus gracieuse que le premier arc furieux, mais pas moins mortifiante.

Peter déglutit avec difficulté et tente d'avancer sans succès. Danemark a les yeux étroitement clos, mais continue d'essayer de dire quelque chose, les mots se perdant directement dans la cavité humide et bruyante de sa poitrine, et Peter est sûr et certain qu'il essaie, et échoue, de le rassurer. Sans doute en train d'essayer de lui dire de ne pas y prêter attention.

Trop stupide pour demander de l'aide.

Il se mord l'intérieur de la joue et se force enfin à enjamber les éclaboussures de sang juste quand Danemark commence à regagner son calme. Il reste en appuie sur ses genoux et baisse la tête entre ses bras, la main qui était plaquée contre sa bouche maintenant sur le sol, laissant derrière elle une nouvelle traînée incarnate quand il l'enlève pour se redresser sur ses jambes chancelantes et crache dans la cendre. Plus de rouge dans le gris.

— On doit continuer de bouger, dit-il d'une voix rauque.

Ses bottes raclent le sol quand il titube une fois debout.

— On doit bouger.

Peter attrape la manche poussiéreuse de sa veste et lève un regard sérieux vers lui.

— C'était quoi ça ? demande-t-il doucement, essayant toujours de ne pas paniquer. Qu'est-ce qui ne va pas avec toi ?

Danemark essuie sa bouche d'un revers de main.

— Rien. Tout va bien. Maintenant viens, il va faire nuit noire dans quelques heures et on n'a pas notre sac. On doit y aller.

Il essaie d'attraper la main de Peter. Son geste, pour une quelconque raison, engendre la colère en lui qui prend le dessus sur son anxiété et il recule brusquement.

— Non ! crie-t-il. Pas tant que tu ne m'auras pas dit ce qui ne va pas chez toi !

Il empoigne la veste de Danemark et le tire derrière lui, trébuchant, jusqu'à la portière ouverte de la voiture où il le pousse à s'asseoir, surpris de la facilité de la chose. Il appuie sur les épaules de l'adulte et recule juste assez pour voir son visage, vide de toute expression, et il se mord la lèvre.

— Tu es malade, pas vrai ?

Danemark ne dit rien.

— Tu as ce que le vieil homme a.

Encore une fois, silence.

Peter serre les poings et fait un pas en arrière.

— Réponds-moi ! Dis-moi ce qui ne va pas ! hurle-t-il.

— Peter.

La voix du Danois est plate et il tend le bras pour prendre sa main.

— Ne cris pas. Ces gens sont sûrement encore en train de nous chercher.

Il noue leurs doigts ensemble et le fixe intensément, l'attirant plus près de lui.

— Et je vais bien. Je continue de marcher, non ?

Il essaie de sourire mais n'arrive guère qu'à remonter le coin de ses lèvres.

— T'as pas à t'inquiéter.

Pendant un instant, Peter reste bouche bée, furieux, avant de retirer brusquement sa main.

Arrête de faire ça ! Arrête de faire comme si tout va bien !

Il agite frénétiquement la paume de sa main devant le visage de Danemark.

Chaque doigt ganté est tacheté de sang.

— Tu ne peux pas simplement faire l'ignorant alors que tu vas mal !

Danemark ne fait qu'observer longuement sa main tendue. Il porte toujours le même visage vide d'expression alors qu'il cherche une réponse, et après plusieurs instants laconiques, il finit par soupirer et pose le fusil en travers de ses genoux.

— Je ne sais pas ce qui cloche. Parfois, c'est juste comme ça.

— Comme quoi ?

— Difficile de respirer. De marcher.

Sealand déglutit.

— Ça arrive souvent ?

— Les problèmes pour respirer ?

— Non.

— Oh.

Danemark regarde l'intérieur de sa main; le gant est teinté de vermeil.

— Ça.

Il essuie sa main sur son pantalon.

— Parfois.

— C'est-à-dire ?

— Peter-

— Dis-moi !

Il soupire bruyamment.

— Je ne sais pas. Des fois. A chaque fois que je cours trop.

Il passe une main dans ses cheveux et plante son regard dans le sien.

— Mais je te l'ai dit; t'as pas à t'inquiéter pour moi. Je m'en occupe et j'irai bien.

Sealand fronce les sourcils.

— Jusqu'à ce que tu perdes la vue et ne puisses plus marcher et meurs.

— Je ne vais pas mourir.

— Tu n'en sais rien.

— Si, je le sais.

— Et comment ?

— Je dois m'occuper de toi.

Il a un sourire en coin.

— Je ne peux pas mourir jusqu'à ce que je sois sûr que tu es sauf.

— Comment t'es censé y arriver si tu ne peux pas respirer ?

Danemark n'a pas de réponse à ça.

Peter s'accroupit et fait passer son sac devant lui avec colère, farfouillant dedans.

— Papa Berwald et Oncle Norvège avaient raison. T'es vraiment un crétin.

Il en sort une taie d'oreiller graisseuse et se remet debout devant Danemark, tirant quelque chose de noir hors du tissu qu'il plaque sans ménagement contre son visage avant qu'il ne puisse protester.

— Porte ça.

Danemark cligne des yeux et effleure du bout des doigts le plastique lisse et sombre du masque couvrant son nez et sa bouche. Ses sourcils se froncent et même sans être capable de voir son visage en entier, Peter sait qu'il a un air renfrogné.

— Tu avais un masque respiratoire avec toi pendant tout ce temps ? demande-t-il, la colère présente dans sa voix étouffée par le masque. Pourquoi tu ne l'as pas porté ?

— Il vient d'un garçon Polonais qui était dans le bunker avec moi.

Il croise les bras et lance un regard plein de défiance au Danois.

— Et je ne le portais pas parce que je le gardais pour une urgence.

— Espèce de stupide petit-… tu dois le porter dès maintenant !

Il se met à enlever le masque.

— Si j'avais su que tu avais ça, je t'aurais pas traîné de partout dans la cendre avec juste un putain de bandana.

Peter s'élance vers lui et claque ses mains pour les éloigner des sangles du masque.

— Non ! Je te le donne.

Il oblige Danemark à ramener ses mains sur ses jambes et y fourrer des filtres de rechange.

— C'est toi qui gerbes du sang, pas moi.

— Peter, ce n'est pas prudent de déambuler dehors avec juste un chiffon sur ta bouche. Si tu portes ça, tu seras protégé jusqu'à ce qu'on trouve un endroit sûr.

Il réessaye d'attraper les sangles.

Cette fois, Sealand attrape ses poignets et les tient entre eux deux, une expression peinée sur le visage alors qu'il baisse les yeux sur lui.

— Je ne peux pas trouver un endroit sûr si tu n'es pas avec moi, idiot.

Il s'arrête et lâche ses mains juste assez longtemps pour enrouler ses bras autour du cou de Danemark, l'étreignant fortement, et souffle :

— Je ne veux pas que tu meurs… Je ne veux plus être tout seul. Je ne peux pas y arriver seul. Je… Je…

Il renifle et enfouit son visage dans le cou zébré de cendre de l'adulte.

— S'il te plaît ne meurs pas, oncle Danemark.

Il sent les bras du Danois l'encercler et il soupire lourdement au-dessus de lui.

— Je te l'ai déjà dit, je ne vais pas mourir.

Il appuie son menton sur le sommet du crâne de Sealand et laisse ses yeux se fermer.

— Si j'accepte de le porter, est-ce que tu vas te calmer et continuer d'avancer ?

Il renifle à nouveau et se dégage de l'étreinte, acquiesçant vigoureusement.

Le regard de Danemark s'adoucit et il se relève, vacillant, ébouriffant d'une main les cheveux de Peter.

— Bien, c'est d'accord. Mais si on passe dans des zones vraiment contaminées, je veux que tu le portes, compris ? On le partagera.

Peter hoche la tête.

— Mais tu vas beaucoup le porter, hein ? Même quand tu dormiras ?

— Ouais, ouais, soupire-t-il en ajustant les sangles élastiques jusqu'à ce que le masque soit bien hermétique autour du bas de son visage. Eh bah, t'es aussi chieur que Finlande.

— C'est un mensonge et tu le sais.

— T'es en forme aujourd'hui, hein ?

— Faut bien que l'un d'entre nous le soit.

Il met sa capuche et glisse ses lunettes en place sur ses yeux brûlants, regardant Danemark faire de même.

— Alors, qu'est-ce qu'on fait maintenant ?

— Bonne question. Qu'est-ce que t'as dans tes poches ?

Peter vide les poches de sa veste et n'en sort que la boussole et un bandana cotonneux. Rien de mieux du côté de la veste de Danemark mais, heureusement, il a toujours leur carte.

— Et y a quoi d'autre dans ton sac ? demande-t-il.

— Quelques barres de ravitaillement, le carnet de croquis et les chaussettes que tu m'as donnés, le magazine et une couverture du lit que j'avais au bunker.

— Merde. Bon, on va se débrouiller avec ça pour l'instant.

Il lève la tête vers le ciel et un son nerveux lui échappe.

— Il commence à faire sombre trop vite. On ne va pas pouvoir aller plus loin cette nuit et je ne pense vraiment pas qu'on va trouver quelque chose d'utile jusqu'à demain, y compris un endroit où dormir.

Il tend la main à Peter pour qu'il la prenne et ils se mettent à marcher, Danemark grimaçant à chaque nouveau pas.

— On va rester sur la voie principale pour le moment et essayer de mettre le plus de distance possible entre eux et nous. Je sais que ce n'est pas l'idéal, mais dès qu'il fera nuit, on va entrer dans un des coffres de voiture jusqu'au matin.

Sealand écarquille les yeux.

— Ce n'est pas dangereux ?

— Si.

— Et s'ils nous trouvent ?

— Je les tuerai.

Il se cramponne à la main de Danemark.

— Et si tu ne peux pas ?

— Arrête d'être aussi morbide, tu veux ? s'exclame Danemark, se tournant vivement pour le regarder. Tant qu'on reste prudent, tout ira bien. Les routes ici sont trop merdées pour qu'ils y passent avec leur camion, ce qui veut dire qu'ils devront nous chercher à pieds. Et si c'était le cas, tu n'penses pas qu'on les aurait entendus depuis le temps ?

Il hoche fermement la tête et retourne son attention sur leur cheminement entre les véhicules.

— On doit juste être extra prudents pendant un moment.

— Combien de temps ?

Danemark hausse les épaules.

— Pour toujours, peut-être.

xox

Comme l'a prédit Danemark, ils ne vont pas bien loin avant que le soleil ne se couche ne se fonde dans l'horizon cendreux. Ils avancent trop lentement; les articulations de Danemark lui font mal et il boite aux côtés de Peter, déterminé, mais traînant et respirant fortement, un changement de rythme flagrant quand il devient celui qui doit lutter pour continuer à suivre. Le masque semble bien aider. Peter remarque que même s'il respire beaucoup, chaque inspiration est plus silencieuse et plus maîtrisée avec très peu de toux entre. C'est une maigre amélioration, mais une amélioration quand même. Cependant, leur train de marche reste trop lent et après moins de cinq kilomètres, quand il ne leur reste plus qu'un éclat de lumière pour les guider, Danemark jette l'éponge et ils se mettent à chercher un véhicule convenable pour y passer la nuit.

— Cherche quelque chose qui a l'air défoncé, lui dit Danemark. Mais quelque chose de récent. Il faut qu'il y ait un levier de déverrouillage d'urgence dedans.

Ils marchent entre les rang de carcasses d'automobiles longeant l'autoroute avant de se décider pour une BMW noire partiellement fondue dans le sol, les pneus avant et le capot fondus l'un dans l'autre telle une sculpture de cire et collés à la route, rappelant à Peter l'image d'un escargot rampant le long d'une branche. Danemark passe le bras à travers le pare-brise brisé pour déverrouiller le coffre qui s'ouvre juste assez dans un grincement pour permettre à Peter de soulever grandement la porte.

— On doit s'assurer qu'il fonctionne, dit Danemark en revenant à l'arrière de la voiture. Tu veux essayer ou je m'en charge ?

— Je peux le faire.

Pendant que Danemark tient la porte du coffre ouverte, Peter grimpe dedans. Après y avoir été enfermé, il tire sur le petit levier de déverrouillage et le coffre s'ouvre automatiquement, faisant s'expulser des charnières grinçantes des nuages de cendre qui le font éternuer.

— Ça marche.

Peter s'assoit et tient de nouveau la porte ouverte pendant que Danemark remonte vers le siège du conducteur et arrache le boîtier de contrôle, le rendant inutilisable avant de retourner en vitesse au coffre, sortant de sa poche un petit tournevis. Il s'accroupit et enfonce d'un coup sec la tête de l'outil dans plusieurs endroits discrets le long de la porte, créant quelques trous avant de monter à son tour dans le coffre, la portière se refermant sur les dernières lueurs du jour.

L'espace étroit rend les choses difficiles pour s'installer. Peter finit par se caller contre le torse de Danemark et le temps qu'ils cessent tous les deux de se tortiller, il est sûr et certain d'avoir cogné sa tête assez de fois pour se causer des lésions cérébrales permanentes. Le rire étouffé de Danemark fait écho à ses geignements plaintifs et il lui fait une pichenette au front.

— C'est pas drôle, grogne-t-il. C'est nul.

— Tu trouves ça nul ? Imagine la même situation, mais dans une Volkswagen avec Suède.

— Quoi ?

— Et ouais. Ça devait être y a à peu près dix ans. Finlande et Norvège ont en eu tellement marre de nos chamailleries pendant le dîner qu'ils ont décidé de nous soûler avant de nous enfermer dans le coffre de la voiture de location d'Islande. Voulaient pas nous laisser sortir temps qu'on ne s'était pas excusé l'un l'autre et promis qu'on se comporterait bien.

Sealand a un sourire en coin.

— Et qu'est-ce que t'as fait ?

— J'ai passé la nuit avec son cul écrasé contre ma face.

— Tu ne t'es pas juste excusé ?

— Quoi ? Pas moyen, ça craint. En plus, c'est lui qui avait commencé.

— J'pense pas.

— La ferme, t'es pas objectif.

Il soupire lourdement et se laisse aller contre le tapis crépu sous lui.

— Mais j'aurais bien aimé le faire, maintenant.

— Pourquoi vous vous êtes disputé ?

— Je ne m'en souviens même plus. Probablement quelque chose de stupide.

— Tu veux dire à coup sûr quelque chose de stupide.

— Qu'est-ce que je viens juste de te dire à propos de te la fermer ?

Peter croise les bras sous son menton pour y appuyer sa tête.

— Et alors, qu'est-ce qu'il s'est passé ? Comment vous êtes sortis ?

— Islande nous a ramené à la compagnie de location et ils nous ont entendus cogner contre la portière. Un gars qui s'appelait Sven nous a laissé sortir et on a dû rentrer à pieds.

Il rit et reprend :

— Mais personne ne voulait nous prendre en stop. On était en sueur et tout dégueulassés d'avoir passé la nuit entière coincés dans un stupide coffre. Je suis sûr que la vieille dame qui a fini par nous prendre dans sa voiture pensait qu'on était des serial killers ou un truc du genre.

— Toi, peut-être. Suède ne ressemble pas à un serial killer.

Danemark écrase ses paumes contre les joues de Peter.

— D'accord, maintenant je sais que tu essaies de ne pas être objectif.

Sealand gigote pour échapper à la torture de l'adulte avant de se réinstaller en soufflant. Après un moment, il penche la tête pour voir Danemark à travers l'obscurité.

— Tu ne penses pas que Suède pourrait tuer quelqu'un, hein ?

— Quoi ? Berwald ? Nan, pas moyen. A part s'il y est obligé, bâille-t-il. C'est un gars avec beaucoup de sang froid maintenant. Il ferait du mal à quelqu'un que si c'était absolument nécessaire. Pourquoi ?

— J'sais pas. J'étais juste en train de penser.

— A propos de quoi ?

— Bah…

Il croise de nouveau les bras, assez pour pouvoir se redresser.

— Tu as dit que les gens devenaient fous et commençaient à s'entretuer, alors je croyais… J'sais pas.

— Nan, j'ai saisi, fait Danemark en haussant les épaules. Et je n'irai pas dire le contraire non plus. Vu qu'on est tous très affaiblis, je ne pense pas qu'il y ait un seul d'entre nous qui ne soit pas aussi susceptible à la folie qu'un humain. Mais même là, je ne pense pas que tu aies à t'inquiéter de quoi que ce soit…

Il sourit et ébouriffe les cheveux de Peter.

— Nous, les sauvages du nord, on a déjà perdu l'esprit il y a bien longtemps.

Il hoche lentement la tête.

— Et si tout le monde est faible ou mort, c'est parce que le territoire aussi est mort, c'est ça ?

— C'est un gros facteur, j'en suis sûr. Mais c'est aussi en partie selon la population.

Il fait un étrange bruit brouillé par son masque.

— Nous ne sommes rien sans notre peuple.

— Mais je suis…

Peter s'interrompt et baisse la tête.

— Ouais.

Danemark penche la tête.

— Qu'est-ce que tu allais dire ? demande-t-il curieusement. A quoi tu penses ?

— Ben, je suis juste… si on a besoin de notre peuple et de notre terre pour survivre, alors je devrais être mort, non ? J'ai pu le sentir quand le fort s'est effondré et je sais que la famille royale est morte, et pourtant je vais bien.

Il s'arrête pendant un long moment avant de continuer silencieusement :

— Je suppose que ça veut dire que je n'ai jamais vraiment été une vraie nation, hein ?

— Quoi ?

— Tout ce qui fait de moi ce que je suis n'existe plus mais je n'ai rien. Alors ça veut dire que pour commencer, je n'ai jamais été créé à partir d'eux.

Il se frotte les joues d'une main.

— Je n'ai jamais été en mesure d'obtenir un vrai gouvernement ou quoi que ce soit, donc je n'ai jamais été un vrai pays.

— Hé, fait Danemark en posant une main sur son dos. Avoir un grand gouvernement et beaucoup de terres ne veut rien dire. On est ce qu'on est selon la manière dont on prend soin de nos peuples.

— Mais le mien est mort.

— Non il ne l'est pas, soupire lourdement Danemark, se tortillant vers l'arrière jusqu'à ce qu'il puisse plus ou moins s'asseoir. Ta famille principale, peut-être, mais pas toute ta famille. S'ils étaient tous morts, tu serais dans un état bien plus merdique.

— Mais le Prince Roy et sa famille étaient ma seule population, et-

— Non, ils ne l'étaient pas. Tu as une population bien plus grande que tu ne le croies, p'tit gars.

— Hein ? Ah bon ?

Danemark acquiesce.

— Bien sûr. Tu as une famille royale immense. C'est ce qui arrive en général quand tu couronnes ta noblesse via le net.

— Mais c'était juste-

— Un moyen d'introniser des gens dans ta famille. Tu as sûrement assez de Lords et Ladies pour ne plus savoir quoi en faire, ce qui veut dire que c'est impossible que tout le monde soit mort.

— Mais si c'est le cas ?

— Ça ne l'est pas.

— Et comment tu peux le savoir ?

— Crois-moi, je sais.

— Comment ?

Danemark aborde un sourire.

— Parce que, andouille. Je suis un Lord officiel de Sealand. Et je suis putain de sûr de pas être crevé.

Peter en est bouche bée.

— Quoi ? Tu en es un ?

— Bien sûr que oui. Tout comme Norvège et Islande. Et Suède et Finlande, évidemment.

— Mais tu es déjà… pourquoi ?

— Hé, trente euros pour un titre de noblesse, c'est un super bon plan. Et j'avais un cadre qu'il fallait remplir.

Il renverse la tête en arrière.

— Le titre était sur le mur de chez moi, dans le salon… tu l'as jamais remarqué ?

— Non, jamais…

Une pause.

— Alors, si vous avez tous fait ça, ça veut dire que vous penser que je suis réel ?

— Bien sûr qu'on le croit. Comme je te l'ai dit, le territoire n'a rien à voir avec ça. C'est l'effort que tu mets en avant qui compte et ça, tu en débordes.

— Alors pourquoi vous ne m'avez jamais reconnu officiellement devant les autres ?

Il hausse les épaules.

— Ce qu'on pense diffère de ce que notre population pense. Suède travaillait dessus, par contre. Finlande aussi. Je crois qu'ils y étaient presque.

— Je vois, marmonne Peter. Je trouve enfin quelqu'un qui croit en moi et il fallait que ce soit la fin de ce stupide monde.

Danemark rit et se rallonge.

— Bon, qu'est-ce que tu dis de ça.

Il s'éclaire la gorge.

— Par le pouvoir acquis par mon statut de nation, le Royaume du Danemark, par le présent acte, reconnaît la Principauté de Sealand comme un état souverain indépendant.

Il plie maladroitement le bras et tend sa main à Peter pour qu'il la serre.

— Bienvenue dans le club très fermé des Nations Unis, Monsieur Kirkland. Ne mangez pas la salade d'œufs à la cafétéria. Ça vous donnera des gaz.

Peter cligne des yeux et serre gauchement sa main.

— Je… pour de vrai ?

— Si on réussit à s'en sortir, je le mettrai sur papier pour toi, sourit-il. Il n'y a pas vraiment quelqu'un pour m'en empêcher cette fois. Berwald et les autres le signeront aussi.

Il étire le cou et chuchote :

— Et quand on trouvera Arthur, tu pourras le coller à son gros visage broussailleux.

Peter est tout ce qu'il y a de plus silencieux pendant un long moment avant qu'il ne jette ses bras autour du cou de Danemark du mieux qu'il peut, des éclats de rire étouffés lui échappant.

Il n'arrive pas à se souvenir de la dernière fois où il s'est endormi aussi heureux.

A suivre…