Eh oui, cette histoire n'a pas encore poussé son dernier soupir. L'attente a été longue mais ma muse a cessé sa grève. Maintenant qu'on m'accepte dans les raids wotlk, je peux aménager un peu de temps entre deux expirations d'ID pour écrire :P
Voilà donc après une longue attente, le chapitre 7!


Lisa se blottit dans la couverture légère, la tête sous l'oreiller. Elle sentait qu'elle était sur le point de se réveiller, mais elle n'en avait pas envie, comme lorsqu'elle était enfant et qu'elle passait des heures à flemmarder dans son lit le dimanche. Elle se sentait bien, dans un lit confortable, dans des couvertures fraiches et agréables. Elle était reposée. Mais elle n'était pas chez elle.

L'odeur de Jackson lui fit ouvrir les yeux, et tout lui revint. Elle avait été agressée par un inconnu, et c'était Jackson qui l'avait sauvée. Bizarrement, après quelques heures de sommeil, tout lui parut beaucoup plus acceptable. Elle savait qu'elle s'était coupée de toute réalité dès le moment où Jackson avait fermé la portière de la voiture sur elle, un réflexe d'auto-protection pour éviter la dépression nerveuse. Quand plus rien n'a de sens, mieux vaut ne pas se poser de questions et faire ce qu'on nous dit de faire. Reléguer le moment terrible de la réalisation au second plan était salvateur dans certaines situations.

Elle s'étira en grognant.

Jackson n'était pas dans la chambre. Elle était seule, et les rayons du soleil filtrés par les rideaux épais l'informèrent que la journée était déjà bien avancée. Bizarrement, l'idée de s'enfuir ne lui effleura même pas l'esprit, pas plus que de penser que Jackson l'avait abandonnée là. Comme elle n'avait pas eu la force d'en prendre une la veille, une bonne douche chaude chasserait les dernières traces de sommeil de son esprit et elle pourrait se pencher sur sa situation, décider de la marche à suivre, et de la bonne volonté ou non de Jackson.

« Vous avez pas l'air d'ici. » Dit la serveuse en lui apportant son café. « Vous venez faire du tourisme? »
Jackson répondit par un petit hochement de tête distrait en lisant le journal. Il prit le gobelet fumant et la porta à ses lèvres en tournant la page. Il n'était fait mention nulle part de la disparition de Lisa, puisque son jour de congé n'était pas encore terminé. Cela leur laissait une quinzaine d'heures pour mettre autant de distance entre eux et Miami qu'ils le pouvaient.
« Je suis née à DC. »
Il finit par daigner lever le nez de son journal pour observer la jeune femme intrusive et lui offrit son regard le plus froid possible. L'effet ne se fit pas attendre, elle lissa son tablier d'un air absent avant de tourner les talons et se mettre à la recherche d'un autre homme à épouser. Il soupira d'un air las et repris où il avait été interrompu. Le Mexique, c'était là où ils devaient se rendre pour trouver un moyen d'atteindre l'Europe. La France était un choix plutôt judicieux, car les procédures d'extradition vers les USA étaient extrêmement longues et compliquées, mais un peu trop hâtif et impossible à assumer sur le long terme. L'Angleterre pourrait suffire pour quelques temps seulement. L'Italie, par contre, semblait le meilleur choix possible sur le long terme. De plus, certains membres de la mafia lui devaient des services, et même s'il trouvait ce milieu méprisable, cela représentait un atout non négligeable. L'Italie, donc.

Il plia le journal et paya son café avant d'en emporter un pour Lisa.

« C'est un... »
« Cappuccino. » La coupa-t-il en refermant son sac. Elle observait le gobelet avec une candeur toute infantile.
« C'est mon préféré! »
« Je sais. »

Lisa but une gorgée et soupira.

« Je sais que tu sais, j'essayais juste de faire la conversation... »
« Je sais. »

Évidemment qu'il savait qu'elle adorait le cappuccino. Il avait passé huit semaines à l'espionner avant le vol de nuit, et Dieu seul savait combien après. Elle n'était pas stupide. Un peu de conversation aurait été agréable, mais décidément il n'était pas du genre bavard. Elle se rendit compte qu'elle le connaissait finalement très peu, alors que lui savait pratiquement tout d'elle.

Lisa posa son front contre la vitre de sa portière et observa le paysage défiler à travers. Jackson conduisait avec prudence, hâtivement mais sans précipitation. Ils devaient trouver un moyen de passer la frontière avant que Lisa ne soit recherchée.

« Il faut que j'appelle mon père. » réalisa-t-elle à haute voix.
« Non. »
« Il va être mort de peur quand il va se rendre compte que j'ai disparu... »
« C'est ça. »
« C'est trop te demander que d'essayer de répondre avec autre chose que des mots monosyllabiques, Jack? »

Pendant une seconde, les doigts de Jackson se serrèrent sur le volant. Le caoutchouc crissa et les phalanges blanchirent, et Lisa fut persuadée qu'il allait l'assommer d'un coup de tête, comme il l'avait fait lors du vol de nuit... Mais il n'en fit rien. À la place, il se détendit et se permit même un sourire.

« Je crois qu'il y a quelque-chose que tu n'as pas saisi, Leese. » énonça-t-il en gardant les yeux rivés sur la route. « Je vais être franc, à toi de voir si tu peux me croire ou non. Le fait est que tu m'as suivi jusqu'ici, donc il est peut être un peu tard pour remettre en doute ma fiabilité. »
Il marquait un point.
« Mes anciens employeurs te recherchent, et s'ils te trouvent, ils te tueront. »
« Pourquoi? »

Il haussa les épaules. « J'en sais rien. » Mais il savait pertinemment pourquoi. « T'as fait capoter une grosse opération, t'as énervé pas mal de gens hauts-placés, t'as foutu en l'air la carrière d'un élément brillant. »
« Oh pitié, arrête. J'ai sauvé la vie d'un homme et de sa famille. »
« Tu es tellement mignonne, Leese... Combien d'hommes sont morts à cause de celui que tu as sauvé? Combien ont dû mourir pour qu'il atteigne la place qu'il occupe aujourd'hui? »

« Keefe est un homme bon. »
« Tu n'en as pas la moindre idée, pas vrai? Pour toi, Charles Keefe est un père de famille aimant qui fait son lit avant de partir du Lux Atlantic lorsqu'il a un colloque à Miami et qui te laisse un gros pourboire à chaque fois. Honnêtement, tu ne le connais que de derrière ce comptoir, et de ce qu'on en dit à la télévision. »

Les paroles doucereuses de Jackson commençaient à s'insinuer en Lisa comme un poison se répandant dans ses veines. C'était vrai. Elle ne le connaissait pas plus que ça.

« Quelle vision naïve tu as, ma pauvre petite Leese. Je sais des choses sur les gens de pouvoir que tu n'oses même pas imaginer. Charles Keefe était un client assez régulier de mes employeurs. Les gens sur lesquels l'Amérique tire ne sont guère différents des américains. Les gens que vous combattez sont votre reflet dans le miroir de l'humanité. L'oncle Sam n'a jamais existé, et le patriotisme est un moyen de plus pour asservir les masses. Comme la religion, comme la télévision, comme la consommation. Peut être que tu mérites une médaille du courage pour tes exactions dans le vol Dallas-Miami. Peut-être pas. Tu n'as aucune idée du nombre de gens qui ont été exécutés après l'échec de l'attentat contre Keefe. Ces gens là, ne viennent-ils pas hanter tes nuits avant de t'endormir, comme dans les films? Est-ce que tu sais pourquoi tu te bats? Et est-ce que ça en vaut vraiment la peine? »

La claque partit toute seule, si bien que la voiture fit un écart sur l'autoroute avant de revenir sur sa voie. Jackson était persuadé que sous sa barbe, la marque de la main de Lisa était visible. Il ne s'en vexa pourtant pas, car il avait prévu cette réaction. Face à une situation qui remet en question toute une vie, le réflexe de combattre-ou-fuir est inévitable, base de la psychologie humaine. Lisa s'était déjà retrouvée dans une situation comme celle-ci, dans l'avion. Elle avait dû choisir entre fuir la réalité en suivant les ordres de son tortionnaire, et le combattre pour retourner dans son cocon quotidien. À y réfléchir, c'était sans doute ce qui s'était passé lors de son viol; sauf que cette fois-là, elle avait choisi la fuite. Elle avait subi. C'était pour ça qu'elle ne s'était pas laissé faire quand il l'avait acculée, harcelée, jusqu'à essayer de la briser. Elle avait encaissé, puis elle avait fait preuve de ruse, d'intelligence et d'une infinie violence pour ne pas répéter ce qui s'était passé dans le parking sous-terrain. Jackson se permit un sourire.

« Qu'est-ce qui te fait sourire? »
La voix de Lisa était tremblante, mais Jackson ne put dire si c'était par peur de représailles de sa part ou par manque de recul par rapport à ce qu'il venait de dire.
« Toi. »
Elle soupira, à moitié soulagée. « Et on en revient aux mots monosyllabiques. »
Il rit doucement, de ce même rire qu'elle avait entendu d'un inconnu avec qui elle avait pris un verre au Tex-Mex de l'aéroport. Elle secoua la tête.
« Je dois appeler mon père. »

Jackson, excédé, sortit de l'autoroute et arrêta le moteur au bord d'une petite route. Il se tourna vers Lisa.

« Je veux que tu m'écoutes attentivement. » Il marqua une pause. « Une des plus grandes organisations de malfaiteurs du monde est à ta recherche. Si ils te trouvent, ils te tuent. Ne prends pas contact avec ton père, ne les fait pas remonter jusqu'à lui. Si tu le fais, ils vont savoir qu'ils peuvent l'utiliser comme moyen de pression. » Elle grimaça à cette mention, mais avant qu'elle puisse rétorquer, il poursuivit. « Ils sont dans une situation précaire à cause de toi. Ton père a déjà été agressé par un de leurs agents et ils se font un point d'honneur à ne jamais frapper deux fois au même endroit. Mets toutes les chances de ton côté, Lisa. N'appelle pas ton père. »
Lisa déglutit et réfléchit à toute allure. Elle perdait pied, petit à petit. Ses repères s'évanouissaient dans un brouillard de plus en plus épais et inquiétant. La déclaration finale de Jackson raisonna comme un glas dans son esprit, et elle se sentit sombrer.

« Ta vie à Miami est terminée. »


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