CHAPITRE 7

OOC : Coucou à tous ! Voici un nouveau chapitre ! J'espère qu'il vous plaira ! Merci à Kuro Sha, Chimary, Estela Prime et Cao dreams in books pour leurs reviews ! N'hésitez pas à laisser des reviews ! ça fait toujours plaisir !

PS : le personnage de Yuma appartient à Cao dreams in books ! Allez lire ses histoires, elles valent le coup d'œil ! ?

En ce début de mois de juillet, les températures s'étaient considérablement réchauffées. Profitant d'une pause de fraîcheur, Père Jean en profita pour sortir et se promener aux alentours de Crown City. Vêtu dans ses habits de tous les jours, il suivit son chien Starry qui lui ouvrait la marche, le guidant aisément aux lieux où il avait besoin de se rendre. Entendant leurs bruits de pas respectifs sur l'herbe, le prêtre afficha un léger sourire. Il était vrai qu'un chien était beaucoup plus pratique qu'une canne blanche. De plus, au fil du temps, les deux avaient fini par tisser un lien particulier et profond et Starry lui offrait une bonne compagnie. Par moment, Starry s'arrêtait et Père Jean se rapprochait pour lui caresser doucement la tête, n'oubliant pas de le complimenter.

Doucement, Père Jean inhala l'odeur des environs. Ils avaient quitté la ville depuis longtemps. Il n'entendait plus les bruits continus d'automobiles, hormis celles qui passaient rarement sur la route non loin de la verdure dans laquelle ils étaient situés actuellement. Il huma les parfums des différentes fleurs, de l'herbe fraîche alors que les bruits de grillon atteignaient ses oreilles. Père Jean se remit en marche, se laissant guider par son fidèle compagnon.

Ce ne fut qu'après un quart d'heure de marche que soudainement, Starry s'arrêta.

« Starry ? Qu'est-ce qui ne va pas, mon chien ? »

Le chien n'émit aucun bruit au premier abord. Lorsque Père Jean essaya de faire un pas, Starry ne bougea pas, demeurant fermement ancré au sol.

« Starry ? »

Starry ne quitta pas sa position. Père Jean essaya de deviner où ils se trouvaient, usant de tous ses autres sens pour établir les lieux.

Le noir autour de lui s'étaient légèrement assombri. Ils n'étaient plus sous le soleil. Quelque chose faisait l'ombre…Lorsque Père Jean étendit le bras, sa main effleura l'écorce d'un arbre. Il inhala l'odeur à nouveau.

Il reconnaissait cet endroit. L'odeur y était familière. Les crocus… Il s'agissait du lieu où les prisonniers avaient effectué leurs travaux d'intérêt général, quelques jours plus tôt.

Chris Marshall avait évoqué la forêt. Lorsque Père Jean essaya de faire un pas, Starry se mit brusquement à grogner.

Père Jean fronça les sourcils. Son chien ne se comportait jamais comme ça.

« Starry… »

Starry ne changea pas d'attitude. Les grognements ne cessèrent pas. La laisse se tendit brusquement. Il devina que Starry voulait faire demi-tour.

Mais pourquoi ?

Père Jean se rappelait des mots du détenu. Chris Marshall avait énoncé qu'il serait imprudent de s'aventurer dans cette forêt. Mais en quoi cette dernière serait dangereuse ?

Il y avait-il quelque chose… ?

Starry se remit à aboyer. Il continua de tirer sur la laisse, essayant d'éloigner Père Jean le plus rapidement possible des arbres.

Pourquoi… ?

Père Jean soupira. Au bout d'un moment, il finit par suivre Starry. Si son chien sentait de mauvaises ondes, il ne pouvait que lui obéir. Même si…il était curieux de savoir. Peut-être oserait-il demander aux gens du coin ce que cette forêt renfermait… ?

« Jean ! »

Le prêtre se tourna en direction de la voix. Il entendit le bruit d'une voiture s'arrêter à proximité. La portière se referma. Mais il avait déjà reconnu la voix.

Père Jean offrit un sourire accueillant à la nouvelle venue. Bientôt, la personne lui prit la main, lui indiquant qu'elle était proche de lui.

« Marie, l'accueillit le prêtre.

- Il me semblait bien que je te trouverais là, lui répondit la concernée.

Son ton paraissait sévère quoiqu'elle semblât soulagée de l'avoir retrouvé. Père Jean émit un léger rire.

- Voyons. Je ne suis pas perdu, tu le sais. Starry veille sur moi.

- Je vois cela.

Il devina que l'attention de Marie était focalisée sur le chien. Ce dernier ne grognait plus et le son de l'herbe indiquait qu'il se roula au sol, quémandant des caresses. Marie se pencha dessus, lui tapotant doucement la tête.

- On dirait qu'il t'apprécie bien, remarqua le prêtre.

- Je préfère quand même mes trois chats. Ils ne seraient pas ravis que j'accueille Starry chez moi, répondit-elle.

- Il te reconnait. C'est toi qui l'as choisi pour moi, après tout.

- Hm.

- On avait rendez-vous ce soir, non ?

- On est le soir. Je suis venue te chercher.

Marie était militaire. Pendant de longues années, elle avait été envoyée en mission en Afghanistan. Père Jean et elle ne s'étaient recontactés que depuis quelques mois et elle avait profité d'une permission pour lui rendre visite.

Père Jean ne pouvait nier que cela lui faisait plaisir, de la retrouver après tout ce temps…Surtout qu'avant de partir en mission, il avait cru qu'il ne la reverrait jamais. Qu'elle continuerait sa vie à l'autre bout du monde, tandis qu'il resterait ici.

Son cœur se serra légèrement à la pensée qu'il ne s'agissait que d'une permission temporaire. Il se demanda quand serait le moment où elle repartirait en mission. Après tout, la vie de militaire ne s'arrêtait jamais. Pourtant, il essaya d'être positif et de ne penser qu'au moment présent, comme il avait essayé d'apprendre à le faire.

Ils s'étaient retrouvés.

C'était le destin…Et depuis leurs retrouvailles, les deux ne se quittaient plus. Marie lui prit la main. Il comprit qu'elle le conduisait à sa voiture. La portière s'ouvrit.

- Ton carrosse est avancé, déclara-t-elle, amusée.

- Un très beau carrosse avec un cocher très attentionné, plaisanta-t-il à son tour.

- Il le faut bien.

Le ton de Marie devint plus amer. Père Jean souhaita ajouter quelque chose mais finalement, il se contenta de s'asseoir côté passager, tandis que Marie ouvrait une portière arrière pour que Starry saute à l'intérieur.


« J'ai toujours souhaité essayer celui-là, approuva le prêtre. Bon choix.

- Moi aussi. Il paraît qu'il est accueillant et que la nourriture y est délicieuse.

Dès qu'ils furent garés, Père Jean et Marie entrèrent dans le bar-restaurant qu'ils avaient réservé, situé dans un quartier modeste de Crown City. Dès qu'ils pénétrèrent à l'intérieur, la première chose qu'ils entendirent fut un piano jouer. Le serveur les conduisit à une table où la musique devint plus forte. Tandis qu'ils s'asseyaient, le rythme des notes, lent au premier abord, devint de plus en plus rapide. Il s'agissait d'une reprise d'une chanson connue, au piano. Et Père Jean trouvait que la reprise était bien orchestrée, demeurant fidèle à la chanson originale avec quelques ajouts supplémentaires, rendant la chanson à l'origine rythmée, plus paisible avec un timbre légèrement plus mélancolique. C'était une bonne idée de la part de l'artiste et Père Jean savoura chaque instant de ce morceau. Starry à ses pieds, Père Jean s'étira et écouta Marie lui lire le menu. Une fois qu'ils eurent commandé, la chaise de Marie se déplaça. Il comprit qu'elle s'était rapprochée.

- Jean…

- Oui ?

- On m'a raconté que tu avais contribué aux travaux d'intérêt général du centre pénitentiaire.

Le prêtre haussa les épaules.

- Oui. J'ai aidé à ramasser les déchets.

- Ce sont les tâches des prisonniers, pas les tiennes, soupira Marie.

- Je souhaitais seulement leur offrir un peu de soutien.

- Ils sont là pour payer leurs dettes à la société, Jean. Ton rôle est de les écouter. Pas de faire plus.

Revoilà son ton strict. Le même qu'elle devait utiliser envers ses collègues. Père Jean devina que c'était la militaire qui parlait. Pas celle qu'il avait connu pendant vingt ans.

- J'ai ma façon de les écouter, Marie, répliqua-t-il doucement.

- Les prisonniers ne sont pas des enfants de chœur. Ils risquent d'abuser de ta gentillesse.

On leur apporta les verres. Après avoir trinqué, Marie but une gorgée du sien.

- Tu pourrais davantage t'occuper d'autres individus. Les malades des hôpitaux, les enfants d'orphelinats…Pas les prisonniers. Ni les meurtriers.

- Chacun peut trouver une aide dans la religion s'ils en ont besoin. Peu importe nos actes.

- Je ne te dis pas cela. Tu ne dois pas en faire trop.

Oui. Il avait déjà idée de sa vision des choses.

- C'est mieux que pas assez.

- Tu sais ce que j'en pense, soupira Marie.

Il l'entendit se lever. Elle s'éloigna pour aller récupérer des biscuits apéritifs au comptoir. Père Jean poussa un soupir à son tour, restant assis. La musique cessa. Il pivota la tête en direction de la source. Après un temps de silence, une voix féminine s'éleva.

- J'espère que cela vous a plu.

Ha. L'artiste avait deviné qu'il n'y avait pas été indifférent. Père Jean sourit en retour.

- C'était très beau. Une belle interprétation d'une chanson connue.

- Merci.

Au son des pas, l'artiste s'était rapprochée de lui.

- Mon nom est Yuma. Si vous êtes intéressé, j'organise un concert avec ma partenaire Andréa au centre-ville de Crown City.

- Ce serait avec joie.

- Elle n'était pas présente ce soir. Mais sa voix accompagne mon piano.

Au ton de sa voix, elle semblait assez jeune. En tout cas, Père Jean n'avait pas besoin de la connaître pour comprendre qu'elle était passionnée par la musique. Père Jean approuva. Pourquoi pas ? Marie serait probablement intéressée d'y assister. Après tout, avec ses missions, elle n'avait plus eu beaucoup d'occasion d'assister à ses concerts.

- C'est votre femme ? l'interrogea doucement Yuma.

Il comprit de qui elle parlait. Père Jean secoua la tête.

- Non…c'est…une vieille amie.

Une amie qui avait été autrefois sa compagne pendant vingt ans.

Mais Père Jean se garda de le mentionner. C'était une histoire compliquée. Il doutait que beaucoup ne la comprenne.

- Je suis prêtre.

- Oh.

Il devina un hochement de tête de la part de l'artiste. A ses pieds, Starry poussa un bâillement. Père Jean invita Yuma à le caresser, lui assurant qu'il ne mordait pas. Yuma se pencha et accepta l'invitation, caressant la tête du chien. Père Jean garda les bras croisés, pensif.

- Excusez-moi…Vous êtes du coin ?

- J'habite aux alentours, répondit Yuma.

- Je suis allé visiter la forêt bordant la ville, lui expliqua Père Jean. Sauriez-vous pourquoi certains n'y vont pas ?

Après tout, il avait l'occasion de poser la question à quelqu'un.

Yuma mit un temps avant de répondre.

- Je n'en sais rien…mais d'après ce que j'ai entendu, il y a eu des incidents là-bas.

- Des incidents ?

- Oui…Certains de mes voisins ont eu vent de rumeurs concernant cette forêt. Apparemment, des campeurs y auraient entendu des cris en pleine nuit.

- Des cris…

Etrange.

- On n'a jamais su ce que c'était. Mais les campeurs en étaient certains. Ce n'était pas quelque chose d'humain.

- Un animal ?

- Possible.

Il devina un léger sourire sur le visage de l'artiste.

- Certains pensent qu'il s'agit d'extraterrestres…D'aliens.

- Vous y croyez ? l'interrogea Père Jean.

- Oui.

A son ton, elle paraissait gênée. Mais Père Jean ne la jugeait pas. Il but une nouvelle gorgée de son verre.

- J'y crois aussi, vous savez. Que nous ne sommes pas seuls dans l'univers. Je pense que nous ne sommes pas les seules créations de Dieu. Même si je doute de vivre assez longtemps pour rencontrer d'autres êtres.

- Qui sait ? On ignore ce que la vie nous réserve.

Père Jean hocha la tête. Elle avait raison. Personne ne savait ce qui se passerait le lendemain.

- J'aime beaucoup la science-fiction. Même si j'aime tout autant les romans policiers.

- Vous allez enquêter ?

- Hm…ce serait plutôt le rôle de Marie, pouffa le prêtre.

La concernée ne tarda pas à revenir. Yuma le remercia à nouveau et un bruit de papier froissé indiquait qu'elle avait donné un prospectus à Marie. Pour son concert. Cette dernière le lut, le ton intéressé par l'initiative.

- Qu'en dis-tu ? la questionna le prêtre.

- Je ne suis pas sûre…tout dépendra de ma permission.

- Tu adores l'ambiance des concerts.

Mais Père Jean n'entendit pas la réponse de Marie.

Ce fut à cet instant que cela se produisit.

Doucement, son verre se mit à trembler.

Seulement le verre…

Starry se redressa, se mettant à aboyer.

Mais bientôt, ce fut la table elle-même qui trembla.

Puis, sa chaise…

Puis le sol lui-même.

Qu'est-ce que… ?

Père Jean ne comprenait pas. La vibration fut légère au premier abord. Mais plus les tremblements se poursuivirent, plus elle devint de plus en plus forte. De plus en plus intense…

Le prêtre ne voyait pas ce qui se passait autour de lui. Au loin, il entendit des cris de surprise.

Divers bruits s'ensuivirent. Des bruits de chaise renversée, des bruits de verre qui se brise, des assiettes tombant au sol…

Un tremblement de terre…

Ici… ? A Crown City ? Comment…?

La vibration ne s'arrêtait pas. Père Jean se cramponna à son siège, essayant de se lever.

Mais dès qu'il tenta, il tomba au sol. Pendant un instant, il sentit l'anxiété, la panique l'envahir férocement. Il n'était plus dans son environnement habituel. Il essaya de respirer, de se calmer. Mais rien n'y faisait. Près de lui, il entendit le bruit assourdissant d'une table renversée. Et bientôt, la panique gagna rapidement les clients du restaurant. Le tremblement de terre s'intensifia. Près de lui, Marie cria. Les cris de surprise se changèrent progressivement en cris de terreur. Un autre bruit de verre brisé éclata au sol. Père Jean se couvrit le visage par réflexe, des morceaux de verre l'éclaboussant légèrement.

Il s'agissait sûrement d'un lustre en cristal fixé au plafond qui s'était effondré. Près de lui, Starry continuait d'aboyer, terrifié par la situation. Père Jean essaya de se redresser. Il tenta de réfléchir à la situation…Ce qu'on lui avait appris dans la jeunesse durant les catastrophes naturelles. Les hurlements ne cessèrent pas. Quelqu'un d'autre s'effondra au sol. Un autre, probablement un serveur, leur cria de se mettre à l'abri, mais fut coupé par une nouvelle secousse.

Se couvrir…se protéger…En dépit des vibrations, Père Jean rampa péniblement au sol, essayant de se frayer un chemin. Une nouvelle assiette atterrit à côté de lui. Le noir devint plus sombre. Il tendit le bras et réalisa qu'il se trouvait sous une table.

- Marie ! appela-t-il.

- Je suis là !

Il sentit une main le toucher. Père Jean sentit le parfum de l'agent proche de lui. Tout de suite, il l'attrapa contre lui, la plaquant au sol, sous la table. Une autre personne sembla les rejoindre. Il devina qu'il s'agissait de Yuma qui s'était également réfugiée avec eux.

Petit à petit, les secousses devinrent moins fortes. Plus faibles, moins intenses…Puis, après de longues secondes qui leur parurent interminables, le tremblement de terre s'arrêta progressivement.

Une fois qu'ils furent assurés que les secousses étaient terminées, Père Jean put à nouveau respirer. Marie ne le lâchait pas. Elle s'éloigna légèrement pour sortir la tête de sous la table, vérifiant que le danger était passé, avant de conduire Père Jean pour éviter que celui-ci ne se cogne. Le prêtre chercha Yuma à tâtons pour aider cette dernière à se relever.

- Bon sang ! Qu'est-ce qui s'est passé ? cria quelqu'un.

- Il n'y a jamais eu de tremblement de terre à Crown city !

Père Jean s'épousseta et se toucha le visage. Non. A part quelques petites coupures en raison de l'éclat de verre, il n'avait rien. Starry poussa un jappement, encore terrifié par l'évènement. Rassuré que son chien aille bien, Père Jean, Marie et Yuma se dépêchèrent d'aider les autres clients du restaurant.

- Tu vas bien ? demanda-t-il à Marie.

- Ça va…

Le tremblement de terre avait été plutôt intense. Combien sur l'échelle de Richter ? Père Jean ne saurait dire. C'était la première fois que cela lui arrivait. Et il était probable qu'il y ait d'autres répliques.

Au moins, malgré les dégâts dans la salle, le bâtiment ne semblait pas s'être effondré. Dehors ils entendirent des sirènes de police et des ambulances résonner à travers la ville. Ils n'attendirent pas longtemps. Bientôt, le bâtiment fut totalement évacué. Près de lui, il entendit Marie utiliser son talkie-walkie pour contacter d'autres agents. Il entendit la conversation d'une oreille.

Puis, l'agent coupa court à la discussion.

- Ils annoncent un tremblement de terre de magnitude 6 sur l'échelle de Richter.

- Magnitude 6? s'écria un autre agent.

- L'épicentre se situait à une centaine de kilomètres de là. Il est probable qu'il soit réévalué à la baisse.

Magnitude 6…

Père Jean fronça les sourcils. Malgré l'évaluation, il devinait que Marie n'était pas rassurée. Lui non plus, d'ailleurs.

Ils n'avaient jamais connu de séisme auparavant, dans cette ville…Père Jean sentit la présence de Starry à ses côtés, son compagnon essayant de le rassurer. Marie poussa un soupir. A nouveau, elle lui prit la main.

- Il faut aller à l'hôpital…

- Tu es blessée ?

- Ça ira pour moi. J'ai juste une blessure au front. Rien de sérieux. Mais juste au cas où, d'accord ?

Père Jean opina du chef, avant de la suivre jusqu'à l'ambulance. Il savait que dès demain, à sa sortie d'hôpital, Marie irait rejoindre les agents sur le terrain pour comprendre ce qui s'était passé.

Aux dires de Marie, la ville n'avait pas été grandement affectée, même si les secousses avaient causé quelques dégâts, quoique minimes.

Toutefois, ils entendirent quand même quelques cris. Des pleurs provenant d'enfants qui avaient subi une grande frayeur.

Père Jean fut reconnaissant que l'épicentre n'ait pas été plus proche de la ville.

Mais ceux qui vivaient à l'endroit même de la source du séisme n'avaient sûrement pas eu autant de chance. Et cette pensée sombre affligea le prêtre.


« Je vois qu'ils ont bien rénové la Grande Librairie », déclara Wing tandis que Drift et lui quittaient le grand bâtiment.

Hormis quelques ouvriers qui restauraient certains endroits, c'était comme si la Grande Librairie n'avait jamais été détruite. De l'extérieur, le bâtiment ne ressemblait plus à celui qu'ils connaissaient d'antan. L'immeuble n'affichait plus les couleurs blanches et dorées d'autrefois, durant l'Âge d'Or. A la place, il avait été entièrement repeint de bleu et de gris, affichant des couleurs neutres. Cela lui donnait un autre aspect. Probablement pour honorer la mémoire d'Orion Pax qui était devenu Optimus Prime par la suite.

Alors qu'ils marchaient à travers les ruelles, Wing émit un léger sourire nostalgique. Cette visite lui avait rappelé des souvenirs.

« Tu te souviens…Nos séances de lecture ?

- C'est quelque chose que je n'oublierai jamais, fit Drift, le ton tendre.

Il marqua une pause.

- Je suis même capable de lire un grand volume maintenant. Je n'ai pas le choix. Quand elle était bébé, Night adorait que je lui lise des histoires avant de recharger.

- On ne peut rien leur refuser, approuva Wing en souriant.

Malgré les souvenirs agréables, la mine morose de Wing revint. Il poussa un soupir. Drift devina rapidement à quoi il pensait.

- Tu sais…peut-être que Gasket avait besoin de prendre quelques jours pour s'isoler.

- Je ne vais pas rester longtemps, Drift.

Wing croisa les bras sur sa poitrine, essayant de rester calme.

- J'ai besoin de régler les choses avant de partir. Apparemment, j'ai fait quelque chose de mal.

- Non. Je suis persuadé que cela n'a rien à voir avec toi, Wing. Je crois que…Gasket préfère souffrir en silence.

Drift se rapprocha de lui.

- Il ne t'aurait pas abandonné.

- Je sais qu'il ne m'aurait pas abandonné. Mais…on est amis. Vous êtes amis. Cela doit compter, non ?

Il avait toujours promis qu'il le protégerait…

Et avant de quitter l'appartement de Drift et Fracture, il avait fini par accepter son aide. Il avait changé d'avis pour une raison qu'il ne comprenait pas.

Non. Wing ne pouvait pas le laisser comme ça.

Sans un mot, les deux reprirent la marche, se dirigeant lentement vers les bidonvilles où Gasket s'était réfugié.

Il repartirait bientôt. Et il ne partirait pas sans l'avoir revu. Sans l'avoir convaincu de rester avec Drift.

Mais alors qu'ils marchaient vers l'abri, ils constatèrent rapidement que celui-ci était vide.

Wing et Drift froncèrent les sourcils, surpris.

- Où est-il ?

- Je vais le contacter.

Drift porta la main à son oreillette. Mais après plusieurs minutes, Drift se retourna vers le bot blanc.

- Il ne répond pas. Je réessaie.

Wing remarqua un cube à moitié plein qui trônait près de l'abri.

Apparemment, Gasket ne semblait pas être loin. Cette pensée le rassura légèrement. Cependant, le deuxième essai de Drift se solda par un nouvel échec. Le bot orange afficha une expression soucieuse.

- Bizarre. D'habitude, il me répond.

- Il est peut-être en train de recharger.

Brusquement, au loin, ils entendirent des cris.

Cela les alerta immédiatement. Wing et Drift se précipitèrent vers la source du bruit. Au début, ils crurent à une attaque. A une bagarre.

Mais lorsqu'ils arrivèrent sur les lieux, ils réalisaient qu'il ne s'agissait rien de tout cela. A l'extérieur du bidonville, un bot avec un mode Insecticon était aux pieds d'un Autobot aux couleurs bleues, jaunes et blanches. Ce dernier ornait fièrement une cape rouge, ne semblant pas faire attention aux cris de l'abeille. Drift se raidit à cette vue.

- Je le reconnais. C'est Sentinel, l'un des membres du Conseil de Kaon.

Wing plissa les optiques, observant la scène. L'abeille sanglotait. Il s'agissait vraisemblablement d'un sans domicile fixe. Dans les bras, il tenait un enfant, élevant la voix pour obtenir l'attention de Sentinel.

- Pitié ! entendirent-ils. Mon enfant a faim !

Sentinel ne sembla lui accorder aucune attention et essaya de passer son chemin. L'abeille ne s'arrêta pas et tenta de lui agripper un bout de cape rouge.

- Vous nous interdisez toutes les professions ! Comment puis-je nourrir ma famille sans travail ? Comment puis-je leur fournir un toit ?

- Lâchez-moi, cracha Sentinel.

L'Autobot le repoussa brusquement d'un revers de main. L'abeille tomba. L'enfant dans ses bras se mit à pleurer sous la violence du choc. Sentinel lui adressa un regard méprisant avant de tourner les talons pour quitter les lieux.

Drift et Wing s'échangèrent un regard avant de s'avancer vers le mendiant. Ce dernier gardait la tête baissée, serrant son enfant contre lui, les épaules montantes et descendant en raison de tremblements. Drift posa la main sur son épaule.

- Je suis désolé !

- Ne me touchez pas !

L'abeille se releva brusquement, montrant les dents en direction de Drift. Le bot orange recula, étendant les mains pour indiquer qu'il ne lui souhaitait aucun mal.

- Foutez-moi la paix, Autobot ! ça vous amuse, hein ?

- Pas du tout…

Wing fit un pas en avant, se plaçant entre son élève et Drift. L'abeille essaya de calmer son enfant. Ce dernier avait faim et réclamait de l'energon. Wing lui offrit quelques Shanix, que l'abeille accepta.

- Excusez-moi…vous habitez dans le coin ?

L'Insecticon grinça, mais opina du chef.

- Connaissez-vous quelqu'un qui s'appelle Gasket ? Il habite ici, le questionna Wing.

- Gasket…

L'abeille mit un temps avant de répondre.

- Oui je le connais, bien sûr. On est voisins.

- L'avez-vous ce matin ? Sauriez-vous où il est parti ? Il ne répond pas à nos appels.

L'abeille demeura silencieuse. Il jeta un œil vers son enfant avant de reporter son attention vers eux.

- …Non. Je ne sais rien. Je ne l'ai pas vu.

- Excusez-nous de vous avoir dérangé, fit Wing alors qu'il faisait demi-tour pour quitter les lieux avec Drift.

L'abeille marqua une pause, avant de leur dévoiler une nouvelle information.

Une information qui les crucifia.

- La dernière fois que je l'ai vu, ajouta l'abeille, Gasket disait qu'il allait rejoindre des amis au bar de Nightingale. Et il n'est jamais rentré depuis.