Chapitre Septième

Interrogatoire

Le soir tombait quand Kenpachi entendit un bruit venant de l'autre côté de la porte. Il pensait voir Yôko quand une robe violette apparut sur le pas de la porte. Shizuru, le regard indéchiffrable, lui signifia qu'il devait la suivre et accompagné d'une garde plus renforcée qu'à l'accoutumée. On lui remit des menottes en bois, et le Shinigami sortit, escorté par une demi-douzaine de Perle. Il les suivit docilement, passant par le jardin où les arbres formaient d'inquiétantes ombres et il se fit guider vers les seuls autres quartiers qu'il connaissait de l'Académie : les cachots.

L'Améthyste Pourpre le conduisit ainsi à travers de sombres couloirs tortueux jusqu'à ce qu'elle arrivât devant une grande et vieille porte en bois. Elle se retourna en faisant un signe à l'escorte, et quatre d'entre elles se retirèrent. Puis, toujours sans croiser le regard de Kenpachi, elle tira le loquet et poussa l'homme à l'intérieur de la pièce avant de le suivre et de refermer la porte derrière elle. Au début Kenpachi ne vit rien, puis ses yeux s'habituèrent à l'obscurité après quelques secondes. Une longue table avec cinq sièges était disposée le long de l'un des murs de pierre de la pièce rectangulaire, sur sa droite. Il vit ensuite une toute petite lucarne au dessus, projetant les dernières lueurs du ciel rougeoyant sur le mur d'en face. Une autre chaise avait été placée en face de la table, à quelque trois mètres de distance de celle-ci. Cette chaise solitaire avait la particularité d'avoir des accoudoirs et d'être fixée au sol par de solides pitons et équerres de métal. Des chaînes à gros maillons fixées elles aussi aux dalles du sol entouraient les pieds de la chaise, remontant le long des accoudoirs et pendant tristement à leur bout. Shizuru installa Kenpachi sur la chaise seule et arrima les menottes aux chaînes de l'accoudoir ainsi que les chevilles de l'homme à d'autres chaînes derrière lui, qu'il n'avait pu voir à cause de l'obscurité qui régnait dans la pièce. Une fois sa tâche accomplie, Shizuru alla s'assoir à l'une des places derrière la table, et attendit dans cette atmosphère sombre et presque lugubre.

Soudain, la porte s'ouvrit et trois personnes entrèrent. Kenpachi crut reconnaitre l'une des silhouettes, mais avant qu'il n'ait pu mieux la regarder, la porte se referma à nouveau et la pièce fut replongée dans une semi obscurité qui l'empêchait de voir les visages des nouveaux arrivants. Il entendit des murmures indistincts venant de la table en face, et ne reconnut que des voix féminines, ce qui ne l'étonna pas. Car au cours de ses discussions avec Yôko, il avait notamment appris qu'il se trouvait à l'Académie Garderobe, où seules des femmes étaient admises. Les hommes n'y étaient tolérés qu'en tant que visiteurs, il comprit pourquoi certaines étudiantes n'appréciaient que fort peu sa présence prolongée parmi elles, même s'il était confiné dans un lieu loin de leur sphère d'action et sous bonne garde.

On frappa soudain à la porte, et quelqu'un d'autre apparut. Tout le monde étant réuni, une voix que Kenpachi reconnut comme celle de la Principale Kruger décida du début de l'interrogatoire du Shinigami. Les dames avaient place sur les sièges derrière la table : Natsuki se plaça au centre, à gauche de Shizuru, les autres s'asseyant sur les chaises restantes. Un suspensoir s'éclaira brusquement au-dessus de l'homme et deux autres lampes s'éclairèrent en même temps de part et d'autre de la tablée, éclairant les visages des jeunes femmes présentes et aveuglant momentanément Kenpachi. Il cligna des yeux un instant, ébloui par cette soudaine lumière électrique. Il se redressa ensuite, prêt à répondre à toutes les questions qu'elles pourraient lui poser et en profita pour observer de plus près les nouvelles. S'il reconnut le Professeur Yôko et l'une des deux autres personnes comme étant l'Otome qu'il avait vaincu en premier, il ne connaissait pas la dernière, et il se mit à l'observer plus attentivement.

Si elle était encore jeune, la jeune femme semblait cependant être âgée de quelques années de plus que les étudiantes qu'il avait pu voir jusqu'ici. Les cheveux courts et la mèche rebelle aux couleurs de flamme, elle observait le prisonnier de ses yeux bleu acier. Elle arborait aussi un symbole différent de celui des étudiantes de l'école sur le tablier blanc qu'elle portait par-dessus sa tenue personnelle, ce qui fit penser au Shinigami qu'elle ne faisait plus partie de l'Académie. Blanc également, le haut de sa robe ne portait pas de manches et le col ouvert lui conférait un air décontracté. La jupe assortie à la couleur de ses cheveux mais un ton plus clair s'arrêtait au-dessus de ses genoux. Elle portait également de petites chaussures noires et blanches et lorsqu'elle tourna la tête pour demander quelque chose à la Principale à sa droite, Kenpachi aperçut une GEM rouge vif à son oreille gauche, ce qui lui confirma le statut de Mai-Star de la nouvelle venue. Il savait pour les avoir observées que les GEM des étudiantes avaient des couleurs moins criardes. Le visage de l'Otome aux cheveux couleur de feu possédait des traits doux et respirait bonté et gentillesse, mais Kenpachi se doutait bien qu'en cas de conflit, il pouvait se montrer particulièrement effrayant.

Natsuki se racla la gorge, et toutes les personnes présentes dans le cachot reportèrent leur attention sur la Principale. Celle-ci rappela rapidement les circonstances dans lesquelles Kenpachi était arrivé et les raisons pour lesquelles il se trouvait dans cette salle en sous-sol ce soir. Et même si Shizuru et Arika ici présentent soutiennent que vous ne représentez pas de danger pour les Otome, je tiens cependant à éclaircir certaines choses à votre sujet, Kenpachi, termina la jeune femme en le fixant du regard. Il en profita pour regarder de plus près la Principale. Bien qu'il sût par Yôko qu'elle faisait partie des Cinq Piliers, elle ne portait pas la tenue réglementaire des Otome, à savoir une jupe et un tablier. Elle portait à la place un bustier à baleines blanc ainsi qu'un col de chemise de la même couleur. Ce dernier tenait grâce à un ruban de soie noire fixée sous la gorge par une broche sertie d'une émeraude assortie aux yeux de la Principale. Le bijou et la barrette en forme de Z grossier qu'elle portait sur ses cheveux afin de dégager son oreille gauche – et donc sa GEM – étaient les seuls artifices qu'elle possédait sur elle. Kenpachi nota aussi lorsqu'elle croisa ses longues jambes qu'elle portait un pantacourt noir qui couvrait ses jambes jusqu'à mi-mollet et s'arrêtait sous la taille. Enfin, elle portait un grand manteau bleu dont les revers blancs étaient brodés de motifs d'ailes dorés. Ces décorations se retrouvaient aussi sur l'intérieur des manches retroussées et le rabat des poches latérales.

Chacune des femmes présentes à la table avait un dossier devant elle et l'ouvrit quand la Principale se fut tue. Après une rapide consultation de celui-ci, ce fut Shizuru qui brisa le silence en premier. Le Shinigami remarqua encore une fois que son regard d'habitude si doux était à présent remplacé par celui de l'Améthyste Pourpre, froid et insensible. Se penchant légèrement en avant, elle précisa que si elle ne le considérait pas comme une menace pour l'Académie, elle n'oubliait pas pour autant son combat contre lui lors de son arrivée. A présent persuadée qu'aucun lien ne le liait avec une quelconque faction hostile à Garderobe après tout le temps qu'elle a passé auprès de lui, la force qu'il constituait n'était pas à négliger. Ses côtes et son Element brisés lors de leur affrontement le prouvaient. La question la taraudait depuis un moment déjà lorsqu'elle lui demanda : quelle était donc la technique qu'il avait utilisé lors de son combat contre elle et Natsuki ? Devant l'expression perplexe qu'elle reçut, la Mai-Star reprit : à partir du moment où les flammes avaient enveloppé son sabre, la puissance qu'il dégageait fut totalement différente, et elle tenait à savoir pourquoi.

Elle s'abstint cependant de partager ses soupçons sur la probabilité de rencontrer d'autres Shinigamis dans un futur plus ou moins proche, au vu du sort funeste de l'intrus de ce soir-là. Elle supposait que les compagnons de ce pauvre homme devaient préparer un grand coup pour prendre de telles précautions. Mieux valait donc recueillir un maximum d'informations. Et si Garderobe n'avait pas encore été attaquée, c'est que leurs ennemis ne connaissaient probablement pas l'existence du Shinigami. Elle possédait donc une longueur d'avance, et il lui fallait conserver cet avantage le plus longtemps possible. Pour cela, tout savoir sur les capacités des Shinigamis serait un atout indiscutable car elle parierait volontiers très gros que si les mêmes fauteurs de troubles invisibles devaient frapper de nouveau, ils utiliseraient une arme sinon identique, du moins très proche.

Kenpachi réfléchit un court instant, et prit son temps pour répondre.

- Vous voir j'ai un sabre quand arriver, commença-t-il. Sans attendre les réactions de ses interlocutrices, il poursuivit : tous les Shinigamis avoir un. On appelle le sabre : Zanpakutô. Pouvoir avec feu, fit-il en regardant successivement Shizuru puis Natsuki, est spécial à moi, et on appelle la technique : Shikai, la… comment dire ? pas prisonnier… la libération Zanpakutô, merci, adressa-t-il à Yôko qui l'avait aidé à trouver le mot. D'habitude, on appelle sabre par nom à lui pour le libérer. Et quand il est comme ça, on peut utiliser techniques spéciales, uniques pour chaque Shinigami. Pour moi, ce pouvoir est feu. Et ce feu est spécial parce qu'il mange énergie. La mienne plus, mais aussi celle des attaques de mes ennemis.

Natsuki se souvint aussitôt de la scène : des flammes rouges comme le sang enveloppant son tir avec une Cartouche Argentée et l'absorbant en quelques instants. Elle comprit aussitôt après où Shizuru voulait en venir, et se dit que c'était une bonne stratégie. Faire parler le prisonnier de lui pour soutirer toute information susceptible d'identifier leurs ennemis est une tactique subtile et lui ressemblait bien. Cependant, d'après le dossier posé devant elle, le Shinigami était arrivé par un portail semblable aux invocations des Asward. Il n'y avait donc que peu de chances qu'il puisse leur fournir une quelconque information sur les compagnons de l'intrus, s'il s'agissait de la même technologie. Perplexe quand à la méthode de sa compagne, elle décida d'attendre la suite de l'interrogatoire pour connaitre son vrai but.

Arika écoutait attentivement, car n'ayant pas pu être sur place elle n'avait pas pu être témoin du combat. Néanmoins, elle a su par la suite que si le Shinigami se trouvait dans les cachots de l'Académie, ce n'était que parce qu'il avait décidé de se constituer prisonnier. Elle se demandait donc comment deux des Cinq Piliers avaient bien pu se faire battre. Et là, l'occasion de savoir toute la vérité se présentait, et étant donné qu'elle fut la première à l'avoir affronté, on l'avait conviée à l'interrogatoire. Elle se risqua donc à poser une question.

Kenpachi regarda celle qui venait de parler. Il la reconnut, et observa qu'elle aussi avait troqué sa Robe de Mai-Star pour une tenue plus conventionnelle. Assise à la gauche de l'Otome rousse, elle était la première personne qu'il eut rencontrée le soir de son arrivée à l'Académie. Il nota tout de suite la couleur particulière de sa tenue, assortie à celle qu'elle portait ce fameux soir. De même modèle que celle de Shizuru, la robe se distinguait surtout par sa couleur bleu azur et le manque de symbole sur le devant du tablier, ce qui ne manqua pas d'attirer l'attention du Shinigami. Elle portait des bas blancs et des chaussures du même type celles de sa voisine. Les deux nattes châtain foncé derrière sa nuque soulignaient le visage de la jeune Otome. Kenpachi remarqua alors qu'elle n'était pas beaucoup plus âgée que la plupart des étudiantes de l'Académie. Se demandant comment elle avait pu obtenir un diplôme de Mai-Star aussi jeune, il réfléchit. Il se souvenait de son combat contre elle et il lui avait été facile de s'en défaire, contrairement à Shizuru qui est pourtant elle aussi une Mai-Star. Faire partie des Cinq Piliers impliquait-il une telle différence de force ? Il croisa alors le regard de la plus jeune de la tablée, et constatant l'appréhension de cette dernière, eut un petit sourire d'encouragement.

Après l'avoir écoutée, Kenpachi s'excusa et lui répondit que s'il n'avait pas sorti son sabre contre elle, c'est qu'il n'existait aucun risque de voir quelqu'un d'aussi impulsif le battre. Elle est forte, car elle est une Mai-Star après tout, mais ses coups étaient prévisibles et ils pouvaient donc être contrés facilement. Arika rougit sous la remarque. Elle était consciente de ses défauts, mais cela ne lui avait pas porté préjudice jusque là. Depuis longtemps déjà les activités physiques constituaient sont point fort, et c'était la première fois que l'on exploitait ses points faibles contre elle. Déconfite, elle se souvint de Miss Maria qui lui reprochait son manque de rigueur dans son entraînement, et se promit d'étudier encore plus dur. Car le Saphir du Ciel Azuré restait la seule Mai-Star officielle au monde sans diplôme. Elle avait obtenu sa GEM trois ans auparavant, par un concours de circonstances. Arika ne le regrettait pas une seule seconde, car après tout, sa mère portait cette GEM autrefois et il ne lui restait que cet unique souvenir d'elle, mais ne pas avoir son diplôme nourrissait en elle un petit sentiment d'infériorité par rapport aux autres. Elle avait réussi à sauver le monde plus d'une fois en deux ans, et commençait à se considérer comme égale aux autres Mai-Star, mais Kenpachi venait de la remettre à sa place.

Remarquant la gêne de l'adolescente, l'homme ajouta rapidement que comme il venait de sortir d'un Senkaimon, il ne savait pas très bien s'il était dans le monde des vivants ou encore à la Soul Society et qu'il n'avait donc pas totalement conscience de sa force. Quand il prononça ce mot étrange, Yôko ne put s'empêcher de lui couper la parole. Qu'est-ce qu'un Senkaimon ? demanda-t-elle. Se rendant compte de ce qu'elle venait de faire, elle se pencha en avant, et regardant Arika assise à l'autre bout de la table, s'excusa d'avoir si peu élégamment pris son tour. Elle vit ensuite que Kenpachi, ne sachant que faire, consultait la Principale du regard. Celle-ci l'autorisa à répondre, et il expliqua que les Senkaimon sont des portails entre le monde des vivants et la Soul Society, utilisés uniquement par des Shinigamis, étant donné qu'il faut posséder un zanpakutô pour pouvoir les ouvrir. Yôko nota tout sur le calepin qu'elle gardait toujours dans une de ses poches puis consulta à nouveau le dossier posé sur la table.

Pendant que le Shinigami répondait au Professeur, le Cristal des Glaces Argentées se posait d'autres questions. J'ai rêvé ou il a parlé de "monde des vivants" ? se demanda-t-elle. Il se considèrerait donc comme une sorte de fantôme ? Et qu'est-ce la "Soul Society" ? Mais avant qu'elle n'ait pu demander des réponses, Yôko enchaîna, toujours sans lever le nez de son dossier. Je sais par mes premières analyses que tu n'es pas biologiquement humain, commença la scientifique. Au lieu d'avoir des cellules et de l'ADN, je n'ai trouvé que des particules semblables à celles qui sont utilisées pour matérialiser Robe d'Otome et Slaves de Schwartz. Je voulais donc te poser la question depuis longtemps, mais j'ai préféré attendre ce moment. Qu'est donc ce corps ? Es- tu une sorte de fantôme ? Natsuki, d'abord contrariée d'avoir été prise de vitesse, était maintenant suspendue aux lèvres de l'homme enchaîné en face d'elle, comme toutes les autres personnes dans la salle. Yôko avait posé la question qu'elles se posaient toutes et pour laquelle elles étaient présentes ce soir-là.

Après une petite pause pendant laquelle Kenpachi choisissait ses mots, il tenta d'expliquer son hypothèse la plus probable, à savoir que lui, esprit de Shinigami, se retrouvait dans un Gigai, un corps artificiel constitué de spiritons à très haute densité permettant au porteur fatigué de se reposer et de reconstituer ses réserves de reiatsu. Cependant, ce qui le gênait le plus dans cette hypothèse est que les Gigai sont très rares et il ne se souvenait pas d'en avoir jamais possédé un. C'était l'une des deux seules explications qu'il voyait pour expliquer le fait qu'on pouvait le voir et même le toucher, lui qui est censé être un esprit. L'autre explication étant que tout le monde possédait assez de pouvoir spirituel pour voir et interagir avec les fantômes, mais trop peu probable pour être prise en considération, il l'avait mise de côté. Seule une personne sur cinquante mille environ pouvait le voir, et là, tout le monde semblait en être capable. C'était beaucoup trop. De plus, aucun autre esprit, qu'il soit Plus ou Hollow, ne trainait à l'Académie, Kenpachi le savait. Et ce pour une raison précise : au cours de ses combats précédents, il avait réussi à sentir les reiatsu de ses différents adversaires, et cela le rassura quand à ses capacités à ce moment. Il rechercha donc ensuite les présences d'autres esprits pendant sa captivité, mais cela n'avait pas donné de résultat jusqu'à présent. Il arriva donc à la conclusion qu'il s'était retrouvé piégé dans un Gigai sans possibilité d'en sortir, ce qui au final l'arrangeait bien car il pouvait communiquer et se renseigner sur ce monde inconnu qu'il découvrait avec les autochtones. Il s'en réjouissait d'autant plus que la plupart sont de très jolies jeunes femmes en devenir. Ou de très jolies jeunes femmes tout court, rajouta-t-il lorsqu'il pensa à son combat devant le mausolée.

Si les Otome comprenaient peu ou prou ces explications, celles-ci furent très éclairantes pour la jeune femme en blouse blanche. Elle avait déjà remarqué la structure particulière que prenaient les spiritons dans le Gigai par rapport à tout ce qu'elle connaissait lors de ses différents examens, mais ne comprenait pas pourquoi ils étaient agencés de cette manière. Mais à la lumière de l'explication sommaire du Shinigami, elle venait de comprendre que ce que Kenpachi appelait "particules spirituelles" ou "spiritons" était la même matière dont sont faites les Robe d'Otome et les Slaves de Schwartz. Elle voyait à présent dans ce nouvel agencement un moyen de renforcer les Robes, car s'il disait vrai et que les Gigai reconstituaient les forces de son porteur, des Otome possédant une telle capacité seraient beaucoup plus endurantes que les autres ou bénéficieraient d'une puissance accrue. Yôko réfléchissait encore aux différentes possibilités quand elle fut interrompue dans ses pensées par la voix de la Principale.

- Tout cela est très bien, fit-elle d'une voix forte, mais j'aimerais savoir, moi, ce qu'est exactement un Shinigami. Car vous vous êtes présenté en tant que tel, mais je croyais que c'était votre nom. Maintenant je comprends que c'est une sorte de rang, et donc je voudrais savoir ce que c'est.

Kenpachi, sentant que tous les regards étaient concentrés sur lui, se dit qu'en effet, il aurait dû commencer par cela. Il expliqua donc le rôle des Shinigamis et la nature de leurs ennemis, les Hollows, puis passa brièvement sur la structure de la Soul Society. Il raconta aussi tout ce qu'il savait sur la hiérarchie du Gotei Treize puis, sur le coup d'une inspiration, en profita pour introduire le sens de son patronyme de "Kenpachi" lorsqu'il décrivit les rôles des différentes Divisions. Devant l'incompréhension générale, il leur expliqua donc que c'est en battant l'ancien Kenpachi dans un duel qu'il reçut ce nom, bien qu'il en possédât déjà un. Cependant, comme ce n'était pas dans un combat officiel mais un soir dans une ruelle du Seireitei, et encore moins en présence d'au moins deux cents membres de la Onzième Division, il ne pouvait prétendre officiellement au titre de Capitaine. Cela a posé un problème car cette Division avait toujours eu un Kenpachi à sa tête depuis plusieurs générations, ce qui semblait naturel lorsque l'on sait que c'est un titre décerné par le peuple à celui considéré comme "le plus fort". Mais si le Kenpachi actuel avait été battu et donc dépossédé de son titre honorifique, son adversaire devait logiquement prendre sa place à la tête de la Division. Le Capitaine-Commandant trancha la question en arguant que vu l'instabilité mentale du nouveau Kenpachi et les conditions dans lesquelles il avait battu l'ancien, il devait maintenir ce dernier à son poste pour la pérennité du Gotei Treize. Le Shinigami raconta ensuite qu'il reçut un haori dénué de symbole de Division dans le dos, ce qui prouvait son statut de Kenpachi aux yeux de tous, et qu'on le transféra ensuite dans une unité d'exploration lorsque les protège-mains conçus pour lui furent prêts, pour éviter les conflits entre les personnes favorables à ce que le Kenpachi actuel aille à la tête de la Onzième Division, qui venait de perdre son chef, et ceux en accord avec la décision du Capitaine-Commandant.

Personne n'avait interrompu le monologue de l'homme au shihakusho, mais tout le monde restait sur sa faim. Quand il eut terminé, des questions se posaient dans toutes les têtes, se rajoutant à celles qui étaient encore en suspend. Instabilité mentale ? Pourquoi des protège-mains en particulier ? Racontait-il seulement la vérité ? Les deux Piliers se souvinrent alors que lorsque le Cristal des Glaces l'avait touché au front, Kenpachi changea totalement de style et c'est ainsi qu'il avait pu blesser grièvement Shizuru, en les prenant au dépourvu. Elles firent part de ce souvenir aux autres, qui consultèrent les dossiers à leur disposition. L'Otome aux cheveux de feu profita de l'instant pour glisser quelques mots à Natsuki, qui acquiesça et discuta brièvement avec les autres Otome. De son côté, Yôko avait conscience que ses questions avaient soulevé plus de mystères sur le prisonnier qu'elles n'en avaient résolu. Mais mise en appétit par l'histoire, elle se promit de demander plus tard au Shinigami ce qu'il entendait par "les gants conçus pour lui furent prêts", car elle sentait qu'il était temps de laisser quelqu'un d'autre s'exprimer.

Son petit récit terminé, Kenpachi attendait. Malgré la pénombre ambiante, il voyait bien que son histoire avait troublé son auditoire. Prenant l'initiative de raconter un peu plus que nécessaire volontairement, il put observer les différentes réactions que cela provoquerait inévitablement à la tablée. La confusion, le refus ou l'incompréhension à différents degrés le renseignait sur le caractère de chacune de ses interlocutrices.

Soudain, les palabres s'arrêtèrent et il entendit la voix de l'Améthyste Pourpre lui demander d'où venait-il, car la Soul Society ne représentait pour elle qu'un simple nom et non un lieu. Hésitant quand à la marche à suivre, le Shinigami décida de jouer la carte de la vérité en retour de l'hospitalité des Otome. Il s'attendait à être traité plus durement, mais au final, il avait plus été un invité dont les déplacements avaient été limités qu'un réel prisonnier, les premiers jours mis à part.

Il entreprit de commencer le récit de sa vie par quelques explications, à savoir sur les expérimentations sur la mémoire des âmes de la Soul Society. En effet, les âmes collectées par les Balancer arrivant là-bas oublient rapidement les souvenirs de leur vie terrestre et lorsqu'il s'agissait d'âmes de grands combattants, leur savoir et leur expérience étaient donc perdus pour toujours. Certaines personnes considérant cet état de fait comme un grand gâchis, elles ont cherché à maintenir ces souvenirs dans les âmes de leur propriétaire, voire à les révéler de force lorsqu'elles s'aperçurent que les souvenirs n'étaient pas perdus mais oubliés, et donc encore présents dans les âmes porteuses. Kenpachi avait donc été l'un de ces cobayes, et le seul sur lequel il y eut un semblant de résultat. Il avait recouvré une partie de son savoir, mais en contrepartie une seconde personnalité se développa, basée sur son inconscient et révélant un instinct excessivement violent développé par la pratique des arts martiaux à haut niveau durant la majeure partie de sa vie terrestre. Ce second "lui" était donc extrêmement imprévisible et dangereux. Au point que les responsables de sa transformation ont jugé sa présence trop risquée pour leur vie et tenté de s'en débarrasser. Leurs recherches étant réprouvées par la Chambre des Quarante-Six, ils n'avaient pas les moyens de l'éliminer par les voies officielles. Ils ont donc opté pour une solution plus radicale et l'ont envoyé dans le Hueco Mondo, littéralement le "Monde Creux", domaine des Hollows. Ses souvenirs de cet endroit étant fugaces, il ne s'étendit pas sur le sujet. Tout juste s'il raconta les circonstances de son intégration à l'Académie des Shinigamis, facilitée par le fait qu'un Capitaine de Division ait été présent lorsqu'il fut de retour à la Soul Society par ses propres moyens depuis le Hueco Mondo.

Shizuru nota qu'à ce moment tout le monde suivait l'histoire avec passion. Elle se demanda alors comment avaient-elles pu se laisser embarquer par un récit si incroyable qu'il en paraissait peu crédible et remarqua alors que lorsqu'il racontait, Kenpachi se penchait légèrement en avant, qu'il utilisait des gestes avec ses mains – limités par les menottes – pour appuyer certains moments, et qu'il intégrait volontiers des bruitages ou des imitations sommaires afin de rendre son récit plus vivant comme des cris de Hollow. Le récit lui-même, au vocabulaire simple et sans effets superflus, rendait l'histoire plus crédible à ses oreilles. Et cela marchait : elle-même attendait la suite avec une impatience non dissimulée. Kenpachi marqua une courte pause et se redressa, et avant qu'il n'ait pu reprendre la suite de son histoire, le Saphir du Ciel Azuré lui posa une question.

- Vie… terrestre ? répéta le Shinigami. Pas bien souvenir au début, reprit-il après une nouvelle pause pendant laquelle il choisissait ses mots. Mais longtemps cherché, et maintenant souviens presque tout. Je suis Kakunoshin Niitsu, Kenpachi être nom de Soul Society comme vous savoir. Et même Kakunoshin Niitsu ne pas être vrai nom. Est nom que prend maître dans école de sabre pour se cacher, car technique école très puissante, peut faire gagner bataille toute seule, presque comme Otome. Maître avant moi décidé de cacher et apprendre technique à une personne seulement, qui prend nom du maître quand cette personne prête. Moi aussi avoir donné Seijûrô Hiko, maître de l'école Hiten Mitsurugi Ryû, à quelqu'un. Mais pas souvenir nom avoir avant, alors prend Niitsu quand arrive à Soul Society. Et comme ai battu Capitaine Kenpachi, est Kakunoshin Kenpachi Niitsu maintenant. Est bon ? sourit l'homme à jeune fille qui l'avait interrogé.

Elle acquiesça pour montrer sa satisfaction, et le Shinigami renoua le fil de son histoire après avoir attendu que l'Améthyste Pourpre lui ait donné l'autorisation de continuer. De son côté, Natsuki réfléchissait. Elle écoutait d'une oreille distraite l'homme assis raconter les grandes lignes de sa carrière au sein des unités d'exploration du Seireitei tandis qu'une autre partie de son esprit était concentré ailleurs. Étonnée de l'intérêt que lui portait Shizuru depuis le départ et faisant confiance à la perspicacité de sa compagne, elle avait accordé un peu de liberté au prisonnier, dans la limite du raisonnable cependant. Mais elle se doutait aussi de l'existence d'une autre raison, cachée, et que le baiser que l'homme lui avait volé au cours de leur affrontement n'y était pas étranger. Cela la perturbait profondément, et si au début elle se refusait à y croire, maintenant il lui fallait se rendre à l'évidence : un sentiment inattendu prenait de plus en plus de place dans son cœur.

Si celui-ci la troublait tellement, c'était surtout parce qu'elle ne s'attendait pas l'éprouver un jour, et encore moins à l'égard d'un homme. N'était-ce pas Shizuru qui l'avait abordée un soir dans le parc de l'Académie ? Elle s'en souvenait encore avec émotion comme si cela s'était passé la veille, même après toutes ces années : elle venait de rejoindre ses quartiers et discutait avec sa camarade de chambrée quand le professeur Yukariko les informa que quelqu'un les cherchaient. Elles sortirent donc à l'extérieur tout en continuant leur discussion lorsqu'elles s'entendirent appeler. Elles se retournèrent… pour se retrouver face-à-face avec la déjà célèbre Perle numéro Un, Viola Shizuru.

Interdite, Natsuki revoyait la scène se passer au ralenti, comme si son cerveau n'arrivait pas à assimiler ce qui se déroulait sous ses yeux. Impressionnée par une telle apparition et aussi parce que Shizuru se souvenait de son nom et de son rang parmi les Corail, elle en perdit tous ses moyens. Elle se souvenait juste d'avoir repris plusieurs fois sa camarade qui parlait un langage assez familier envers une élève plus âgée – elle se trouvait pourtant au second rang parmi leurs camarades de promotion après elle. La future Principale se revoyait également acquiescer à toutes les questions de Shizuru, mais sans en comprendre aucune. Nostalgique quand à sa candeur passée, elle regarda sa compagne avec un grand sourire empreint de tendresse, mais le regard qu'elle surprit lui fit froncer les sourcils. Le brûlant coup de poignard de la jalousie qu'elle reçut au cœur arracha brutalement Natsuki de la douceur de ses souvenirs.

Alors que la jeune femme brune rougissait sous le coup de la colère, sa voisine de gauche se mit à l'observer plus attentivement, ayant remarqué sa baisse d'attention pour l'interrogatoire. Elles se connaissaient depuis longtemps, et bien qu'elles aient été séparées pendant des années, elle avait déjà remarqué que son amie n'avait pas vraiment changé sur certains points depuis son installation près de Windbloom il y a presque trois ans. Elle savait que Natsuki avait toujours été éprise de Shizuru mais ce ne fut que lorsque celle-ci les aborda ce fameux soir dans le parc, il y a des années à présent, qu'elle s'était rendu compte de la force des sentiments de son amie pour leur aînée. Impression renforcée par la joie qu'elle avait exprimé quand la Perle numéro Un les avaient choisies comme intendantes de sa chambre. Quand elle jeta un coup d'œil furtif par-dessus Natsuki pour observer l'Otome assise de l'autre côté, elle comprit aussitôt la raison de l'empourprement de sa voisine. Elle n'avait vu cet air sur le visage de Shizuru qu'en une seule occasion jusqu'alors : un regard doux et tendre uniquement réservé à Natsuki lorsqu'elles étaient en privé toutes les deux. L'Otome aux cheveux de feu regarda alors à nouveau le Shinigami en face d'elle, cherchant cette fois-ci ce qui pouvait avoir fait fléchir l'Améthyste Pourpre.

Physiquement, il n'était ni franchement beau, ni vraiment laid. Ses longs cheveux bruns attachés en arrière en catogan n'avaient pas le même reflet que ceux, soyeux, de la Principale. Elle ne pouvait pas juger de sa vraie taille étant donné qu'il se trouvait assis sur une chaise, mais elle estima qu'il ne devait pas être beaucoup plus grand qu'elle. Les vêtements amples qu'il portait facilitaient le maniement du sabre, elle le savait, mais cela ajouté à leur couleur sombre rendait difficile le discernement de ses mouvements et le contour de son corps. Néanmoins, elle avait l'habitude de voir à travers ce genre de vêtement et discernait une musculature compacte et légère sous le shihakusho. Et malgré les entraves qu'il portait, la jeune femme percevait l'économie de mouvement, la puissance tranquille que confère l'assurance d'un homme pleinement conscient de sa force.

De tout cela en résultait une séduction certaine mais n'expliquait toujours pas l'intérêt inhabituel de Shizuru à l'égard du Shinigami aux yeux de l'Otome. Il devait forcément y avoir autre chose, se dit-elle. Fouillant dans le rapport posé devant elle, elle n'en continuait pas moins d'observer le triangle formé par Kenpachi, Natsuki et Shizuru tout en écoutant l'homme continuer son récit. Elle nota vaguement qu'il avait parlé d'avoir rejoint un groupe différent des Shinigamis, et qu'il y eut des difficultés à cause de cela, notamment la confiscation de son sabre. Mais ce qui la força à détourner son attention du rapport fut un mouvement général autour de la table.

La troisième des Cinq Piliers écoutait avec attention le récit du prisonnier, s'intéressant plus particulièrement aux techniques de combat utilisées. Elle n'hésitait pas à lui demander des précisions au milieu de son histoire, et il répondait à ses requêtes de bonne grâce. Peu à peu, doucement mais sûrement, la méfiance qu'elle affichait au départ fit place à un véritable intérêt, et elle faisait des efforts pour ne pas le montrer trop clairement. Mais elle n'en n'oubliait pas pour autant son but premier qui était d'interroger le prisonnier sur les circonstances de son arrivée à Garderobe. Elle se sentait d'ailleurs un peu gênée par cela car sous le prétexte de la sécurité des Otome, elle en profitait pour assouvir sa curiosité par rapport à Kenpachi. Le baiser qu'il lui avait volé lors de leur combat l'avait plus affectée qu'elle ne voulait se l'avouer, et depuis elle n'arrêtait pas d'y penser. La seule autre personne à lui faire autant d'effet était pourtant assise juste à côté d'elle et Shizuru se sentit perturbée. Comment est-ce possible ? se disait-elle. Pourquoi ce simple baiser me perturbe-t-il autant ? Personne ne m'avait intéressé jusqu'à ma rencontre avec Natsuki. Et personne d'autre n'a réussi à me faire vibrer ainsi depuis. Je l'avoue, j'aime séduire et mon rang de Mai-Star m'y aide beaucoup, mais je ne suis jamais allée plus loin que de simples caresses ou un baiser sur la joue. Et seules les filles arrivent à éveiller mon intérêt d'habitude, alors pourquoi un homme ? Il arrive à peine et met toute l'école en émoi. Il déclenche un capharnaüm de tous les diables, abat la plupart de nos meilleures élèves et nous met en difficulté Natsuki et moi lors de notre combat. Et juste au moment où nous étions au pied du mur, il a fait ça. Normalement, quand un adversaire abat sa dernière carte, on l'attend avec un contre qui lui sera fatal. Qu'est-ce qui ne va pas chez lui ? Qu'est-ce qui ne va pas chez moi ?

C'est alors qu'elle remarqua un léger changement dans l'attitude du Shinigami. Elle vit son front se plisser, et sa voix trembler légèrement. Écoutant de nouveau, elle se rendit compte qu'il venait d'évoquer un passage lié à une grande souffrance. Il était en train d'expliquer que les Quincy – dont il avait rejoint un groupe – sont des humains dont le pouvoir spirituel rivalisait avec celui des Shinigamis quand Shizuru constata le changement. Personne ne l'avait encore remarqué, mais Kenpachi semblait avoir un peu plus de mal à trouver ses mots et butait un peu plus souvent sur les mots. Elle supposait que tout le temps qu'elle avait passé avec lui et le fait d'avoir suivi de près sa progression dans leur langue lui permettait de voir cette modification. Elle s'aperçut à ce moment que le Shinigami leur avait caché la raison de ce changement. Se demandant ce qui causait ce silence, la jeune femme sentit néanmoins que cette modification devait être due à une forte émotion comme de la douleur ou de la tristesse.

Elle ne se trompait que de peu. Kenpachi fut pris au dépourvu par la soudaineté de sa souffrance. Ce n'était pas de l'affectation pour embellir son histoire, et Shizuru le sentait. Sans qu'il y en eût rien dit, elle en devinait à présent la cause. Kenpachi n'avait pas voulu révéler ainsi ses émotions et il était maintenant un peu embarrassé. Le chagrin l'avait pris par surprise et il espérait ne pas s'être trop dévoilé. Il essaya de reprendre contenance avant que quiconque ne puisse le remarquer et se rendit compte qu'il n'avait toujours pas réalisé qu'il ne reverrait plus sa chère Misato, et il ferma les yeux sous le coup de la douleur. La perte d'un être cher était un sentiment unanimement ressentie ; et cette démonstration inattendue provoqua la sympathie de l'Otome aux cheveux châtains et éveilla chez elle une compréhension qui dépassait sa curiosité et ne vit pas sa compagne froncer les sourcils et s'empourprer.

L'homme inspira un grand coup pour chasser les larmes qui menaçaient de déborder et se concentra sur la suite de son récit. Il omit cependant de citer le nom de la femme qui avait tant compté dans sa vie de Shinigami. Il occulta ainsi une bonne partie de son histoire la plus récente et regarda à nouveau l'assistance en reprenant le ton de conteur qu'il avait adopté depuis la question d'Arika.

Il décela alors chez ses interlocutrices une légère baisse d'attention. Peut-être que son récit leur semblait trop long ? Il décida néanmoins de continuer, étant donné que personne ne semblait vouloir l'arrêter. Il répondait aux différentes questions que Shizuru ou Yôko continuaient de lui poser à intervalles réguliers, mais seule le Saphir du Ciel Azuré écoutait vraiment à présent. En conséquence, s'il savait que les autres suivaient toujours son badinage, il s'adressait surtout à la plus jeune de la tablée. Il arrivait à la fin de son récit à présent. Reprenant son souffle, il entreprit de décrire les circonstances de son retour à la Soul Society avec ses amis Quincy pour affronter un Arrancar particulièrement puissant. Lorsqu'il aborda le combat en lui-même, Arika lui demanda comment il avait pu récupérer son Zanpakutô alors qu'il était confisqué.

- Très simple, répondit le Shinigami. Je pas pouvoir attaquer loin, comme Otome bleue, alors je pouvoir faire autre chose à la place. Comme le reprendre quand lui être loin de moi.

La jeune fille ne semblant pas comprendre comment il pouvait faire cela, il baissa sa main droite et prit une sorte de barre invisible de l'autre. Presque aussitôt, des flammes en jaillirent de part et d'autre. Arika poussa un cri en se relevant, imitée par les autres. L'Améthyste Pourpre et le Cristal des Glaces Argentées matérialisèrent instantanément leurs Robes de combat et la troisième des Piliers se rua sur le prisonnier, Element en avant pendant que sa compagne braquait son arme sur lui. Kenpachi ne cilla pas quand la lame de l'Otome pourpre s'arrêta sous sa gorge. Il s'attendait à ce genre de réaction. Le visage fermé et risquant un regard pour la jeune femme la plus proche, il remarqua à nouveau la flamme qui l'avait attiré la dernière fois et retint de justesse un sourire qui serait malvenu. Pendant quelques secondes, personne ne bougea dans une atmosphère devenue subitement très pesante.

Kenpachi attendait. Il n'était pas en situation de force et savait qu'à présent à la moindre erreur de sa part, le moindre mouvement suspect pouvait lui coûter très cher. Aussi il ne bougerait pas, quoiqu'il arrive. Soudain, Yôko brisa le silence lorsque ses yeux tombèrent sur ce que le Shinigami avait fait apparaître. Reconnaissant envers la scientifique, Kenpachi retourna alors le poignet pour mettre les phalanges sur le dessus sans quitter l'Améthyste des yeux pour autant. Les autres constatèrent alors qu'au milieu des flammes à présent disparues était apparu un objet qui n'aurait pas dû se trouver là et Natsuki écarquilla les yeux quand elle le reconnut. C'était le zanpakutô qui se trouvait dans son bureau. Impossible, pensa-t-elle. Mon bureau se trouve pourtant dans un autre bâtiment, et on ne peut pas le voir d'ici, même de l'extérieur. Alors, comment ?

L'Améthyste Pourpre également ne savait plus que penser. Elle avait bondi sur le prisonnier lorsqu'elle vit les flammes par pur réflexe, mais à présent qu'elle gardait sa lame sous la gorge de ce dernier, elle se mit à réfléchir. Elle pensait à tout son investissement auprès de Natsuki, lui assurant que le Shinigami ne représentait pas de menace sérieuse, et le voilà en train de leur démontrer que même enchaîné, il pouvait encore être dangereux. Il avait trahie sa confiance, et elle en était très déçue. Cependant, lorsqu'il leva les yeux vers elle, Shizuru lui assura du regard qu'elle prendrait ses responsabilités vis-à-vis de lui, et qu'elle l'abattrait si cela s'avérait nécessaire.

Seule, la jeune femme rousse n'avait pas bougé quand le prisonnier fit apparaitre les flammes. Connaissant elle-même l'art de la manipulation du feu, elle ajouta cette indication à tout ce qu'elle savait déjà sur lui. Décidément, la Natsuki a eu raison de faire appel à moi pour cet interrogatoire, songea-t-elle. Comme aucune hostilité n'émanait de l'homme lors de l'apparition des flammes, elle était restée sur sa chaise. Mais comprenant néanmoins les réactions de ses camarades, elle décida de calmer le jeu et se leva pour se diriger droit sur l'homme assis, passant ainsi derrière le Saphir Azuré. Elle savait maintenant qu'il n'y avait rien à craindre du Shinigami, et s'approcha donc de lui sans l'ombre d'un doute. Il venait de lui apporter la preuve que s'il l'avait désiré, il aurait pu s'échapper de l'Académie à peu près n'importe quand et ce, malgré la sécurité qui l'entourait. Ses menottes étaient faites de bois, après tout. Mais il ne s'était pas évadé.

Kenpachi sourit à l'Otome qui s'approchait de lui et soutenant son sabre avec ses deux mains, le lui tendit. Il l'avait observée tout au long de son récit, et pour raison qu'il ignorait, sentait que c'était elle qui le comprenait le mieux. Il ne fut donc pas surpris que ce soit elle qui l'approchât la première. Elle prit le zanpakutô dans ses mains, et il nota sa petite inclinaison du torse, comme si elle le remerciait de lui avoir remis son arme. Il devina aussitôt la raison de sa présence. Le respect qu'elle montrait envers le sabre, son absence de réaction face aux mots étrangers liés aux Shinigamis lors de ses explications, la compréhension qu'elle venait de lui montrer ne faisaient aucun doute là-dessus. Souriant de plus belle, il la vit changer le sabre de main, et le présenter à la Principale avec la poignée à sa gauche et le côté convexe du fourreau – côté de la lame – vers elle.

La scène en rappelait une autre au Cristal des Glaces Argentées. C'était la seconde fois qu'on lui remettait cette arme de cette manière en quelques semaines. Baissant son Element, elle s'en saisit et regarda droit dans les yeux de son amie aux cheveux flamboyants. Ce qu'elle y lut la convainquit d'arrêter là l'interrogatoire du Shinigami. D'un signe de tête, elle signifia à l'Améthyste Pourpre que tout danger était écarté. Dématérialisant sa Robe, Natsuki se tourna vers Yôko et Arika, qui s'étaient rapprochées d'elle, pendant que Shizuru l'imitait avant de rejoindre la table. La Principale leur parla à voix basse quelques instants, et se retournant vers le prisonnier, lui annonça que l'interrogatoire se terminait et qu'il devrait attendre dans la salle leur verdict final. Ramassant ensuite le dossier posé sur la table devant elle, elle prit ensuite la tête de la petite file qui sortait du cachot, laissant Kenpachi seul et encore enchaîné.

Lorsque la porte se fut refermée, le Shinigami se détendit enfin. Il était conscient d'avoir pris un risque, mais qui se révéla payant. Il sentait également avoir obtenu un allié de plus ainsi que de la réticence chez la jeune femme brune (Natsuki, s'il s'en souvenait bien). Mais ce devait être dû uniquement parce qu'en tant que dirigeante de Garderobe elle devait penser à la sécurité de ses étudiantes en priorité. Il la comprenait très bien, d'autant qu'il avait conscience de s'être comporté comme un danger potentiel vis-à-vis de l'Académie, même si ce n'était pas volontaire. Il attendit ainsi quelques temps, perdu dans ses pensées, quand la porte s'ouvrit une nouvelle fois.