DISCLAIMER : L'univers appartient à CS Lewis. En revanche, cette histoire m'appartient. Merci de ne pas plagier.
La nuit commençait à tomber au-dessus de la cime des arbres, accompagnée par le froid. Bianca et Edmund marchaient à travers les bois depuis déjà plusieurs heures, et tous deux commençaient à ressentir la fatigue. Ils avaient fait quelques pauses en chemin, pour que Bianca reprenne des forces et qu'Edmund tente de se repérer, mais la forêt était très dense, et il commençait à croire qu'ils s'étaient perdus.
« Nous allons devoir nous arrêter pour la nuit, finit par dire Edmund, à bout de souffle après la dernière montée qu'ils avaient dû franchir.
-Nous arrêter ? répéta Bianca, incrédule. Au beau milieu de la forêt ?
-Tu pensais qu'on dormirait dans un hôtel ? demanda Edmund en souriant.
-Non, mais je m'attendais au moins à ce qu'on trouve… je ne sais pas moi, une auberge, ou une maison, un village avec des habitants, bref n'importe quoi qui puisse nous abriter !
-Eh bien, on va devoir s'en construire un nous-même, d'abris. »
Bianca resta penaude, tout en regardant Edmund s'activer pour trouver des arbres aux branches assez basses pour soutenir une structure rudimentaire. Elle n'avait jamais fait de camping de toute sa vie, ni même essayé de dormir à la belle étoile. Elle était habituée à avoir quatre murs et un matelas lorsqu'elle allait se coucher. Et si des animaux les attaquaient ? Si d'autres brigands les trouvaient et les tuaient dans leur sommeil ? A cette pensée, Bianca se mit à frissonner malgré elle, et préféra se rapprocher de son ami.
Ce dernier avait déjà récupéré quelques branches, et cherchait toujours un lieu adéquat où passer la nuit :
« Tu veux bien m'aider à récupérer du bois sec ? On va devoir allumer un feu.
-On ne risque pas de se faire repérer ? demanda-t-elle.
-Je pense que nous avons assez marché, répondit-il en la regardant. Ne t'en fais pas, tout va bien se passer. Et tu entends ce bruit ? »
Bianca tendit l'oreille, attentive à son environnement. Elle n'entendit tout d'abord que le froissement du vent à travers les feuilles et quelques craquements provoqués par les oiseaux qui volaient de branche en branche, lorsqu'elle repéra ce qu'Edmund lui indiquait : à quelques mètres sur sa droite, le clapotis d'un cours d'eau se faisait entendre.
Ils marchèrent encore quelques instants jusqu'à tomber sur un petit ruisseau qui coulait à travers les bois d'une eau claire et limpide. Edmund eut un sourire de soulagement, et Bianca lui demanda s'il savait où ils étaient :
« Pas exactement, répondit-il, mais ce ruisseau se jette sûrement dans un cours d'eau plus grand. La Grande Rivière.
-Ça pourrait nous guider ?
-Bien sûr ! En suivant le cours d'eau vers l'aval, on arriverait directement à Cair Paravel. Une fois là-bas, on pourra voir à quel point la situation est désespérée.
-Ouais, tu me rassures, fit Bianca en s'asseyant sur une pierre moussue. Cair Paravel, c'est le château où tu habitais, pas vrai ? »
Edmund fut ralenti dans son geste, et hocha la tête silencieusement. Malgré son avidité de détails, Bianca préféra garder ses questions pour plus tard au vue de l'expression de son ami, et le suivit jusqu'au cours d'eau. Ce dernier grommelait comme quoi il ne faisait plus assez jour, et l'inquiétude de Bianca monta d'un cran.
« On devrait s'arrêter par ici, tu ne crois pas ? demanda-t-elle en voyant un endroit légèrement abrité par de gros rochers.
-Oui, de toute façon nous n'avons plus le choix. On va réunir quelques bouts de bois et ensuite… eh bien, espérons que quelques poissons passent parmi ces eaux ! »
Bianca, qui se demandait si les poissons avaient eux aussi la faculté de parler, déglutit avec appréhension avant de partir à la recherche de bois sec. Elle trouva quelques branches qu'elle ramena au fur et à mesure auprès d'Edmund, qui s'occupait de construire un abri rudimentaire avec des branchages et la ficelle qu'il avait emmené dans son sac. Il dégagea ensuite les feuilles qui tapissaient le sol pour former un cercle qu'il entoura de pierres, et tenta d'allumer un feu :
« Heureusement que j'ai pensé à prendre des allumettes, soupira-t-il tout en disposant des brindilles supplémentaires sur son feu de camp. C'est une vraie torture de devoir allumer un feu en n'ayant que du bois. Durant nos parties de chasse avec Peter, on partait parfois plusieurs jours, et on devait se débrouiller pour monter le camp en quelques minutes seulement et s'assurer de pouvoir le défaire en aussi peu de temps. Je pense avoir perdu un peu la main depuis, ajouta-t-il avec un sourire.
-Ça devait être une vie fabuleuse, souffla Bianca tout en s'asseyant à même le sol. J'ai toujours du mal à réaliser que tu étais un roi.
-Il m'arrive aussi de l'oublier. C'est parfois mieux comme ça… il est plus facile de vivre sur Terre en étant un adolescent tout à fait normal qu'en étant roi de Narnia. La couronne n'a jamais été faite pour moi, de toute façon.
-Comment ça ? » demanda-t-elle.
En observant ses mains, Bianca remarqua le trouble d'Edmund. Ce dernier soufflait délicatement sur la mousse qui s'embrasait petit à petit, et qui forma enfin de belles flammes rouges et jaunes.
« Disons que je n'ai jamais eu l'étoffe d'un grand roi, contrairement à mon frère ou à Caspian. Bon ! On va pouvoir dormir au chaud cette nuit, enfin une bonne nouvelle. J'espère que tu n'as rien contre le fait de manger quelques gâteaux secs ce soir ? demanda-t-il les sourcils froncés. Il est trop tard pour s'essayer à la pêche, j'essaierai d'attraper quelque chose demain matin.
-Moi qui m'attendais à un repas avec entrée, plat de consistance et dessert, je suis très déçue par cet accueil, fit Bianca avec une voix haut perchée. Ne t'inquiète pas, je ne suis pas une grosse mangeuse. De toute façon, je ne crois pas vraiment avoir le choix !
-Hum, non, en effet ! »
Leur repas du soir se composa donc de gâteaux secs et de pommes que Bianca avait prises dans sa cuisine avant de partir. Alors que la nuit était totalement tombée, le froid commença à s'insinuer malgré la chaleur dégagée par les flammes. Bianca frissonna, et elle se mit à appréhender la nuit qu'ils allaient devoir passer : dormir à même le sol, dans une forêt dense et humide où pouvait roder n'importe quel danger, avec pour seul réconfort la présence d'Edmund. Elle était soulagée qu'il soit là. Même s'il se disait être un peu rouillé, elle se sentait plus rassurée en sa présence.
« Qu'est-ce que nous allons faire, demain ? demanda la jeune fille en réprimant un bâillement.
-Sans doute descendre le long de ce ruisseau pour trouver de quoi se nourrir, et puis nous essaierons de rejoindre la Grande Rivière. J'arriverai à me repérer si je la trouve, expliqua-t-il. Il faudrait qu'on tente de comprendre quelle est la situation à Narnia. A chaque fois que je reviens, tout a changé : l'époque, les gens, les lieux… je suis le seul à toujours être le même. Je ne sais même pas si mes amis sont toujours en vie ou s'ils sont morts depuis des siècles.
-Ce doit être… extrêmement étrange, fit Bianca en fixant les flammes. Je te trouve incroyablement fort d'avoir réussi à surmonter tout ça. Je me doute que tu ne m'as pas tout raconté, mais toutes ces aventures, ces batailles, perdre des amis ou devoir les quitter en sachant que tu ne les reverrais jamais… tu es courageux, tu sais. »
Elle avait relevé la tête vers lui pour lui adresser un sourire, quand elle croisa son regard : il la fixait, comme s'il tentait de la déchiffrer, de la comprendre derrière ses mots. Bianca détourna le regard et s'étira longuement, prétendant être fatiguée pour pouvoir aller dormir. De plus, la douleur semblait revenir en haut de son crâne, et elle avait bien besoin de repos pour oublier cette première journée, qui avait déjà été plutôt éprouvante.
Une fois allongée sous l'abri de fortune qu'ils avaient construit, elle essaya de se recouvrir du mieux qu'elle pouvait avec sa veste d'uniforme, mais des frissons lui parcouraient le corps par soubresauts. Alors qu'elle se sentait glisser vers le sommeil, elle sentit Edmund s'allonger non loin d'elle, le feu crépitant juste à côté d'eux. Bercée par ce bruit et par la respiration calme de son ami, elle s'endormit en quelques instants, oubliant pendant un instant le lieu dans lequel elle se trouvait.
Lorsqu'elle se réveilla le lendemain matin à cause de la lumière du jour, en revanche, leur situation lui revint très rapidement à l'esprit : en s'asseyant sur le sol dur, elle remarqua qu'Edmund avait posé sa propre veste pour la couvrir, ce qu'elle trouva être une très charmante attention. Elle passa quelques minutes à s'étirer dans tous les sens pour tenter de dissiper la douleur dans son dos et sa nuque, lorsqu'elle remarqua qu'Edmund n'était nulle part autour.
Essayant de ne pas paniquer, elle se leva et après quelques secondes de marche, elle le vit enfin, marchant dans le ruisseau torse-nu avec de l'eau à mi-cuisses. Bianca ne put s'empêcher de rougir en le voyant ainsi et voulut faire demi-tour avant qu'il ne la voit, mais il se retourna en l'entendant remonter vers leur abri.
« Hey, Bianca ! Tu n'as pas trop mal dormi ? demanda-t-il avec un sourire rayonnant. Regarde, j'ai déjà réussi à avoir deux poissons ! »
Non loin de là, posés à même le sol, se trouvaient deux poissons de taille moyenne, les écailles luisantes au soleil. L'un d'entre eux frétillait encore, et Bianca fut partagée entre le dégoût et l'envie d'en dévorer un tout entier sur le champ.
« J'ai affreusement mal au dos, mais ça va. Tu as l'air en pleine forme ! remarqua-t-elle.
-Eh bien, nous sommes à Narnia ! Bien sûr, j'aurais préféré qu'on se trouve dans de meilleures conditions, et qu'on ne se soit pas fait attaqués par deux lourdauds en seulement une demi-heure, mais ça pourrait être pire ! »
Ne sachant pas si cela devait la rassurer ou non, Bianca demanda au jeune homme ce qu'elle devait faire pour l'aider, et celui-ci la chargea de ravitailler le feu, de remplir les gourdes d'eau et de regarder aux alentours si elle pouvait trouver quelques fruits parmi les arbustes. Soulagée de ne pas avoir à vider les poissons (elle aurait d'ailleurs été incapable de le faire), elle réussit à trouver quelques myrtilles et fraises sauvages, qu'elle ramassa avant de retourner auprès de leur point de repos.
En revenant, l'odeur qu'elle sentit la fit saliver d'envie : la chaire du poisson grésillait sur les piquets qu'Edmund tenait au-dessus des flammes, et elle réalisa enfin à quel point elle était affamée. Ils s'assirent et dégustèrent leur repas, ne sachant pas quand est-ce qu'ils auraient de nouveau l'occasion de manger ainsi. Edmund soupira en voyant la vitesse à laquelle ils avaient tout mangé, comparée au temps qu'il avait fallu pour attraper ces poissons à mains nues. Ils s'occupèrent ensuite de faire disparaître toute trace de leur passage, défaisant leur abri et éteignant le feu, avant de se remettre en route.
Ils descendirent le long du ruisseau durant toute la matinée, ce qui sembla être une éternité pour eux, tout en discutant de tout et de rien. Bianca racontait quelques anecdotes sur son enfance, riant avec Edmund pour oublier les ampoules qui meurtrissaient ses pieds. Le soleil atteignit son zénith, et la chaleur commença à devenir étouffante, malgré l'ombre que leur procurait la forêt :
« Je ne pensais pas subir une canicule en venant ici, souffla Bianca, trempée de sueur.
-Et je ne pensais pas avoir à voyager dans des conditions pareilles, avoua Edmund. On devrait faire une pause et se remettre en route plus tard dans l'après-midi, lorsqu'il fera moins chaud. »
Bianca approuva, et ils s'allongèrent à l'ombre des arbres, savourant quelques gâteaux secs et leur reste de myrtilles en guise de repas. Bianca avait retiré ses chaussettes hautes ainsi que son gilet, mais la chaleur perçait encore à travers son chemisier fin et sa jupe. Edmund, les cheveux poisseux de transpiration, suait à grosses gouttes avec son pantalon et sa chemise, mais il ne pouvait décemment pas se promener en sous-vêtements en telle compagnie.
Ils continuèrent leur route plusieurs heures durant, marchant quelques fois pieds nus dans l'eau claire du ruisseau pour se rafraîchir, lorsque le cours d'eau n'était ni trop profond, ni trop vaseux. Alors qu'ils allaient mettre fin à leur périple du jour pour s'installer pour la nuit, Bianca aperçut quelque chose d'inhabituel au loin :
« Edmund ! fit-elle en s'arrêtant. Il y a de la fumée ! »
Ce dernier s'arrêta brusquement pour voir la direction qu'elle indiquait, et vit également la fumée grise qui s'élevait vers le ciel en contrebas.
« Hum… on va devoir s'éloigner du ruisseau. On ne sait pas s'il s'agit d'amis ou d'ennemis, il faudrait aller les espionner pour s'en assurer, réfléchit-il tout en observant. Tu crois être capable de marcher aussi loin ?
-Je crois que oui, affirma Bianca, ignorant ses pieds douloureux et son visage brûlé par le soleil. J'espère simplement que personne ne nous remarquera.
-Je l'espère aussi. La nuit va bientôt tomber, ça nous permettra de voir leur emplacement grâce aux feux, et de savoir s'ils sont nombreux ou non. »
Bianca respira profondément, essayant de se préparer à la marche qui les attendait encore, et espérant intérieurement que ce campement appartenait à des personnes plus amicales que celles rencontrées auparavant.
Ils suivirent un sentier qui s'éloignait de l'eau, tout en gardant la fumée dans leur champ de vision. Les arbres étaient de plus en plus clairsemés, et ils marchaient maintenant sur un plateau rocheux qui surplombait une plaine herbeuse et fleurie. Après une demi-heure qui leur parut interminable, Edmund et Bianca réussirent à apercevoir le campement, installé quelques mètres plus bas sur le plateau, entre deux crêtes rocheuses. Le ruisseau qu'ils avaient suivi traversait la plaine de long en large, et continuait sa descente en disparaissant parmi les arbres.
Ils profitèrent de leur hauteur et se cachèrent derrière quelques arbustes broussailleux pour tenter d'apercevoir quelque chose :
« Un feu. Quatre chevaux sellés, donc quatre cavaliers en toute logique, en déduisit Edmund. Deux centaures. Un Minotaure… ugh.
-Tu n'aimes pas les Minotaures ? demanda Bianca en observant d'un œil apeuré la montagne de muscle munie de cornes qui faisait les cent pas près du feu.
-A chaque époque de Narnia, ceux-ci ont toujours changé de camp, passant de l'un à l'autre… quand la sorcière blanche régnait, ils étaient sous ses ordres, mais lorsque Caspian a fait la guerre aux Telmarins pour récupérer son trône, beaucoup d'entre eux ont rejoint nos rangs.
-Donc on n'est pas plus avancés, en conclut Bianca.
-Tout à fait… on ferait mieux de s'éloigner, ce n'est pas prudent de rester aussi proches d'eux. Essayons de trouver un abri dans les roches. Ils n'escaladeront pas, donc on ne risque pas de se faire voir. »
Ils s'éloignèrent prudemment, faisant attention à chacun de leur pas, et reprirent une marche rapide pour atteindre un endroit mieux caché parmi les arbres et les pierres. Suffisamment éloignés du campement, Edmund allait annoncer à Bianca qu'ils s'arrêteraient là pour la nuit, lorsqu'il entendit un bruit qui lui procura un frisson : c'était le bruit de quatre cordes d'arc qui se tendaient simultanément dans leur direction. Edmund s'arrêta devant Bianca, mit un bras devant elle dans un geste protecteur et dégaina son épée malgré l'inutilité qu'elle aurait face à des flèches. Devant eux, une forme sombre jaillit de l'obscurité.
L'homme tenait du demi-géant, haut de plus de deux mètres et encapuchonné dans une lourde cape noire, son arc bandé dans leur direction :
« Tu devrais poser cette épée gamin, fit-il d'une voix rauque. Il serait stupide de jouer au héros contre nous. »
Et voilà pour ce nouveau chapitre !
Il a mis beaucoup de temps à sortir, j'en suis consciente. Cependant, je suis assez débordée cette année, et je n'ai pas beaucoup pris le temps d'écrire ces derniers temps. Je m'en excuse.
Je ne peux vous promettre un rythme de publication régulier, les chapitres sortiront selon mes disponibilités (et mon inspiration !) alors n'hésitez pas à suivre cette fiction si vous voulez être avertis des nouveaux chapitres.
N'hésitez pas également à me laisser votre avis, ça me ferait extrêmement plaisir ! Vous avez été très nombreux à me laisser des reviews, alors merci à vous tous (et merci aussi à la masse de lecteurs silencieuse)
Comme je l'ai dit, cette fiction ne sera pas abandonnée tant que je ne le dirai pas, alors si vous ne voyez pas de nouveau chapitre avant longtemps : pas d'inquiétude !
Je vous dis à bientôt pour la suite et vous souhaite une bonne journée/soirée.
-Delenya
