Merci pour leurs reviews à : blye, Chanlight, Little Eve, Nass, Chamax, Kyu Redwolf, lilith et Iroko !
Sans plus attendre, voilà la suite !
Chapitre 7
Ou
Sa Majesté possédée
« Où suis-je ? »
« Quoi, tu ne sais pas ? »
« Non, désolé. Je vois vraiment pas. »
« Alors ouvre les yeux. »
Doucement, Duo obéit à cette voix qu'il ne connaissait pas, et il reconnu le bar dans lequel il avait travaillé pendant des années.
Il était assis à l'une des tables, et il n'y avait personne. En tout cas, personne qu'il connaissait.
Un homme aux longs cheveux noirs et aux yeux rouges le regardait calmement, semblant rire de lui intérieurement.
Duo regarda autours de lui, reconnaissant chaque chose du bar, son tablier, les verres encore sales. Tout était là où il l'avait laissé.
- Alors, tu vois où tu es ?
L'homme parlait avec une voix douce, mais étrangement effrayante. Duo le regardait avec méfiance, craignant le moindre piège.
- C'est juste impossible, répondit Duo qui, cependant, ne pu s'empêcher d'espérer que ce soit vrai, et que le reste n'ait été qu'un rêve.
Qu'Heero, Treize, la porte, la mort de Tristan, oui, que tout ça, ne soit que le fruit d'un long rêve dont il pouvait enfin sortir.
- Tu sais, ce que tu souhaite peu parfaitement être possible, murmura l'homme assis juste en face de lui, se penchant légèrement en avant.
Duo recula légèrement, ne s'expliquant pas que ce type soit capable de répondre à quelque chose à laquelle il avait uniquement pensé.
Mais l'autre ne le laissa pas se perdre dans sa surprise, il préféra continuer.
- Allons, nous savons tous les deux que tu n'es pas fait pour être un pauvre prince trahis dans un royaume que tu ne connais pas. Ta vie est ici, et je peux te la rendre.
Duo déglutit un peu, et se décida à demander :
- Qui êtes-vous au juste ?
L'autre se laissa aller en arrière, et croisa les jambes, regardant vers l'extérieur.
- Disons que pour toi je peux apparaître comme le bon génie qui réparera tous les tracas de ta vie.
Duo regarda à son tour à l'extérieur, il n'y avait personne, pas un seul passant, rien.
Il ne pouvait pas rester ici, même si c'était son monde, qu'il l'aimait, et qu'il y avait plus sa place que dans le monde d'Heero.
Il ne le pouvait pas, parce qu'il n'avait plus personne ici. Ceux qu'il aimait étaient soient inaccessibles, soit perdus dans cet autre monde. Et puis, Heero comptait sur lui aussi.
Duo venait d'ouvrir la porte qui ne devait pas l'être, il n'avait pas le droit d'abandonner tout le monde maintenant, il devait réparer ses bêtises.
- Désolé, génie ou pas, mais je vais devoir y aller. J'ai des amis qui doivent m'attendre.
Le natté se releva et commença à s'éloigner pour sortir du bar. L'autre se contenta de porter une tasse, apparue presque comme par magie, à ses lèvres.
- Comme tu le voudras.
Et, alors qu'il allait sortir, la porte de la réserve s'ouvrit derrière lui, et une voix qu'il connaissait bien le retint.
- Dis-donc toi, où est-ce que tu comptes filer ? Ton service n'est pas terminé !
Alors qu'il avait la main sur la porte du bar, Duo la recula rapidement et se retourna.
Tenant quelques cartons dans les mains, Tristan passait tranquillement derrière le comptoir, fidèle à ce qu'il avait toujours été. Il ne portait pas une seule blessure, rien.
Pas une trace d'un quelconque combat contre un chevalier noir.
Alors que Tristan rangeait tranquillement les bouteilles, le génie habillé tout en noir s'était levé et s'était approché de Duo pour lui parler à l'oreille.
- Tu devrais rester ici. C'est là qu'est ta place après tout.
L'homme sortit du bar, et Duo ne le suivit pas. Il se contenta de passer à son tour derrière le comptoir et de regarder un instant Tristan qui lui tournait le dos. Ce dernier, sentant un regard sur ses épaules, se retourna.
- Qu'est-ce que tu as ? Un problème ? J'ai quelque chose sur le visage ?
Et, alors que Duo sentait presque des larmes lui monter aux yeux, il se contenta de nier rapidement.
- Non… C'est juste que… Je suis content de te voir.
L'homme le regarda en haussant les sourcils, et Duo se contenta de répondre.
- Enfin, oubli ça ! Je vais… Je vais m'occuper de laver les verres.
Et Duo passa son tablier et resta dans le bar, oubliant totalement la porte, et les gens qu'il laissait là-bas.
Heero tenait debout tant bien que mal, soutenu légèrement par le vieillard présent dans le bar lorsqu'il était allé chercher son prince.
Le temple était plongé dans une obscurité mouvante, mais Heero savait que ce n'était pas vraiment l'éclairage qui était à remettre en cause.
Cette obscurité venait d'ombres mouvantes, de présences démoniaques.
La porte était ouverte, et la nuée du mal se répandait de l'ouverture, envahissant l'endroit, entrant dans le monde.
Ces forces avaient attendu des siècles, juste derrière les portes closes, prêtes depuis longtemps à semer destruction, mort et malheur dans le monde. Prête à apporter ce chaos dans lequel elles étaient habituées à vivre.
Treize et ses hommes se tenaient devant eux, debout droit en face des portes, semblant attendre quelque chose avec la plus grande impatience.
En regardant dans la même direction qu'eux, Heero vit qu'une silhouette humaine se rapprochait d'eux peu à peu. Le prince, probablement, mais quelque chose n'allait pas.
Lorsqu'il fut suffisamment prêt pour distinguer les traits du visage de Sa Majesté, il vit de suite ce qui ne lui plaisait pas. Duo souriait.
Mais pas son sourire habituel. Un sourire plus grand, plus denté, plus… oui, plus cruel.
Ses yeux violets passèrent sur l'ensemble de l'assemblé, et il se mit à descendre les marches nonchalamment. Treize s'avança vers lui et s'inclina légèrement.
- Seigneur, enfin, vous êtes de retour.
Duo, ou ce qui semblait rester de lui, regarda un instant le chef de Oz avec un mépris certain, ne jugeant sans doute pas la vie humaine comme étant importante.
- Ainsi, c'est à toi que je dois ma libération.
- Oui, seigneur, à moi et aux membres de Oz.
Levant les yeux, le natté regarda un instant les autres personnes présentes qui s'étaient inclinées devant lui. Ses yeux se posèrent plus longuement sur Raven, et son sourire s'agrandit.
- Alors, même les chevaliers bénis des déesses ont voulu mon retour… Intéressant.
Puis, son visage se tourna vers les prisonniers présents, et Heero se sentit soudainement pétrifié.
Ces yeux étaient bien ceux de Duo, mais leur éclat ne pouvait tout simplement pas appartenir au natté.
- Et ça, qu'est-ce que c'est ? demanda l'être qui se trouvait en Duo, en les désignant négligemment d'un mouvement.
- Rien qui mérite votre attention. Quelques compagnons de votre hôte actuel, répondit Treize du ton le plus mielleux qu'il pouvait avoir.
- Alors… Je vais pouvoir me dérouiller un peu, cela tombe bien, murmura l'être démoniaque en tendant le bras, faisant apparaître une épée totalement noire.
Il descendit doucement les escaliers, et Heero crut bon de se placer entre les amis de son prince et l'épée du démon.
- Il n'y a pas beaucoup de monde aujourd'hui… marmonna Duo en regardant les trois seuls clients présents dans le bar, occupés à siroter un café qu'il venait tout juste de leur servir.
Aucun d'entre eux n'était un habitué. D'ailleurs, cela fit penser Duo à Monsieur Jenkels et Madame Meldens. Il se demandait un peu s'il les reverrait un jour.
Et en pensant à eux, il se mit à repenser à la porte et à Heero. Quand même… et si tout cela n'était pas un rêve ?
Alors qu'il pensait un peu au chevalier, la main de Tristan se posa sur son épaule, et l'homme lui fit l'un de ces sourires, si rares, et si précieux.
- Est-ce que ça t'ennui si je passe chez toi ce soir ?
Duo fit un signe négatif et, avant qu'il n'ait trop le temps de réfléchir, un client l'appela un peu plus loin.
Le démon avançait tranquillement, ayant total contrôle sur le corps de Duo, il pouvait parfaitement se permettre le luxe de ne pas aller vite pour massacrer quatre humains.
Et savoir qu'il pourrait continuer à le faire pour l'éternité le mettait dans une joie des plus intenses.
Alors que quelques pas les séparaient encore, la fille se mit soudainement à crier :
- Ça suffit les blagues Duo ! Maintenant tu vas arrêter !
Le démon ne perdit pas de temps à expliquer à cette idiote que son ami ne pouvait tout simplement pas l'entendre parce qu'il préférait vivre dans une illusion que dans le monde réel.
Mais, à sa grande surprise, il sentit que quelque chose réagissait en lui. Quelque chose bougeait, s'organisait, se défendait peu à peu.
- Allons Duo, mon garçon, il est temps de vous réveiller.
Et voilà que le vieux s'y mettait aussi. Maintenant, il n'avait plus vraiment de temps à perdre s'il voulait les tuer avec ce corps.
- Majesté, je vous en pris…
Non, le chevalier n'en était pas à le supplier, pas lui en tout cas. Il demandait juste à son prince de se réveiller enfin, de se battre du mieux qu'il pouvait.
Et son appel ne resta pas sans réponse.
La journée continuait à passer doucement, chaque heure semblant durer des jours, mais Duo ne savait pas trop si cela l'ennuyait ou non.
Tout était calme, serein, agréable. Il n'y avait rien pour rompre la monotonie de cette journée. Pas de bagarre, pas de paroles prononcées trop fortement.
Pas de chevalier.
Non, il y avait juste Tristan, et quelques clients.
Et Tristan n'était pas le Tristan chevalier de l'ordre des cinq lunes, présent à ses côtés pour le protéger de grands dangers ou quoi que ce soit d'autre. C'était juste Tristan, son presque père, patron d'un bar.
Il n'avait probablement pas une force incroyable face à laquelle l'ensemble de ses ennemis devaient ployer. Il avait juste une force suffisante pour virer les ivrognes qui devenaient un peu trop gênants.
Oui, alors, même si elle pouvait paraître chiante, cette journée avait tout pour lui plaire.
« Ça suffit les blagues Duo ! Maintenant tu vas arrêter ! »
Le jeune homme sursauta en croyant entendre la voix d'Hilde, et il se retourna pour la chercher du regard. Mais elle n'était pas là, et personne dans le bar ne semblait l'avoir entendue.
Pensant tout simplement qu'il travaillait trop, il se repencha sur le comptoir, attendant le moindre signe de ses clients, et rêvassant tranquillement à ce qu'il pourrait faire de son prochain jour de congé.
« Allons Duo, mon garçon, il est temps de vous réveiller. »
Duo secoua la tête, voilà que maintenant il entendait ce bon vieux Monsieur Jenkels même quand il n'était pas là. Mais il devait avouer qu'entendre deux voix différentes l'appeler le secouait tout de même un peu.
Peut-être qu'il… avait oublié de faire quelque chose.
« Majesté, je vous en pris… »
- La porte… murmura Duo.
Et il crut alors voir l'ensemble des personnes présentes dans le bar se raidir rien que parce qu'il avait murmuré ce simple mot.
Il se releva rapidement, se rendant soudainement compte d'à quel point il avait pu être idiot. En plus d'avoir ouvert la porte, il s'était contenté par la suite de rester avec Tristan sans se poser de question.
Mais Tristan était mort, et il avait eu trop facilement tendance à l'oublier.
Les morts ne revenaient jamais à la vie, en tout cas, pas à ce qu'il le sache. Tout au plus, il était lui-même entre la vie et la mort, et il n'était pas question pour lui d'abandonner tout le monde et de suivre Tristan dans un monde meilleur.
C'était trop facile.
- Désolé Tristan, mais je dois vraiment y aller, dit-il sans regarder l'homme, retirant son tablier et courant presque vers la porte.
Alors qu'il passait dans la rue, la main de Tristan se referma fermement sur son bras, le retenant en arrière.
Le temps lui-même sembla soudainement changer, le ciel devint bien plus gris, un vent presque glacial se leva, et Duo fut presque tenté de rentrer à nouveau à l'intérieur. Mais il savait que d'autres personnes l'attendaient.
L'homme le regardait presque durement, semblant lui demander silencieusement de rester.
Duo le regarda un instant, sentant soudainement une grande hésitation monter en lui.
- Reste là, murmura l'homme sans réelle douceur.
C'était presque un ordre.
Duo commença à se rendre compte que rien n'allait. Il commença par se rappeler de ce qui l'avait réellement amené ici. La porte interdite, les démons, le mal.
Il n'était absolument pas dans son monde, c'était impossible.
- Lâche-moi Tristan.
La voix du jeune homme était sèche, il prenait peu à peu conscience de la réalité. Il ne pouvait tout simplement pas parler à Tristan. Le vrai Tristan qu'il avait aimé et qui l'avait aimé était mort.
- Quoi, tu veux retourner là-bas malgré tout ? Malgré ce qu'ils m'ont fait ?
- Non mais… J'ai fais une bêtise, et ils ont besoin d'aide. Alors je dois y aller.
- Non, non tu ne dois pas. Ta place est ici et pas ailleurs.
Duo tenta de reculer encore, de se dégager de la poigne serrée de l'homme, ou plutôt, de la pâle copie que le démon qui occupait son corps semblait en avoir fait.
- Lâche-moi maintenant ! Je dois partir !
Mais quelque chose changea alors chez Tristan. D'abord, Duo ne fut pas sûr, mais quand la peau de l'ensemble de la partie droit du visage eu disparu pour laisser place à un trou sanguinolent, il se rendit bien compte que tout commençait à aller de travers.
Peu à peu, les bras de Tristan se couvrirent de griffures et de morsure, son ventre s'ouvrit pour laisser sortir des boyaux dans un vomit sanglant.
Duo crut qu'il allait être malade, il releva la tête et ne parvint pas à détourner les yeux du visage mutilé à jamais de son presque père.
- Regarde, regarde ce qu'ils ont fait de moi ! Et maintenant, tu voudrais les aider ? Pourquoi ? Pourquoi !
Il attrapa Duo et le ramena à l'intérieur, le jeune homme, perdu, se laissa presque faire. Mais il entendit alors Tristan parler, mais ce n'était pas celui qui était en face de lui, s'en était un autre.
Probablement le vrai.
« N'oubli pas que je suis mort Duo. Je ne peux rien faire, je ne suis plus là. »
Le rappel de cette réalité fit mal à Duo mais, en même temps, cela sembla le rassurer.
L'être devant lui qui le maintenait ici contre son gré, qui lui exposait blessures et rancœur, celui là, ce n'était pas Tristan. Le vrai n'aurait jamais fait ça.
« C'est bien, tu comprends. »
Alors, il n'avait pas à rester ici avec ce spectre créé de toute pièce. Il fallait qu'il sorte, qu'il revienne dans son corps et arrête de ne se tourner que vers le passé. Il avait des choses à faire.
Surtout maintenant qu'il avait fait une grosse bêtise…
« Ouais, et y a pas à dire, c'était sans doute la plus grosse que t'ai faite… »
C'était décidé, Duo rentrait.
Alors qu'Heero pensait sérieusement qu'ils étaient finis et que l'épée allait s'abattre sur sa tête, le démon recula brutalement, se tenant la tête entre les mains, l'épée disparue avant même de toucher le sol.
Ne comprenant pas trop ce qu'il se passait, Heero se tourna vers les autres soldats pour chercher à comprendre ce qu'il était en train de se passer. Mais ces derniers ne semblaient pas particulièrement surpris.
Le vieil homme, Jenkels s'il se souvenait bien, murmura doucement aux autres pour leur expliquer :
- Visiblement, notre petit Duo n'a pas fait de pacte avec cette chose, et même, il est en train de tenter de le repousser.
- Et… Il va y arriver ? demanda Hilde, comprenant légèrement qu'elle ne rêvait pas et que tout cela était bien réel.
- Oui, les démons ne sont pas des parasites à proprement parler. Ils occupent un corps humain, mais il y a toujours un paiement en retour. Et Duo semble ne pas vouloir de ce qui lui a été offert.
Heero se demanda un instant comment cet homme pouvait en savoir autant, mais il se dit que ce n'était pas vraiment le moment de chercher ce genre de choses. Il aurait tout le temps de lui poser des milliers de questions, mais uniquement quand ils seraient partis d'ici.
- Quel idiot…
Treize s'avança doucement vers le démon, qui tentait de reprendre contenance.
- Si ce petit prince est trop stupide pour vous acceptez, sachez que je suis tout disposé à le faire, annonça Treize en se plaçant devant le roi des Démons.
Ce dernier le regarda narquoisement.
- Et qu'est-ce que tu attendais au juste pour me le proposer ?
- Que vous soyez face à une difficulté, répondit Treize avec bien plus d'aplomb maintenant que l'être démoniaque ne contrôlait plus totalement le corps qu'il avait tenté de voler.
- Parfait, alors qu'il en soit ainsi, déclara le démon, et Duo ferma les yeux.
Peu à peu, son expression se détendit, et il tomba en avant. Heero eut tout juste le temps de le rattraper, mais le jeune prince gardait les yeux fermés.
Treize semblait jubiler.
Une main se posa sur l'épaule d'Heero, et en se retournant, il croisa les yeux de la vieille dame.
- Allez mon garçon, nous devons profiter de leur inattention pour filer d'ici.
Heero acquiesça et se dépêcha d'obtempérer, suivant comme il le pouvait les trois autres adultes pour sortir du temple.
Ses blessures le faisaient souffrir, mais il n'avait pas le droit de faillir, pas maintenant. Parce qu'il tenait tout contre lui le corps inerte de Sa Majesté.
A suivre...
