En retournant à la salle commune sans avoir dîné, ce soir-là, Jeanne tomba nez-à-nez avec Jimmy Lew, un élève de septième année, qui l'interpella d'une voix forte.

- Je t'ai vue, tout à l'heure, dans le parc, avec ce Weasley... Pourquoi tu traînes avec des Gryffondor ? Et avec des traîtres à leur sang, en plus... Dit-il avec un air goguenard.

Comme elle ne répondait pas, il se planta devant Jeanne, les bras croisés sur la poitrine, avant d'ajouter :

- Mais après tout, quand on a été élevée par des sales moldus, on doit se sentir à l'aise et tirée vers le haut, à fréquenter ces gens-là.

Jeanne haussa un sourcil tout en fixant Jimmy avec perplexité. Elle ne savait pas trop quoi répondre mais, alors qu'elle réfléchissait à toute vitesse, Mindy, une autre Serpentard, lui lança de loin, assise sur le dossier d'un canapé :

- Et pourquoi pas avec des sang-de-bourbe, tant que tu y es ? Plus notre compagnie est minable, plus on a l'air brillant !

Elle affichait elle aussi un regard méchant d'intense satisfaction et Jeanne se sentie blessée. Elle eut envie de leur hurler qu'ils pouvaient tous garder leur sang pur, qu'elle n'en voulait pas et n'en avait jamais voulu. La colère gonflait dans sa poitrine mais elle eut suffisamment de bon sens pour ne rien dire, émettre un sifflement de dédain et tourner les talons avant d'aller se coucher.

Allongée dans son lit, fixant le plafond du baldaquin, Jeanne tourna et retourna dans sa tête les paroles de Mindy, qui résonnaient encore à ses oreilles et ressemblaient à un terrifiant crochet surgi de son passé pour la rattraper. Elle avait toujours affirmé à tout le monde que son sang était aussi pur que celui des fondateurs eux-mêmes. Toutefois, à son grand regret, la vérité était toute autre. Elevée dans un foyer moldu depuis sa plus tendre enfance, elle soupçonnait ses parents de n'être que de simples moldus.

En arrivant à Poudlard, Jeanne avait vainement cherché son nom de famille dans des livres de généalogie sorcière. Pas une fois elle ne l'avait trouvé figurant dans l'un de ces ouvrages. Pourtant, elle s'était acharnée à rendre de notoriété publique qu'elle était de sang pur et qu'elle ne connaissait rien de ses parents, sans doute disparus mystérieusement alors qu'elle n'était qu'un bébé.

Tout le monde avait gobé son histoire sans poser plus de question mais il était arrivé à plusieurs reprises que le secret de Jeanne ne tienne plus qu'à un fil.