Nyaaaa… Dire que je dois réclamer pour qu'on me laisse des critiques… XD Merci à ceux qui laissent des pitits mots et même aux lecteurs !

Jojo738 : Tu vas voir, cette série est vraiment géniale. Si tu peux voir l'anime, jette-toi dessus ! Merci beaucoup à toi ! Kiss !

Refill : Aaaaah… OMG… ç-ç Ca, c'est de la review qui fait mouche droit dans le cœur. Merciiiiii pour tant de gentillesse, j'en suis toute émue. Pour quelqu'un qui n'a jamais ouvert un roman policier de toute sa vie, ça fait incommensurablement plaisir de savoir que son travail peut rappeler celui d'un maître comme Agatha Christie. J'en suis honorée. J'avoue, c'est ta review qui m'a poussée à poster le chap suivant plus vite. XD Je te dédicace ce chapitre, Refill ! Kiss !


Chapitre 7 : Kyôkatsu to shi

Tsuzuki et Hisoka attendirent que la nuit tombe dans la suite du jeune homme. Comme les précédentes, la nuit était noire d'encre et la lune était pleine ce soir. Propice pour une manifestation surnaturelle pensèrent-ils.

Il restèrent dans la chambre d'Hisoka sans rien se dire jusqu'au moment où un bruit étrange leur fit lever les yeux. Il était alors 22h30 passées.

Tap tap tap tap.

Des bruits de pas. Le fantôme de Tsubasa Michinaga était retourné au grenier ! Les deux hommes échangèrent un bref regard entre eux puis quittèrent la suite sur la pointe des pieds.

- On va masquer notre aura, conseilla Hisoka qui passait devant une fenêtre qui nimbait son visage d'une auréole bleue. On l'aura par surprise.

- Entendu.

Ils longèrent le couloir de l'aile gauche comme la nuit dernière et ils arrivèrent rapidement au bout du corridor. Le petit escalier qui menait à la porte du grenier n'attendait qu'eux et les shinigamis se hâtèrent de grimper les marches tout en prenant soin de ne pas faire de bruit.

La porte s'ouvrit en silence sur sa pénombre baignée de lueur pâle. Ils se glissèrent dans le vaste débarras en silence, la progression féline, discrète et rapide. Ils avancèrent entre les cartons scellés sous scotch, les étagères et les objets qui n'avaient pas été rangés en faisant attention de ne pas trop les frôler pour éviter d'en faire tomber un au passage. Les lieux étaient calmes comme si le temps s'était suspendu autour des trésors oubliés qui reposaient sur le plancher terne.

Vers la moitié du chemin, Tsuzuki fit un signe à Hisoka pour lui demander s'il sentait quelque chose et son cœur se mit à battre plus fort quand l'adolescent lui répondit par un hochement de tête. Le fantôme était toujours ici !

Enfin, alors qu'ils allaient arriver au bout de la première aile, le cadet du duo leva la main en signe d'arrêt puis désigna discrètement l'autre coté de la pile de cartons derrière laquelle il se cachait. Tsuzuki comprit : l'esprit était juste derrière. Ils se concertèrent du regard puis se tinrent prêts.

Un. Deux. Trois !

- On te tient !! s'écrièrent-ils en bondissant de leur cachette.

- Ah ?!

La silhouette sursauta de peur et bascula à la renverse en se prenant les pieds contre un carton qui traînait par terre pour aller s'effondrer dans un vieux fauteuil en cuir. Moment de flottement entre les piégeurs : ça trébuchait, un esprit ?

Hisoka fronça les sourcils et quitta l'obscurité pour s'approcher de ce qui venait de tomber et poussa une exclamation de surprise :

- Risei-san ?

- Aouh… Hé ? Sateru-san ?

Un petit nuage de poussière voletant autour d'elle et la faisant éternuer, la jeune fille blonde se redressa de sa banquette, l'air hagard. Elle dévisagea les deux shinigamis qui la regardaient avec stupeur.

- Que faites-vous ici ? demandèrent Hisoka et Shiori à l'unisson.

La nourrice secoua la tête et pointa un index faussement accusateur sur le jeune homme.

- Ah non, c'est à moi de poser la question. Que fait l'invité de Monsieur Michinaga dans le grenier du manoir ?

L'adolescent était pris de court et un peu perdu. Les pas qu'ils avaient entendus, c'étaient ceux de Shiori ? Alors c'était donc elle, le fameux esprit qui marchait au grenier ? Un petit temps de concentration lui fit savoir que la seule présence qu'il avait détectée était bel et bien celle qui était en face de lui, il n'y avait personne d'autre à part eux trois.

La jeune fille se mit correctement sur son canapé, une main sur le cœur pour souffler.

- Quelle frousse… Je ne vous ai pas entendu venir… D'ordinaire, je sais quand les gens montent, mais là…

- Vous venez tous les soirs dans ce grenier ? s'étonna Tsuzuki, les yeux ronds. C'est vous, le fantôme ?

Shiori le regarda de travers avant d'éclater de rire. Elle, un fantôme ? Bien sûr que non ! Pourquoi une telle appellation ? Les shinigamis lui rapportèrent les plaintes des maîtres de maison sur un esprit qui marchait dans le grenier pendant les nuits et la jeune fille avoua sans détour. Oui, c'était elle qui venait ici le soir en cachette, mais elle n'était absolument pas un esprit. Elle était bien faite de chaire et de sang, elle pouvait le leur assurer.

Hisoka et Tsuzuki furent un peu déçus. Leur esprit frappeur n'était autre que la nourrice des Michinaga qui montait au grenier. Rien de surnaturel là-dedans. Ils avaient fait fausse route depuis le départ.

- Risei-san, pourquoi venez-nous ici toutes les nuits ? interrogea le jeune homme avec avidité.

La jeune fille lui sourit puis se leva pour s'approcher de la fenêtre ovale près de laquelle il s'était arrêté la nuit précédente. Il la rejoignit et suivit son regard qui contemplait la ligne sombre de la forêt du parc qui se perdait dans le noir du ciel. Encore un peu plus au fond, les rayons bleutés de l'astre nocturne dessinaient les contours de la grille d'entrée de la propriété.

- Je me poste ici, dit-elle à voix basse. Et j'observe.

Hisoka ne lui demanda pas ce qu'elle observait par cette fenêtre car il l'avait compris. Elle s'accordait juste le loisir de profiter de la vue qui, il fallait l'avouer, était très belle. Le parc endormi, la lune en plein centre de ce tableau paisible, les étoiles qui piquetaient la toile céleste, comme il l'avait pensé quand il avait jeté un coup d'œil la première fois, le paysage avait un effet relaxant. Il resterait des heures à se perdre dans les nuances de bleu argenté qui se mêlaient les unes aux autres sous ses yeux.

Il tourna la tête vers Shiori en sentant son regard posé sur lui.

- Sateru-san… commença-t-elle avec hésitation. Vous avez déjà fait beaucoup pour moi, mais…

- Bien sûr que non qu'on ne dira rien à Monsieur Michinaga, lui sourit Tsuzuki qui avait compris sa requête. Tu as peur qu'ils te houspillent parce que tu ne restes pas près du petit Kaneaki, c'est cela ?

Elle confirma d'un signe de tête, peu fière. Ce n'était pas du tout contre le bébé, mais elle avait besoin de venir ici pour quelques heures.

Hisoka haussa les épaules avec désinvolture. Il n'avait pas de raison d'aller tout révéler à Monsieur Michinaga, seulement, à l'avenir, qu'elle soit plus discrète quand elle montait pour ne pas inquiéter toute la maisonnée.

- Merci beaucoup, Sateru-san, lui dit-elle dans un doux sourire. Vous êtes vraiment quelqu'un de bien.

Il la regarda du coin de l'œil. Shiori était une jolie fille. Son sourire ressemblait à celui de Tsubaki-hime. Sincère et apaisant, avec cette petite lueur triste qui le diluait légèrement. Il se demandait quelle était la raison de cette douce estompe mais n'osa pas le faire. Il préférait la garder dans cette image. C'était drôle de voir comme cette étrange personne parvenait à éveiller ce petit quelque chose en lui sur lequel il ne pouvait pas donner de nom. Du respect ? De l'affection ? Peut-être.

Quand les deux shinigamis descendirent du grenier, Shiori les accompagna pour éviter les malentendus s'ils devaient rencontrer quelqu'un sur le trajet. Heureusement pour eux, ce ne fut pas le cas. Ils traversèrent l'étage en silence sans croiser âme qui vive.

Les garçons raccompagnèrent Shiori à sa chambre qui se trouvait plus loin dans le couloir et juxtaposait celle du bébé pour des raisons pratiques. Quand elle ouvrit sa porte, elle fut contente de constater que son petit ange dormait bien dans son lit.

- Merci à tous les deux et désolée de la mauvaise surprise. Bonne nuit, Sateru-san. Tsuzuki-san…

- Bonne nuit, Risei-san.

- Dors bien, Shiori-chan !

Une fois la porte refermée, Hisoka plissa les yeux vers son coéquipier. « Shiori-chan » ? Quelle familiarité. Il ne connaissait donc rien de la politesse et du respect des honorifiques ? L'homme brun voulut se défendre. Après tout, Shiori était bien plus jeune que lui et en plus, sur le plan du rang social, ils étaient à égalité car ils occupaient tous les deux un poste de domestique.

Tsuzuki haussa un sourcil suspicieux :

- Jaloux ?

Le garçon se raidit à ce mot et tourna immédiatement les talons pour retourner à sa chambre sans piper mot. Tsuzuki le laissa faire. Pas d' « idiot » fulminant ? Oulala… Il devait avoir mis droit dans le mille. Il leva les yeux au ciel. Les jeunes aujourd'hui, tellement secrets à ne jamais parler de leurs états d'âme à leurs aînés. D'un autre côté, on parlait d'Hisoka, là. Un sourire en coin, Tsuzuki rattrapa Hisoka et tous deux repartirent pour aller se coucher.

Le lendemain matin, le duo se retrouva dans la chambre d'Hisoka pour discuter un peu de ce qui s'était passé la veille. Le fantôme n'existait pas, il faudrait donc trouver une autre piste pour expliquer le meurtre de Yuko Tsukinari. Ce retournement de situation était plutôt gênant pour leur enquête. Ils allaient devoir repartir de zéro sans aucun suspect potentiel. Personne n'avait jusqu'à présent montré de l'animosité pour la domestique aveugle ou ne semblait avoir de mobile pour l'avoir tuée.

Tsuzuki fronça les sourcils alors qu'il nouait son nœud papillon :

- Et si cette femme avait vraiment eu un accident ? dit-il, peu convaincu. Après tout, elle était aveugle… On fait peut-être fausse route depuis le début, Hisoka.

- Non, c'est un meurtre, j'en suis certain, répliqua Hisoka qui boutonnait sa chemise avant de se tourner vers lui. Tsuzuki, nous sommes dimanche matin. Nous avons jusqu'à demain matin pour résoudre cette affaire. Ce n'est pas le moment de douter de nous.

- Tu as raison.

- Descendons, Monsieur Michinaga doit m'attendre pour le petit déjeuner.

L'homme brun approuva et ils sortirent dans le couloir où un brouhaha animé de voix résonnait plus loin. On aurait dit des exclamations de peur et d'affolement. Ca venait du côté de la chambre de Shiori et du bébé !

Ni une ni deux, les shinigamis se ruèrent dans le couloir et accoururent sur le seuil de la porte grande ouverte de la chambre de Shiori où un petit attroupement s'était formé. Quelques domestiques dont Moeru le majordome et Hana Mitsuno, la jeune servante que Tsuzuki avait sauvée d'une chute dans l'escalier du hall. Les époux Michinaga étaient présents. Kiyomi tournait en rond en maugréant une colère choquée contenue pendant que son époux était en train de tapoter le visage blanc comme la mort de Shiori, étendue sur son lit.

- Risei-san ! s'exclama Hisoka en s'approchant.

- Hana-chan ! appela Tsuzuki en posant la main sur l'épaule de la jeune fille. Que s'est-il passé ?

- Ah ! Tsuzuki-san. C'est Risei… expliqua la petite brunette qui serrait ses mains avec angoisse. Je suis passée dans sa chambre pour récupérer le linge sale du petit mais personne ne m'ouvrait. Je suis entrée et je l'ai découverte effondrée par terre avec l'enfant dans les bras.

Ayant entendu son récit, Hisoka demanda tout de suite à Hayate si la nourrice et l'enfant allaient bien et fut soulagé d'apprendre que oui. Apparemment, la jeune fille avait perdu connaissance mais elle avait bien protégé le bébé contre elle dans sa chute. Kaneaki allait très bien, il était dans son lit.

Le jeune homme jeta un coup d'œil à l'alitée. Shiori était d'une pâleur effrayante comme si elle eût été exsangue. Elle respirait de façon un peu saccadée et une trace carmine au coin de sa lèvre et dans sa main l'informa qu'elle avait dû cracher du sang avant de s'évanouir. Une chance qu'elle ne soit que sonnée.

Enfin, Shiori remua un peu en fronçant les sourcils de douleur puis entrouvrit les yeux avant de les écarquiller d'effroi :

- Kaneaki ! Il… !!

- Tout va bien, la rassura Hayate en l'obligeant à se rallonger. Kaneaki n'a rien du tout, du calme.

La jeune fille se laissa retomber sur son matelas, une main sur son front légèrement moite. Mon dieu, quel soulagement. Il n'avait rien. Elle prit le temps de regarder autour d'elle et fut surprise de voir Hisoka penché à son chevet ainsi que son patron. Il y avait beaucoup de monde dans sa chambre…

- Hayate-sama, je suis désolée. J'allais habiller Kaneaki quand j'ai été prise de vertige…

- Vous êtes pâle, en effet. Vous mangez bien ? Vous dormez assez ?

Lorsqu'il l'entendit répondre à l'homme affirmativement à ses questions, Hisoka lança un regard réprobateur à Shiori. Si elle dormait bien ? Voilà le fruit de ses virées secrètes nocturnes. Sans compter l'endurance que demandait un bébé qui était parfois difficile, il n'était pas étonnant qu'elle finisse par s'écrouler. Mais au moins, ce n'était pas grave. Un peu de repos devrait lui suffire.

La nourrice jura que ce n'était qu'un simple surmenage et se redressa sur son lit, prête à reprendre son travail mais Madame Michinaga ne fut pas de cet avis et quitta ses cent pas pour la fusiller d'un œil noir :

- Pas question ! cria-t-elle en se plantant devant Shiori. Vous vous rendez compte de ce qui aurait pu arriver au bébé ?

- Kiyomi-sama, je suis sincèrement navrée de cet accident, je vous promets que…

- Non ! Vous auriez pu gravement le blesser, je ne peux passer outre une telle faute !

Shiori referma la bouche et baissa la tête de honte face à l'aversion soudaine de sa patronne. De leur côté, Tsuzuki et Hisoka haussaient les sourcils, saisis par la mauvaise foi de cette femme. Elle qui n'avait certainement jamais montré le moindre intérêt pour son fils, voilà qu'elle passait ses nerfs sur la nourrice qui n'avait pas commis de faute irréparable. Elle était gonflée.

Monsieur Michinaga voulut tempérer les ardeurs de sa compagne en lui rappelant que Kaneaki se portait comme un charme et que Shiori avait le droit d'être fatiguée avec ce qu'elle faisait mais Kiyomi refusa d'en démordre et jaugea la fautive avec mépris.

- Je pense que nous allons nous séparer de vous, Shiori, annonça-t-elle froidement.

- Pardon ?

La jeune fille s'était mise si brusquement debout qu'elle vacilla un peu sous l'effet d'un vertige. Ses yeux s'agrandirent d'horreur. Elle voulait la renvoyer ? Comme ça, comme la coupable d'un crime ? Elle ne pouvait pas faire ça !

- Je vous en prie, Kiyomi-sama ! supplia-t-elle, les mains en prière. Cela ne se reproduira pas ! Ne me renvoyez pas, j'aime tellement Kaneaki ! S'il vous plaît !

- Kiyomi, tu exagères… mitigea Monsieur Michinaga en la regardant.

Madame Michinaga parut prise au dépourvu de voir que son mari se dressait contre elle pour une fois. Elle regarda tour à tour Hayate et Shiori puis détourna la tête avec un « Humph ! » dédaigneux avant de quitter la chambre à grands pas d'un air offensé.

- Nous verrons cela ! lança-t-elle depuis le couloir.

Restés spectateurs silencieux, Tsuzuki et Hisoka demeurèrent interdits par le scepticisme. Tout cela résumait à dire qu'il s'agissait de beaucoup de bruit pour rien. Kiyomi Michinaga ne faisait vraiment rien dans la demi-mesure. Plus ça allait, plus ils trouvaient l'un et l'autre cette femme antipathique au possible.

Des protestations d'Hayate à l'encontre de Shiori les tirèrent de leurs songes. La jeune fille avait déjà traversé sa chambre pour aller voir le bébé qui l'attendait bien sagement dans son grand lit à barreaux. En tout cas, elle était vraiment attachée à cet enfant pour être aussi paniquée à l'idée d'être renvoyée. Hisoka avait senti beaucoup de peur et d'affolement chez elle quand elle avait entendu la menace de Kiyomi.

L'état de santé de Shiori semblait stabilisé, la crise Madame Michinaga passée, l'incident fut rapidement clôturé et Hayate et Hisoka purent aller prendre leur petit déjeuner tandis qu'un plateau repas avait été monté pour la jeune nourrice dans la chambre du nourrisson. Après renseignement, le shinigami apprit que c'était la première fois que Shiori faisait un malaise depuis qu'elle avait été engagée, il y a six mois. Cependant, l'homme s'inquiétait de la pâleur de son employée : il trouvait qu'elle avait de plus en plus mauvaise mine depuis quelques temps.

- Un peu de repos devrait suffire, supposa Hisoka qui ne voulait pas révéler le secret de la jeune fille.

Une fois le repas terminé, le jeune homme décida d'aller voir Shiori pour prendre de ses nouvelles et s'assurer qu'elle allait parfaitement bien. Il monta à l'étage et longea le couloir pour s'arrêter devant la porte entrouverte de la chambre du bébé. Des voix débattaient à l'intérieur. L'oreille tendue, le shinigami s'approcha de l'ouverture et regarda à l'intérieur.

Shiori était dans son champ de vision et se tenait près du lit de Kaneaki avec l'enfant dans ses bras en train d'agiter un petit hochet pour l'amuser. Elle observait l'autre côté de la chambre avec une expression furieuse :

- Arrêtez, vous parlez pour ne rien dire.

- C'est plutôt vous qui devriez arrêter, Risei-san…

Hisoka retint son souffle. Cette voix usée et autoritaire, il la connaissait ! C'était celle de Mugihito Moeru ! De quoi pouvait-il discuter avec Shiori ?

Cette dernière tourna le dos pour mettre Kaneaki dans son parc et fit face au majordome en chef qui s'était mis devant elle avec un sourire hautain.

- Je vous conseille vivement de considérer la proposition de Madame Michinaga. Auquel cas, je me ferais un plaisir de lui raconter ainsi qu'à son époux ce que je sais de vous.

Un éclair de panique traversa les iris cuivre de la jeune fille mais elle conserva un air sûr d'elle et assassina son interlocuteur des yeux. Que voulait-il dire par là ? Elle n'avait rien à se reprocher ! Elle n'était pas une criminelle, enfin ! Moeru perçut la faible angoisse qui avait trahi sa voix et eut un ricanement supérieur.

- Criminelle, non… Effroyable menteuse, oui… susurra-t-il.

Le cœur battant, Hisoka vit le majordome souffler quelque chose à l'oreille de Shiori. Ce qu'il avait découvert sur elle devait être de taille car le jeune homme vit son visage se décomposer à chaque seconde qui s'écoulait pour ne garder qu'un teint livide d'effroi, des yeux vides et des lèvres tremblantes. Elle avait serré les poings et fit volte-face vers Moeru avec fureur.

- V-Vous n'oseriez pas !! s'insurgea-t-elle d'une voix chevrotante.

- Oh que si. J'ai eu raison de me méfier de vous… persifla-t-il en la jaugeant d'un air glacial. Vous avez jusqu'à midi pour démissionner. Passé ce délai, ils sauront tout.

Sur ce, le vieil homme janséniste la doubla en la bousculant un peu et ressortit juste après qu'Hisoka ait pu se cacher dans une pièce vide. Shiori le suivit des yeux avec une lueur assassine qui enflammait son regard flamboyant. Elle lança avec hargne au majordome qu'il ne s'en tirerait pas comme ça puis claqua la porte si violemment que les pleurs de Kaneaki résonnèrent dans les secondes suivantes.

Le silence revenu dans le couloir, Hisoka quitta sa cachette, la tête tournée vers la chambre de l'enfant. Mugihito Moeru, le majordome en chef impeccable sous tous rapports s'était révélé être un maître chanteur impitoyable prêt à faire sombrer la nourrice Shiori Risei grâce à un énorme secret des plus compromettants. Qu'avait-il bien pu apprendre sur son compte ? Il se mordit la lèvre. Shiori, que caches-tu ?

La voix d'Hayate au bout du corridor le fit sursauter :

- Ah ! Takuma-san, j'ai relu les contrats et je me suis aperçu qu'il manquait des détails, vous pouvez venir pour qu'on corrige ?

Hisoka grimaça et dut s'incliner. Il aurait préféré suivre Moeru ou interroger Shiori, mais il était Takuma Sateru, le fils d'un riche chef d'entreprise qui était avant tout dans ce manoir pour faire des affaires. Et cet imbécile de Tsuzuki qui n'était jamais là quand il avait besoin de lui !

Les deux hommes se rendirent dans le bureau de Monsieur Michinaga pour se replonger dans les contrats de leur affaire. Au passage, l'homme proposa de tout revoir pour s'assurer qu'il n'y aurait plus d'erreur, au grand dam d'Hisoka qui était sous pression. Il ne pouvait pas rester là après ce qu'il avait entendu ! Il se passait des choses vraiment étranges dans ce manoir ! Hélas, il ne pouvait pas se défiler. Alors il se força à essayer de s'intéresser à ce que son hôte racontait, même si son esprit était carrément ailleurs.

Toutefois, ce fut Hayate qui l'emporta et parvint à monopoliser l'attention de son partenaire commercial pendant deux heures sans qu'il ne s'en aperçoive, jusqu'au moment où Madame Michinaga déboula dans le bureau en toute hâte et essoufflée :

- Hayate !

Son mari se leva d'un bond de son siège, imité par Hisoka.

- Que se passe-t-il, Kiyomi ? demanda-t-il à toute vitesse.

- C'est Moeru ! Il… Il a été retrouvé mort dans son bureau !

- Quoi ?!

Le shinigami n'en croyait pas ses oreilles, bien que la nouvelle n'avait presque rien de surprenant. Mort ? Il suivit Monsieur Michinaga qui sortait en courant de son bureau et le talonna dans sa course vers l'aile droite du manoir qui était en partie réservée pour le personnel de la demeure. Ils traversèrent le couloir du rez-de-chaussée et virent plus loin un nouvel attroupement devant une porte ouverte. Tsuzuki était sur place et lança un regard étrange à son partenaire quand il le vit. Une fois arrivé, Hayate se fraya un chemin parmi les domestiques terrifiés et se statufia d'horreur.

- Moeru-san…

Le bureau du majordome en chef du manoir Michinaga était une pièce plutôt vaste et luxueuse qui montrait bien le rang avancé de son occupant dans la hiérarchie des domestiques. Elle était décorée dans le ton bleu outremer froid et impérieux qui n'aurait pas mieux correspondu à Moeru. Une riche bibliothèque décorait le mur latéral droit, le sol était en moquette unie, une grande baie vitrée éclairait vivement l'espace et pourtant, au mur latéral gauche, il y avait une cheminée qui crépitait d'un feu vif à hautes flammes. Et au centre de la pièce trônait un large bureau magnifiquement verni sur lequel était posé une bouteille de vin rouge débouchée. Assis derrière son bureau, le corps sans vie de Mugihito Moeru penchait sur le côté, les paupières fermées et la moustache humidifiée par un liquide transparent rouge, le même que celui qui restait dans la coupe que l'homme tenait.

Alors qu'il détaillait la scène, Hisoka sentit Tsuzuki se pencher à son oreille pour lui glisser discrètement :

- Empoisonnement. Fulgurant.

C'était bien ce qu'il pensait. Le garçon détourna la tête pour regarder par-dessus son épaule et aperçut entre les domestiques qui discutaient entre eux d'un air apeuré la frêle silhouette de Shiori Risei. La jeune fille fixait avec une grande attention le cadavre et un sourire satisfait qui en disait long éclaira son visage à la pâleur mortuaire. Non. C'était tellement prévisible mais il se refusait à y croire. Pourquoi elle ?

Alors qu'elle s'apprêtait à quitter les lieux, Shiori sentit qu'on la retenait par le bras. Elle se retourna et croisa le regard émeraude assombri d'Hisoka qui serrait les dents de colère, épaulé par Tsuzuki qui fronçait aussi les sourcils.

- Pourquoi avez-vous fait cela ? murmura-t-il pour qu'elle seule l'entende.

Ses yeux cuivre se figèrent comme ceux du voleur qui se faisait prendre la main dans le sac. Les soupçons du shinigami se confirmèrent. C'était elle qui avait tué Moeru. Sans s'en rendre compte, Hisoka resserra l'étreinte de sa main autour du bras de la jeune fille qui grimaça.

- Pourquoi !

Le garçon fut décontenancé par l'expression qu'elle lui renvoya d'abord. Elle le dévisageait si intensément qu'il crut que Shiori parvenait à voir une autre personne en lui. Puis une colère déçue prit place sur son visage et elle se dégagea vivement.

- Comment oses-tu me blâmer ! cracha-t-elle avec mépris.

Et elle détala dans le couloir sans se retourner en abandonnant les deux shinigamis hagards et sonnés. Oui. Ce manoir recelait de bien des mystères encore.


Le mystère s'épaissit on dirait, nee ? XD Prochain chapitre, ça sera à mon retour de vacances. Je pars vendredi matin pour revenir le samedi suivant. Et le mardi d'après, JE M'ENVOLE POUR LE JAPON POUR UN CIRCUIT DE 8 JOURS ! NYAAAAAAAAAAAA !

Ahem. Restez fidèles au poste. XD