Chapitre 7

Le charme insoupçonné d'un placard à balai

Les yeux de Harry s'habituèrent à la pénombre. Le réduit était étroit et peu profond. La poussière qui flottait paresseusement dans l'air le fit tousser. Les planches mal ajustées de la porte laissaient passer une lumière douce qui nimbait le visage de Ginny. Il y avait quelque chose d'étourdissant à se trouver tout à coup si près d'elle, et de respirer enfin son parfum, un mélange de savon et de cannelle. Harry se sentit parfaitement ridicule en chuchotant :

- Qu'est-ce que tu fais ici?

Ginny sourit, en chuchotant aussi:

- La même chose que toi! Sérieusement…

Son nez se plissa en une mimique mutine. Elle lui montra une oreille à rallonge qu'elle enfouit ensuite dans la poche arrière de son jeans.

- J'écoutais aux portes. Mais toi…essaies-tu de m'éviter, Harry Potter? As-tu quelque chose à te reprocher?

Les yeux gris de Ginny étaient si près des siens qu'il vit qu'elle avait fardé ses paupières. Il rougit. Il aimait bien qu'elle dise son nom comme cela. Harry Potter.

- T'éviter? C'est toi qui m'évites!

Ginny retint à grand peine un sourire devant son expression véhémente.

- Et moi…m'aimes-tu comme une sœur?

Ginny n'attendit pas qu'il ouvre la bouche: le visage de Harry exprimait un embarras suffisant pour qu'elle puisse y lire la réponse. Elle poursuivit son interrogatoire :

- Ah bon… Dis-moi : regrettes-tu de m'avoir embrassée?

Harry secoua la tête, ses paumes devenant moites tout à coup :

- Comment…? C'est toi qui m'as embrassé!

Ginny inclina la tête, son regard le jaugeant avec espièglerie. « Elle se moque de moi », songea Harry, de plus en plus désemparé.

- Tu ne réponds pas à ma question, fit-elle, sur un ton léger. Harry chuchota, en tentant de contrôler sa respiration :

- Non.

- Non…quoi?

Harry était au supplice : il aurait aimé être charmeur, assuré, séducteur…Ce moment qu'il anticipait et qu'il détaillait minutieusement en pensée depuis des jours allait décidément vers la catastrophe. Alors qu'il s'était imaginé en héros conquérant, il se sentait plutôt comme un gamin inexpérimenté. Une pensée affolante lui traversa soudain l'esprit : du peu qu'il en savait, Ginny était beaucoup plus au fait des choses de l'amour que lui. Il essaya de chasser de son esprit le visage en larmes de Cho et tenta de retrouver un peu de sa crédibilité en levant le menton avec une certaine arrogance (enfin, il l'espérait) :

- Non, je ne regrette rien.

Ginny prit un air faussement sérieux et hocha la tête.

- Hum hum…donc tu ne regrettes pas. Et as-tu l'intention… éventuellement… de continuer à ne pas regretter de m'embrasser?

Leurs yeux se croisèrent et Harry ne put s'empêcher de pouffer de rire. Le sourire de Ginny se fit timide et sa voix moins assurée :

- J'aime bien quand tu ris.

Ils se contemplèrent en silence. Harry parla le premier.

- Je croyais que tu sortais avec Michael ou Dean ou…

Les sourcils fins de Ginny s'arquèrent et son sourire se fit moqueur.

- C'est fini…avec Michael et avec Dean. J'ai beaucoup de temps libre maintenant.

Harry se passa une main dans les cheveux :

- Ron…

Ginny haussa les épaules :

- Qui?

Ce fut suffisant pour lui : le cœur battant, Harry leva la main et lissa la mèche soyeuse qui effleurait la joue de la jeune fille. Cette fois-ci, il initia le mouvement : il se pencha vers elle et l'embrassa doucement. Lorsqu'elle se pressa contre lui et qu'elle lui passa les bras autour du cou, Harry eut alors la certitude que les plus belles choses de la vie se trouvaient dans un placard à balai.