Chap.6 : quand une innocente rivière ravive un torrent de souvenirs

De retour chez les Cullen, je retrouvais Bella en compagnie d'Alice et d'Esmé. Edward dès qu'il la vit, lui sourit amoureusement. En sa présence il resplendissait, Bella également. Tout de suite ils se retrouvèrent enlacés. Et dire que j'avais un psychopathe sur le dos qui m'attendait. Au fond de moi j'avais peur qu'il dise la vérité… Que nous soyons « ensemble ». Parfois je surprenais des regards d'Alice posés sur moi, songeurs. Elle nous avait dit que dans sa vision il parlait d'un rituel. Je n'avais aucune idée de quelle sorte de rituel il pouvait s'agir. Et pourquoi Bella était-elle avec moi ? Certes il n'y avait pas meilleur protecteur qu'un phénix qui venait à bout de vampires et de loups-garous… Mais l'emmener au nez d'un autre phénix ? Pourquoi Edward n'était-il pas avec elle ? Et les autres Cullen ? Je devais me battre seule contre l'ennemi, c'était mon devoir et mettre en péril mes amis allait contre tout bon sens, contre toutes les fibres de mon être corrigeai-je en moi-même. Ce n'était pas pour des raisons rationnelles que je voulais les mettre à l'écart mais parce que je ne supporterai pas de les perdre. Non, il n'était pas question qu'ils interviennent.

« Tu peux toujours rêver, fit Edward

- Arrêtes ça ! M'exaspérai-je

-Quoi ? demanda Bella. Edward ne pouvait rien lui refuser surtout avec ses yeux là

« Edward, non !

-Ca nous concerne tous Flo, elle ne veut pas nous impliquer dans la bataille » expliqua-t-il à sa famille en ignorant mes protestations.

« Rêve mon pote, affirma Emmett en me sautant dessus, sois déjà contente que je te laisse le phénix pour toi toute seule ! » Je le repoussai en maugréant.

« Mais on a récupéré un phénix râleur ma parole, rigola Emmett, est-ce qu'une douche froide la mettrait de meilleure humeur ?

- Je vais t'arracher la tête, le menaçai-je

-Je parie pour Flo fit Jasper

- Emmett… commença Rosalie

- Merci mon cœur de me soutenir, fit le colosse

- … Tu vas te faire ratatiner finit-elle » J'éclatai de rire devant sa tête, et nous finîmes tout les deux à l'eau, lui parce que je ne voulais pas le décapiter et moi pour ne pas trop le vexer. Trempés jusqu'aux os nous nous dévisageâmes un instant circonspects avant d'éclater de rire devant notre public hilare.

Il se releva et sortit de l'eau, je me mis sur mes jambes et m'apprêtai à sortir de l'eau quand une force invisible m'en empêcha. Je trébuchai et tombai à genoux dans l'eau ; le souffle court et les yeux écarquillés. Je tentai de lutter contre cette force, ce qui m'arracha un cri. Mes vies défilèrent dans ma tête très rapidement pourtant j'enregistrai tout leurs mouvements. A l'extérieur j'eux l'impression de changer plusieurs fois de formes à chaque fois qu'une vie m'apparaissait, quel spectacle cela devait être! Je n'avais qu'un aperçu relatif de ces transformations successives en me distinguant dans le reflet de l'eau. C'était terrifiant, mon visage changeait, mes yeux, mon corps, mes habits, ma corpulence, mon âge…à un rythme hallucinant. Puis je revins à mon état initial, à cette vie : Florence. J'étais entière, je savais à présent avoir retrouvé toutes mes existences à travers les siècles, j'étais phénix. Jamais encore mes vies antérieures n'avaient résonné en moi-même avec autant d'unité, cette force si puissante, c'était une énergie qui me soulevait et pulsait de toutes les fibres de mon être. Nous faisions front ensemble, elles me protégeaient et me rendaient invincible.

Je devenais guerrière et sentis l'appel de l'adversaire. Il mourait lui aussi d'envie de se confronter. Un corps à corps différent disait-il nous allions bien voir qui de nous deux aurait le dernier mot. En ce moment il cherchait à m'intimider en me bloquant, bientôt l'effet disparaîtrait, je le savais pour l'avoir déjà senti dans l'une de mes vies. Si dans mes vies antérieures j'ai pu être assez faible pour te laisser vivre pensai-je, maintenant toutes sont déterminées à me voir te détruire. Et je t'anéantirai. Ma pensée résonna avec d'autant plus de force que mes réincarnations s'unissaient à moi.

La famille ne comprit pas tout de suite ce qui se passait, voyant que je ne réagissais pas à leur appel, ils s'approchèrent prêt à me secourir si ce n'était pas une farce. Lors de mes métamorphoses ils s'étaient reculés d'un bond sous le choc de ce phénomène, puis inquiets attendaient le bon moment pour intervenir. Quand je retrouvais la forme qu'ils connaissaient, j'inspirai à fond. Incapable de parler pour leur expliquer je levai la tête vers le ciel. Le cyclone était tout proche, je les regardai et perçus l'étincelle de compréhension dans leurs pupilles dorées. Alors dans un effort surhumain qui m'arracha un cri de rage je me hissai de la rivière sans me rendre compte que j'emportai avec moi des gerbes d'eau qui gravitaient autour de moi.

Bella s'approcha de moi et me soutînt :

« Ca va aller. » Elle me souriait, malgré sa peur que je décelai dans son regard elle était confiante. Alors je compris ce qu'il me fallait faire. Là où je m'étais toujours cru faible ou incapable, mon instinct me soufflait maintenant qu'il pourrait s'agir d'une force.

« Edward ? » Demandai-je à une pensée non formulée, il hocha la tête en comprenant mon cheminement. J'avais mis à nu devant lui ce que je pensai être la signification de la vision d'Alice et l'importance que Bella soit là. Près de moi je pourrai sans qu'elle s'en aperçoive accroître son don de futur vampire. Pour inventer cela, il fallait bien être phénix... Mais mon fidèle ami me donna la permission de mettre en place ce plan complètement dingue. Malgré le fait que je dus lui confier que Bella serait un jour ou l'autre vampire qu'il le veuille ou nonet qu'elle aurait un don phénoménal il accepta que je l'emmène loin de lui…

« Bella accroche toi à moi. » Sans réfléchir elle obéit. Je sentis une douleur dans mes omoplates, mais n'y attachai guère d'importance, je savais déjà ce qu'il se passait. Je vis les yeux de mes vampires s'écarquiller devant ce prodige, je me découvrais à eux dans toute la splendeur et la terreur de l'être légendaire que j'incarnais. Je déployai mes ailes qui étaient aussi dorées que les yeux de nos amis vampires. Avant de partir, je regardai Edward « je veillerai sur elle comme tu le ferai » pensai-je avec force. Je m'attardai un instant sur leurs visages, ils étaient fiers, magnifiques et prêts à se battre ; pour moi… ils sont ma famille pensai-je. Mais jamais je ne leur dirai, jamais je n'oserai… Je suis un être mythique m'assenai-je, attache toi tant que tu veux à ceux que tu protèges, c'est ton problème mais après il faut assumer. Je leur souriais pour leur insuffler : que sais-je… du courage ? De l'espoir ? Peut-être juste ce que je me refusai à dire… mais qu'ils devaient sentir ou qu'Alice finirait par voir un jour ou l'autre. Avant qu'aucun n'eût le temps de me retenir je pris mon envol, tenant fermement Bella avec un bras.

« Pas d'adieux, murmurai-je à moi-même

-Tu as peur ? », Fit Bella inquiète pour moi. Je baissai mon visage vers elle et lui souriait :

« Il faudrait être fou pour ne pas avoir peur. » Elle hésita un moment, je repris :

« Bella, ce n'est pas parce que j'ai des plumes que tu dois me faire avaler des couleuvres.. » Elle rit de ma blague pitoyable :

« Tu as beau être un phénix, ton humour ne s'est pas amélioré !

-Je dirai bien que je laisse tomber mais ce n'est peut être pas le mot approprié. Allez qu'est ce que tu voulais me demander ? » Nous arrivions, je le sentais ce n'était plus qu'une question de temps avant le combat et j'avais hâte d'être face à mon adversaire pour savoir enfin si mes vies me cachaient quelque chose ou s'il avait menti. Néanmoins quelque chose m'importait encore plus sur le moment : Bella.

« Tu ne peux pas avoir peur de la mort puisque tu seras toujours réincarné.

En principe oui.

Alors de quoi as-tu peur ?

Bella…

S'il te plaît.

Je crois n'avoir jamais réussi à vaincre ce phénix ce qui me pousse à me demander si lui a réussi à me terrasser. M'aurait-il épargné ? Pourquoi aurait-il fait cela ? J'ai peur de ses raisons, j'ai peur qu'il soit effectivement un genre d'âme sœur, cela me terrorise. Succomberai-je à nouveau ?

C'est un amour destructeur, murmura Bella

Mais plus je réfléchis et cette peur n'est rien à côté de celle de vous perdre. Tu vois je suis terrifiée, mais sans cette peur comment trouverai-je le courage de l'affronter ?

J'ai l'impression que tes pensées te conduisent à une issue fatale, à chaque fois que je t'ai entendue tu rassurais les autres, tu étais optimiste voire insouciante par moments. Alors non tu n'as pas peur de mourir… j'ai même l'impression que tu attends la mort, que tu la souhaites fit Bella soudain très angoissée

Pas jusque là tempérai-je, mais je ne reculerai pas devant elle.

Tu es une tête de mule ! » bougonna-t-elle. Je la regardai surprise et éclatai de rire, je m'attendais à tout sauf à ça ! Je la déposai doucement à terre, elle me retint encore un moment :

« Tu ne leur a pas fait d'adieux.

-En effet

-Tu penses mourir, hein ?

Non je n'ai pas besoin de leur dire adieu parce que je sais qu'on va tous se retrouver !

Tu recommences

Pardon ?

A me rassurer ! » Une rafale plus forte que les autres nous atteignit je fis face à l'océan.

« Cramponne toi à moi et quand j'avancerai tu resteras ici d'accord ? » Bella s'exécuta. Elle ne tremblait pas et son contact m'apaisait. Ne pas être seule me donnait encore plus de détermination qu'avant. Ce n'était pas une faiblesse d'être à plusieurs, mais une force. Et je la partageai avec Bella. Ainsi le don qu'elle aurait du développer en étant vampire je le décuplai maintenant et l'en entourai. Celle-ci du s'en apercevoir :

« Florence ! » Elle voulut me tirer en arrière par la taille, j'étais très proche du précipice… Je résistai et posai une main réconfortante sur son épaule pour me dégager :

« Ne t'inquiètes pas, je nous protège. » Bella hocha la tête rassurée, le vent ne semblait pas traverser la bulle dorée, je souris cela pourrait lui servir plus tard. J'avançai de nouveau et me détachai de cette aura protectrice. Je sentis un picotement dans ma main droite, je serrai ma paume, le pommeau d'une épée si trouvait, cela s'avérait pratique d'avoir été mage à une autre époque.

Je levai mon arme et criai comme lors de notre dernière rencontre connue de moi :

« Viens ! Je t'attends ! » La tempête était sur nous à présent et le vent me giflait le visage. Je ne me démontai pas et avançai au bord de la falaise.

Cette fois-ci je menaçai le ciel de mon épée :

« Qu'est-ce que tu attends, prends moi ! Aurai-tu peur ? » Le vent mugit encore plus fort et je crus entendre un hurlement. Alors seulement je discernais mon ennemi : l'homme phénix avait changé de mon souvenir. Il lévitait à présent, des pierres gravitaient près de lui, il utilisait déjà ses capacités psychiques pour m'impressionner : pathétique…

« A nouveau réunis… murmura-t-il, mon ennemi dévisagea Bella, est-ce ton témoin ? Parfait, j'ai également les miens », fit-il en désignant les créatures aquatiques. J'observai ses complices qui de nouveau avaient cru à son chant envoûteur, ils avaient troqué leur liberté et acceptaient d'aller contre leur nature. Ils avaient accepté cette servitude. Ces êtres étaient intelligents et avaient choisi leur destin. Par là même ils choisissaient leur mort. Ma voix aurait pu faire trembler la terre :

« Je vous avais prévenu.

Que crois-tu faire, ma chérie, tu es seule ! J'éclatai de rire devant ses yeux méfiants

Pas cette fois ! »répondit une voix à ma place, je me retournai et mon visage s'illumina de joie en voyant que les vampires n'étaient pas seuls. Alice souriait ; elle aussi très fière de son coup de bluff. Le phénix en face ne moi de décolérait pas, il fulminait :

« Ce n'est pas parce que tu n'es plus seule que je ne t'aurai pas.

-C'est ce qu'on verra ! » Il lança un appel à ses complices qui se jetèrent hors de l'eau pour m'atteindre, ayant Bella toujours derrière moi je ne voulais pas la laisser sans qu'elle ait rejoint les autres. Je saisis fermement mon épée et assenai un coup terrible dans la roche, des monceaux de pierre dévalèrent la pente et écrasèrent une part des assaillants. J'entendis Bella crier derrière moi, je me détournai vivement et me précipitai sur elle, l'attrapant par le col je nous envoyai à 10mètres de hauteur avant qu'une autre créature, qui rampante aurait pu la blesser.

« Voila donc ton point faible, s'exclama le phénix, cette humaine !

-N'essaye même pas ! grondai-je » je déposai Bella sur terre, elle voulut me retenir un instant sentant qu'elle risquait de ne pas me revoir, je lui lançai un regard intimant le silence et devant ses yeux embués de larmes, je lui souris avant de m'envoler à la rencontre de ce phénix. Sans vraiment les voir, je percevais chaque mouvement de mes alliés, les vampires et les loups-garous s'attaquaient aux créatures des eaux et autres êtres rampants. Je découvris que d'autres espèces les avaient rejoint aussi bien dans les deux camps. Je levai la tête et croisai le rictus méprisant de l'homme, je fonçai sur lui et m'arrêtai à un mètre. Nous nous tournions autour pour éprouver l'adresse de l'adversaire.

« Tu m'as manqué, commença-t-il

Maintenant que je te vois, je sais que tu as menti.

Sur notre amour ? Jamais, protesta-t-il, c'est normal que tu ne t'en souviennes pas, tes autres vies sont aussi butées et caractérielles que toi, mais je vais te rappeler à mon bon souvenir.

De l'au-delà parce que tu n'iras pas autre part ! » l'avertis-je tandis que nous échangions les premiers coups d'épée.

PDV Bella

Je me sentais inutile, voire pire dangereuse pour la survie de ma famille et de Florence. Ils devaient constamment se battre et à la fois garder un œil sur moi, pourquoi m'avoir emmenée ? Je ne comprenais pas le plan d'Edward et de Florence. Je cherchais un moyen d'aider mon amie, car ma famille s'en sortait très bien avec l'aide des loups-garous. Je me doutais que parmi les autres intervenants devaient se cacher des légendes mais ils gardaient forme humaine, encore une stratégie pour tromper l'ennemi.

Le combat qui se déroulait au dessus de nos têtes était terrifiant, je levai les yeux fascinés par leur vitesse. Je pouvais suivre cette lutte grâce aux éclats dorés que projetait Florence ou aux sons des coups que je pouvais entendre comme le bruit du tonnerre. A un moment ils se reculèrent tout les deux se mesurant du regard, Florence avait réussi à le blesser :

« Tu penses vraiment me battre ? fit le phénix, ton avantage tient juste de tes ailes et que nous sommes en l'air, mais je peux également les faire apparaître ! » Sur ce il cessa de faire graviter des pierres autour de lui comme défense et des ailes apparurent aussitôt dans son dos. Elles étaient aussi grandes que celles de Florence mais le doré avait disparu, elles étaient … en métal ?! Pourtant elles ne semblaient pas lui peser, mais lui donner encore plus de force pour voler :

« Maintenant on va vraiment pouvoir s'amuser ! », fit-il en dardant un regard sauvage sur mon amie, je criais en le voyant foncer sur elle sans que Flo ne fasse aucun geste pour l'esquiver. Le choc fut intense, je les vis tout deux s'accrocher et lutter pour repousser l'autre, dans un lieu différent j'aurai pu les comparer à deux lutteurs grecs. Florence avait accusé le coup pour l'amener plus près d'elle et l'atteindre, ils confrontaient leur force, aucun ne semblait prendre le pas sur l'autre. J'entendis mon amie pousser un rugissement et dans un regain d'énergie réussir à le frapper. Soudain je sentis une présence derrière moi et me retournai vivement, je retenais un hurlement de frayeur, j'étais encerclé par des… fantômes ?

« Florence !

-Reste à l'intérieur, il ne t'arrivera rien ! »Promit-elle avec force. Je vis la bulle dorée qui me protégeait prendre de l'ampleur. Je comprenais que ces fantômes me servaient d'escorte. Je retournai au combat qui se poursuivait en hauteur, Florence me dévisageait comme partagée avec l'envie de me rejoindre pour me protéger et en finir avec ce phénix.

Elle ne vit pas la deuxième attaque du phénix derrière elle, j'écarquillai les yeux d'horreur, il s'agrippait à son dos, l'empêchant de voler et maltraitant ses ailes, il la tenait par la gorge :

« Elle t'épuise n'est-ce pas ? Tout ces efforts que tu fais pour les protéger sans qu'ils ne s'en rendent compte ? Alors qu'au contraire si mes serviteurs étaient détruits cela ne me ferait absolument rien. Laisse toi aller, voyons, tes vies n'attendent que ça je le sens et toi aussi, libère toi de toute cette énergie…

Non ! », cria-t-elle avec force, Florence se débattit et parvînt à se libérer, griffant au passage ce phénix. Il passa sa main sur sa joue et sourit :

« Alors tu t'en souviens n'est-ce pas ? » Je vis mon amie se pétrifier.