Disclaimer : Les personnages de FF8 ne m'appartiennent pas, ni leur univers. Ils appartiennent à Square Enix.
Bonjour tout le monde !
Voici enfin un nouveau chapitre ! Et dire que j'avais prévu de le mettre début juillet... bref...
Merci à Thalimnie pour avoir vérifié qu'il n'y ait pas de grosses fautes !
Bonne lecture à tous ! J'espère que ça vous plaira !
CHAPITRE VI
Une journée tumultueuse
Tôt le matin, le concierge, préparant son local pour la journée, vit arriver à travers sa fenêtre, la future sous-directrice au pas de course. Se doutant qu'il était question de l'appel reçu dans la nuit et intrigué par cet étrange coup de fil, lui aussi était curieux d'en connaître l'origine.
« Alors Mademoiselle Trèpe, vous savez qui était le mystérieux individu qui demandait auprès du commandant ?
- Un plaisantin semble-t-il, mais monsieur Leonhart m'a prié d'en vérifier la provenance, mentit-elle à ce vieux gardien qu'elle trouvait trop indiscret à son goût. Puis-je utiliser le réseau un instant ? somma-t-elle sèchement.
- Bien sûr... » consentit le vigile n'ayant aucune envie de contrarier la jeune femme.
Celui-ci comprit que sa chance de satisfaire sa curiosité s'était volatilisé définitivement. Déçu de ne pas être mis dans la confidence, il partit s'offrir une pause-café à l'arrière de son poste de contrôle.
Quistis fut soulagée quant à son départ, elle put effectuer librement ses différentes manipulations digne d'un informaticien, et grâce au code d'accès qu'elle détenait de par son statut à venir, elle fut en mesure de repérer la source de l'appel.
Malencontreusement l'information qu'elle démasqua la fit pâlir. Prise par un sursaut de panique, elle effaça toutes traces de son accablante découverte puis dissimula habilement ses émotions au cas où le gardien réapparaisse. Ce dernier ne revenant pas, elle le remercia de loin et se hâta de prendre congé en espérant n'avoir éveillé chez lui aucun soupçon.
« Ne fais plus un pas, Quistis rapplique du dehors ! » entendit-il murmurer.
Il stoppa net tout mouvement afin d'atteindre le recoin à l'abri de tout regard d'où la voix semblait s'être échappée. Il retrouva sans surprise Irvine.
« J'allais me reposer près de ma petite chérie, expliqua le Galbadien, quand j'ai aperçu notre future directrice adjointe dans le hall ! J'ai pensé qu'il valait mieux pour tout le monde qu'elle ne sache pas notre présence dans les parages, et comme je ne voulais pas prendre le risque que tu tombes sur elle, je me suis planqué en attendant que le danger passe. Et… tu es sorti. Je ne connais pas la raison pour laquelle elle s'est introduite chez le concierge, je n'avais pas envie de jouer plus les espions de si grand matin ! » acheva-t-il.
Comme ils perçurent le claquement léger de la porte d'entrée, ils patientèrent en silence que le bruit des pas de la blonde s'éloigne. Puis Irvine suggéra à son ami :
« Si tu veux mon avis, il vaudrait mieux qu'on se rende chez Kadowaki immédiatement pour pouvoir nous reposer toute la matinée. Tu voudras que j'essaie de découvrir pourquoi Quistis visitait le concierge ? »
Squall le sonda quelques secondes :
« Pourquoi fais-tu tout ça, Irvine ?
- Comment ça ? se troubla le sniper.
- D'abord tu acceptes de m'emmener sur l'île, tu gardes un œil sur moi pour le compte de Kadowaki sans trop broncher, et tu raccourcis ta nuit en me suivant jusqu'ici… Pourquoi ? »
Irvine parut réfléchir :
« Je ne sais pas… le manque d'action sans doute… éluda-t-il. Et vu le degré de délabrement dans le coin, il fallait bien que quelqu'un s'assure que rien ne s'écroule autour ! On y va ? »
Squall le scruta nullement convaincu par la réponse. Toutefois sans plus de mots et pour le grand soulagement du cow-boy, ils s'acheminèrent jusque chez le médecin, lequel les réprimanda pour leur manque évident de sommeil.
Le chef des SeeDs ne put pas se soustraire au discours une fois de plus moralisateur de la doctoresse concernant la santé, le sommeil et l'alimentation pendant qu'elle l'examinait sous toutes les coutures sans ménagement.
Ensuite elle prolongea le marché plus ou moins forcé qu'elle avait établi avec Irvine, et l'avertit encore qu'elle n'hésiterait pas à lui infliger une sanction disciplinaire si les conditions qu'elle lui avait exprimées, n'étaient pas respectées dans les temps.
Pour finir, après leur avoir répété de prendre soin d'eux, elle les laissa partir en leur exhortant d'aller se recoucher, ce qu'ils firent.
Dans son bureau, sérieusement bouleversée par le lieu qu'elle venait d'identifier, Quistis se souvint des atroces blessures de Squall quand il avait été rapatrié de la prison. Saisie par de terribles doutes, elle se reprocha qu'elle aurait peut-être dû avertir son supérieur… Même si elle ne portait pas Seifer dans son cœur, jamais elle n'aurait souhaité, ni pour lui, ni pour quiconque d'ailleurs, qu'il subisse les tortures qui se pratiquaient dans cette maudite forteresse.
Néanmoins, prise entre le dilemme d'en informer le commandant ou de laisser courir la situation, elle choisit de ne rien divulguer. Elle qui avait requis, quelques heures plus tôt, que Squall ait une attitude responsable, elle n'agissait en fin de compte pas mieux que lui.
La jeune femme se consola de son choix immoral en se répétant que l'ex-chevalier avait mérité ce qui lui arrivait. Par conséquent, elle était décidée à faire comme si l'appel n'avait jamais existé en s'employant à étudier la pile de dossiers devant elle.
Seulement ses pensées se recentraient inexorablement sur la conversation qu'elle avait eue cette nuit. Elle dut se rendre à l'évidence, son tourment n'allait pas l'abandonner de sitôt. Pourtant la solution à son problème aurait été simple : il lui suffisait de lancer l'assaut sur D-District et tout serait réglé. Mais à sa secrétaire, elle lui avait donné l'ordre qu'on ne la dérange pas jusqu'à la fin de la journée : elle déjeunera dans son bureau et ne se montrera qu'en début de soirée.
Profondément soucieuse, elle ne sortit de son bureau en fin de matinée que parce qu'une bande de cadets, positionnée dans la cour en dessous de ses fenêtres, commençaient à l'exacerber. De telle sorte que lorsqu'elle parvint dans la cour, elle les rabroua sévèrement :
« Qu'est-ce que c'est que ce cirque ! Vous rendez-vous compte du bruit que vous produisez à vous cinq !? Est-ce bien là un comportement d'étudiants ? Je veux bien que vous vous amusiez mais un peu de retenue, je vous en prie ! On vous entend à deux kilomètres à la ronde !
- Oui madame, s'excusa essoufflé, un des jeunes incriminés.
- Plutôt que de vous consacrer à des gamineries, allez aider à déblayer dans les décombres de l'aile Est, vous serez plus utiles ! leur ordonna-t-elle finalement.
- Oui madame ! » se soumirent-ils tous en cœur.
Comme la troupe se déplaça, Quistis saisit le pourquoi du brouhaha inhabituel.
« Linoa ? l'interpella l'ancienne instructrice gênée de la surprendre avec un foulard à moitié sur les yeux. Tu n'as rien de mieux à t'occuper que de dissiper les élèves ? »
La jeune fille, penaude, enleva entièrement son bandeau.
« Pourquoi n'es-tu pas avec Squall ? s'étonna Quistis.
- Parce que Môssieur dort toujours ! rapporta la brunette, une légère pointe d'animosité dans la voix.
- Laisse-lui donc le temps de se rétablir ! lui recommanda l'aînée amicalement.
- D'accord, mais pourquoi ne veut-il pas que je sois avec lui pendant qu'il se repose ? Il ne me permet pas de rentrer chez lui ! se plaignit-elle. Et à mon réveil, voilà tout ce que j'ai eu droit, se lamenta-t-elle en lui présentant le mot que son protecteur lui avait glissé sous sa porte.
- Linoa, je ne veux pas être méchante, cependant apprends à te distraire seule ! » l'encouragea la blonde en déchiffrant la note.
Le message écrit informait que le brun aspirait à avoir une matinée de repos et qu'il était désolé que le code de son appartement eût été changé pour des raisons de sécurité.
« Squall n'est pas ton baby-sitter, reprit Quistis. Si tu ne supportes pas la solitude, Selphie est de très bonne compagnie ! Je préfère que tu la rejoignes plutôt que tu ailles amuser les cadets ! » l'avisa-t-elle encore.
Linoa se dit en elle-même qu'elle n'allait sûrement pas suivre les conseils de son aînée qui ajouta :
« Tu sais, pour que Squall t'apprécie davantage, ne sois pas aussi pressante avec lui. »
L'administratrice retourna d'un bon pas du côté de son bureau, laissant Linoa rageuse intérieurement. Quistis ne s'en préoccupa plus mais avant d'entrer dans le bâtiment principal, elle décida d'effectuer un détour pour atteindre le groupe qu'elle venait de réprimander. Elle s'adressa à l'un d'eux en particulier :
« Kyle, je peux savoir ce qui se passe avec mademoiselle Heartilly ? J'ai constaté qu'elle s'invitait beaucoup dans ton groupe en ce moment ?! enquêta innocemment la jeune femme.
- Je ne sais pas madame, elle a demandé à se joindre à nous. Il n'y avait aucune raison de ne pas l'accepter… À moins que nous aurions dû l'exclure parce qu'elle est la petite amie du commandant ? testa sournoisement l'élève interrogé.
- Non, bien sûr que non, assura Quistis.
- D'ailleurs, continua celui-ci avec un sourire moqueur, si ça ne lui plaît pas que sa fiancée passe du temps avec nous, il ferait bien d'être plus présent à ses côtés !
- Kyle ! Il s'agit de ton supérieur dont tu parles ! s'offusqua l'ancienne instructrice.
- Est-ce que je dois m'attendre à un blâme, madame ?
- Non ! Cependant fais attention à toi… Le manque de discipline est l'une des raisons pour laquelle tu pourrais échouer à devenir leader un jour ! C'est compris ? l'avertit-elle gravement.
- Oui m'dame. Est-ce que cela signifie que je ne dois plus m'approcher de mademoiselle Heartilly, m'dame ? la consulta-t-il de nouveau avec malice.
- Je te mets juste en garde de ne pas t'aventurer dans quelque chose que tu pourrais regretter plus tard ! » le prévint-elle.
Sur ce dernier avertissement, elle se dirigea vers son office.
À son réveil en fin de matinée, il eut une irrésistible envie de vérifier un détail. Une fois encore, le passé de Squall n'avait nullement l'intention de le laisser en paix. Il sortit donc une boite en fer qui avait été rangée soigneusement dans sa récente armoire.
Après avoir placé celle-ci sur la petite table du salon, il se mit à chercher un papier qu'il avait conservé.
Quelques années plus tôt à l'orphelinat, suite à l'information que Seifer entrait à l'Académie de la BGU pour la nouvelle année scolaire, en même temps que Quistis d'ailleurs, il s'était surpris d'en avoir éprouvé de la contrariété.
Zell ayant été adopté, Irvine et Selphie demeureraient avec lui au foyer mais ce n'était pas pareil. Qui donc allait le chamailler sans cesse ?
Plus l'échéance s'était approchée, plus cela l'avait tourmenté. C'était la première fois qu'il avait pris conscience que le blond avait une quelconque signification dans son existence.
Cet éloignement lui avait pas mal occupé l'esprit. Il s'était interrogé de savoir si son chemin croiserait encore celui de l'aîné ou non, et surtout s'il serait affecté dans la même académie que lui l'année suivante.
Assis dans son salon, il se remémora alors qu'il avait été autant désorienté par cette future absence que par ce trouble qui avait fait surface quand il avait récupéré les affaires de l'ex-chevalier, près du château de la prêtresse.
Dans ses souvenirs, cette séparation l'avait rendu plus taciturne, plus renfermé, et plus maussade que jamais. De ce changement, les cinq autres enfants avaient été un peu chagrinés mais ils s'étaient promis de se revoir un jour et de ne pas s'oublier. Squall ne croyait pas aux promesses et il n'avait pas participé à la petite fête donnée en l'honneur de ses deux camarades transférés.
Ainsi triste à en perdre l'âme, le jeune garçon s'était muré davantage dans son mutisme une semaine avant. Le moment venu, il n'avait pas souhaité dire au revoir à Seifer. Seule Quistis l'avait embrassé telle une grande sœur la veille au soir sachant que son cadet n'aimait pas les ''adieux''.
Effectivement le jour du départ, Squall s'était caché toute la journée. Il n'était reparu que dans la soirée juste avant le dîner, après s'être assuré que ses amis avaient quitté les lieux. Plus tard, dans sa chambre, il avait découvert, étonné, une enveloppe à son nom déposée sur son lit. Il avait identifié instantanément l'écriture de son aîné. Et cette lettre qu'il venait de se rapproprier relatait ces mots :
''Eh ! C'est pas gentil de ta part de faire la gueule à tout le monde comme ça, et en particulier À MOI !
Bon je vais pas retourner toute l'île pour te retrouver !
Tu cherches à prouver quoi ? Que je m'en fiche de toi ? Que je t'abandonne ? Mais je n'ai pas le choix... tu sais aussi bien que moi qu'à partir de dix ans, on ne peut pas rester ici !
Toi quand quelqu'un te quitte, faut tout de suite que t'imagines que jamais plus tu reverras la personne ! Arrête de dramatiser Squall !
Tu te demandes comment je sais ce que tu penses hein ? Ben... j'ai appris à te connaître...
Matrone m'a dit qu'il y avait de grande chance pour que tu sois muté aussi à la BGU. Tu vois, tu me rejoindras dans un an ! Alors t'inquiète Princesse, je serai toujours là pour t'embêter ! Tu te débarrasseras pas de moi aussi facilement !
Bon… Tu te pointes toujours pas à ce que je vois et faut que je m'en aille... Tu me laisses pas le choix que de te dire au revoir comme ça... Toi quand t'en veux à quelqu'un, c'est pas à moitié ! Genre têtu t'es pire que moi !
Bon un conseil : fais attention à Irvine, je trouve qu'il a trop les mains baladeuses sur toi, les ''guillis'' c'est pour les filles ! Quel gamin celui-là !
Toujours pas de Leonhart à l'horizon !? Et j'ai mal à la main à force d'écrire ! J'espère que le phare est assez confortable pour toi ! Eh oui, je sais aussi où tu t'es planqué Princesse… surpris hein ? (bah, c'était facile à deviner en même temps...)
Qu'est-ce que tu dis ? Que j'aille me faire foutre !? hé-hé, je sais ça aussi ! Et pourquoi je ne t'y ai pas retrouvé ? Eh ben fallait pas me bouder !
Bon, encore un conseil : arrête cette méchante manie que t'as d'assassiner les gens avec ton regard ! Quoi que t'es plutôt mignon quand tu me lances ce regard... Puberty boy...
J'ai convaincu Matrone de te laisser tranquille. Je lui ai dit que c'était à cause de moi que tu t'étais caché… que c'était une sorte de pari… mais que tu reviendrais avant le dîner pour pas l'inquiéter (ce que j'espère...).
J'ai expliqué aussi que c'était de ma faute si t'étais mal luné ces jours-ci, j'ai raconté que je t'avais beaucoup embêté... Hé-hé, tout le monde y a cru ! Au point que Matrone m'a même grondé ! Mais pas grave... Sois sage et poli avec elle !
Et c'est pas parce que je m'en vais un an que tu dois M'oublier !''
Cependant Squall se rappela que lorsqu'il avait intégré la BGU à son tour, ses espoirs de reprendre sa plus ou moins camaraderie avec le blond avaient été anéantis.
D'abord, devinant qu'ils n'auraient pas les mêmes emplois du temps, il s'était donné comme objectif d'obtenir les meilleures notes possibles afin de convaincre ses professeurs qu'il était apte à sauter une classe et de rallier de cette manière la même section que Seifer.
Toutefois rien n'était allé comme il l'avait espéré en cette première année. Squall n'avait vu l'aîné que de loin et ça s'était arrêté là. Au début, il avait tenté d'aller à la rencontre du blond mais en aucun cas il n'avait songé que ce dernier l'ignorerait, et tandis qu'il était avec d'autres, lui ferait des signes de dégager dès que le brun essayait de l'approcher. Il lui était apparu que son camarade avait changé et qu'il était en effet bien occupé en compagnie de ses nouveaux amis.
De ce fait, ayant constaté que Seifer n'avait vraisemblablement pas envie de s'afficher avec lui, Squall n'avait pas plus insisté... question de fierté. Si l'aîné avait eu le désir de discuter en tête-à-tête avec lui, le jeune gunbladiste lui en avait laissé plusieurs fois l'occasion. Il en avait donc conclu qu'il avait eu raison de ne pas s'être noué à cette stupide promesse. Seifer s'en fichait de lui contrairement à ce qu'il avait eu l'air de lui signifier dans sa lettre.
Également l'aîné avait semblé réellement prendre son rôle de membre du comité de discipline au sérieux, même beaucoup trop, en présence de ses acolytes. L'académie semblait avoir amplifié ses défauts plutôt que ses qualités. Par exemple, il avait été bien parti pour importuner plus qu'il n'en fallait un blondinet ayant quelque difficulté à respecter le règlement intérieur de l'école, ainsi que tout novice exécutant le moindre faux pas.
Le brun s'était enquis de savoir si Zell, dans la même classe que lui, avait besoin d'aide contre son tourmenteur mais le jeune militaire, orgueilleux, avait décliné l'offre en réfutant qu'il était tout à fait capable de se défendre avec ses poings et sa répartie.
En somme Squall avait étudié durement non pas pour atteindre le niveau supérieur mais dans le but de rayer de sa mémoire ce lien qu'il avait eu avec Seifer. Le travail aidant, cela avait réussi.
Cependant au moment où il s'y était attendu le moins, trois ans plus tard, le maître d'armes du blond avait fait monter Squall d'un échelon. L'instructeur avait entendu parler de lui dans la salle des professeurs en tant que remarquable élève aussi bien dans le maniement de la gunblade que dans les matières écrites. De plus il avait eu besoin d'urgence d'assigner un nouveau partenaire de combat à cet étudiant perturbateur qui malgré tout valait la peine qu'on croit en lui.
Au bout du compte, Squall avait fini par rejoindre son aîné. Néanmoins, Seifer n'était devenu plus qu'un simple rival à ses yeux.
Revenu à la réalité, présentement en ce début d'après-midi, pour une fois, cela ne le dérangea pas qu'Irvine vienne le chercher en vue du déjeuner, cela lui changerait les idées.
Après leur repas réalisé dans une certaine tranquillité, les deux SeeDs parvinrent aux préparations de la fête de la soirée prévue.
« On ne se quitte plus vous deux ! » plaisanta Zell en les voyant venir.
Le puncheur s'était pleinement consacré à terminer l'installation des festivités.
« Yep, je vais finir par croire que tu me trompes avec Squall, Irvine ! » surenchérit Selphie en éclatant de rire, laquelle venait d'entrer dans la salle.
Le sniper s'empourpra tandis que Squall les tança de son regard perçant.
« Ouahouahouah ! continua Zell qui ne savait pas quand arrêter de plaisanter. Irvine rougit comme une fille en amour !
- Vous racontez vraiment n'importe quoi ! bouda le rouquin. Squall dit quelque chose ! l'incita-t-il.
- Je vous laisse à vos futilités ! énonça simplement celui-ci avant de s'éclipser.
- Ah vous voyez, Squall n'apprécie pas non plus ! leur renvoya Irvine.
- Bah... c'était pour s'amuser ! éclaircit Selphie.
- Ouais, ben en tout cas je ne vous attendais plus vous deux, on a quasiment fini ! s'exclama le blond satisfait de son œuvre.
- Waouh, c'est magnifique ! complimenta alors la brunette comme elle s'émerveillait du décor. Je n'aurais jamais imaginé que tu ferais du si bon travail !
- Ce sont les élèves que tu dois féliciter, ils m'ont bien aidé ! confia Zell. Et puis je me suis conformé à ta ligne de conduite ! Aussi très important : tu m'avais confié la clé du coffre au trésor ! lui sourit-il en agitant la clé du débarras où résidaient toutes les décorations.
- Mais tout de même ! Ça te va bien de donner des ordres à tout bout de champ et à n'importe qui ! plaisanta Selphie en évoquant les propos de Quistis le soir d'avant. C'est décidé, tu seras mon décorateur en chef pour le prochain festival ! s'enthousiasma-t-elle, présageant qu'il ne refusera pas.
- C'est d'accord, approuva ce dernier. Au bout du compte, je vais pouvoir l'organiser ce stand de hot-dogs !
- Tope-là, mon chef-déco ! » ovationna Selphie en frappant dans la main offerte du karatéka.
Quant à Irvine, il raffermit son étreinte autour de la taille de sa chérie.
« Heu… Pour ton stand, Quistis devra probablement te donner l'autorisation, précisa la brunette. Et sinon, tu as déjeuné avec elle aujourd'hui ?
- Non, regretta le boxeur légèrement désappointé : il s'était imaginé qu'avec les événements passés, ils étaient désormais un groupe soudé. Shu m'a spécifié que je ne devais la déranger sous aucun prétexte à moins d'un grave problème ! désapprouva-t-il en se rappelant comment il s'était fait évincer par la secrétaire.
- Ah bon ? C'est inattendu qu'elle se soit remise au travail si vite ! se soucia Selphie. Elle a autant besoin de décompresser que nous !
- Tu connais Quistis ! se manifesta Irvine. Son côté perfectionniste aura repris le dessus sur sa fatigue ! »
Tout à coup la voix stridente et excitée de la future sous-directrice les sortit de leur bavardage.
« Ici Quistis Trèpe, votre attention s'il vous plaît ! Irvine Kinnéas, tu es convié à te rendre à mon bureau immédiatement ! écoutèrent-ils tous.
- En parlant du loup ! s'exclama jovialement la brunette.
- Je croyais que ces hauts parleurs ne fonctionnaient plus ! se moqua Zell. Quel est l'idiot qui les a réparés, ce truc va nous casser à nouveau les oreilles ?!
- Idiot toi-même ! le rembarra Irvine. C'est moi qui les ai réparés ! Il fallait bien les remettre en état de marche de toute façon, non ?!
- Ouais ben la prochaine fois tu y réfléchiras à deux fois avant de restaurer quelque chose, électronic-man ! le railla Zell.
- Tu vas arrêter de te foutre de moi ! le houspilla le sniper en lui ébouriffant les cheveux.
- Je serais toi, je me grouillerais. On dirait bien que tu vas te récolter un de ces savons ! » le nargua-t-il encore.
Le play-boy se tourna face à Selphie :
« Il a raison, soupira-t-il en levant les bras en signe d'impuissance. Souhaite-moi bonne chance, ma petite pomme d'amour ! déclama-t-il alors théâtralement en embrassant sa bien-aimée.
- Bonne chance mon Irvinou ! reproduit-elle joyeusement.
- Rhaa… Vous êtes trop dégoulinants de guimauves, ça me donne envie de vomir ! blagua une dernière fois le blondinet.
- Eh, pas de mauvaises ondes sur mon couple ! » objecta Selphie gaiement tandis que son âme-sœur s'éloignait.
Irvine, légèrement anxieux devant le bureau de l'administratrice comme il n'avait aucune envie d'une confrontation, frappa à la porte.
« Entre ! assigna-t-elle au jeune homme qu'elle invita à s'asseoir par un geste.
- Bon, tu te doutes de la raison pour laquelle je t'ai convoqué ? lui demanda-t-elle sans détour.
- Je dirais que si ça n'a aucun rapport avec Squall, je serais terriblement déçu ! hasarda-t-il. Néanmoins je n'aimerais mieux pas... ajouta-t-il avec appréhension.
- Eh bien tant pis Irvine, parce qu'effectivement c'est en lien avec Squall. Où étiez-vous hier après-midi ?! » revendiqua-t-elle brutalement.
Le tireur d'élite, se passant une main sur le visage, tarda à répondre.
« Attends, sourit-il déconcerté. En as-tu rediscuté avec lui au moins ?
- Si je l'avais fait, je ne t'aurais pas sollicité ! s'impatienta-t-elle.
- Eh bien alors, je crains de ne pouvoir te renseigner Quis, soutint-il mal à l'aise.
- Ne m'appelle pas comme ça, il n'y a pas de camaraderie ici ! le remit-elle à sa place.
- Oh mais j'avais bien remarqué ! » s'exclama-t-il méprisant définitivement le ton avec lequel elle l'interrogeait.
La jeune femme se repositionna plus confortablement dans son siège, pinça ses lèvres, considéra le sniper, sembla réfléchir, et réalisant que son interlocuteur ne comptait effectivement rien lui révéler, déclara abruptement :
« Tu le prends comme ça ?
- Sinon quoi, des menaces ? anticipa-t-il consterné.
- Non, je n'irais pas jusque-là mais j'ai présentement ton dossier, indiqua-t-elle en exhibant la couverture du fichier où l'identité et la photo de l'étudiant apparaissaient.
- Et alors ? s'enquit le cow-boy nerveusement.
- Eh bien soit tu me racontes votre petite balade, soit je te renvoie de l'endroit d'où tu viens !
- Ah oui ? De la salle des fêtes ? ironisa-t-il à contrecœur incapable de croire à l'évolution de la situation.
- Arrête ton sarcasme, Irvine ! Je suis sérieuse, le gronda-t-elle.
- Et dire que tu as précisé que tu ne me menacerais pas. Effectivement le chantage, c'est beaucoup plus élégant ! réprouva-t-il dégoûté. Je regrette mais je n'ai absolument rien à te rapporter Quis ! s'appliqua-t-il à lui faire assimiler une bonne fois pour toute.
- Je t'ai déjà dit de ne pas m'appeler par ce surnom ! le rabroua-t-elle. Pourquoi vous obstinez-vous toi et Squall à ne rien dévoiler ? J'exige que tu m'informes ! » le harcela-t-elle hargneusement.
Exaspéré par la tournure de l'entretien, il se leva.
« J'en ai assez ! Tu n'as aucun ordre à me donner, tu n'es même pas mon supérieur ! lui fit-il remarquer.
- Quand je serai nommée Directrice, ça pourrait bien changer ! l'intimida-t-elle. Et même maintenant, avec de bons arguments, ça me serait très facile de t'expulser ! C'est à cause de toi si Squall a été torturé, arbora-t-elle en définitive. Certes tu as prouvé ta valeur par la suite, mais tu n'aurais pas dû flancher sur ce coup-là, Irvine ! avança-t-elle sans scrupule.
- C'est réellement ce que tu penses ? En somme tu es toujours la même petite peste que j'ai connue à l'orphelinat ! fulmina-t-il.
- Désolé si tu ne supportes pas de voir la vérité en face ! Ton directeur m'a déjà envoyé par fax le formulaire de transfert signé, il ne me suffit plus qu'à obtenir l'accord de Cid, mentit-elle puisque le commandant avait également à apposer sa signature. Alors tu peux préparer tes bagages !
- Je te plains sérieusement, Quistis ! Je ne te demande pas la permission de me retirer ! »
Irvine sortit furibond du bureau en claquant la porte. Il retourna directement dans la salle des fêtes. Apercevant son chef réglant les derniers détails pour la soirée avec Zell et Selphie, il s'adressa directement à lui :
« Très bien alors je peux m'accommoder de ton caractère compliqué, Squall, je m'en arrange à peu près ! Mais si Quistis y mêle son tempérament de petit chef limite persécuteur, vous allez très vite apprendre que moi aussi je peux être insupportable !
- Qu'est-il arrivé ? s'alarma l'épéiste.
- Comme tu le dirais infiniment mieux que moi : ce ne sont pas tes affaires ! scanda un Irvine énervé.
- Houlà ! Quistis n'a pas dû y aller de mains mortes avec toi mon Irvinou !
- Je ne sais pas si ses futures responsabilités lui font prendre la grosse tête mais elle commence à adopter ses airs supérieurs comme dans le temps ! Je confirme : les mauvaises habitudes reviennent vite au galop ! C'est étonnant que Seifer ait pu la supporter durant un an comme instructrice sans lui mettre son poing sur la tronche ! À moins que je n'en ai jamais rien su ! »
Comme Squall allait intervenir, Irvine le devança :
« Il faut que je dégage d'ici pour m'apaiser ! Selph, je t'emmène faire un tour ! annonça-t-il en attrapant la main de sa dulcinée.
- Bon ! émit-elle.
- Désolé pour mon emportement Squall, mais il fallait que ça sorte… confessa Irvine à son supérieur avant de déguerpir.
- Si tu m'expliques la raison de son emballement, je peux lui en toucher deux mots ! proposa le brun.
- Non, je suis assez grand pour me débrouiller seul ! assura-t-il avant d'entraîner Selphie vers les garages.
- Ne profitez pas de notre absence pour vous entre-tuer ! lança-t-elle aux garçons, avec un petit sourire ennuyé de les quitter si rapidement.
- J'espère que tu n'as pas peur de la vitesse, ma petite pomme d'amour ! l'avertit son cow-boy.
- Tu plaisantes Irvy ! » s'exclama-t-elle feignant d'avoir été offensée.
Les deux SeeDs observèrent les amoureux s'éloigner, Irvine chuchota encore quelques mots dans l'oreille de sa compagne et entendirent un grand ''Kyaaa'' retentir de la part de la jeune fille.
C'est alors que le gunblader prit conscience que sa relation avec Linoa ne conduisait nulle part.
Tout reconsidéré, il avait même la sensation d'avoir été entraîné dans un engrenage malgré lui. L'insistance qu'elle avait eu de vouloir qu'il l'aime, l'excitation des combats, la réelle menace qui avait finalement pesé sur elle, le risque de la sauver des mains de la prêtresse, la peur de la perdre, tout cela avait eu raison de son indifférence envers elle. De surcroît, avec l'exaltation des retrouvailles après l'avoir arrachée aux différents dangers, et à cause du fort élan amoureux de la soupirante, il l'avait au bout du compte entourée d'affection et de tendresse juste avant l'élimination de l'horrible nécromancienne, donnant l'impression, à tort, que leurs sentiments étaient réciproques.
À présent que la tension était retombée, que les menaces étaient neutralisées, que Linoa était sauve, il convint qu'il n'avait pas envie de s'impliquer plus avec elle. Surtout, être affectueux, attentionné et passionné autant qu'elle l'aspirait n'était définitivement pas son style. Et il n'avait aucune intention de changer.
Ne désirant pas gâcher la soirée, il se résolut à ne rien révéler à la princesse de sa décision de rompre. Il sortit de sa réflexion et laissa Zell à ses occupations.
Puisqu'elle n'avait pas la possibilité d'avoir Squall en exclusivité, elle comptait compenser l'absence de son bien-aimé par différents procédés de son cru.
Il ne lui fallut pas longtemps pour retrouver le groupe avec qui elle venait tout juste de sympathiser.
En conséquence, le brun repéra Linoa sur le terrain de basket, jouant avec les quatre garçons qu'il supposa être les étudiants dont Quistis avait fait allusion la veille.
Il s'avança pour interpeller la jeune fille. Les élèves arrêtèrent leur jeu quand ils reconnurent leur supérieur malgré sa tenue décontractée. Ils le saluèrent poliment, leur chef leur renvoyant un signe de la main.
« Linoa, je peux t'emmener dans un endroit plus calme ? la pria-t-il aimablement.
- Eh Squall, tu te joins à nous ? convia la brunette espiègle.
- Allez commandant ! l'incita un cadet. Ce serait un honneur pour nous ! »
Détestant cette forme de sollicitation, le gunblader choisit de ne rien avoir entendu.
« Linoa, j'ai vraiment besoin de discuter avec toi ! réitéra-t-il plus durement.
- Mais Squall, je ne peux pas laisser tomber mes nouveaux amis et abandonner la partie comme ça ! Occupe-toi en m'attendant mon amour ! prôna-t-elle comme si le jeune homme avait l'habitude qu'on lui dicte sa conduite, surtout venant d'une civile. J'arrive bientôt mon chéri ! » s'adressa-t-elle à lui de la même manière que s'il s'était agi d'un enfant.
Sa patience ayant une limite, le commandant agrippa le bras de la brunette et l'entraîna de force comme une gosse qui aurait fait des sottises.
« Désolé ! certifia-t-il en toisant les étudiants, conscient qu'ils avaient le regard rivé sur lui. Une querelle d'amoureux ! » indiqua-t-il comme tous étaient ébahis de l'attitude de leur nouveau chef qu'ils ne connaissaient pas suffisamment.
À l'écart, le brun desserra sa prise :
« Encore une fois, ça te prend souvent d'adopter ce ton devant eux ? C'est quoi ton problème au juste ? s'enflamma-t-il.
- Qu'est-ce que j'ai fait ? articula Linoa naïvement. Je ne savais pas qu'il y avait une façon de te parler en public ! » ajouta-t-elle en faisant la moue.
Squall tenta d'ignorer le comportement de son interlocutrice et lança le sujet pour lequel il était venu la chercher :
« Pourquoi as-tu menti à Almasy en prétendant que nous avions couché ensemble ?
- C'est de ça dont tu veux discuter ? s'écria-t-elle en élevant la voix dans les aiguës, confuse que Squall connaisse sa conversation avec le blond juste avant la guerre.
- Donc tu ne nies pas ! nota Squall. J'attends ton explication !
- Heu… déjà, comment as-tu su ? l'interrogea-t-elle pour gagner du temps.
- Renseigne-moi d'abord ! exigea-t-il.
- Bien… s'exécuta-t-elle pas très rassurée. Seifer était devenu très collant avec moi… Il m'avait suppliée de ressortir avec lui… alors pour le refouler j'ai inventé la première bêtise qui m'est sortie par la tête ! bredouilla-t-elle embarrassée.
- Et il t'a cru ?! l'étudia-t-il doutant de la véracité du récit.
- Oui il était drôlement en colère mais il m'a laissé tranquille ! éluda-t-elle persuadée qu'elle en avait terminé avec son illustration.
- Pourquoi ne m'as-tu pas averti ? lui reprocha le brun.
- C'était la veille de l'examen SeeD, je ne voulais pas te déranger… se justifia-t-elle fébrilement.
- Tu n'as pas pensé que ça aurait pu me porter préjudice que tu le montes ainsi contre moi à quelques heures de l'examen ?
- C'est tout ce que j'ai trouvé pour le repousser ! s'excusa-t-elle. En tout cas ça a marché ! acheva-t-elle contente.
- C'est sûr, le lendemain, il était aux prises avec Ultimécia ! mit-il en évidence irrité par les précisions qui étaient loin de le convaincre. Lui et moi sommes très différents, qu'est-ce qui t'a attiré chez moi en fin de compte ?
- Oh mais tu m'agaces avec tes questions ! s'énerva-t-elle à son tour. Squall, ça suffit des disputes, j'en ai marre ! » réfuta-t-elle dans le but de détourner la conversation.
Elle plaça alors sa main sur la nuque de son amoureux et le massa. Il fut surpris par la manœuvre mais ne souhaitant pas contrarier la jeune fille, il ne brisa pas le contact.
« Tu es d'accord de m'accueillir chez toi cette nuit ? » réclama la brunette en minaudant.
- Écoute, je te consacre l'après-midi comme c'était prévu mais auparavant je dois rencontrer Quistis, il n'y en a pas pour longtemps, proposa-t-il pour essayer de contenter la jeune fille.
- Et tu es avec moi toute la soirée ! » renchérit-elle à moitié comblée.
Satisfait d'avoir trouvé un compromis sans que Linoa ne soit pas davantage désenchantée, il se pressa vers les bureaux administratifs.
Après avoir facilement persuadé Shu de lever le barrage à l'étude de l'ancienne instructrice, Squall cogna sans hésitation à la porte qu'il ouvrit presque instantanément.
« Quistis, je peux te voir ?
- Oh oui ! s'exclama-t-elle réjouie d'avoir été interrompue dans son travail par son regretté élève. J'ai justement besoin d'une pause, admit-elle en abandonnant ses papiers. Que veux-tu ? »
Il prit un siège et attaqua :
« J'ai entendu dire que tu avais été déplaisante avec Irvine.
- Ah ! Je vois… Il n'aura pas fallu longtemps au cow-boy pour aller se plaindre ! allégua-t-elle avec amertume. Je suppose qu'il t'a tout déballé !
- Détrompe-toi, il a juste évoqué que tu avais été particulièrement désagréable. En tout cas, je remarque que tu ne le portes pas dans ton cœur… J'espère que ça n'a rien à voir avec les événements d'hier ! voulut-il s'assurer.
- Eh bien si justement ! reconnut-elle agacée en croisant les bras sur sa poitrine.
- Il m'avait semblé pourtant qu'on avait clos cette histoire ! Je me suis même excusé de t'avoir inquiétée, ça ne t'a donc pas suffi ?!
- J'ai besoin de savoir, se disculpa-t-elle, je me fais du souci pour toi !
- Ta sollicitude commence sérieusement à m'excéder Quistis ! » pesta-t-il.
La jeune femme se renfrogna sur elle-même.
« Comment en es-tu parvenue à ce que Irvine sorte de ses gonds alors ?
- Il n'a pas non plus daigné me renseigner sur votre sortie ! s'excita-t-elle. Donc oui, je lui ai fait comprendre qu'il n'était plus le bienvenu ici !
- Mais c'est encore pire que ce que j'avais imaginé ! s'indigna-t-il. Je comprends mieux son emportement maintenant !
- Cette affaire me contrarie et je n'arrive toujours pas à saisir ton entêtement à ne pas vouloir t'expliquer ! cria-t-elle exaspérée de subsister dans l'ignorance.
- Est-ce une raison valable pour intimider un membre de mon équipe ? » répliqua-t-il en colère.
Convenant qu'elle avait eu une attitude quelque peu excessive avec le sniper, elle demeura silencieuse. Squall la sermonna :
« En tout cas par la suite, je t'interdis d'interroger quiconque sans ma permission quand je suis impliqué, et surtout en tenant des propos si déplorables !
- Je voulais vraiment savoir où tu étais ! » plaida-t-elle.
L'appel de Seifer s'immisça à nouveau dans sa tête. Son secret lui paraissait tellement irresponsable dorénavant, qu'elle en eut presque des larmes aux yeux. Surtout elle enrageait contre le blond : n'aurait-il pas pu rester tranquille là où il était ?
Squall, pressentant l'apparition d'un mal de tête et remarquant le trouble de son ancienne instructrice, tenta de détendre l'atmosphère :
« Bon je crois qu'on est tous plus ou moins à fleur de peau en ce moment. Je sais que tu es restée cloîtrée toute la matinée, alors vas donc prendre l'air ! Mais je t'en prie, ne maudit pas Irvine pour avoir respecté mes ordres ! » insista-t-il.
Puis il se mit debout en vue de rejoindre Linoa.
« Pour le bal, je veux que tu te fasses resplendissante. Repose-toi un peu avant, préconisa-t-il plus calmement, tu as l'air vraiment à cran. »
Elle releva la tête décontenancée que Squall lui donne quelques conseils puis elle hocha la tête en étouffant un oui.
« J'espère que ton discours ne sera pas autant assommant que celui de Cid ! » entreprit-il de la dérider.
Elle tâcha de mettre de côté le petit panneau d'affichage ''sauver Seifer'' en lettres rouges qui clignotait désormais en boucle dans sa tête… et s'efforça de sourire au leader avant qu'il ne sorte.
Linoa n'avait pas eu à le traîner à la soirée comme elle l'avait pressenti. En tant que Chef des SeeDs, il avait estimé devoir être présent à la réception et ne pas se livrer à une brève apparition telle qu'il se serait employé dans d'autres circonstances.
Lorsqu'il entra dans la salle de bal avec Linoa, vêtu de son nouveau costume de commandant, Squall réussit à contourner Selphie qui avait une fois de plus sa caméra entre les mains. Il tomba sur Irvine qui amusait son public par des facéties. Ensuite il repéra Quistis et Zell en grande discussion avec le directeur et sa femme. Il parvint jusqu'à eux, sa compagne toujours à son bras.
Les invités, habillés de leur tenue d'apparat, arrivaient au fur et à mesure, et avaient du temps pour se retrouver autour de jus de fruits et de gâteaux apéritifs. Chacun s'attablait progressivement là où ils le souhaitaient.
Linoa s'approcha des petits plaisirs salés et se versa un rafraîchissement tandis que Squall se fit étreindre par son ancienne nourrice sous le regard amusé des deux autres SeeDs et du doyen.
Une fois assis, l'officier, prêtant une oreille distraite aux bavardages autour de lui, jeta un coup d'œil sur l'ensemble des convives. C'est alors que la lassitude l'accapara. L'instant qu'il vivait était loin de le satisfaire et cela suscitait une infinie tristesse en lui. Une certaine absence l'oppressa lui conférant l'envie de disparaître de son monde.
Il s'extrait de ses pensées quand il s'aperçut que Cid allait procéder à son discours. Tout le monde était installé cette fois, et était devenu silencieux en vue d'écouter.
Le directeur débuta son allocution par l'éloge de son groupe militaire favori, rendit hommage à l'ensemble des soldats, puis les félicita tous pour leur victoire. En second lieu, ses propos portèrent sur Quistis. Il rappela qu'elle avait été un parfait professeur durant l'année écoulée et précisa que parmi ses anciens élèves se trouvaient maintenant les meilleurs SeeDs. Il poursuivit en stipulant qu'elle s'était également illustrée en tant que combattante. Pour toutes ces raisons, il la nommait Directrice Adjointe. Par conséquent, non seulement elle supervisera la partie administrative tout en ayant un certain pouvoir sur les prises de décisions, mais en plus, elle sera en charge d'une classe de rattrapage.
Pour ne pas éprouver la honte et le doute qui menaçaient de l'envahir en entendant les termes élogieux du proviseur, Quistis s'appliqua à faire abstraction des événements survenus avec le Galbadien, et le larbin de la nécromancienne comme elle le surnommait dans ses pensées.
La déclaration de Cid s'achevant, ce fut à son tour de s'exprimer. Elle témoigna au préalable sa reconnaissance au doyen pour ses compliments, ajouta qu'elle était fière d'avoir été l'instructrice de bons élèves tels que Squall et Zell... Après quoi, elle remercia encore le proviseur de lui accorder sa confiance en lui attribuant de hautes responsabilités. En outre elle souhaita que sa nouvelle classe, accueillant les élèves recalés aux épreuves du SeeD, sera un succès, et conclut par l'annonce de la reprise des cours très prochainement.
À la fin des applaudissements, Quistis céda la place au commandant. Par son laïus, celui-ci salua le courage des combattants en valorisant leur mérite. Il prononça quelques mots sur la paix et l'espoir, indiqua qu'il ambitionnait à rétablir la confiance quant à la suite des événements, et termina pareillement en informant que les entraînements militaires ainsi que les missions allaient redémarrer.
Dans le but de clore cette partie des festivités, les principaux vainqueurs et l'ensemble des SeeDs furent photographiés.
La soirée se prolongea avec le dîner accompagné d'une musique d'ambiance agréable. De cette façon l'assistance fut invitée à se servir au buffet des hors d'œuvres.
Chacun était ravi du déroulement et appréciait le repas. Néanmoins, Squall nota les traits d'angoisse qui trahissaient de temps à autre la sérénité apparente de son ancienne préceptrice. Il fut d'ailleurs étonné quand cette dernière s'excusa pour se soustraire du festin alors qu'ils n'en étaient qu'au plat principal. De même, il s'interrogeait sur les regards que se lançaient de temps à autre elle et Irvine, et qui semblaient chargés d'animosité.
« Le climat est toujours tendu entre toi et Quistis ? se renseigna-t-il auprès de son camarade pour en avoir le cœur net.
- Oui et je ne crois pas que ça s'arrangera, présuma le sniper.
- Pourtant j'ai fait le point avec elle tout à l'heure. Elle devrait te laisser tranquille. » affirma le commandant.
Le cow-boy s'arrêta de manger pour considérer Squall :
« Eh, ne t'avais-je pas spécifié que je me débrouillerais seul ? récrimina Irvine en fronçant les sourcils.
- C'est à moi qu'elle en veut. Elle n'a pas à pas à se montrer autant insistante avec toi, fit remarquer son chef. J'espère qu'elle ne t'importunera plus.
- J'aimerais te croire Squall sauf qu'avec sa nouvelle autorité, permets-moi d'en douter ! craignit le tireur d'élite.
- Pourquoi donc ?
- Bah... je n'ai pas envie d'en discuter. Mais je pense m'éclipser quelque temps d'ici, annonça-t-il sous la stupéfaction de Squall. J'ai envie de changer d'air. L'atmosphère de Trabia nous fera le plus grand bien à ma petite pomme d'amour et à moi ! s'enthousiasma-t-il en se tournant vers sa bien-aimée. J'espère seulement que tu nous l'autoriseras. » confia-t-il à son leader.
Ce dernier, contrarié intérieurement, conserva le silence. Il décida de retrouver la Directrice Adjointe puisqu'elle ne réapparaissait pas. Linoa ne manqua pas de l'arrêter par une pression au niveau du bras :
« Où vas-tu ? lui demanda-t-elle désappointée.
- J'ai deux mots à dire à Quistis.
- Ça ne peut pas attendre demain ? commença-t-elle à s'opposer à son départ.
- Je n'en ai que pour quelques minutes ! lui certifia-t-il légèrement agacé.
- Squall ! Tu peux bien attendre la fin du repas non ? supplia-t-elle. Tu fais toujours passer tes amis en premier ! » geignit-elle encore pleine de reproche.
Voyant qu'il ne changerait pas d'avis, elle aussi se retira de table :
« Bien alors tu ne verras aucune objection à ce que je rejoigne les miens d'amis ! » lui jeta-t-elle à la figure.
Ne comptant pas tergiverser avec la jeune fille, il marmonna quelque excuse et partit en direction de son but.
« Contrairement à ce que tu avais envisagé, Selphie, l'ambiance n'est pas à l'apaisement ! déplora le karatéka en observant Linoa s'installer aux côtés de jeunes étudiants. Ceci dit, je vous avais prévenu ! s'exclama-t-il à demi-content d'avoir raison.
- Zell, tu es de mauvaise augure ! » rétorqua la jeune fille mi-sérieuse cependant qu'Irvine, n'émettant aucun commentaire, l'enlaçait.
Dans la salle de bain accolée à son bureau, Quistis s'humectait la figure d'eau fraîche quand elle entendit quelqu'un pénétrer dans son antre.
« Squall ? s'inquiéta-t-elle quand elle revint.
- Irvine veut mettre les voiles, lança le commandant en vue de guetter une réaction.
- Ah ? feignit-elle seulement.
- Tu as une explication à me donner ? Il semblerait que tu ne sois pas étrangère à son choix ! » condamna-t-il tandis qu'il se situait debout en face d'elle, la table de travail les séparant.
Elle ne le contredit pas ; au contraire, elle plaqua face à lui un dossier ouvert. Le gunblader parcourut des yeux le formulaire de transfert déjà signé par le directeur galbadien.
« Tu te fous de moi ? s'indigna-t-il.
- Je comptais le détruire et m'excuser ! se défendit-elle prestement.
- Ah oui, quand ? » maugréa-t-il.
L'épéiste, le dossier entre les mains, s'avança vers la machine à broyer le papier et inséra aussitôt la page incriminée.
Une fois l'opération achevée, il dévisagea sa collaboratrice qui se mordillait les lèvres et s'était défait les cheveux.
« Quoi d'autre ? la questionna-t-il.
- Hein ? s'étonna la jeune femme brusquement détournée de ses pensées fixant toujours l'appareil dans lequel le document avait disparu.
- Je vois bien que quelque chose d'autre te tracasse… notifia-t-il. C'est à cause de ta nouvelle fonction ? Trop de stress, trop de responsabilité ? tenta-t-il de deviner.
- C'est le comble ! Tu essaies de me faire parler ? le taquina-t-elle presque.
- Je te rassure, ça me surprend autant que toi… reconnut-il.
- Je ne t'aurai jamais entendu t'exprimer autant qu'aujourd'hui ! » médita-t-elle à voix haute. D'ailleurs, c'est quoi cette nouvelle façon de t'habiller comme hier soir et cet après-midi ?
- Je suis trop décontracté à ton goût maintenant ? Quistis, je t'en prie… ma tenue n'est pas le sujet ! Qu'est-ce qui t'agite tellement ? »
Elle se surprit à se remémorer le moment où elle avait eu le courage de lui proposer de sortir avec elle dès l'instant où il était devenu SeeD et qu'elle n'était donc plus son professeur. Elle se serait sacrifiée pour pouvoir se retrouver en privé avec lui. Jamais elle n'aurait cru se sentir autant mal à l'aise face son ancien élève tel qu'à cet instant.
« Seifer s'est manifesté, ne put-elle contenir plus longtemps.
- Qu'est-ce que tu veux dire ? s'enquit-il, légèrement troublé par l'évocation de son rival.
- Il a appelé hier soir ! » confessa-t-elle.
Elle demeura silencieuse le temps de réaliser son effet :
« Je l'ai envoyé paître ! lâcha-t-elle comme une évidence.
- Et c'est pour ça que tu es tourmentée ? Envoyer Seifer sur les roses n'est pas une première venant de toi ! » répliqua-t-il à la limite du ton de la plaisanterie.
Quistis le regarda bizarrement. S'essayer à l'humour deux fois de suite dans la même journée, de la part de Squall, ce n'était pas commun.
Comme elle avait l'air réticente à poursuivre son récit, l'épéiste enchaîna impatient :
« Bon mais que voulait-il, où se trouve-t-il ? enquêta-t-il malgré tout agacé de ne pas en avoir été avisé.
- Il t'a demandé ! » hésita-t-elle à avouer.
Il raisonna avec rapidité que si Seifer l'avait sollicité, alors la situation dans laquelle s'était fourré son rival, devait être extrêmement critique.
« Et tu me le dis seulement maintenant ? s'emporta-t-il brusquement.
- Il était tard, plus de 22 h 30 ! Tu t'étais évanoui le soir d'avant, et tu avais besoin de sommeil ! Notre mission nous a tous éreintés ! On a lutté contre lui, j'ai été prise au dépourvu, son appel m'a déboussolé !
- Comme ça tu t'es octroyé le droit de ne pas me mettre en contact ?!
- Je désirais te préserver… se disculpa-t-elle.
- Encore cette connerie de sollicitude ! morigéna-t-il. Je suppose que c'était la raison pour laquelle tu as été chez le concierge ce matin… » percuta-t-il contrarié.
Quistis l'étudia, perplexe.
« Je t'ai entendu revenir, expliqua-t-il. Peu importe… Donc tu as retracé l'appel, en déduisit-il. Où est-il ?
- À D-district… il avait l'air effrayé… je ne sais pas moi ! prononça-t-elle, fatiguée de cette discussion.
- À D-district ? Tu oses me rapporter comme si de rien n'était, qu'il avait l'air effrayé et que tu ne sais pas ?! Et tu as gardé cette info pour toi ? Mais ça ne tourne pas rond dans ta tête ? Tu te rends compte de ce que ça signifie ! D-District !? répéta-t-il ardemment. Tu n'as pas saisi la gravité ou quoi ? Tu le détestes à ce point que tu es capable de l'abandonner à la merci d'on ne sait quels tortionnaires et pour n'importe quelles tortures ?!
- Tu penses que je n'ai pas déjà réfléchi à ça ! pesta-t-elle avec tout de même un fragment de regret dans la voix.
- Ne te méprends pas, c'est moi qui suis furieux contre toi, pas l'inverse ! De plus, si tu avais si bien réfléchi que ça, je ne serais certainement pas là à te crier dessus ! »
Il s'empara du téléphone violemment et composa le numéro qu'il connaissait par cœur depuis peu.
« Laguna Loire pour Leonhart ! » ordonna-t-il dans le combiné.
Une voix dans l'appareil l'informa que le président était totalement injoignable. Squall raccrocha rageusement.
« Et celui-là qui joue à cache-cache ! » hurla-t-il.
Consterné, il toisa Quistis :
« Je n'arrive pas à concevoir que tu m'aies dissimulé ça ! J'espère que tu es satisfaite de toi !
- Si tu crois que j'en suis fière ! se blâma-t-elle.
- C'est peut-être tard pour te lamenter !? lui signala-t-il. C'était un de tes anciens étudiants bordel ! lui rappela-t-il écœuré.
- Comme si Seifer Almasy était un ange à sauver de toute façon ! déplora-t-elle.
- Je m'abstiendrai de ton avis ! Ces temps-ci ton jugement sur les gens est franchement pitoyable ! Songer à expulser Irvine… ?! »
Il ne parvenait pas à décolérer.
« Putain mais elle est révolue la période élève/professeur ! J'aimerais bien savoir sous quel prétexte, tu t'es permise de filtrer cet appel… ?! Tu estimes que je ne suis pas apte à commander, que le titre de commandant aurait dû te revenir ?
- Non, non… répondit-elle désarmée face à sa malheureuse initiative de ne pas avoir souscrit à la requête de l'ex-chevalier.
- Alors quoi ? Je n'ai pas suffisamment prouvé ma valeur à tes yeux et tu juges devoir me superviser à chaque instant ?
- Non ! clama-t-elle encore, mais...
- Alors tu n'as aucune excuse ! Arrête de décider à ma place !? Surtout sous prétexte de prendre soin de moi !
- Tu n'acceptes jamais d'aide ! finit-elle par le blâmer.
- Ce n'est pas une raison pour me taire des informations ! J'avais confiance en toi !
- Et d'abord pourquoi ? Pourquoi tu me reproches de ne pas te l'avoir passé ? Seifer n'a plus rien à voir avec nous ! C'est un traître. Pourquoi lèverais-tu le petit doigt pour lui ? »
Il inspira profondément dans le but de se calmer, puis reprit plus sereinement :
« Quistis, je veux bien jeter l'éponge sur cette dissimulation ignoble, mais ne me lance pas sur ce thème. Tu espères ne plus avoir affaire avec lui, j'ai compris, alors ne t'immisce pas dans la pensée des autres. Si tu l'estimes coupable de tous ses actes, c'est ton problème ! réprouva-t-il, sa tentative de s'apaiser échouant. Maintenant, retourne à la soirée, on en rediscutera demain matin. Et dire que je comptais connaître tes sentiments relatifs à sa réintégration si on était amené à mettre la main dessus ! » conclut-il en sortant furieusement.
Ses pensées se succédèrent. Il mourait d'envie de filer dès à présent assister son rival. S'il avait été averti assez tôt, il aurait annulé les festivités et aurait déjà enclenché les secours. Convenant qu'il lui fallait un minimum d'organisation, il se fit une raison d'attendre l'aube.
Retournant sur le chemin de la fête, il nota que son mal de tête s'était affreusement accru. La nausée s'intensifiant considérablement, il dut se précipiter jusqu'aux commodités environnantes.
Un flash émanant de son cauchemar de la journée précédente l'assaillit. Il eut tellement la sensation de s'enfoncer inlassablement dans un abîme qu'il s'effondra sur les genoux, et restitua dans la cuvette des toilettes tout ce dont son corps était capable.
Encore une fois, il ne savait pas à quoi il était confronté tant ses visions avaient l'apparence du réel. Étaient-ce des images implantées dans son esprit par la sorcière durant son emprisonnement, des séquelles enclenchant des cauchemars récurrents suite au supplice qu'il avait subi, ou avait-il véritablement vécu cette atrocité avec son rival dans le château de la nécromancienne ?
À cause de sa mémoire défaillante, il ne parvenait pas à déterminer s'il avait été amené sur l'île avant d'avoir été enfermé à D-District. Les souvenirs de sa captivité concernaient essentiellement ces moments où l'ex-chevalier l'avait torturé.
Espérant sans trop y croire qu'il n'aurait plus ces éclairs fulgurants, il se releva avec une extrême délicatesse en s'aidant du mur, puis se nettoya soigneusement le visage grâce aux lavabos aménagés.
À nouveau, il se sentait épuisé. Au bout du compte, il conclut piètrement que si son esprit lui jouait des tours si perturbants, c'était pour lui imposer de se reposer plus sérieusement. Admettant à peine cette conclusion, il s'activa à rejoindre la réception à laquelle il s'était absenté depuis trop longtemps.
Quant il reparut, le repas était de toute évidence achevé, une grande partie des convives dansaient. Il regagna sa table où il était dorénavant seul.
Pour récupérer quelques forces, il mangea sans trop d'appétit quelques morceaux de fromage et une part de dessert qui avaient été probablement gardés pour lui.
Après cela il chercha des yeux Linoa. Il la repéra en compagnie des mêmes garçons de l'après-midi.
Le groupe avait constitué un cercle dans lequel, la jeune fille située au centre, donnait l'impression de danser avec chacun d'eux. Enjôleuse plus que jamais, son exhibition dégageait lamentablement un très mauvais genre même si la troupe s'était fondue dans la foule de danseurs pour ne pas éveiller trop l'attention.
Squall ne lui en voulait pas de se distraire avec les étudiants, ce n'était pas comme s'il ne l'avait pas cherché, surtout qu'il ne ressentait aucune jalousie. Par contre ce qui le dérangeait fortement, c'était son comportement.
Après s'être bien dépensés sur la piste de danse, Zell, Irvine et Selphie revinrent pour se reposer sur les chaises aux côtés du brun. En examinant l'endroit où les yeux de Squall s'étaient attardés, Irvine commenta :
« Je confirme que ça ne s'arrange pas entre vous deux ! témoigna Irvine jugeant distrayant de faire un tel commentaire parce qu'il avait réalisé depuis peu que Squall n'était irrémédiablement pas attiré par la brunette.
- Linoa fait tout pour te rendre jaloux ou quoi ? s'inquiéta Zell. Je trouve que tu es dur avec elle ces temps-ci... »
L'épéiste leur lança un coup d'œil qui eut pour effet de les glacer sur place.
Sa décision arrêtée de couper court à la comédie de la demoiselle, il traversa la salle sous le regard inquiet de ses camarades. Plus il se rapprochait, plus il avait l'impression qu'une sorte d'euphorie s'était répandue dans le groupe. Il écarta les quelques cadets, puis irrité par l'immaturité qui émanait de l'adolescente, aborda celle-ci vivement :
« Linoa, que fais-tu ?
- Je danse, mon chéri ! indiqua cette dernière candidement.
- J'ai plutôt l'impression que tu te donnes en spectacle ! s'énerva-t-il comme la conduite de la brunette était nullement conforme à un lieu tel que la BGU. On dirait une aguicheuse en chaleur ?! »
Prise en flagrant délit, la séductrice arrêta de se trémousser. Les autres se dispersèrent afin de ne pas être mêlés à la dispute.
Linoa se défendit profondément en arguant qu'il l'avait de nouveau abandonnée.
Cependant qu'elle rouspétait, Squall décela chez elle l'odeur de l'alcool. Les boissons alcoolisées étant formellement interdites à l'intérieur de l'université, il l'interrogea, plus que suspicieux :
« Je peux savoir ce que tu as bu ? »
Paraissant résolue à rester muette, il repéra les quatre garçons qui s'étaient retirés dans un coin. Emmenant Linoa avec lui, il les appréhenda en vue de les confronter.
Il les dévisagea un par un. Enregistrant distinctement leurs yeux voilés, il exigea crûment :
« Lequel d'entre vous a introduit de l'alcool ?!
- C'est moi, se dénonça finalement la midinette.
- Je peux savoir ce qui t'a pris ? » la dévisagea Squall sidéré.
La jeune fille, foncièrement aigrie, déversa alors ses reproches trop longuement retenus contre le brun :
« Oh tu veux savoir ce qui m'a pris ! répéta-t-elle. Le vaillant commandant se soucie de moi tout à coup ? cria-t-elle assez fort.
- Linoa arrête, tu es ivre… lui fit-il remarquer calmement.
- À peine ! rétorqua-t-elle. Je suis sûre que tout ce qui t'importe, c'est juste que j'ai perverti quelques-uns de tes cadets ?! De moi t'en as rien à faire !
- Tu les as utilisés pour attirer mon attention ?
- Peut-être… affirma-t-elle malicieusement. En tout cas ils sont gentils avec moi, eux !
- J'en ai assez de ton manque de maturité Linoa !
- Tout ce que tu sais me donner c'est du vide ! Tu n'as même pas été capable de rester une seule soirée entière avec moi depuis ton retour ! se plaignit-elle. Et je ne te parle pas de la nuit dernière qu'on aurait pu passer ensemble !
- Je ne peux pas satisfaire tous tes désirs ! Tu sais bien que j'ai des responsabilités maintenant : vacances ou non ! Et j'ai besoin de repos ! se justifia le jeune homme.
- Alors laisse-moi te dire une chose : Eh bien oui ! Y en a marre de tes putains de règles, Squall ! Ras le bol que tu sois tout le temps déplaisant, ras le bol d'attendre que Môssieur veuille être bien disposé ! Ras le bol du commandant parfait ! Ras le bol des sauveurs du monde ! Ras le bol de ta bande de pauvres petits orphelins irréprochables ! »
C'était plus que ce qu'il ne pouvait en supporter. Le gunblader, excédé par les propos insultants, la gifla sur la dernière phrase. Linoa déguerpit des lieux pour se réfugier dans sa chambre, suivie par Édéa, la femme du directeur.
En même temps, Cid intervint auprès des fautifs. Après les avoir entendus sur leur méfait comploté par la dissidente, il les consigna dans leurs chambres dans l'attente d'une punition plus adaptée. Il réquisitionna deux SeeDs pour les escorter et s'assurer qu'ils ne sortiront pas de leur dortoir.
« Tu ne vas pas courir après Linoa pour la réconforter ? s'étonna Zell qui, avec Irvine et Selphie, avait assisté quasiment à toute la scène. C'est dingue ce qu'elle a manigancé ! s'exclama-t-il en s'adressant à son chef.
- Et vous, vous n'avez pas relevé que de l'alcool traînait ? réprimanda le commandant aussi bien au tireur d'élite qu'à Zell. Encore heureux qu'il n'a pas circulé !
- Si je l'avais découvert, j'en aurais profité, Squall ! s'amusa à répondre le sniper malgré l'atmosphère glaciale.
- Et tu te crois drôle ?
- Non, mais te voir défendre notre honneur, c'était admirable ! garantit-il en tapotant l'épaule de son ami.
- Eh ! contesta Selphie. Il a tout de même giflé Linoa ! gronda-t-elle à son compagnon.
- Selphie a raison. Ma réaction n'est pas glorieuse, se méprisa Squall. Surtout que je suis en partie responsable de ses agissements.
- N'empêche qu'elle a fichu notre soirée en l'air… médita le tireur d'élite devant ses amis et à Selphie qui avait l'air désolé pour la brunette. En tout cas, on sait ce qu'elle pense de nous maintenant ! »
Cid annonça la fin des réjouissances. Les élèves, contrariés que la fête soit terminée, obéirent en réintégrant petit à petit leur chambrée. Ils avaient toutefois bien profité de leur soirée et avaient un qu'en-dira-t-on à se mettre sous la dent. D'autres se portèrent volontaires pour ranger un peu avant le grand nettoyage du lendemain.
Zell fut préposé par son supérieur d'instruire la directrice adjointe à propos de l'incident survenu si celle-ci réapparaissait avant qu'il n'aille se coucher à son tour.
En fait, quand Squall se saisit de sa gunblade rangée dans son bureau, il fut surpris de voir se manifester l'Administratrice :
« Squall, qu'entendais-tu par ''si on le retrouvait, tu le réintégrerais ?'' le questionna-t-elle, bras croisés, l'air crispé.
- Exactement ce que ça veut dire Quistis, lui répondit-il dans les yeux.
- Je n'arrive pas à saisir comment tu peux penser à le réintégrer après ce qu'il t'a fait, ce qu'il nous a fait ? Il n'est même pas devenu SeeD !
- Je vois bien que je n'arriverai pas à te convaincre mais tant qu'une décision n'aura pas été rendu par le conseil de discipline, il fait toujours parti de la BGU.
- Mais il s'est viré lui-même en accumulant les fautes : il t'a entaillé le visage, désobéi aux ordres, s'est échappé de la détention, s'est rallié à cette horrible prêtresse !
- Si tu le condamnes sans connaître les vrais raisons de ses actes, alors condamne également Édéa mais tu ne le feras pas parce que tu sais très bien qu'elle a été manipulée par la sorcière ! Et donc tu ne devrais pas douter que Seifer aussi a été manipulé ! Il a le droit de s'expliquer ! De plus, ne pas avoir réussi l'examen n'a jamais exclu quiconque, et ce n'est pas comme s'il n'avait pas fait partie des meilleurs. Je vois bien que tu n'es pas convaincue et apparemment ton avis ne changera pas, mais sache que tu ne me feras pas revenir sur ma décision de vouloir le réintégrer. Maintenant, as-tu vu Zell ? »
Comme elle fit non de la tête, il continua :
« Alors va le voir à la salle des fêtes, et on réglera tout demain. »
Le chef des SeeDs émergea dans les jardins avec sa gunblade. Il permit à ses émotions de s'exprimer et refit la coupe de plusieurs bosquets à proximité. Il avait le sentiment d'avoir été trahi par Quistis. Également sa frustration de ne pouvoir intervenir immédiatement par rapport à son rival l'exaspérait.
Il s'avançait de plus en plus vers le grand portail tout en se démenant avec son arme contre des ennemis invisibles. Il ragea contre le président d'Esthar qui persistait à rester injoignable. Effectivement, l'homme ne s'était pas encore manifesté contrairement à ce qui avait été prévu. Il le maudit de n'avoir en définitive aucune considération pour ce fils dont le chef d'état venait d'établir l'existence depuis plus d'une semaine. Surtout, Squall, apprenant qu'il avait un père, s'était évertué à ne pas trop le détester dès les premières minutes sans avoir entendu les raisons de son abandon. Actuellement il n'éprouvait plus que de l'aversion pour cet homme.
Absorbé par ses réflexions, il atteignit le fond du parc et plus ou moins calmé, baissa sa gunblade. C'est ainsi qu'il perçut le minuscule bruit du détecteur de mouvement de la grille d'entrée se désactiver. Quelqu'un, inévitablement, était en train de s'infiltrer à plus de minuit passé dans les jardins de Balamb Garden.
À suivre !
