Notes (pour en finir):
Chanson : We Might Be Dead By Tomorrow, Soko.
Warning : Énorme fluff débilitant, possibilité d'OOC : totalement assumés.
Remerciements (qui valent ce qu'ils valent) :
Pour les mots d'or et de joyaux, pour le silence, pour la patience, pour les follows/favs, pour l'amour, la haine, l'indifférence, pour tout… MERCI ! Ma gratitude immortelle, mon inépuisable affection, mes meilleurs vœux de bonheur éternel à vous qui en voudrez bien.
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Chapitre 7 : Give me all your love now
Il s'était réveillé comme après un match de foot où il aurait servi de ballon : le corps meurtri, la tête qui tournait et une nausée persistante. Sa première pensée fut pour Petrenko et la fureur qu'il allait essuyer après avoir été insolent au point d'ignorer les menaces. Il ne donnait pas cher de sa peau, cette fois-ci. Pourtant après s'être habitué à la lumière aveuglante, il examina la situation de plus près : il se trouvait dans une chambre inconnue, il y avait du matériel médical. Hôpital. L'endroit semblait différent de tous ceux qu'il connaissait en tant que flic, parce que les murs étaient de couleur… peu importe. Ce n'était pas un hôpital public. Et ce n'était pas non plus une pièce du manoir de Vassili. Vu le décor, il était certain qu'il s'agissait d'une clinique privée. Il ne comprenait plus rien.
Ayant essayé de se relever, il dut renoncer car il se sentait trop faible. Une sorte de montre très ouvragée sur sa table de nuit indiquait qu'il était presque dix heures. Bientôt midi, mais de quel jour ? Prenant tout son courage, il retenta de s'extirper du lit, cette fois très lentement et y réussit. Ses jambes mirent trop longtemps à son goût pour s'habituer à son poids et quand il fut certain de ne pas se ramasser sur le carrelage, il manœuvra doucement vers le placard pour voir s'il y trouverait des vêtements. Ils y étaient. Domptant ses tremblements et son malaise, il crapahuta jusqu'à la salle de bain pour se composer une mine aussi présentable que possible. Quand il en sortit, il se trouva nez à nez avec la personne la plus inattendue possible en ce contexte : Sherlock.
« Grant Lestrade.
- J'espérais une très belle infirmière, marmonna-t-il avec une grimace. Elle m'aurait appelé Greg. Vous, vous ne le ferez jamais, n'est-ce pas ? »
Pour toute réponse, Sherlock haussa les épaules. Il prononcerait toujours tous les prénoms en G, sauf le sien. C'était évident.
« Vous semblez avoir des questions.
- Et comment, que j'en ai ! Où est-ce que je suis ? Que s'est-il passé exactement ? Et Vas ?
- Vous êtes dans une clinique privée aux frais du Gouvernement Britannique. La version officielle est que vous avez enquêté tout seul sur un grand criminel international, et que vous avez été gravement blessé lors de son arrestation. Il est mort en laissant derrière lui toutes les preuves de ses actes scandaleux. Vous êtes un héros.
- Et en version non officielle, qu'est-ce que ça donne ?
- De quoi vous souvenez-vous en dernier ?
- Je me souviens d'un Russe fumasse prêt à exploser parce que je n'avais pas de Mycroft avec moi. Il s'est abattu sur moi avec des coups monumentaux et puis plus rien.
- Il vous a puissamment drogué. Entre-temps, John et moi sommes arrivés et j'ai réglé le problème. C'est tout.
- Vous avez tué Vas ?! Pour John… Oh, bordel ! Alors, vous l'aimez vraiment. Je veux dire, vous l'aimez. »
Le sourire que Sherlock afficha ne se répandit pas jusqu'à ses célestes yeux. Greg y vit une sorte de douleur incrédule qui lui faisait mal en retour. Le grand Sherlock « je-suis-marié-à-mon-travail » Holmes était tombé pour un médecin militaire. Sans s'en rendre compte, le policier adopta son regard de chien battu avant de reprendre dans un faible sourire :
« C'est bien que vous vous soyez enfin trouvés. Prenez bien soin de lui… de temps en temps.
- Décidément, Lestrade, vous ne comprenez rien à rien ! Mais ça ira pour cette fois, vous venez à peine de vous réveiller. Allez venez ! Vos collègues vous attendent pour faire la fête. Vous êtes un héros, après tout.
- En parlant de ça, depuis combien de temps je suis ici et pourquoi est-ce que c'est vous qui êtes venu, et non quelqu'un de plus… amical avec moi, style Sally Donovan ?
- On est le 26 décembre. J'étais le seul de libre, répondit Sherlock de façon malicieuse. Et puis surtout, Mycroft a interdit l'accès à votre chambre à absolument tout le monde à part le personnel médical de la clinique. Venez !
- Oh, ça va, vous. Donnez-moi un petit moment pour digérer le fait que j'ai raté Noël.
- Et un détail : ils vous ont organisé une surprise, alors ayez l'air surpris. »
Contrairement à ce que Sherlock affirmait plus tôt, il avait parfaitement compris. Il n'avait juste pas osé demander pourquoi John n'était-il pas le premier à venir le voir à son réveil. Il ne connaissait que trop la réponse : Sherlock et John étaient maintenant devenus un véritable couple, John ne voulait pas se confronter à lui dès son réveil, l'interdiction de Mycroft était une excuse toute trouvée. Pauvre Greg, il ne pouvait pas avoir John mais n'arrivait pas à en éprouver de la colère parce que Sherlock était un meilleur choix. Il avait la désagréable sensation d'être dans un mauvais soap-opéra.
La petite réception en l'honneur du « héros » se déroula dans la cantine de la clinique, et comme tout ce qu'il y avait dans cet endroit, c'était largement cinq étoiles. Lestrade se composa un visage détendu et réjoui. Tout le monde était là : Sally et son amitié indéfectible, Dimmock et son air trop sérieux, Jones toujours égal à lui-même, il y avait même Tobias Gregson l'affreux, encore plus inquiétant quand il était mielleux. Il congratula le « héros » tout en lui « rendant » sa division délaissée pour une enquête dangereuse. Le lieutenant trouva tout cela drôle et émouvant, mais son regard se perdait souvent parmi la petite assemblée à la recherche d'une seule personne. Il était absent.
« Ah, au fait, personne ne vous a cherché des ennuis pour avoir « réglé le problème » ? Demanda-t-il à Sherlock qui, bizarrement, lui tenait compagnie pendant qu'il saluait tout le monde.
- Non, pas vraiment. Comme je vous l'ai dit, les preuves étaient en évidence. Toutes ces vidéos de mineurs, personne n'a pu nier que c'était un vrai monstre. Et Mycroft a tout arrangé. Mycroft arrange toujours tout. »
L'entière vérité était qu'à la suite d'âpres discussions, Sherlock avait réussi à convaincre Mycroft d'étouffer l'affaire au profit de sa nouvelle faiblesse : l'incomparable Detective Inspector Lestrade. Le cadet avait trouvé une faille à la défense de l'aîné et à partir de maintenant, il n'allait pas se gêner pour l'exploiter à l'envi.
Après la dernière phrase du détective consultant, Greg ne revint plus sur le sujet. Il se fatiguait peu à peu le défilé de visages, les meilleurs vœux de rétablissement, les « Joyeuses fêtes ! » lancées de façon hypocrite l'épuisaient. Sherlock, lui, ne lui avait jamais souhaité ce genre de chose. Il voulait juste partir se terrer quelque part où il pourrait ressasser tranquillement son désespoir. De manière inattendue, l'annonce de la mort de Vas ne lui faisait pas du tout plaisir. Toute cette mort, toutes ces souffrances auraient pu être arrêtées à temps. Mais il pensait que par sa faute, tout avait pris une proportion incontrôlable. De plus, il y avait les vidéos qui se trouvaient ailleurs, selon leur auteur qui, de son vivant n'avait jamais cessé de s'en vanter, ni de lui déclarer qu'il s'en servirait comme assurance si jamais il lui arrivait malheur. Ces choses très graves tourmentaient l'esprit du lieutenant jusqu'à lui donner le vertige.
Sherlock ayant remarqué le teint de Lestrade tourner au vert, prit l'initiative de le guider doucement mais sûrement vers la sortie.
« Venez. Je vous raccompagne au taxi qui vous déposera chez vous. Mycroft a poussé la magnanimité jusqu'à faire remettre votre appartement en état.
- Quelle avalanche d'égards. Les Holmes ne font jamais les choses à moitié, on dirait. Et d'ailleurs, pourquoi est-ce que vous êtes aussi gentil avec moi aujourd'hui ? C'est vrai, d'habitude, vous partez avant que les collègues aient le temps de vous tuer du regard. Mais pas aujourd'hui. Qu'est-ce qui vous est arrivé ?
- C'est ce que les amis sont censés faire… Honnêtement, j'ai été contraint de le faire. »
Ce fut sur cette note mystérieuse et inquiétante à entendre que Sherlock ouvrit la grande porte de la clinique pour laisser passer l'aîné.
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John était inquiet. Depuis que Sherlock avait logé cette maudite balle dans la tête de cet assassin, il n'était plus qu'une masse géante d'inquiétude. Ce fameux soir-là, après avoir quasiment ouvert toutes les portes du deuxième étage, il avait trouvé Greg presque mort parce que son tortionnaire n'avait pas su doser le goutte-à-goutte. Ayant littéralement arraché la perfusion, il avait fait son possible pour le réveiller, en vain. C'était là que tout s'était accéléré.
Mycroft était entré dans la chambre précipitamment et avait fortement repoussé le médecin du chevet de Greg pour s'agenouiller près de lui et caresser tendrement son front. John était convaincu que c'était une hallucination surréaliste qu'il avait inventée à cause du choc. En fait, non. Le Gouvernement Britannique était bien en train de montrer des signes d'affection à un homme. À son homme, puisqu'officiellement ils étaient encore fiancés. Le reste fut tout aussi choquant. Murmurant doucement des paroles rassurantes au patient, l'aîné des Holmes attendit un instant que l'équipe médicale arrive pour le prendre en charge. Mais avant de les suivre, il ne manqua pas de se retourner vers John qui n'avait pas osé bouger. Avec son regard arctique et sa voix glaciale, il le prévint que l'on allait réanimer Greg, mais que personne n'était autorisé à le voir jusqu'au rétablissement complet. John encaissa le coup. Son mauvais trip persistait parce qu'on venait de le priver de Greg. Il n'oublia pas de s'emparer discrètement de la pellicule censée représenter le lieutenant dans des situations humiliantes. Puis soudain, tout devint clair.
Mycroft Holmes était amoureux de Gregory Lestrade et ce n'était pas une bonne nouvelle. Le roc inébranlable Holmes avait tremblé à la menace de la perte du lieutenant, il s'était pris au jeu des fiançailles et éprouvait des sentiments. C'était terrible pour John parce que personne ne rivalisait avec un Holmes. À plus forte raison, ce Holmes-là était le plus intimidant de tous. Il allait sûrement séquestrer Greg jusqu'à ce que celui-ci tombe amoureux de lui en retour, si ce n'était déjà fait.
Un peu plus tard, au petit matin, Sherlock et lui furent transférés dans un endroit inconnu. L'homme d'État revint avec la bonne nouvelle que Greg s'en sortirait, mais qu'il fallait attendre quelques temps pour le réveil. Ce fut tout. Toutes les autres phrases prononcées ne concernaient en rien l'état du patient. Ils discutèrent pendant longtemps de l'horrible fait que Sherlock venait de tuer un ressortissant étranger riche et influent. John se sentait épuisé, triste et inquiet à propos de tout. Lorsque tout fut dit et qu'ils furent autorisés à partir, Sherlock le rassura un peu en affirmant que Mycroft aussi allait s'interdire d'aller voir Lestrade. Ils convinrent ainsi que le cadet allait récupérer Lestrade à la sortie de l'hôpital. John l'y avait forcé. Il passa donc fébrilement les cinq derniers jours entre sommeil et insomnie, à s'inquiéter autant qu'il le pouvait.
La petite réception ne devait pas les retenir aussi longtemps. John faisait les cents pas depuis un long moment, près d'un Mycroft exaspéré, mais nonchalamment appuyé sur sa voiture toujours avec son maudit parapluie. Et ils firent enfin leur apparition.
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La sortie de la clinique donnait directement sur un beau parc avec d'immenses allées, une belle fontaine et de la verdure bien entretenue. S'il n'avait pas passé les dernières heures entre ces murs, Greg aurait pu jurer que l'établissement était une sorte de club de vacances pour riches désœuvrés. Et dire que l'on n'était qu'à une heure du centre-ville. En ajustant sa vision, il oublia instantanément toutes ses réflexions. John se tenait un peu plus loin et il avait l'air de l'attendre. Mycroft aussi était là. L'heure de vérité avait sonné. Il s'avança aussi dignement que son état lui permettait. John l'avait rejoint à mi-chemin et ils restèrent d'abord là, sans rien dire, presque seuls au monde, mais tout de même à portée de voix des deux frères qui s'étaient appuyés sur la luxueuse voiture de l'aîné. Greg avait une mine fatiguée, le teint livide, ses grands yeux sombres étaient cernés, ses cheveux gris avaient terni et il était toujours un peu maigre. Mais il était toujours… magnifique.
Sans anticiper le geste, il eut la surprise de voir John lui sauter au cou et parsemer son visage de légers baisers, ceux qu'il avait toujours savourés. C'était douloureux, mais pas au sens propre.
« Dieu merci, tu n'as rien, murmura le blond en continuant à le toucher pour s'assurer de son état. Mycroft ne voulait pas qu'on te rende visite. Tu m'as tellement manqué !
- Arrête, John. Tu vas donner de la peine à Sherlock, s'entendit-il répondre en désignant le détective.
- Quoi ? Mais non. Pourquoi ? Écoute-moi. J'ai eu beaucoup de temps pour réfléchir à ce que j'allais te dire. Alors j'ai préparé un petit speech dont j'ai choisi les mots avec soin.
- Je t'écoute. »
Il s'éclaircit la gorge avant de reprendre.
« Ton passé et tous ses problèmes, je sais que ça te concerne. Ton avenir et le reste, je voudrais qu'il nous concerne… Choisis-moi. Aime-moi. Donne-nous une seconde chance. »
Il avait mis « Choisis-moi » en sachant que Mycroft Holmes pesait lourd sur la balance à présent.
« La vidéo, John. Comment peux-tu dire ça après l'avoir vue ? Tu sais, tu peux reprendre ta vie avec Sherlock, c'est la chose la plus sensée à faire, après tout. Personne ne rivalise avec un Holmes. Et puis, tu as été très clair l'autre jour. Je suis ton ex. Juste un de plus.
- Tu ne vois rien ? Il se tourna vers Sherlock en l'interpellant. Dis-lui, toi ! Il te croira. Dis-lui que je ne sers à rien sans lui. J'ai fait la bêtise de te rejeter, reprit-il, mais sans rien savoir. Ne reste pas sur cette impression, s'il te plaît. Tu te souviens comment ça a commencé, nous deux ? Hein ? On n'a eu aucun mal à nous adapter à notre nouvelle orientation sexuelle, parce qu'il n'y avait que toi et il n'y avait que moi.
- C'est faux pour toi. Tu sais que…
- Je sais, je sais, il y a eu un premier. Mais je veux que tu sois le dernier, le seul. Et tu sais pourquoi je suis là, en train de le dire à voix haute ? C'est parce que toi aussi, tu ressens la même chose pour moi, Greg Lestrade. Si tu oses prétendre le contraire, alors, je te suivrai partout comme ton ombre, jusqu'à ce que tu m'acceptes, jusqu'à ce qu'on ne soit que tous les deux. Alors, tu veux rentrer avec moi maintenant ou tu préfères perdre du temps ? Et encore un détail : j'ai détruit la vidéo, sans en avoir regardé une seule seconde. Je ne voulais pas que ça devienne une quelconque pièce à conviction. »
Les personnes sous le choc agissaient parfois de façon étrange. Sans rien dire, Lestrade s'avança vers le grand frère Holmes en frôlant le médecin. John crut vraiment que cette fois-ci, tout était perdu. Il s'était maîtrisé depuis le début, mais ses yeux brillaient à présent de larmes contenues et d'une voix chevrotante, il crut bon d'ajouter :
« Prépare-toi à être suivi partout, Lestrade. »
Le lieutenant prit la parole pour s'adresser à l'homme du MI6 :
« Je suppose que des remerciements s'imposent.
- Et je suppose que des félicitations sont de rigueur.
- Sérieusement, merci beaucoup. Je sais que je vous ai dérangé à un point inimaginable pour une personne de votre importance.
- De rien, lieutenant. Vous me devez un service et un whisky non drogué. D'autre part, vous m'avez sauvé la vie. Nous sommes quittes. »
Mycroft Holmes venait d'émettre un énième sarcasme, tout le monde l'avait compris, surtout Greg qui lui donna en retour un de ses petits sourires incurvés. Ce dernier concentra enfin toute son attention sur un John qui s'efforçait de rester droit et digne.
« Tout ce que tu viens de dire… commença-t-il en se frottant la nuque, c'est vrai ? Je veux dire, tu tiens vraiment à être exclusivement avec moi ?
- Oh, Seigneur, oui ! S'exclama le médecin en se jetant dans les bras de l'être aimé pour le serrer aussi fort qu'il le pouvait.
- Si tu te moques de moi, John, souviens-toi que je suis un tueur.
- À la retraite, ajouta celui-ci dans un rire étouffé.
- Peut-être, mais je ne me suis jamais fait prendre. Je peux tuer de différentes façons très discrètes.
- Oui, oui, d'accord, je sais, je sais. Ce fut sa seule réponse à travers quelques petites larmes de joie d'avoir retrouvé son Greg. »
Du point de vue de John, Mycroft Holmes venait de perdre pour la toute première fois de sa vie, parce qu'il n'allait jamais laisser partir Greg, quoi qu'il pouvait se passer à l'avenir ou lui en coûter. De son côté, Lestrade ne s'était jamais vraiment autorisé à aimer avant John. La preuve était le fait qu'il avait épousé une femme qu'il croyait trop bien et qui n'avait pas hésité à le quitter. Cela impliqait que Mycroft n'avait jamais représenté un réel potentiel, juste quelqu'un d'exceptionnellement brillant, comme tous les Holmes. À présent que John Watson le tenait solidement et enfouissait son adorable nez dans le cou, il était de plus en plus disposé à croire à toutes ces foutaises sur l'amour véritable et à y succomber sans regret.
« Joyeux Noël, John Watson. Ça m'a pris tout ce temps pour te retrouver.
- Joyeux Noël, Greg. On va le rattraper, ce temps qu'on nous a volé. Viens avec moi. Je crois qu'il y a une station de taxi dans le village. »
Une fois que les amoureux furent assez loin, Mycroft renifla de dédain.
« Des poissons rouges.
- Oui. J'en ai deux, maintenant, dont un par alliance, se moqua Sherlock qui prenait la parole pour la première fois depuis les retrouvailles. Et toi, tu en as combien, déjà ? Attends que je compte… Aucun !
- Tes frasques me tiennent suffisamment occupé, cher frère. »
L'heureux couple se retourna ensemble et Greg fit signe à Sherlock.
« Venez, vous aussi. Vous n'avez pas un petit creux ? »
Sherlock s'empressa de les rejoindre et côte à côte, ils devisèrent joyeusement.
FIN ? (Non, je blague x) )
Cela faisait plus d'un mois. Tout était rentré dans un ordre relatif. Ils avaient passé le nouvel an à Baker Street et c'était comme fêter Noël pour de vrai. La vie avait repris un rythme agréable : les enquêtes (deux jusqu'à présent parce que Sherlock faisait la fine bouche), le travail, nécessaire et stable, et l'amour. Vivre entre les aventures trépidantes de Baker Street, le chaleureux accueil de l'appartement de Greg et le mélange des deux était comme un rêve auquel John n'avait jamais osé prétendre.
Bien sûr, tout n'était pas parfait, Sherlock se montrait souvent invivable et Greg, malgré le fait qu'il était charmant le jour, restait néanmoins une bête blessée. Il faisait des cauchemars atroces que le médecin avait identifiés tout de suite comme les séquelles des traumatismes qu'il avait vécus et gardés enfouis. John avait vécu le même genre de blessure psychologique à cause de la guerre. Ici, ce n'était pas comparable, Greg ne s'était pas volontairement engagé dans l'armée, il avait été obligé à subir les pires sévices. Pourtant, il trouvait toujours le courage de se lever chaque matin et de sourire de sa touchante expression qui fendait le cœur à chaque fois.
C'est tout naturellement donc que John le réconfortait, essayait d'alléger sa peine en lui assurant que tout était terminé, qu'ils étaient en sécurité, que personne n'allait le torturer. Il était entendu que le processus de guérison impliquait l'impossibilité d'avoir des rapports intimes avec Greg, mais c'était un moindre prix à payer comparé à la santé mentale de son compagnon. Et ce n'était pas comme si le manque de contact était définitif. En plus, le cadet trouvait qu'ils étaient en bonne voie. Ils se prouvaient leur amour un peu plus tous les jours et c'était merveilleux. Le reste devait aller normalement.
Le premier jour de février, malgré le froid mordant, John avait réussi à réquisitionner Greg pour une balade à Christchurch Gardens juste après déjeuner pour se détendre un peu et prendre un café brûlant au Strabucks du coin. Ils parlèrent comme d'habitude et Greg avait même eu assez d'inspiration pour raconter une blague. Le médecin avait toujours eu la conviction que le meilleur moment pour une demande importante était au beau milieu d'une conversation :
« … Et là, il dit : « C'est élémentaire : on nous a volé notre tente ! » Avoue que c'est drôle, dit le lieutenant dans un rire chaleureux.
- Épouse-moi, déclara John en souriant.
- Quoi ? S'enquit Lestrade, un peu pris au dépourvu, continuant à rire un peu. Parce que je raconte de super blagues ?
- Non, c'est pas pour ça. Ta blague était pourrie.
- Alors, c'est ce que tu as trouvé pour me faire arrêter de la raconter ?
- Non. Je voudrais juste qu'on se marie.
- Tu es dingue ! Je suis déjà vieux, trop vieux pour toi.
- Raison de plus. J'aurai légalement le droit de te débrancher si tu es contrariant.
- Et je ne suis qu'un petit fonctionnaire, donc pauvre. Je ne te laisserai même pas d'héritage digne de ce nom.
- Qui peut savoir ? Il n'est jamais trop tard pour souscrire une bonne assurance-vie. Allez ! Ne m'oblige pas à te traîner de force jusqu'à la mairie.
- Définitivement dingue. Tu as vu le fiasco de mon mariage ? On n'est pas bien comme ça ?
- On est bien, mais je veux que le monde entier, je veux que Mycroft Holmes reconnaisse que nous appartenons l'un à l'autre. Je veux que ce soit tellement compliqué de me quitter que tu abandonneras par dépit et resteras avec moi pour toujours.
- Tu n'as pas une fixation sur Mycroft, toi ?
- Il continue à avoir des vues sur toi.
- Mais non, voyons. Et comme je viens de le dire, mon premier mariage fut une parfaite débâcle. C'est peut-être moi. Je veux prendre aucun risque.
- Greg, ton mariage a tourné court parce qu'il lui manquait un élément essentiel : moi. Tu n'as pas épousé ton âme sœur. Mais maintenant, ça va marcher parce que je suis là.
- Alors, tu es mon âme sœur ? Mais je ne suis pas la tienne, non ?
- Crétin ! Bien sûr que tu es mon âme sœur.
- Je ne pensais pas que tu étais du genre à croire à ces bêtises. Et puis, ce n'est pas Sherlock, ton « âme sœur » ?
- Bon, d'accord. Mais est-ce que c'est obligé qu'il n'y en ait qu'une ?
- Non, en effet, répondit le policier en souriant franchement. Alors, est-ce que tu vas lui demander de t'épouser aussi ?
- Enfoiré ! Pourquoi est-ce que je suis toujours avec toi ?! Dis oui, maintenant !
- Tu n'as pas posé de question, John !
- Gregory Lestrade, vas-tu accepter de m'épouser, oui ?! Je ne comprends pas pourquoi ça prend autant de temps pour donner un oui, martela le médecin, franchement exaspéré parce qu'il s'était imaginé un autre scénario.
- Oui, John Watson, je serai ravi de prouver que notre union va durer aussi longtemps que nos vies.
- Bien au-delà.
- Et bien au-delà, répéta l'aîné en sortant une bague de sa poche. C'est un héritage de ma mère. En fait, j'avais l'intention de la donner à Celia Barton quand on était au lycée, mais j'ai décidé de la garder pour une personne que j'aimerai vraiment, pour toujours.
- Greg ! Elle est… tu as des origines irlandaises ?! C'est une bague de claddagh.
- Non, pas d'origine irlandaise, s'esclaffa-t-il. Ça n'empêche rien, tu ne penses pas ? C'est le seul objet que je possède qui a le plus de valeur. Il est à toi, maintenant, déclara-t-il en la glissant à l'annulaire gauche de son compagnon, le cœur pointé vers l'extérieur. Quand nous serons mariés, ce cœur sera dirigé vers le tien. »
Les mots n'étaient pas nécessaires. John prit son fiancé dans les bras et l'embrassa à la fois tendrement et fougueusement, comme si sa vie en dépendait. La pause déjeuner idyllique s'était achevée avec la promesse d'une soirée tranquille au coin du feu, à l'appartement de Greg. John voulait encore profiter d'un moment de grâce avant de se confronter aux sarcasmes de Sherlock à propos du mariage.
Le dîner fut simple, mais magique. Ils ne cessèrent de s'appeler « Mon fiancé » et de glousser comme des enfants à chaque fois. À l'heure du coucher, pour la première fois depuis décembre, Greg n'eut aucun problème pour s'endormir paisiblement dans les bras de son compagnon.
Cependant vers minuit, John, n'ayant ressenti que le froid près de lui, se réveilla à contrecœur pour constater que Greg se tenait debout devant la fenêtre, le regard perdu au loin.
« Un cauchemar ? Interrogea-t-il en se levant à son tour pour enlacer la taille de l'homme aux cheveux argentés.
- Non, pas cette fois-ci.
- Alors, qu'est-ce qui ne va pas ?
- Toi et moi, on ne couche même pas ensemble, Watson. Comment veux-tu qu'on se marie décemment ? »
Il s'était retenu de le dire pendant tout ce temps pour ne pas rompre le charme. John ne devait pas se réveiller et lui demander ce qui n'allait pas. Toute cette merde devait se passer autrement. Comment appelait-on un homme incapable de satisfaire l'amour de sa vie ? Dans le monde dans lequel il avait été élevé, il ne méritait pas d'être appelé un homme.
« Arrête de t'en faire, Greg, murmura le blond pendant qu'il appuyait sa tête sur l'épaule de l'aîné. Ne te mets pas la pression, prends ton temps. Tu n'es pas dans cet état sans raison et précipiter les choses pourrait devenir dangereux.
- Quel danger ? Il faut se rendre à l'évidence, Watson. Je suis devenu impuissant et je ne te mérite plus.
- Shhh. Tu te perds sur ce qui n'est pas important. L'important c'est qu'on soit ensemble tous les deux et qu'on le restera.
- Justement. Tu veux rester avec moi, alors que je ne vaux plus rien. Écoute, j'ai réfléchi. »
John s'attendait au pire. Si ce maudit vieux fou avait l'audace de le rejeter, il le tuerait sur l'heure.
« Tiens, dit simplement Lestrade en lui tendant un tube de lubrifiant. Je te fais entièrement confiance. »
Il venait de donner les commandes à John. C'était comme si l'ancien soldat venait de recevoir les clés de l'arme nucléaire. Il était content et perplexe en même temps.
« Tu en es certain ? Je peux attendre.
- Je sais que tu peux attendre, mais moi, je ne me sentirai jamais assez prêt. Donc, j'ai décidé que ma confiance en toi primerait sur tout. »
John Watson était son chez lui, son sauveur. Ce petit toubib était arrivé à réparer tous les problèmes de son passé et il voulait bien de lui pour l'avenir. Il était normal qu'il efface toutes les traces du monstre jusqu'au fond de lui. C'était la meilleure chose à faire pour un nouveau départ. Sans aucune appréhension, il déposa lentement ses lèvres sur celles de John.
De son côté, Watson que le baiser fougueux de ce midi avait rendu nerveux, n'hésita pas longtemps avant de profiter de son cadeau inespéré. Greg lui faisait confiance, il devait tout faire pour le mériter, il devait tout faire pour éloigner tous les mauvais souvenirs, pour ranimer l'espoir. C'est ainsi qu'avec grande douceur et sans rompre le baiser qui devenait de plus en plus intense, il poussa son amant vers la fenêtre. Cette nuit, ils allaient faire l'amour sur l'allège. Elle était assez large et recouverte d'un coussin pour que l'on puisse s'y asseoir.
Avec des gestes empreints de vénération, il retira lentement les vêtements de Greg pour le contempler dans toute sa splendeur. Dieu, qu'il était beau. Ne pouvant pas résister, il prit en main l'érection évidente de l'autre homme et commença à la caresser. Cela eut pour effet de le faire haleter et murmurer une plainte qu'il trouvait adorable : « Tu as trop de vêtements sur toi, John. » Cette façon de prononcer son prénom lui avait manqué. Il allait lui faire prononcer encore. À la requête, il répondit malicieusement à l'aîné de le déshabiller. Ses vêtements lui furent arrachés, sans qu'il n'ait eu à arrêter ses caresses. Il se rapprocha ensuite pour faire rencontrer leurs corps nus, leurs érections. D'une main, il les prit ensemble pour les masturber, et la friction, bien qu'insatisfaisante, suffit à faire frissonner le lieutenant qui griffait de plaisir son bienfaiteur.
Il sourit contre la peau du cou de Greg. Le temps de privation l'avait rendu hypersensible. C'est pour cela qu'il continua le traitement avec sa main. Son autre main s'accrochait à la hanche du policier jusqu'à blanchir ses phalanges. Ses dents et sa langue exploraient la peau salée et parfumée de son amant et toutes ces sensations confondues lui faisaient tourner la tête. Le lieutenant au-dessous de lui commençait à se tendre. Il gémissait qu'il ne voulait pas venir aussi rapidement. Pas comme ça. Il fut cependant encouragé à le faire parce qu'il devait se détendre. John ne le pénètrerait jamais sans une préparation correcte. Ayant délaissé sa propre érection, le cadet accéléra les caresses sur le sexe de Greg qui dans un petit cri, se répandit sur son ventre.
Les joues rougies et le regard honteux, il maugréa que John n'aurait pas dû le finir aussi vite. L'interpellé le trouva adorable, il entreprit de lécher les gouttes sur son ventre pour le mélanger à leur baiser diablement érotique. La bouche de John dévorait consciencieusement les parties les plus délectables de son amant. Ses mains se régalaient des angles et courbes de l'être adoré toujours perdu dans son orgasme. Et peu à peu, en toute délicatesse, il commença à dessiner des petits cercles sensuels autour de l'intimité de Greg comme pour demander la permission d'y accéder. En retour, l'aîné répondait par des gémissements d'assentiment et il sourit contre un de ses tétons avant de le mordre pour faire bonne mesure. Il atteignit le lubrifiant et s'en enduit comme par enchantement, tellement sa hâte était grande de ne faire qu'un avec cet homme si merveilleux.
Il introduit un premier doigt pour habituer son vis-à-vis. Après une petite réaction de résistance, celui-ci accepta sa présence et en réclamait même un peu plus. John était sur des charbons ardents. Même s'il en mourait d'envie, il ne pouvait pas épancher sa soif du corps de son amant parce que celui-ci souffrait encore physiquement et psychologiquement des traitements qu'il a endurés. En gémissant lui aussi, mais de frustration, il fit suivre un second doigt pour étirer correctement la peau délicate, et un troisième pour taquiner le point sensible à l'intérieur. Greg ne savait plus où donner de la tête. Il avait sifflé de douleur au premier doigt, mais John lui a vite trouvé une zone de confort. Il avait oublié combien c'était agréable d'être sollicité avec amour, touché avec adoration et considéré avec respect. Jamais il n'aurait cru être prêt aussi vite à recevoir John en lui, à le supplier de le rejoindre tout de suite.
L'ancien soldat sembla comprendre l'appel silencieux parce qu'il fixa fébrilement le regard de son ami pour le rassurer une dernière fois. Et enfin, il présenta le bout de son sexe sur l'anneau de chair qui palpitait pour lui. En retenant sa respiration, il entra le plus calmement possible, mais quel ne fut son étonnement quand l'endroit qu'il pensait avoir préparé avec attention ne l'accueillait pas. Il émit un soupir excédé que Greg s'empressa d'étouffer par un baiser. Ce dernier lui expliqua qu'il était déjà un peu volumineux au départ. Cela les fit rire et détendit largement l'atmosphère. John réessaya avec succès. L'étroitesse de Greg qui le repoussait et l'attirait en même temps lui donnait le vertige. Ils procédaient tellement lentement qu'il n'était pas sûr de tenir vivant jusqu'à ce que toute sa longueur s'accorde parfaitement à son superbe amant alangui et feulant de plaisir.
Quand il fut entièrement à l'intérieur de Greg, il se permit de prendre une profonde inspiration pour se délecter de son odeur chaude et piquante. Son immobilité poussa l'aîné à mouvoir lui-même ses hanches. De sa voix éraillée, Greg l'incita à ne pas se retenir parce qu'il avait besoin de lui. Ce signe, John l'avait attendu depuis toujours. Il ne put plus se retenir d'aller puissamment et profondément à la rencontre de son amant, ses gestes contenaient toute l'intensité, tout l'amour presque animal qu'il ne pouvait exprimer par des mots. Chaque coup de rein poussait le lieutenant vers la fenêtre jusqu'à coller son dos contre les carreaux. Ce fut une sensation inédite : peau fiévreuse contre vitres glaciales. Leurs ébats relevaient à la fois de l'hystérie et de la beauté pure. Ils étaient un seul homme, les larmes se mêlant à la sueur, le bruit de leurs corps couvrant leurs gémissements de plaisir. Greg fut le premier à montrer des tensions, il était proche d'une deuxième jouissance et John en jubilait. Ce dernier réaffirma sa prise sur les hanches de son amant et martela littéralement son centre de plaisir. L'orgasme explosa d'un coup et pendant plusieurs minutes, Greg n'était plus que rugissement rauque et fabuleuses convulsions. Les muscles qui se resserraient autour de John et le plaisir de voir ce corps complètement conquis eurent raison de lui et il s'abandonna à son tour à une jouissance incroyable qui le désintégra littéralement. Il sentait son corps essayer de s'enfoncer encore plus loin et sa semence remplir son amant, mais en même temps, il eut comme une brève perte de connaissance.
Ils restèrent longtemps l'un à l'intérieur de l'autre, incrédules, pantelants, leurs cœurs tambourinant, tentant de sortir de leurs poitrines pour s'étreindre. Greg valait la peine qu'on attende pour lui. Comment John avait-il eu la stupidité de juste « l'essayer » auparavant ? Pourquoi ne s'était-il pas jeté sur lui dès leur toute première rencontre ? Peu importe, il se sentait chanceux, bienheureux et reconnaissant envers… Sherlock de lui avoir ouvert les yeux. Il n'allait jamais laisser partir Greg, c'était tout ce qui comptait.
Une fois un peu remis de ses émotions, le médecin essaya de se retirer doucement, mais le policier le retint encore en lui. Il lui mordilla ensuite l'oreille en une nouvelle invitation à la décadence, son menton râpeux lui chatouillant le cou. Ce fut tout ce qu'il fallait pour redresser le désir de John. C'était choquant et formidable à la fois. Puis soudain, sans rompre le contact, Greg était sur lui et le chevauchait lascivement. Il leur fallut de longs et exquis va-et-vient pour accueillir une nouvelle salve de jouissance. L'effet que produisait cet homme sur John relevait de la sorcellerie. Un impétueux dernier baiser marqua la fin de cette époustouflante séance de minuit et ils rejoignirent naturellement leur lit pour profiter d'un vrai sommeil depuis longtemps.
Ils flânèrent au lit très tard le lendemain et Greg, avant même d'ouvrir les yeux appliqua des dizaines de petits baisers partout sur le visage du bel endormi. John ne pouvait espérer meilleur réveil. Lorsqu'il se décida à ouvrir les yeux, ce fut pour s'attendrir devant le plus admirable des sourires endormis. La vie s'était enfin embellie pour eux. Ce matin était plein de promesses, de rires et de papillons dans le ventre. Le monde alentour pouvait bien dérailler, tant qu'ils étaient ensemble. Et tandis qu'ils continuaient à apprécier leur nouvelle jeunesse, le radio réveil qui fonctionnait depuis un bon bout de temps égrenait les dernières paroles d'une chanson qui leur allait à ravir :
… So let's love fully, and let's love loud, let's love now, 'cause soon enough we'll die…
FIN.
