Bonsoir ! J'ai enfin fini ce chapitre. J'ai eu beaucoup de difficultés à l'écrire et je n'en suis pas totalement satisfaite mais je crois que je ne le serai jamais. Soyez indulgents et n'hésitez pas à me remonter mes erreurs.


John était en train de préparer son second thé du matin quand Sherlock émergea de sa chambre. Ce dernier s'était endormi la veille au soir sans voir la fin du film. Le détective l'avait caché du mieux possible, mais il avait été inquiet tout le long du procès. Il n'avait sûrement pas dormi plus de deux heures par nuit, et uniquement les nuits où son corps s'était déconnecté de lui même. Il avait réussi à tromper toutes leurs camarades, mais l'ex soldat le connaissait trop bien pour être dupe.

Sherlock s'était amélioré quand il s'agissait de s'occuper de sa santé. John devait encore insister lourdement pour qu'il mange au moins une fois par jour lorsqu'une enquête était en court. Par contre, il arrivait sans trop de soucis à lui faire avaler deux repas les jours où Sherlock restait à la maison. Petit bonus : comme son ami s'en plaignait si souvent, manger le ralentissait assez pour qu'il s'endorme. Le médecin sourit au souvenir de la soirée de la veille : il ne se rappelait pas s'il avait déjà vu son colocataire aussi détendu, sans cette tension qui l'habitait constamment. Une chose était certaine : il fuyait comme la peste tout contact physique, avec qui que ce soit. Qu'il se soit endormi en partie sur John était une anomalie.

Il prépara la tasse de thé du détective et la lui tendit.

"Bien dormi ?"

"Oui. Je ne comprend pas ce qui m'est arrivé, ca doit être le repas d'hier soir. Quand je te dis qu'il ne faut pas que je mange autant. Mon dos me l'aurait fait payer toute la journée si j'avais passé la nuit sur le canapé."

John rejeta la remarque d'un geste de la main.

"Il faut que tu te nourrisses. Ce n'est pas sain, tu ne peux pas tenir sans rien manger. Mme Hudson va bientôt arriver des scones. J'ai réussi à la convaincre d'en faire double dose pour récupérer ce que tu en as promis à Nÿllýrá."

"Arrête de geindre, nous n'avions pas le choix. Comment s'est passé sa visite chez sa sœur ?"

"A priori bien, elle est de très bonne humeur. Essaie de ne pas la braquer tout de suite. Surtout si tu veux qu'il te reste quelques sucreries pour ta propre consommation."

"C'est mon intention. Si seulement les gens ne prenaient pas la mouche pour un rien, ce serait plus aisé. Les raisons pour lesquelles la vérité pose autant problème restent impénétrables, même avec mon esprit supérieur."

Ils s'étaient assis sur la table, au milieu des tubes, fioles et autres contenants en verre.

"Je ne comprend pas comment, avec toute ton intelligence et tes facultés, tu n'as jamais appris ce qui faisait tiquer les gens. Tout compte fait, c'est quand même assez simple de ne pas se montrer insultant quatre vingt quinze pourcent du temps."

"Trop ennuyeux. Ça ne vaut pas l'effort. Les gens sont des idiots."

"Je fait partie des gens, Sherlock"

"En effet. Mais malgré ce fait indéniable, j'arrive à te supporter. Je m'interroge sur les causes …"

Sa voix traina sur la fin de la phrase, comme s'il se demandait réellement quelle bizarrerie rendait John tolérable malgré toute son idiotie. Ce dernier essaya de ne pas prendre la mouche, Sherlock ne cherchait pas à se montrer insultant, il était juste … lui même, dans toute sa splendeur.

"Je me pose la même question figure toi, pourquoi est ce que j'endure ton comportement alors que tu es un imbuvable connard."

"Les garçons ! Ce n'est pas la peine de vous insulter de si bon matin. regardez ce que je vous ai cuisiné pour le petit déjeuner"

John leva les yeux vers Mme Hudson. Elle portait une assiette complète de scones au miel et le journal. Elle posa l'ensemble sur la table et les deux hommes n'attendirent pas pour se servir. Les pâtisseries étaient encore tièdes. John enfourna la moitié d'un scone avant de parler, la bouche pleine.

"C"est délicieux Mme Hudson. Merci beaucoup"

"Allons ! Pas la peine de me remercier. Vous savez que j'adore cuisiner et il faut bien que quelqu'un prenne soin de vous. Tous ces repas livrés ne peuvent pas être sains."

Sherlock répondit avant qu'il ne parvienne à vider le contenu de sa bouche.

"Cela tombe bien Mme Hudson, pouvez vous faire des biscuits à la cannelle et ces infâmes trucs au gingembre."

Le médecin s'étouffa avec un morceau de gâteau. Comment avait il pu s'imaginer deux secondes que Sherlock saurait se tenir. Ce n'était pourtant pas par manque de constance, jamais il n'apprendrait et John était un idiot de croire encore aux miracles. Il y avait plus de chance de voir Sherlock voler que de se distinguer par un peu de décence.

Mme Hudson lui tapa vigoureusement dans le dos. La désapprobation était évidente dans les traits de son visage, sa posture et sa voix.

"Je ne suis pas votre gouvernante, ni votre cuisinière. Si mes pâtisseries ne sont pas appréciés, je trouverai bien quelqu'un qui les aimera."

John était toujours en train de combattre la quinte de toux qui le secouait et il ne put rien faire afin d'empêcher le désastre qui se déroulait devant ses yeux.

"Ne vous inquiétez pas ma chère, ce n'est pas pour moi. J'ai trouvé des êtres au palais suffisamment anesthésié qui apprécient vos biscuits au gingembre. Vous pouvez continuer à en produire."

"Vous donnez mes pâtisseries ? Vous ne les mangez pas vous même ?"

"Bien évidement que nous ne les mangeons pas, vous en faites beaucoup trop et certaines sont tout simplement abominables".

Mme Hudson passa au rouge sous l'effet de la colère. John en avait assez, il donna un coup de pied à Sherlock sous la table et but deux grandes rasades de thé pour calmer sa gorge.

"Ça suffit Sherlock"

Une quinte de toux l'empêcha de continuer et il jeta le regard le plus noir possible à son colocataire. Ce dernier le fixait comme s'il avait lancé son chiot sous une voiture. John posa une main sur l'épaule de leur logeuse afin de l'empêcher de partir. Il arriva à récupérer suffisamment son souffle et sortit une phrase entière.

"Mme Hudson. Vos gâteaux sont délicieux. J'en raffole et je ne suis pas le seul. N'écoutez pas cet idiot."

Il entendit Sherlock murmurer quelque chose à propos de niveau d'intelligence mais décida de ne pas y prêter attention. Il était déjà beaucoup trop proche de l'homicide et il avait leur approvisionnement de douceurs à assurer. Malgré toutes ses critiques et mots dur, son ami était accro aux différentes pâtisseries de la vieille dame.

"Vos biscuits sont une monnaie d'échange très prisée avec de nombreuses espèces. Je connais des gnomes qui n'acceptent de travailler qu'en échange de vos friandises."

Mme Hudson le regardait, clairement dubitative avant de se lever pour se servir une tasse de thé. John redonna un coup dans la jambe du détective. Quand le regard de ce dernier croisa le sien, il fit un signe de tête vers Mme Hudson. Avec un soupir, Sherlock daigna l'aider :

"C'est d'un pénible. Rien d'autre ne marche, ils veulent tous de vos pâtisseries. Avant il me suffisait d'offrir un peu de miel ou quelques objets brillants. J'attire votre attention sur le fait qu'ils sont beaucoup plus simple à obtenir."

Le détective s'adossa à sa chaise, son travail visiblement terminé. Les yeux de leur logeuse s'illuminèrent.

"Je me demandais pourquoi vous aviez quémandé deux fournées de scones ce matin. Vous en avez échangé une partie. Qu'est ce que vous avez promis d'autre ? "

"Rien"

"Des biscuits au gingembre"

Les deux hommes avaient parlé en même temps. Le détective jeta un regard noir au médecin. Le sourire de Mme Hudson devint victorieux.

"Bien. Je suppose qu'il ne faudrait pas décevoir ces petites gens. On ne sait jamais quelle sorte de vengeance ils pourraient faire pleuvoir sur ceux les ayant trompé."

Toute la position de Sherlock changea en quelques secondes. Il se redressa, croisa les bras devant sa poitrine et fixa leur logeuse : vous n'allez quand même pas oser. Mme Hudson ne se laissa pas impressionner :

"Cela fait plusieurs fois que je vous demande de récurer cette cuisine. Et le papier peint du hall d'entrée de l'immeuble a besoin d'être changé."

John comprit trop tard le piège dans lequel ils étaient tombé. Il jeta un œil écarquillé par la surprise à Sherlock qui haussa les épaules. Le message était limpide : tu te débrouilles.

"Mme Hudson, je n'ose pas croire que vous … "

"Ho Docteur vous avez bien tord. C'est exactement ce dont ça a l'air : du chantage."

La mâchoire de John tomba sous le choc : leur logeuse leur faisait du chantage aux pâtisseries. Sherlock avait repris un scone et s'attaquait à sa seconde tasse de thé. John n'obtiendrai aucune aide et Mme Hudson avait raison, il valait mieux ne pas se mettre à dos les gnomes et les fées. Sans danger réel, leur pouvoir de nuisance ne devait pas être négligé. John n'était pas sûr que les barrières autour de leur appartement étaient suffisamment solides pour les empêcher d'entrer. Il admit sa défaite et annonça :

"Dites moi quand vous voulez changer le papier, je m'en occuperai. Sherlock nettoiera ici."

Il se cacha derrière le journal du matin sans croiser le regard de son colocataire. Il n'était même pas neuf heures et il était déjà épuisé par cette journée. Il décida de reporter au lendemain le combat qui l'attendait avec Sherlock au sujet de la cuisine, il n'avait pas assez d'énergie en réserve pour cela.

Son petit déjeuner était presque terminé quand il tomba sur un titre qui attira son attention : Détective consultant : premiers accrocs au mythe. Il fronça des sourcils avant de lire la totalité de l'article. La journaliste avait retrouvé un témoin d'une ancienne enquête et à eux deux, ils avaient entrepris de dé-crédibiliser Sherlock.

John se souvenait de cette affaire. Une connaissance de Mycroft s'était fait dérober un dossier très important. Sherlock avait accepté l'affaire suite aux très lourdes insistances de son frère et il avait été spécialement odieux avec la famille et les employés de la victime. L'homme en question faisait parti d'un cercle très fermé se payant certains "services" hauts de gammes de la part d'escort. Il était adepte de jeux un peu "spéciaux" ou de jeunes hommes et femmes servait d'animaux de compagnie aux riches et puissants. Pour se protéger, il avait pris des photos de ces soirées de débauche avec l'intention de s'en servir comme monnaie d'échange si on menaçait de faire éclater ce scandale. Vu l'aspect secret du sujet, il lui était impossible de prévenir la police. Il avait ainsi demandé l'aide de Mycroft et celui-ci les avait envoyé tous les deux. Au final, c'était la fille de la victime, féministe convaincue, qui était tombé par hasard sur le dossier et avait décidé de le faire publier pour dénoncer ces pratiques. Sherlock avait retrouvé le dossier, la criminelle, avait expliqué les raisons derrière le vol et laissé la famille déchirée par les querelles. Le tout en moins de cinq heures, trajet compris.

La journaliste et le témoin ne donnaient pas les détails de l'affaire, sûrement pour ne pas s'attirer les foudres de la famille, mais ils démontaient l'enquête du détective et ses conclusions. Pour un simple lecteur, ce qu'ils décrivaient était logique et factuel, beaucoup plus que les certaines déductions et conclusions de son ami. Pour John il était clair que l'homme, un des secrétaires du politiciens, agissait par vengeance. Sherlock s'était montré spécialement cruel avec lui, déduisant et annonçant, à toutes les personnes présentes, ses soucis d'argent, le fait qu'il se servait dans les caisses et ses problèmes d'Oedipe.

Le médecin ne savait pas ce que cherchait à faire la journaliste mais ce texte ne lui plaisait pas. Elle sous entendait que les capacités de Sherlock n'étaient pas réelles. Elle ne donnait pas d'explications ou d'autres pistes mais elle accusait clairement son ami de mensonge et de manipulation. John pouvait accepter le second, il avait vu le détective transformer Molly en pudding balbutiant avec quelques phrases et un langage corporel avenant pour obtenir l'accès au labo ou à des morceaux de corps.

Mais une chose était immuable: il ne mentait jamais. Il pouvait taire certains détails, manipuler les faits ou changer de sujet mais si vous arriviez à l'acculer, il disait toujours la vérité.

"Qu'est ce qui se passe, jeune homme ? "

John leva les yeux au dessus de son épaule. Mme Hudson s'était approché sans qu'il l'entende. Elle lit le texte qu'il venait de finir, ses sourcils se fronçant un peu plus à chaque mot. Elle finit par se redresser et s'appuyer sur le peu de place libre sur les comptoirs

"Je comprend que vous soyez en colère, John. Cet article est un ramassis d'idioties, bien évidement que Sherlock sait faire toutes ces déductions."

Ces mots firent lever les yeux au principal intéressé.

"Un problème ?"

John fronça des sourcils avant de répondre :

"Non pas vraiment un problème, juste un article sur toi qui ne me plait pas. Elle sous entend que tes capacités sont fausses et que tu es un menteur"

Sherlock tira le journal à lui et parcourut lui aussi l'article. Il repoussa le papier sur la table.

"Juste les élucubrations d'une journaliste en mal de sensation. Elle n'était qu'une simple pigiste jusque peu, son style est trop convenu et il y a peu de chance qu'il s'améliore assez pour lui permettre de percer réellement. Ne me fait pas perdre mon temps avec ce genre de choses."

"Tu devrais prêter un peu plus attention aux tabloïds. La célébrité les déchaîne et ils sont prêts a tout pour vendre leurs torchons."

Mme Hudson se rangea à son avis :

"Il a raison, toute cette frénésie autour de vous deux n'est pas saine. Ils vont fouiller jusqu'à trouver quelque chose. Votre cuisine ressemble à un labo de synthèse de drogue et le frigo est rempli de restes humains. Imaginez que quelqu'un arrive à entrer ici et à prendre quelques photos."

Il partageait la position de leur logeuse. Ce n'était que la plus récente d'une longue série de mise en garde qu'il avait donné à son ami. Mais ce dernier refusait de l'entendre. Leur pseudo gloire leur faisait de la publicité et les nourrissait donc en affaires. Pour le détective, c'était une raison suffisante pour accepter les côtés négatifs de sa soudaine célébrité. John échangea un regard inquiet avec la vieille dame, mais ils ne pouvaient rien faire, Sherlock était plus têtu qu'une mule.

Mme Hudson s'approcha de la porte de leur appartement :

"John, mon cher, pourrez vous descendre dans quelques minutes ? Je devrai avoir fini les biscuits dont vous avez besoin et nous pourrons fixer une date pour cette histoire de papier peint."

Elle ferma la porte derrière elle et John attendit que le bruit de ses pas s'éloigne dans les escaliers.

"Je n'en reviens toujours pas qu'elle nous fasse du chantage. Tout ce bazar" il montra d'un geste vague de la main le montage installé dans la cuisine, "doit disparaître, et rapidement"

John releva la tête de son déjeuner quand aucune réponse n'arriva. Sherlock était toujours assis, la tête penchée sur le côté, une mèche de cheveu tombant devant un oeil. Il paraissait écouter quelque chose. John tendit l'oreille mais n'entendit rien. Sherlock avait une étrange affinité avec les créatures magiques et la magie dans son ensemble. Il ne voyait pas seulement les détails les plus infimes d'une personne ou d'une pièce, il était également capable d'en percevoir l'aura. Il percevait également des choses inaudibles pour la grande majorité des gens, il lui avait expliqué un jour que chaque type de magie ou chaque espèce avait un son caractéristique, une fréquence qui lui était propre.

John se demandait souvent à quoi pouvait bien ressembler le monde pour Sherlock Holmes. Il en avait déjà eu une petite idée à plusieurs reprises quand le sorcier faisait apparaître toutes les auras et magies d'un lieu. C'était exceptionnel mais cela l'inquiétait légèrement, la quantité de données visuelles et auditives que son ami avait à traiter constamment devait être écrasante. Rien d'étonnant à ce qu'il soit toujours sur les nerfs et hyperactif. Même endormi, il gardait cette tension perpétuelle, comme s'il devait se protéger de l'assaut continuel de sensations.

Sauf hier soir. John le réveillait assez souvent pour savoir que son ami passait du sommeil au réveil le plus complet en quelques secondes. Il fallait également à peine plus qu'un murmure pour le sortir des bras de Morphée. Mais hier soir, les différents appels de l'ex soldat n'avaient eu aucun effet. Il avait fini par le secouer légèrement par l'épaule avant obtenir une réaction. Sherlock ne s'était pas totalement réveillé. Il s'était traîné jusqu'à sa chambre après avoir grommelé quelque chose qui ressemblait à un bonne nuit, les mots rendus à moitié inintelligible par le sommeil. John avait trouvé ce comportement inexplicablement adorable. Cette idée l'avait profondément choqué et mit mal à l'aise. Sherlock n'était pas adorable, il était grand, beaucoup trop maigre et plein d'angles aigus, de pointes et de surfaces dures. Il avait un caractère acide, des sautes d'humeurs dignes d'un bipolaire et un comportement tellement glacial qu'un iceberg était plus approchable.

Heureusement tout cela avait disparu ce matin. L'incontrôlable envie d'étrangler son ami avait envahi le médecin à trois reprises depuis qu'il était réveillé. Il était soulagé que ses réactions soient redevenues normales. Même s'il appréciait énormément Sherlock, ce n'était vraiment pas le genre d'idée qu'il voulait avoir à son égard. Cela faisait bien trop longtemps qu'il n'avait pas emmené une femme au restaurant ou au pub. La soirée d'hier n'était que le symptôme d'un manque de contact et de signes physiques d'affection. John avait tenté de se remémorer pendant une dizaine de minutes quand et avec qui il était sorti la dernière fois. A son grand désarroi, il s'était rendu compte que ses souvenirs étaient embrouillés. Le seul point limpide était l'arrivée inopportune du détective qui avait prétexté avoir besoin de lui pour regrouper des doigts de gnoll. Ce détail, annoncé à voix haute, avait eu raison de ses chances de finir la nuit chez la demoiselle et elle était partie en trombe. Tristement, la scène était tellement familière que John n'arrivait même pas à mettre un visage sur la jeune femme qui avait passé le début de soirée avec lui.

C'était décidé, il sortirait ce soir, histoire de voir s'il pouvait faire une rencontre. Au pire, il passerait un peu de temps loin de Sherlock et regarderait un match sympa avec une bonne pinte.

Il fut tiré de ses réflexions par l'apparition de Nÿllýrá. Il sursauta mais Sherlock l'avait clairement déjà entendu, il était en train de rassembler les scones promis la veille.

"Le bon à rien est déjà arrivé ?"

L'animosité entre gnomes et fées était aussi vieille que le monde. Plus personne ne se souvenait des raisons initiales mais tout était prétexte aux chamailleries et compétitions. Les dernières recherches scientifiques avaient prouvé que les deux peuples avaient le même ancêtre mais à un moment un schisme avait eu lieu quelques millénaires plus tard les deux espèces étaient entièrement séparées. L'évolution était une chose incroyable. A part leur taille, rien ne prouver cette parenté, ni leur physique, ni leur habitat, ni leurs cultures. Seule leur amour de la nature les rapprochait.

Avant que l'un des deux hommes ne puisse répondre, G'Àmyr se présenta à son tour. Il arriva derrière la vitre de leur salon, celle où le détective se postait souvent pour observer la rue et jouer du violon. John s'approcha pour ouvrir la fenêtre et laisser entre le gnome. A peine était il entré que la fée émit un sifflement aigu et s'envola pour se poser sur l'applique de la cuisine.

"Va t en ! Je suis arrivée la première. Le grand humain n'aura pas besoin de toi. Je vais pouvoir lui donner toutes les infos."

G'Àmyr retroussa les lèvres avant de grogner.

"Non, toi et ton cercle, vous nous avez attaqué toute la nuit. Et z'avez posé des pièges pour m'ralentir. On avait trouvé le problème avant vous."

"Ce n'est pas ma faute si vous êtes de gros lourdauds incapables de détecter quelques pièges posés là pour nous protéger. Nous avons trouvé des morceaux d'acier cachés dans les passages entre les murs."

John fronça des sourcils, tous les métaux étaient dangereux pour les fées, mais l'acier, comme tous les alliages du fer était spécialement létal.

"Ce n'est pas très gentil G'Àmyr. Vous savez bien ce que je pense de ceux qui blessent volontairement les autres."

"Voyons doc ! Vous m'connaissez, je f'rai pas de mal à une mouche. C'est eux qu'ont collé des filets et des sorts dans tout le qua'tier. Impossible d'faire quelques pas sans s'faire attaquer. Gwdaryn a la jambe brûlée, ces p'tites pestes ont trempé leurs cordes dans du poison. Elles ont attaqué mon garçon et on sait pas avec quoi, on voulait juste aider M'sieur Holmes et maintenant mon fils est empoisonné !"

John était furieux. Les petites mesquineries étaient une chose, blesser grièvement quelqu'un en était une autre. Il se souvenait du fils cadet de G'Àmyr, un très jeune gnome d'une vingtaine d'années (ils avaient une espérance de vie avoisinant les trois cent ans et devenaient majeur durant leur quarantième année).

"Comment va t il ? Vous avez vu un médecin ? Vous auriez du l'amener avec vous, je l'aurais ausculté"

"Pas la peine doc' Watson. Il est avec not' guérisseur, vous les docteurs humains prenaient pas la peine d'apprendre comment soigner les créatures comme nous. Vous pouvez pas l'aider."

John n'apprécia pas cette réponse, Gwdaryn était blessé parce qu'ils l'avaient envoyé mener une reconnaissance pour eux. Il se sentait responsable et voulait être sûr que le jeune gnome serait bien soigné. Il se trouva vers Nÿllýrá.

"Avec quoi l'avez vous empoisonné ?"

"Avec rien, ce sont des mensonges."

Elle s'était perchée sur l'épaule du détective et John ne put s'empêcher de faire le rapprochement avec M Wooding et Achille. Seul Sherlock pouvait se balader avec une fée comme d'autres le faisaient avec un perroquet. Cela aurait été sympa quand il jouait au pirate lorsqu'il était enfant. John sourit presque à l'idée, mais il avait une réponse à obtenir. Il se rapprocha de la fée et de son ami, écartant les jambes à largeur d'épaule et adoptant sa meilleure personnification du capitaine Watson.

"Je ne vais plus supporter ces enfantillages bien longtemps. Vos poisons sont extrêmement toxiques et létaux. Sans aide, il y a de fortes chances qu'un tout jeune gnome y laisse la vie ou en garde de graves séquelles. Si vous ne voulez pas avoir à faire à moi, vous allez me dire quelle toxine vous avez utilisé et me donner son antidote."

Sherlock le regardait, quelque chose d'indéfinissable dans les yeux. Le médecin n'avait pas le temps de s'arrêter pour mieux comprendre et il jeta un regard noir à la fée qui s'était caché derrière son ami. Seule une aile et un oeil étaient visibles, le reste de la petite créature complètement camouflé dans le cou et les boucles de Sherlock.

"J'attends !"

La fée sursauta à son cri et se cacha totalement. Le détective tourna la tête vers elle et murmura quelques mots que John ne distingua pas. La fée répondit sans sortir de sa cachette. Leur échange dura quelques instants puis Nÿllýrá s'envola vers John. Elle s'arrêta devant lui et lui fit signe de tendre la main. Elle y fit apparaître une minuscule fiole contenant un liquide violet.

"C'est l'antidote, trois gouttes toutes les heures pendant deux jours et le gnome devrait aller mieux. Donnez lui vous même, je refuse de m'approcher de cet immonde être plus que nécessaire, je vais attraper ses shlurgen"

"J'ai pas de shlurgen !"

John s'était approché du gnome et lui tendit la bouteille.

"Tiens G'Àmyr. Apporte ça rapidement chez toi. Ton fils en a besoin."

"Merci M'sieur Watson. Beaucoup n'aurait pas pris la peine. Qu'est ce qu'un gnome en plus ou en moins hein ? J'vais faire mon rapport à M'sieur Holmes et j'y vais tout d'suite."

Nÿllýrá s'écria :

"J'étais là avant, c'est à moi de donner mes trouvailles en première."

"T'as perdu c'droit quand t'as empoisonné mon pauv' bonhomme, méchante fée"

"On n'a fait que se défendre, ce n'est pas ma faute si votre fils est un bon à rien incapable de se protéger."

Et c'était reparti pour un tour. John soupira. C'était toujours la même rengaine lorsque fées et gnomes étaient dans la même pièce. La méfiance entre les deux peuples était tenace, mais s'ils se connaissaient comme Nÿllýrá et G'Àmyr, la guerre était personnelle et n'arrêtait jamais.

"Ca suffit !"

John sourit malgré lui. Sherlock avait atteint la fin du peu de patience qu'il possédait et il avait fait taire les deux créatures en quelques secondes. Au dessus de sa main flottait une orbe bleue, un sort que leurs invités avaient dû reconnaître car elles s'étaient toutes deux éloignées et se cachaient, ensemble, derrière son fauteuil.

"Vous oseriez pas M'sieur Holmes. C'est pas gentil ça."

"Nous venons vous aider et vous nous menacez avec ce sort honni."

Seul son ami était capable d'unir un gnome et une fée contre lui.

"Et vous serez payé pour vos efforts. Vous vous comportez comme des enfants et je me suis montré assez patient." Il jeta un coup d'œil vers John "Mme Hudson a fini les biscuits de G'Àmyr"

Il se tourna à nouveau vers les deux créatures, le sort dans sa main se dissipant. Avec un soupir, John se dirigea vers leur porte, se préparant à descendre chez leur logeuse. Il devenait urgent que Sherlock apprenne à faire ses courses lui même, John n'était pas son coursier personnel.

A peine était il arrivé sur leur pallier qu'il sentit l'odeur provenant du logement en dessous du leur. Quel dommage qu'ils ne puissent pas profiter de cette fournée. Ne voulant pas laisser Sherlock seul trop longtemps avec les deux ennemis, il descendit rapidement les escalier et toqua à la porte de Mme Hudson. Elle lui ouvrit quelques instants plus tard. Elle portait son tablier et était en train de s'essuyer les mains sur un torchon. Elle se dirigea vers la cuisine et lança par dessus son épaule.

"Vous devez avoir un radar jeune homme. Je viens juste de sortir la dernière plaque du four;"

"Pas moi, Mme Hudson. Sherlock"

"Bien entendu. Il a toujours eu le don d'arriver exactement au moment où le thé ou le repas est prêt. Je me demande comment il fait. Si je le savais, je pourrai l'appliquer pour me faire inviter chez des amies."

"Pas la moindre idée, il doit le déduire de l'humidité et de la température de l'air, de l'âge de votre four et du temps depuis votre dernière visite chez le coiffeur. On ne sait jamais d'où lui viennent ses conclusions, juste qu'elles sont pratiquement toujours exactes. Et d'une logique à toute épreuve quand il nous les explique"

Le ton de John était devenu affectueux. C'était le cas de plus en plus souvent quand il parlait de son ami. Sherlock avait le don de provoquer les sentiments les plus extrêmes chez ses interlocuteurs : émerveillement, scepticisme, rage. Il ne laissait personne indifférent, mais peu de personnes le connaissait assez pour ressentir de l'attachement. Et le détective ne rendait pas la tâche facile, même pour ceux le souhaitant. La moitié du temps, John avait envie de l'étrangler ou de le frapper.

Mme Hudson lui sourit en plaçant les biscuits dans une boite métallique.

"Ca doit être quelque chose de cet acabit. Cela parait tellement mystérieux quand on ne le connaît pas. Je comprend que certains n'y croient pas, mais de là à écrire des horreurs comme cette journaliste ... Il refuse de nous écouter, mais vous devriez faire attention John. Vous êtes son seul ami, vous devez le protéger."

"Je fais de mon mieux Mme Hudson, mais ce grand benêt n'en fait qu'a sa tête, comme toujours."

Elle lui tendit la boite avec un de ses sourires en coin.

"Monter donc avec cela, il doit vous attendre. J'amènerai le reste plus tard dans la journée."

John la remercia et sortit dans le hall de l'immeuble. La voix de leur logeuse le suivit dans les escaliers.

"Je vais acheter le papier peint demain, je vous attends à neuf heures tapante."

La vieille dame était incorrigible. John oubliait tout le temps que derrière son apparence fragile et affable, elle avait été la femme d'un dangereux dealer et qu'elle lui avait survécu.

A peine était il rentré dans l'appartement que G'Àmyr était à ses pieds. Il montra du doigt le coffret que tenait le médecin.

"C'est mon paquet ? Dépêchez de m'le donner, j'ai trop traîné ici et mon Gwdaryn a besoin d'son antidote."

Le gnome attrapa la boite à la seconde où John lui tendit. Elle était presque aussi grande que lui et pendant quelques instants, il craignit que le gnome ne la fasse tomber. Heureusement ce dernier la fit rapetisser rapidement et il prit la direction de la fenêtre, son précieux chargement balancé sur une seule main. Il disparut dans la rue sans un mot de plus. John était parfois jaloux de tout ce que les peuples magiques ou les sorciers les plus puissants pouvaient effectuer. Sa magie se limitait a quelques sorts de protection et à soigner les gens, d'où son choix de carrière.

Il jeta un coup d'oeil au reste du salon et dans la cuisine. Le mélange de Sherlock continuait de glouglouter dans son montage mais il n'y avait aucune trace de son colocataire ou de la fée.

"Sherlock ?!"

La réponse vint de la chambre :

"J'arrive. Prépare toi, nous partons dans quatre minutes"

Il était déjà prêt mais avait une garde prévue à la clinique plus tard dans la matinée.

"Nous allons faire quoi ? Et où ?"

Son ami entra dans leur salon, impeccablement habillé et chaque mèche à sa place. Il portait un de ses nombreux pantalons noirs qui, par on ne sait quel miracle, tombait toujours parfaitement bien. Il avait enfilé une chemise aubergine et une veste sombre. Comme d'habitude, il n'avait pas jugé nécessaire de porter une cravate ou de fermer les deux boutons du haut. John avait toujours l'impression d'être mal fagoté à côté de lui.

"Nÿllýrá et G'Àmyr ont tous les deux la même info. Rien de particulier dans le quartier, mais la maison voisine de M Wooding possède une chambre dans laquelle ils n'ont pas pu pénétrer. Elle semble protégée par un sort assez puissant pour empêcher des gnomes et des fées d'entrer. C'est assez rare pour que l'on aille y jeter un oeil"

"Potentiellement dangereux ?"

La question était habituelle. Que le danger soit réel ou pas, il suffisait que Sherlock réponde oui pour s'assurer que John l'accompagnerait. Le détective ne demandait jamais d'aide, tout comme il n'avouerait jamais qu'il appréciait la compagnie de l'ex soldat. La simple interrogation était leur méthode pour éviter ces deux écueils.

"Oui. Je ne sais pas du tout ce qui peut se cacher là bas. Les barrières empêchent toute trace de magie de traverser. Nÿllýrá et G'Àmyr n'ont aucune idée de ce qui se trouve derrière."

Adieu journée à la clinique.

"Je dois appeler Sarah et je te suis"

"Fait le depuis le taxi, il doit déjà être en train de nous attendre en bas"

John attrapa son portefeuille, ses clefs et enfila son manteau. Sherlock avait déjà descendu la moitié des escaliers quand le médecin referma la porte de leur appartement. Quand il le rejoignit dans la rue, le taxi était garé devant leur entrée. En s'engouffrant dans le véhicule, il posa la question qui le titillait depuis la conversation avec les deux petites gens.

"Au fait, c'est quoi un shlurgen ?"

"Un mélange entre un pou et un morpion. Une horreur à se débarrasser et il parait que les démangeaisons peuvent rendre fou. Mais ne t'inquiète pas, ils n'attaquent que les créatures magiques"