Oh mon dieu, j'arrive pas à croire que je vous ai oubliés pendant tout ce temps ! (houla, l'indélicatesse) Pour ma défense, mon voyage au canada était passionnant et il parait que j'ai une vie sociale (enfin on me conseille d'en avoir une en tout cas). Je ne vous en présente pas moins mes plus plates excuse pour cette absence et je vous laisse lire ce chapitre sans blablater davantage.

En espérant que vous l'aimerez ! ;)


J – 4 : Où Roy Mustang vit la journée la plus traumatisante de toute son existence

Rhaaaaaaaaaaaaah… pas le téléphone…

Roy poussa un vague râle d'agonie, lançant désespérément son bras pour décrocher le combiné, sans avoir la force de le ramener. Et pourtant, la veille, il ne pensait pas qu'il pourrait être plus fatigué encore. Il resta dans le silence, prêt à se rendormir.

– COLONEL, DEBOUT ! C'EST L'HEURE D'ALLER AU BOULOT !

La voix familière d'Edward avait parvenu à dépasser la distance qui les séparait pour lui donner l'impression qu'il était juste à côté, à lui crier dans les oreilles. En désespoir de cause, il replia le bras et amena le combiné à la hauteur de son oreille pour répondre d'une voix pâteuse.

– Oui, je suis pas mort Fullmetal, merci de t'inquiéter pour moi…

– Qu'est-ce que vous foutez encore au lit ? Vous devriez pas déjà être au boulot ?

– Nan, il est six heures…

– Huit heures, corrigea Edward.

Roy leva les yeux vers son réveil, enfin, là ou il aurait dû l'être, mais le ne trouva pas. Il s'aperçu en revanche qu'il faisait grand jour dehors.

– Putain… Hawkeye va me tuer…

– C'est une possibilité à ne pas exclure… D'autant plus que vous allez affronter de sacrées rumeurs aujourd'hui.

– Nan pitié, t'es pas obligé de me dire ça au réveil…

– Pourquoi pas ? demanda-t-il d'un ton ou perçait la moquerie.

Il semblait égal à lui-même. Roy secoua vaguement là tête, chassant cette impression étrange qui l'avait assaillie la veille. En fait, il avait l'air tellement blasé… Dur de donner suite à cette idée qu'il avait eue qu'Edward était peut-être plus attaché à lui qu'il ne l'aurait dû dur aussi de ne pas se demander si ce frisson qui l'avait parcouru n'était pas un simple rêve… pas désagréable au demeurant…

– Vous êtes vraiment fatigués pour ne pas essayer de vous défendre, n'est-ce pas ?

Roy sursauta, brutalement tiré de ses méditations, et bafouilla pour tenter de reprendre pied.

– J'vois pas de quoi tu parles.

Qu'est-ce qu'elle est utile cette phrase, pensa-t-il avec un soupir de soulagement.

– Bah, vous êtes toujours en retard… Et on se donne quelle heure de rendez-vous ?

– Ah merde c'est vrai… Bah t'as qu'à passer au bureau vers six heures, six heures trente.

– OK.

– Bon, salut, à ce soir alors, marmonna Roy d'un ton pressé, réalisant enfin qu'il devait se préparer le plus vite possible.

Il raccrocha hâtivement, balançant le téléphone dans un coin, traversa le salon d'un air horrifié, plus que perturbé par la pièce rangée et bien trop vide à son goût. Il perdit encore une dizaine de minutes avant de trouver sa choppe qui était contre toute attente rangée à l'envers dans le placard de gauche.

– Bon sang, Aliénor… Tu me le paieras… Grogna-t-il.

O¤O¤O¤O¤O

Edward s'affala contre le mur, tremblant.

Comment faisait-il, comment avait-il fait jusque-là pour être capable de lui parler, il n'arrivait même pas à le comprendre. Il avait espéré vaguement que l'acceptation de ce fait indéniable – il était amoureux – lui permettrait de passer au dessus de son malaise. Il avait espéré pouvoir reprendre ses vacheries dans l'espoir de le lui faire payer. Il avait espéré pouvoir avoir toute son assurance, mais il savait que son salut de la veille était tout juste dû à un coup de chance, et qu'il ne serait pas crédible longtemps dans le rôle d'acteur. Il ne savait rien de l'amour. Incapable de faire semblant. D'ailleurs, il était dans un tel état après un coup de téléphone que la simple idée de le voir en face lui donnait des sueurs froides.

Sa voix, bon sang, sa voix…

Il ferma les yeux, essayant de se remémorer les sonorités, les inflexions, quand il était à moitié endormi, quand il était irrité, quand il disait – pour une fois – quelque chose de gentil, sentant ses entrailles danser la valse en l'imaginant murmurer à l'oreille, l'embrasser, encore plus peut-être… Il avait envie de hurler, tant cette sensation de désir et de manque étaient douloureuses. Il aurait voulu pouvoir lâcher définitivement son honneur, son image, sa tenue, et aller l'embrasser, le serrer dans ses bras, peser de tout son poids contre lui, s'enivrer de sa présence, enfin… Rêver d'amour.

Il se redressa brusquement, reprenant douloureusement le sens des réalités. Il ne servait à rien de rêver, les yeux mi-clos. Il ne pouvait rien attendre d'un type pareil. Ni amour ni respect, tout au plus quelques baisers qui s'évanouiraient dans une demi-douzaine de jours. A cette pensée, son cœur se serra. Il ne devait pas se faire d'illusions, même si ça le tuait de l'admettre, c'était un amour sans espoir.

Il jeta un coup d'œil à l'extérieur, ne voulant pas que quelqu'un le voie dans cet état. Il ne supportait pas d'être au bord des larmes, il avait trop peur que son frère arrive et dise le mot plein d'attention qui le ferait éclater en sanglots.

Ridicule.

Il ne fallait pas l'inquiéter.

Il avait déjà dû se rincer le visage, se donner des baffes et se forcer à sourire la veille. Il ne pouvait tout simplement PAS assumer cette situation dans laquelle il s'était embourbé tout seul. Il ne savait pas ce qui était le pire : avouer le complot ou son amour mal placé pour son supérieur. Le plus simple était donc de ne rien dire. Il se moucha bruyamment, essuya le peu d'eau qui s'était égaré sur ses joues et se força à sourire.

Je suis fort, je suis intelligent et j'ai la classe. Je suis indestructible, je ne me laisse pas abattre par les coups du sort, parce que le plus important, c'est de petit déjeuner !

– Allez hop la vie est belle ! ! s'exclama-t-il en souriant vraiment, traversant le couloir sous l'œil perplexe d'un portier.

Il pouvait y croire. Après tout, ça marchait bien pour la taille !

Il traversa le couloir d'un pas conquérant, le cœur gonflé par cette impression étrange d'avoir retrouvé sa vraie nature, et ne dissimula pas son enthousiasme en découvrant du chocolat à la table du petit déjeuner, sous l'œil amusé d'Alphonse qui semblait ne pas se douter que son frère faisait d'énormes efforts pour ne pas réfléchir à autre chose qu'à la répartition des carrés de chocolat sur sa tartine.

O¤O¤O¤O¤O

Roy Mustang patinait.

C'était le moins qu'on puisse dire. Il avait naïvement espéré que ses heures de sommeil volées lui remettraient les yeux en face des trous, mais force était pour lui d'admettre que c'était tout l'inverse qui lui arrivait. Le regard froid d'Hawkeye, dépourvu de commentaires (ce qui était étonnant avec plus d'une heure de retard), les coups d'œil furtifs de ses collègues avait été un accueil assez lamentable, surtout après avoir eu tant de mal à se repérer dans un appartement méconnaissable depuis le passage d'Aliénor. Et surtout, il était incapable de lire ce qu'il avait sous les yeux, bizarrement troublé par le baiser de la veille. Il restait dans un étrange brouillard d'où sortait de temps à autre des questions d'une netteté effrayante.

Qu'est-ce qui lui a pris ?

Depuis quand sait-il embrasser aussi bien ?

Et que s'est-il passé exactement à ce moment-là ?

Il ferma les yeux un instant pour se remémorer la scène. Amusé par le comportement des autres couples, avait voulu jouer à la déclaration d'amour, se retenant de justesse de sortir une chanson, parce que c'était tout de même ridicule. Et là… Edward l'avait embrassé.

De lui-même.

Les lèvres pincées, il essaya de se remémorer les moindres détails de cet instant-là. Le petit blond avait glissé ses mains dans ses cheveux, ses lèvres pressées contre les siennes, alors que lui avait posé les mains sur ses cuisses (mais pourquoi, ça, il n'en savait fichtre rien !)

Pourquoi cela lui semblait-t-il si différent des autres jours ? Evidemment, ce n'était pas lui qui avait attaqué, mais… il devinait quelque chose de plus profond, une espèce toute petite chose presque liquide et si fragile que le moindre effleurement le tuerait. Il n'avait aucune idée de ce que cela pourrait devenir avec le temps, mais il avait une espèce de tendresse pour cette sensation diffuse au creux de l'estomac, qui n'avait pas de corps ni de nom, qui n'avait pas de source ni de but, mais qui l'apaisait étrangement.

Il était si perdu dans ses pensées que ses réflexions ne lui semblaient même pas être étranges. Il ne s'occupait pas non plus de ce que pourraient penser les autres en le voyant rêvasser par la porte ouverte. Pour tout dire, il avait pratiquement oublié leur existence.

Ce n'était pas réciproque. Car de l'autre côté, les rumeurs allaient bon train.

– Non mais c'est pas possible… C'est une blague.

– Tu crois qu'ils ont réussi à s'entendre suffisamment longtemps pour avoir une idée pareille ? murmura Havoc.

– Et si… c'était un coup des homonculus ? demanda Breda.

– Comment ça ?

– Eh bien, imagine qu'Envy aie prit l'apparence d'Edward pour s'infiltrer dans le quartier général et kidnapper Mustang.

– Mais le Colonel est là, rappela Fuery d'un ton d'évidence.

– Qu'est-ce qui te prouve que c'est lui ? demanda Breda, semant le doute.

– Il n'y a que lui pour arriver aussi en retard avec autant de classe, répondit Havoc avec un large sourire.

– Tu veux dire, en ayant oublié de se peigner ?

– Rien ne t'échappe, toi… J'ai effectivement l'impression qu'il n'est pas dans son assiette aujourd'hui, continua Breda, sentant qu'il avait son auditoire.

– Parce qu'il est étourdi et bordélique ? Ça change pourtant pas de d'habitude ! fit remarquer Falman entre deux dossiers.

– Non, c'est pas ça, regarde-le… fit-il en le désignant du bout de la main.

Tous les regards convergèrent vers le Colonel, qui mordillait son crayon, les yeux dans le vague.

– Et ?

– Il réfléchit ! Ca crève les yeux qu'il n'est pas dans son état normal !

Havoc et Fuery partirent en grand fou rire, qui stoppa net quand Hawkeye tourna la tête vers eux. Ils se remirent à travailler fébrilement, puis, quand il leur sembla qu'ils pouvaient décemment reprendre une conversation sans être fusillés du regard, Fuery reprit timidement.

– Moi j'ai une hypothèse.

– Vas-y, murmura Havoc du coin de la bouche.

– Roy lui a fait faire un pari.

– Et l'enjeu ?

– Un moyen de grandir, répondit le petit brun en souriant de toutes ses dents.

– Oui, c'est un bon mobile… mais pourquoi ça ?

– Pour ne pas se marier, évidemment, rappela Havoc. Il fuit les mariages comme la peste !

– Logique, logique… Enfin du coup, il est dans la merde… Si y'avait un moyen de grandir, ça se saurait.

– Il va se faire frapper par Ed, chantonna Fuery.

– Depuis quand tu te réjouis du malheur des autres, toi ? demanda Havoc, surpris.

– Depuis que c'est drôle, répondit-il, le visage fendu d'un large sourire.

– Moi qui espérais qu'il y avait au moins une personne à cette table qui avait conservé son innocence, marmonna Falman.

– Et vous Hawekeye, vous en pensez quoi, de leur comportement ? s'exclama-t-il joyeusement en agitant le bras vers elle.

– Tu disais ? marmonna Havoc à l'intention du type au cheveux gris.

Il fallait être vraiment naïf pour oser poser une question pareille à leur supérieur. D'ailleurs toute la tablée se retenait de griffer leur bureau sous le regard terrifiant que leur avait adressé la belle blonde.

– Je pense qu'il est passablement irresponsable d'autant plus qu'il vous rend totalement inefficaces. J'espère que vous avez fait le tour des hypothèses et que vous allez vous remettre au boulot avant de donner raison aux rumeurs comme quoi les militaires sont payés à ne rien faire. C'est compris ? Rompez !

Elle quitta le bureau d'un pas altier pour aller chercher des dossiers, laissant les autres militaires sur les nerfs.

– Wow…

– Hypothèse numéro 7 : Il veut la rendre jalouse ? suggéra Havoc.

– Tais-toi et bosse.

O¤O¤O¤O¤O

– AAAAAAAAAAAAAAAAAAH C'EST PAS POSSIBLE ! s'exclama le petit blond qui enchainait les allées et venue fébriles au bord du lac depuis une bonne demi heure.

Il s'en fichait, de tous ces regards plantés contre lui, des yeux en bille de loto des gamins apprenant à faire du tricycle, du regard méprisant de la petite vieille promenant son chien, du coup d'œil gênée d'une jeune fille passant, sa pochette de cours sous le bras, ou de deux amoureux se tenant par la main qui sans le savoir, le faisait bouillir de jalousie. Il se traitait de tous les noms, insultant tout autant Roy Mustang, sans que le destin qui aie provoqué cette catastrophe ne soie en reste. Pour résumer, il était en train de communiquer tout son répertoire de jurons a l'étendue d'eau devant lui, tout en sachant pertinemment que celle-ci n'en avait absolument rien à carrer. Mais bon, ça faisait du bien.

Et puis, Roy est VRAIMENT un connard pour m'avoir fait ça ! CA ! J'aurais préféré mourir !

Et j'aimerais tellement qu'il me prenne dans mes bras…

Il se laissa tomber assis dans l'herbe, arrachant mécaniquement les pâquerettes, toujours aussi furieux contre lui-même et le monde entier. Furieux que Roy aie eu l'idée idiote de l'embrasser, furieux d'avoir envie de sentir de nouveau ses lèvres contre les siennes, furieux de sentir si cruellement ce manque, presque physique, que provoquait malgré lui son absence, furieux de souhaiter tout et son contraire.

Je veux qu'il continue.

Je veux qu'il arrête.

Je veux qu'il m'aime…

Puisqu'il ne peut pas, qu'il me foute la paix !

Mais j'ai promis de mener à bien cette mission… mon honneur est en jeu. Et le sien, d'une certaine manière.

De toute façon, j'aurais les autres sur le dos…

Je devrais peut-être pas le laisser seul avec ses emmerdes.

Quoique…

Edward poussa un soupir et se releva à contrecœur. Maintenant qu'il avait accepté, il devait mener cette mission jusqu'au bout. Même s'il devait la regretter jusqu'à la fin de ses jours. Simple question d'honneur. Il s'épousseta rapidement, comme pour se débarrasser de toute trace d'herbe et serra les poings d'un air résolu.

Sans trop y croire cependant.

Il revint dans les allées gravillonnées qu'il remonta d'un pas ferme, se décidant enfin à aller au rendez-vous qu'il envisageait de plus en plus sérieusement d'annuler sous n'importe quel prétexte. Il remonta les rues, une flamme déterminée dans le regard. Venir à ce rendez-vous, certes, mais ne pas en révéler plus que nécessaire sur ses sentiments réels, et surtout, surtout, lui faire payer pour ce qu'il était en train de subir par sa faute.

Comment se retrouva-t-il assis dans un recoin de la bibliothèque, il n'en savait rien. Sans doute que mécaniquement, il avait fuit une confrontation trop difficile. Enfin, il se retrouvait assis à une table reculée, tenant un livre de chiromancie à l'envers, ce qui était doublement ridicule. Il se sentit incroyablement confus en voyant Shiezka s'assoir face à lui.

– Alors, Edward ? tu m'as l'air bien soucieux.

– Je… vais très bien, répondit-il en rattrapant le livre de justesse.

– Mais oui, mais oui, fit-elle d'une voix douce en replaçant le livre dans le bon sens. Dis-moi plutôt ce qui t'arrive. Tu as des soucis, ça se voit.

– Mais non !

– Alors justifie-moi l'appariation de ta troisième ride sur le front, commanda-t-elle en désignant celle-ci du bout du doigt.

Les militaires avaient établi l'équivalent de l'échelle de Richter en se basant sur le nombre de rides déformant le visage d'Edward, mais celui-ci ne le savait pas. De toute façon, il n'y aurait pas accordé une grande importance. Son visage se décomposa peu à peu en comprenant qu'il ne pouvait pas faire illusion.

– Qu'est-ce que tu as ? Une peine de cœur ?

– Mais… maismaismais… NAN !

– …

– Enfin, ptêt un peu en fait, avoua-t-il en regardant ailleurs, mort de honte.

– Hum… Ca ne m'étonne pas.

– Pourquoi ?

– Tu es tellement impulsif… ça m'étonnait que tu n'aies pas encore jeté ton dévolu sur quelqu'un.

– Comme si je l'avais choisi… marmonna-t-il, vautré sur la table.

– On choisi toujours un peu, souffla-t-elle.

– J'ai pas choisi d'être malheureux.

– Je pense que si… d'une certaine manière, fit-elle en penchant la tête de côté avec un sourire.

Le petit blond croisa les bras et la regarda d'un œil torve, visiblement pas convaincu.

– Ecoute… dans l'amour, tout dépend de la manière dont on le prend. Si on renonce à la perfection pour profiter juste de ce que l'on trouve, c'est une grande source de bonheur.

– Mouais… lâcha-t-il avec une moue. En même temps qu'est-ce que vous en savez, vous !

– Edward, tu n'es pas le seul à avoir des sentiments, rappela-t-elle.

– J'aimerais bien pouvoir le croire, grogna-t-il en se relevant.

Il était résolu à s'en aller, la conversation avait trop duré. Dire qu'il était venu pour réfléchir au calme ! Et puis, parler de sentiment quand il s'agissait de Mustang… Non, décidément, ce n'était pas une bonne idée. C'était juste une idiotie.

Il n'y a pas moins sincère que lui, il suffit de voir hier soir…

Cette simple pensée le fit rougir violemment. Il avait beau savoir qu'il n'en pensait pas un mot, sa déclaration restait ancrée dans son esprit, incapable qu'il était d'en oublier le moindre détail. Il sentait de nouveau son cœur battre la chamade en repensant au regard qu'il avait à ce moment-là, brûlant d'envie qu'il pose de nouveau les yeux sur lui de cette façon. Ca ne servait à rien, même si ce n'était pas vrai… Il avait trop envie que ça continue pour arriver à dire « j'abandonne la mission. », et il était trop timide pour jamais oser avouer les raisons de son abandon.

Edward Elric n'avait peur de rien, ni des animaux, normaux ou transformés, ni des hommes, ni des femmes, ni du vertige ni du sang, ni de la mort (la sienne du moins) et pourtant, là, il avait comme une boule dans la gorge. Alors qu'il s'était déjà rendu ridicule mille et une fois, qu'il s'était retrouvé en caleçon dans la rue principale de Rush Valley et d'autres choses pires encore, il se retrouvait totalement terrifié par deux simples mots (et demi).

Je l'aime.

A chaque fois qu'ils lui venaient en pensées, il sentait un sursaut qui l'aurait poussé à couiner et à bondir dans un coin du couloir pour se terrer accroupi, les mains sur la tête, s'il n'avait pas su développer une certaine forme self-control.

Je suis fort, je suis classe, je suis indestructible, et je me paye une gaufre après, promis ! se jura-t-il en poussant la porte du bureau.

– Yo !

Il vit cinq têtes se relever avec une lenteur circonspecte et se demanda soudainement s'il était le bienvenu. Il traversa la pièce avec un sourire crispé, une main levée à la fois en signe de salut et d'apaisement, et s'enferma dans le bureau. Il avait oublié… que ceux-là étaient maintenant au courant, enfin… plus ou moins…

Le petit blond quitta la contemplation du bout de ses chaussures pour relever les yeux vers son interlocuteur, se sentant le souffle court. Il était au moins aussi beau qu'il le craignait, quoique le visage barré d'une ride soucieuse qui ne lui ressemblait pas. Il le regarda d'un œil vague, sans faire le moindre commentaire.

– Bonjour… tenta timidement Edward, ne sachant pas comment commencer ce qu'il avait à dire.

– Bonjour Edward, répondit le Colonel en se redressant, comme tiré de sa léthargie… Tu es en avance.

– Ah… euh… C'est que… bafouilla l'adolescent, la gorge sèche.

Il ne voyait pas comment le justifier. D'ailleurs il n'arrivait tout simplement pas à réfléchir il peinait même à respirer dans cette pièce empreinte de son odeur, envahie par sa présence familière. Il n'arrivait même plus à voir les dossiers étalés à son bureau comme quelque chose d'anodin, parce qu'il en avait froissé les feuilles entre ses doigts. Il se sentait envieux de chacun des objets effleurés, et la simple idée de se retrouver dans la même pièce lui donnait des sueurs froides. Il ferma un instant les yeux, inspira une bouffée d'air à l'odeur âcre de café froid, et se senti brutalement d'aplomb.

Il ne supporterait tout simplement pas tout cela bien longtemps. Il fallait y mettre fin.

– Vous ne pensiez pas mot de ce que vous disiez hier, n'est-ce pas ?

– Non, bien sûr que non, fit l'homme d'un rassurant.

Edward hocha la tête, conforté dans ses convictions il le savait, évidemment. Mais l'entendre dire d'un ton aussi serein, c'était autre chose. Roy n'en avait effectivement rien à foutre.

– Je viens demander l'arrêt de la mission, lâcha-t-il d'une traite.

– Quoi ?

Le petit blond se força à lever les yeux, se força à respirer profondément. Bon sang, quelle torture…

La manière qu'il avait de planter ses yeux noirs dans les siens sans laisser paraître d'émotion particulière, ses cheveux légèrement ébouriffés… Tout, tout simplement tout chez lui lui donnait envie de l'embrasser, de le serrer dans ses bras. Autant de couteaux plantés dans le cœur.

– Non mais… Tu ne peux pas me faire ça… Le mariage est dans cinq jours ! Comment je fais pour y échapper si tu me lâches ?

Non, ne m'obligez pas à rester… Pitié… Ne me regardez pas d'un œil de chien battu… Pensa le petit blond, se mordant les lèvres pour rester inflexible.

– Démerdez-vous. Après tout, vous êtes un peu un expert en la matière, n'est-ce pas ?

– Mais, absolument pas ! Je ne comprends pas comment tu peux penser ça !

– Vous êtes plutôt doués pour manipuler les gens, je ne vois pas pourquoi vous ne seriez pas capable de vous mettre votre famille dans la poche !

– Tu ne les connais pas ! Ils sont impossibles à décourager !

– Alors mariez vous.

– Mais je ne veux pas me marier, avec personne ! Je n'ai pas envie d'aimer qui que ce soit, je n'ai pas envie de fonder une famille, d'avoir des gosses, tout le protocole ! Je préfère crever plutôt qu'avoir une femme, un chat et des charentaises !

– Bah crevez alors, grogna Edward d'un ton sans réplique.

Roy cligna des yeux, vaguement halluciné. Il avait toujours considéré Edward comme un sale gosse, mais il était vraiment mauvais, aujourd'hui. Il ne l'avait jamais vu aussi…

– Mais quelle mouche te pique, Edward ? demanda-t-il d'un ton radicalement différent.

Il y avait presque de la sollicitude dans sa voix. Edward ferma les yeux. Il avait comprit de Roy serait prêt à tout pour qu'il continue la mission et rassemblait ses forces pour ne pas le croire.

– On s'en tirait plutôt bien, non ? continua-t-il. Avoue que c'était sympa, le resto, le ciné, la soirée d'hier…

– Un peu trop.

– Comment ça ?

– Je me suis vraiment bien fait avoir…

Le silence tomba lourdement, et tous les deux échangèrent un regard, comme si c'était la première fois qu'ils se voyaient réellement. Puis Edward enfouit son visage dans ses mains, debout, là, au milieu de la pièce, à deux doigts de fondre en larmes.

Non, quand même pas… pensa Roy avec un début de peur panique dans l'estomac. Il est quand même pas…

– Je vous aime, murmura le petit blond d'une voix étranglée, à peine audible. AVEC VOS CONNERIES, JE SUIS EN TRAIN DE TOMBER AMOUREUX DE VOUS !

Il reprit son souffle, incapable de croire qu'il avait réellement hurlé ses mots. Face à lui, Roy était tout aussi incrédule, le fixant, la bouche entrouverte. Il avait envie de le bourrer de coups de poings, pour qu'il ressente ne serais-ce qu'un centième de sa propre douleur, pour qu'il comprenne, enfin, à quel point il lui en voulait. Mais il se retint et se força à sourire, quoiqu'il tremble de tous ses membres.

– C'est pourquoi je vous laisse dans votre merde. J'en ai marre de me faire couillonner avec vos histoires, alors débrouillez-vous sans moi. Je veux plus jamais voir votre belle gueule.

Il prit une inspiration et partit en claquant la porte, laissant Roy avec l'expression d'agonie muette qui est ordinairement celle du poisson à l'air libre.

O¤O¤O¤O¤O

Il traversa le bureau sous le regard plus que perplexe des autres militaire. L'expression du petit blond était bien trop inclassable pour qu'ils puissent comprendre ce qui s'était passé dans le bureau. Ils avaient vaguement entendu Edward crier, mais il n'avait pas exactement l'air en colère… Il claqua la porte derrière lui, laissant la pièce dans le silence complet. Hawkeye décroisa les bras, tandis que les autres militaires échangeaient des regards pâles.

– Mais à quoi il joue ? murmura la belle blonde pour elle-même.

– Vous y comprenez quelque chose ? demanda Breda d'un ton prudent.

– J'aimerais bien, répondit-elle.

Tout le monde se repencha sur son travail, jetant de temps en temps des coups d'œil à la porte qui était restée entrouverte, inquiets du silence.

– Vous croyez qu'il est mort ? murmura Falman.

– Commence pas, toi, grogna Havoc.

– Colonel ? tenta Fuery.

Pas de réponse. Ils se regardèrent les uns les autres, de plus en plus inquiets.

– Je vous avais bien dit qu'il n'était pas dans son état normal aujourd'hui, rappela Breda.

Fuery décida de tenter une infiltration, soutenu moralement par tous les autres. Il poussa prudemment la porte, constatant que Roy Mustang se tenait assis à son bureau, les coudes sur la table et la bouche entrouverte.

– Colonel ? Coloneeeel ? tenta-t-il sur différents tons.

– Oh, une fille en minijupe ! s'exclama Havoc en désespoir de cause.

– … pas de réaction.

– Ca marchait pourtant bien d'habitude.

– Lieutenant, je crois qu'il est cassé… fit Fuery d'un ton contrit.

Hawkeye se leva, traversa la pièce pour aller dans le bureau, posa ses deux mains face à lui, et se baissa pour le regarder dans les yeux. Constatant par elle-même qu'il avait un regard bovin et ne semblait pas remarquer sa présence.

– Mustang, réveillez-vous. Il est temps de vous mettre au boulot, fit-elle en lui toquant doucement le front.

Devant le peu de réactions, elle poussa à son tour un soupir.

– J'ai bien l'impression qu'il nous fait une espèce de cataplexie… Je vais voir à l'infirmerie. En attendant, laissez-le tranquille.

– Chef oui chef.

Ils la regardèrent partir avant de s'affairer autour de lui pour l'observer.

– Il respire ?

– Oui.

– Vous avez vu, il cligne même pas des yeux.

– Ca doit faire mal à force !

– C'est marrant, quand même… fit remarquer Breda en faisant passer la main devant son visage.

– Et si on le touche, il bouge ? demanda Havoc.

Breda appuya sur le bout du nez sans déclencher la moindre réaction.

Le grand blond déboucha un stylo avec un large sourire.

– Naan… tu vas pas faire ça quand même ? demanda Breda sans pouvoir s'empêcher de sourire lui aussi.

– Ca, c'est parce que tu es un putain de petit veinard et que ça m'énerve, fit-il en commençant à lui noircir le bout du nez. Ca, c'est parce que tu es un putain de beau gosse et que ça m'énerve aussi, ajouta-t-il en lui dessinant des moustaches et un bouc. Et ça, c'est parce qu'il y a quand même une justice, acheva-t-il en écrivant sur son front en toutes lettres « personne ne veut m'épouser ».

– Attends, passe, passe, s'exclama Fuery, moi aussi je veux dessiner !

– Non, vous abusez, les gars, fit Falman d'un ton désapprobateur tandis que Fuery dessinait soigneusement une pâquerette sur sa joue gauche.

– Vous n'auriez pas un stylo rouge ? demanda celui-ci.

O¤O¤O¤O¤O

– JEAN HAVOC ! tonna le lieutenant d'une voix réellement furieuse.

– Comment elle a deviné que c'était moi ? demanda-t-il d'un ton plaintif.

Il se leva tout de même à contrecœur.

– Oui lieutenant…

– N'avez-vous pas le sentiment d'avoir abusé de la situation en faisant ça ? demanda-elle en désignant le Colonel, dont le visage avait été joyeusement barbouillé en son absence.

– Si lieutenant… Mais c'était tellement tentant, murmura-t-il, dans ses petits souliers.

– C'est moi qui ai fait la pâquerette ! s'exclama candidement Fuery.

– Si je comprends bien, c'est une œuvre collective ? fit-elle en jetant un regard circulaire à l'ensemble de son équipe qui n'en menait vraiment pas large. A bêtise collective punition collective. Si j'en crois l'état de notre Colonel, vous avez déjà eu votre comptant de récréation. Plus de pauses café jusqu'à nouvel ordre ! Et maintenant, au boulot !

Ils échangèrent un regard, soulagés d'avoir un sermon aussi court. Et la lueur malsaine du regard d'Havoc laissait deviner qu'il ne regrettait pas d'abandonner ses chères pauses café pour avoir eu le plaisir d'écrire sur le visage du brillantissime Roy Mustang. Pendant ce temps, Hawkeye, pleine de bon sens, était en train de foutre une gigantesque paire de baffes au Colonel, qui sortit enfin de sa léthargie (je ne vous souhaite pas de vous faire gifler par Hawkeye, c'est une expérience particulièrement désagréable.)

– Très bien Colonel. Maintenant que vous êtes réveillé, vous allez me faire le plaisir de vous remettre au boulot immédiatement.

– Vous étiez obligé de me mettre des claques ? marmonna-t-il en se massant la mâchoire.

– Si vous aviez réagit avant vous n'en seriez pas là.

– J'ai…

– Vous avez passé une bonne heure à avoir autant de réactivité qu'une moule congelée. Maintenant, j'aimerais que vous rattrapiez le retard de vos dossiers.

– Hem... oui… d'accord… marmonna-t-il en fouinant dans ses papiers, terriblement mal à l'aise.

Bon sang, il est… il est… il est… am…

Je suis dans une merde noiiiiire !

Putain, le retard accumulé… mais qu'est-ce que j'ai fait aujourd'hui ?

Après être passé par tous les niveaux de panique en quelques secondes, Il secoua la tête et se mit enfin au travail.

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Pendant que le Colonel était la proie facile de la malveillance de ses collègues, Edward avait tenu la promesse qu'il s'était fait à lui-même, c'est-à-dire qu'il s'était offert une gaufre, une des ces gaufres rondes, énormes, couvertes de chocolat fondu et de sucre glace qu'on affectionne tout particulièrement et que l'on ose rarement commander. Assis sur le parapet d'un pont voisin, il mâchait péniblement son réconfort, se sentant particulièrement ridicule à pleurnicher comme ça, mais incapable de s'arrêter. Il avait prit l'habitude que son supérieur le rende ridicule et furieux, mais jamais il ne l'aurait cru capable de le rendre aussi malheureux.

Il ne quittait plus sa casquette en jean, la trouvant décidément bien pratique pour planquer son visage. Il n'avait juste pas envie qu'on le voie, encore moins qu'on lui parle. En fait, il avait juste envie de s'assoir dans un coin sombre et tranquille et de ne penser à rien. La sollicitude des autres qui ne pouvaient rien y comprendre n'était pas vraiment un réconfort. Et pour une raison qu'il ne comprenait pas exactement, Hughes lui manquait cruellement à cet instant précis. Il fit une moue, hésitant à l'appeler. Pour quoi dire ? Il était hors de question qu'il parle à quelqu'un d'autre de son amour idiot pour le Colonel. D'ailleurs il s'en voulait de l'avoir avoué au principal intéressé. Il s'était VRAIMENT mis tout seul dans la merde.

Un mouchoir en papier arriva dans son champ de vision et lui fit relever la tête avec surprise. Une fille s'était accoudée à côté de lui sans dire un mot et le lui tendait avec un petit sourire triste. Le petit blond prit le mouchoir d'un geste hésitant et se moucha bruyamment, ce qui contribua à le calmer. Se moucher, c'est un peu décider qu'on a finit de pleurer. Il tourna de nouveau les yeux vers cette fille, qui avait une coupe au carré avec une frange encadrant des yeux d'un bleu étincelant il était sûr de ne l'avoir jamais rencontré, et pourtant elle était là, à pencher la tête de côté dans un silence presque complice. Elle ne savait rien de ce qui lui arrivait, mais elle était bizarrement réconfortante.

– Courage, murmura-t-elle.

– Merci, bafouilla-t-il confusément.

Elle se releva et reprit sa route avec un dernier signe de main. Sur le coup, il n'avait pas pensé à lui demander son nom. En y repensant, il se sentirait très con de ne pas avoir eu la présence d'esprit de le faire. Elle n'avait pratiquement rien fait, rien dit, mais… ça tombait bien, il n'avait pas envie de parler.

Il jeta un coup d'œil au mouchoir qu'il tenait à la main, puis esquissa un sourire.

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Roy Mustang rentrait chez lui d'un pas las. On approchait de deux heures du matin, et il venait juste de poser le point final à ses dossiers. Il pouvait être fier d'avoir rattrapé son retard c'était aussi une bonne solution pour ne pas trop réfléchir à certains faits plutôt perturbants. Maintenant qu'il n'avait rien à faire, l'histoire d'Edward lui revenait en tête et prenait toute la place. Il allait falloir affronter la famille à mains nues… Par téléphone, ce serait moins dangereux. Et puis, il en voulait terriblement à Aliénor d'avoir transformé l'appartement à tel point qu'il ne retrouvait plus rien. Il ouvrit la porte de deux tours de clé, jeta un coup d'œil circulaire à la pièce.

Bon, techniquement, c'est vrai que c'est plus pratique, mais… faudrait quand même que je retrouve les choses pour me sentir bien dans cet appart.

Il posa sa veste sur le dossier de la chaise, les clés sur la table, et fit le tour de la pièce, ouvrant les placards au hasard en commentant au fur et à mesure : « Ok, c'est là qu'elle a mis les casseroles. » « Elle a mit des bacs dans le tiroir de la cuisine, c'est pas con ça. » « Tiens, le couteau à beurre est avec les petites cuillères ? ». Après avoir retrouvé sa passoire, il se sentit suffisamment rassuré pour aller se brosser les dents et dormir, et se dirigea vers la salle de bain. Il arriva dans la pénombre, alluma la lumière qui se trouvait au dessus du miroir et…

… poussa un hurlement à peine humain en découvrant son reflet.